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La saga Petrus - rencontre avec Olivier Berrouet

Publié le 02-04-2015
Petrus, ce n’est pas un vin, c'est une légende, peut-être le plus célèbre des pomerols. Onze hectares et demi de rareté et de bonheur pour ceux qui ont la chance de le goûter. Mais Pétrus est avant tout le résultat d’une histoire, d’une fusion entre des familles et un grand terroir : du travail, de l’opportunité, la mise en valeur subtile d’un sol viticole remarquable, des hommes et… aux origines, une femme.

"Tante lou" et la naissance d’un vin de légende

La première figure de la légende du Petrus est une femme, Edmonde Loubat, propriétaire del'hôtel Loubat, en face de la gare, la meilleure table de Libourne. En 1923, cette femme avisée, qui s'intéresse au vin, achète à l'un de ses fidèles clients une majorité de ses parts dans un petit vignoble au coeur de Pomerol. Ce vignoble possède le nom du premier pape, Pétrus (Pierre, en latin). Vingt ans plus tard, elle en deviendra l'unique propriétaire. Mais dans l’entre-deux-guerres enfoncé dans la Grande Dépression, malgré toute l’énergie qu’Edmonde dépense à faire reconnaître son incomparable Petrus, les crus du Libournais sont encore devancés par ceux du Médoc qui tire prestige du classement de 1855. Ce n’est qu’à partir de 1950 que Petrus prend son irrésistible envol.

Le mythe en marche : Pétrus, le vin favori des Kennedy

Edmonde Loubat, entre-temps, a trouvé son alter ego : Jean-Pierre Moueix, négociant en vins à Libourne, avec qui elle s'associe en 1947. Il n’est pas un étranger sur la rive droite ; ses parents corréziens se sont installés avant-guerre au Château Fonroque à Saint-Émilion. Les deux partenaires ne ménagent pas leurs efforts pour faire reconnaître leur vin à travers le monde − la nouvelle frontière qu’ils fixent à Petrus. Edmonde Loubat réussit à imposer son vin au banquet de mariage de la Reine Elisabeth II en 1947. Moueix, sa valise de Petrus en main, traverse l’Atlantique en Lockheed quadrimoteur, fait escale au Groenland, et le fait déguster à quelques célébrités et hommes d'influence : Albert Einstein et la famille Kennedy. Les Kennedy, conquis, font de Pétrus leur vin fétiche à la Maison Blanche. Quand Edmonde Loubat meurt en 1961, sans enfants, Petrus est partagé entre son neveu et sa nièce. Le premier vend ses parts trois ans après à Jean-Pierre Moueix, et la seconde les cède également en 1969 au fils aîné de Jean-Pierre, Jean-François Moueix, aujourd’hui le propriétaire de Petrus avec ses enfants.

Jean-Claude et Olivier Berrouet : une nouvelle histoire de famille pour exprimer le meilleur de Pétrus.

La dernière figure de la saga, Jean-Claude Berrouet, rejoint Petrus en 1964. Ce jeune œnologue basque de vingt-deux ans venu à Petrus faire ses premières armes, et exercera ses talents sur le cru jusqu’à l’âge de la retraite en 2007 : quarante-quatre ans de fidélité à Pétrus. Loin du clinquant, il sait, vendange après vendange, laisser s'exprimer la nature. Pétrus n'est pas dans l'hyperbole : sa sobriété-même, ses notes claires, la précision de son trait, en font un grand vin.

Les Moueix ont fait d'Olivier, le fils de Jean-Claude, le digne successeur de son père. « Mon père avait une complicité quasi-filiale avec Monsieur Moueix, et une grande admiration pour lui », explique-t-il. « Leur credo se résumait dans une constante : la rigueur, toujours la rigueur. Mon père avait une énorme liberté d’action, sans aucune pression vis-à-vis des critiques par exemple. Il était là pour exprimer le meilleur de Petrus. » Sa marque de fabrique ? « C’est justement de ne pas laisser de marque. Il voulait laisser s’exprimer le site et l’année climatique, et favoriser une constante adaptation au raisin. Car si la technique domine, on se répète. Mieux vaut être peu interventionniste, mais dans le doute permanent et dans la précision, c’est ce que je retiens de lui. »

Conséquence de cette exigence : il n’y a pas de « petit Petrus », on ne propose pas de Petrus dans les millésimes insuffisants. Pas de Petrus en 1956, 1965 et 1991. Très peu en 1963, 1968, 1977 ou 1984.

Les racines de Pétrus : un terroir exceptionnel

Le mystère de Petrus se trouve dans les profondeurs. Situés sur la haute terrasse de Pomerol, une butte culminant à 40 m d’altitude, ses 11 ha reposent sur un terroir unique : une boutonnière d’argiles bleues extrêmement fines, d’une épaisseur de huit mètres sur un lit de crasse de fer. Tout est là. Toute la différence. Cette formation géologique datant de quarante millions d’années retient fortement l’eau, limitant ainsi l’alimentation de la plante, tout en constituant une réserve nourricière lors des étés chauds. Une régulation naturelle équilibrant le cycle des saisons. Les racines des merlots y puisent une fraîcheur bienfaisante.

« Cela donne aux vins une épaisseur, une chair, un charme extraordinaire », dit Olivier Berrouet. « Ensuite, il s’agit de respecter les fondamentaux. » La précision avant tout. « On s’adapte en permanence au climat. Ne pas faire le geste de trop et ne pas agresser le pied de vigne.» Pour le choix de la date des vendanges, « Le moment fondamental qui fixe le plafond de la qualité. Le jour exact où on devine qu’on ne pourra pas aller plus loin. On est trois à décider, Christian Moueix, mon père et moi-même. On va déguster les baies, les analyses ne sont que des garde-fous. Il faut être le plus précis possible. » Les vinifications enfin : « On les guide selon le ressenti de l’année et selon la météo des parcelles. Là encore, tout excès est néfaste. Il faut savoir ne pas aller trop loin. Une grande précision est nécessaire pour ne pas détruire l’équilibre et l’harmonie du vin. » Et la sélection est de plus en plus draconienne avec le temps. Petrus fournissait 40 000 bouteilles jusqu’en 1985 ; pas plus de 30 000 aujourd’hui.

"Petrus vaut le prix qu'on lui donne"

Les meilleures des grandes années unanimement reconnues sont 1929, 1947, 1950, 1959, 1961, 1962, 1970, 1982, 1989, 1990, 1998, 2000, 2003, 2005, 2009. En furetant sur les sites Internet de vente, on découvre le Petrus 2009 à 2 650 € HT et à 7 950 € HT la caisse de trois flacons. Le 2000 s’affiche à 6 834 € ! Autrement dit, Petrus ce n’est pas un vin, c’est un rêve. Excessif ? « Petrus vaut le prix qu’on lui donne », justifie Olivier Berrouet. « Cela tient à sa rareté, mais aussi à ses qualités. Petrus est un mythe par l’engouement extraordinaire qu’il suscite. Et pas un mythe éphémère ». Et il ajoute : « Mais quand on y est tous les jours de l’année, on reste humble, les pieds sur terre. Il faut désacraliser les choses pour travailler sereinement. » La gloire, disait Sénèque, est l’ombre de la vertu…

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