Depuis que l’étiquette existe, les noms et mentions sont venus peu à peu s’accumuler au gré des nouveaux modes d’élaboration et des réglementations. Les dernières en date concernent le numéro de lot, lié à un souci croissant de traçabilité et, plus récemment encore, les mentions d’ordre sanitaire. Que de noms, que de chiffres sur ce petit rectangle de papier ! L’esthétique n’y gagne pas toujours, et les renseignements utiles sont parfois difficiles à trouver. Savoir lire ces informations vous permettra de voir à quel style de vin vous avez affaire. Parmi ces mentions, certaines sont obligatoires, d’autres facultatives.
ÉTIQUETTE ET CONTRE-ÉTIQUETTE
De nombreuses bouteilles portent une étiquette unique, où figurent toutes les mentions obligatoires
et facultatives. La contre-étiquette se répand : il s’agit d’une seconde étiquette fixée de l’autre côté de la bouteille. Elle comporte des mentions facultatives : cépages, description et température de service du vin, accords
gourmands. Dans un nombre croissant de cas, l’étiquette la plus visible se limite à un dessin et à des mentions succinctes, une marque par exemple :
les graphistes allègent l’étiquette et privilégient l’esthétique. L’étiquette légale, placée « au dos » de la bouteille, ressemble à une contre-étiquette.
Elle n’en comprend pas moi ns toutes les mentions obligatoires et mérite une lecture attentive. Certaines bouteilles portent aussi une collerette indiquant en général le millésime.
MENTIONS OBLIGATOIRES
Sur toutes les étiquettes sont indiqués obligatoirement le nom et l’adresse de l’embouteilleur
(souvent en bas), la catégorie du vin ; la mention du degré alcoolique et celle du volume ; le numéro d’identification du lot ; le pays d’origine pour l’exportation ; des mises en garde d’ordre sanitaire. Ces mentions suffisent
à ce que le vin soit légalement mis en vente.
Volume (1) : les contenances les plus répandues sont : 75 cl pour la plupart des bouteilles de vins de qualité ; 1,5 l pour les magnums ; 37,5 cl pour les demi-bouteilles ; 50 cl pour certains vins doux.
Degré alcoolique (2) : cette mention contribue à apprécier le style du vin ; à 11 % vol. ou moins, c’est un vin léger ; à 13 % vol. ou plus, c’est un vin corsé et mhaleureux.
Catégorie (3) : elle indique la place du vin dans une hiérarchie réglementaire : par ordre hiérarchique croissant, vin de table, vin de pays, vin
d’appellation (AOC, appellation d’origine contrôlée, plus rarement AOVDQS, appellation d’origine vin délimité de qualité supérieure – une appellation intermédiaire appelée à disparaître). Elle informe aussi sur la provenance du vin, sauf s’il s’agit d’un simple vin de table, dépourvu d’indication géographique.

Les catégories de vins. À la base de la hiérarchie, les vins de table sans indication géographique (a.) puis les vins de pays, vins de table affichant une provenance (b.), enfin les vins d’appellation, AOVDQS (c.) et AOC (d.).
Embouteilleur (4) : le nom et l’adresse du responsable légal du vin permettent d’éventuelles
réclamations.
Mentions sanitaires (5) : la réglementation européenne a fait ajouter la mention « contient des sulfites » lorsque le vin contient plus de 10 mg/l de SO2 (cas fréquent : le soufre est un antiseptique et un adjuvant indispensable pour
une longue garde, et le seuil autorisé bien supérieur) ; les pouvoirs publics français imposent par ailleurs depuis 2007 une mise en garde à l’adresse des femmes enceintes.
Numéro d’identification du lot (6)
MENTIONS FACULTATIVES
Certaines mentions sont tellement fréquentes
sur l’étiquette que l’on pourrait les croire obligatoires
: nom de domaine ou marque, millésime.
Il n’en est rien. D’autres mentions
facultatives sont utiles car elles renseignent sur
le type de vin ; certaines, fantaisistes, relèvent
de la publicité.
La marque et le domaine : pour personnaliser
le vin, nombre de producteurs lui donnent
une marque. Pour un vin de négociant, il peut
s’agir d’une marque commerciale, qui peut être
aussi sa raison sociale, mais elle ne doit pas
faire référence à une appellation. Quant au
récoltant, il peut indiquer son propre nom (ou
un nom familial, celui du fondateur par
exemple) ou celui de son domaine. Les termes
« château », « clos » et « cru » sont réservés aux
appellations d’origine contrôlée. Ces termes sont
légalement assimilés à une marque et sont le
plus souvent déposés.
Le millésime : il est souvent indiqué, et cette
mention est fort utile, car elle permet d’évaluer
les perspectives de garde du vin, en fonction de
la cotation régionale des millésimes. Cependant,
de nombreux champagnes et crémants ne
sont pas millésimés, de même que certains vins
doux naturels ou de liqueur : ils assemblent
plusieurs années. Dans l’Union européenne,
cette mention impliquait il y a encore quelques
années que le vin était issu à 100 % du millésime
indiqué, mais l’Europe s’est alignée sur la
règle en vigueur dans certains pays tiers, qui
tolère une proportion de 15 % d’une autre
année. Un peu de rêve en moins, un pas vers la
standardisation ? Ou un gage de régularité ?
L’UE vient par ailleurs d’autoriser à faire figurer
le millésime sur l’étiquette des vins de table
sans indication géographique, ce qui était
jusqu’alors interdit.
Le cépage : la mention du cépage est autorisée
pour les vins de pays et les AOVDQS.
Comme pour le millésime, l’Union européenne
a adopté la règle des « 85/15 » : elle permet
désormais d’indiquer le nom du cépage, même
si 15 % du vin provient d’une autre variété. Elle
vient aussi d’autoriser la mention du cépage sur
l’étiquette des vins de table sans indication
géographique, pour les personnaliser et les
rendre plus attractifs. Pour les AOC françaises,
la mention du cépage est en principe interdite
sur l’étiquette légale, sauf dans certains vignobles
: Jura, Savoie, Touraine et surtout Alsace.
Dans cette région, on tient compte des traditions
qui veulent que l’on appelle les vins par
leur nom de cépage : riesling, gewurztraminer,
etc. Dans d’autres appellations, la mention du
cépage tend à se répandre pour favoriser l’exportation,
car les nouveaux pays consommateurs
identifient les vins par le cépage plus que
par l’origine.
Grenache, riesling, sauvignon, mondeuse, trousseau : sur l’étiquette de nombreux vins de pays et de certains vins d’appellation figure le cépage.
Mise en bouteille à la propriété : critère d’authenticité,
cette mention n’est pas obligatoire,
mais si elle est apposée, elle doit être exacte.
Les caves coopératives, considérées comme le
prolongement de la propriété, ont le droit d’utiliser
cette mention (mais pas « au château »).
En Champagne, plusieurs sigles indiquent le
statut du metteur en bouteilles, par exemple RM
pour récoltant-manipulant (un vigneron), NM pour
négociant-manipulant (une maison de négoce)
ou CM pour coopérative de manipulation.
Bio : adepte du bio, vous chercherez la mention
« vin issu de raisins de l’agriculture biologique
», le logo AB ou un label d’un organisme
de certification. Il n’y a pas vraiment de « vin
bio » : c’est la vigne qui est cultivée sans produit
phytosanitaire de synthèse (mais la loi autorise
en culture bio le traitement à la bouillie bordelaise
pour lutter contre le mildiou).
Classements : dans certaines illustres appellations,
il existe des classements officiels que
les propriétaires peuvent faire figurer sur l’étiquette.
En Bordelais (Médoc, Graves, SaintÉmilion,
Sauternes), ce sont les propriétés, les
châteaux qui sont classés. En Bourgogne, ce
sont les terroirs : premiers ou grands crus, qui
sont des lieux-dits (appelés localement climats).
L’Alsace a également ses grands crus, terroirs
classés, et la Champagne ses premiers et
grands crus (des communes classées).

Communes, châteaux ou terroirs : les classements obéissent à des critères différents en Champagne, en Bordelais, en Bourgogne ou en Alsace.
Style de vins : d’autres mentions renseignent
sur le style de vins, sur son élaboration.
Certaines ont un caractère légal : vendanges
tardives ou sélections de grains nobles, par
exemple. Les premières désignent un grand vin
blanc moelleux d’Alsace, la seconde un grand
liquoreux de la même région ou d’Anjou. Les
vins jaunes et les vins de paille sont des vins
originaux du Jura. La mention « méthode traditionnelle
» signe un effervescent résultant d’une
seconde fermentation en bouteille. Le dosage
d’un champagne (extra-brut, brut, demi-sec,
etc) indique son caractère plus ou moins sec.
En blanc, la mention « sec » ou « doux » est,
elle aussi, utile lorsque l’appellation produit les
deux types de vins. D’autres mentions caractérisent
les portos et les vins doux naturels, qui
sont très différents par leurs styles : un porto
ruby, assemblage de millésimes récents, n’a rien
à voir avec un porto vintage, un millésimé de
longue garde. Un rivesaltes ambré est blanc ; un
tuilé, rouge. Autres indications utiles : l’élevage
en fût de chêne (qui donne souvent au vin un
goût boisé), l’absence de filtration, de soufre, etc.
Les mentions légales ou traditionnelles portées sur l’étiquette donnent des informations sur le style de vin.
Fantaisie : certaines mentions relèvent de la
publicité. « Vieilles Vignes » ? Elles donnent
certes de meilleurs vins, mais la dénomination
n’est pas réglementée. Pour qu’elle soit vieille,
la vigne devrait avoir plus de quarante ans.
« Cuvée Prestige » ? Il pourrait vous arriver de
préférer la cuvée classique, moins chère. Ces
noms de cuvée permettent d’identifier le vin.
Si votre guide d’achat a goûté et bien noté la
cuvée Prestige, par exemple, rien ne dit
qu’une autre cuvée aura les mêmes qualités.
Enfin, tout ce qui n’est pas interdit restant
permis, on voit apparaître beaucoup de littérature
sur les contre-étiquettes. Parfois informative,
elle est inutile lorsqu’elle décrit avec
complaisance les qualités du vigneron ou la
bienveillance du microclimat.
© 2012 Hachette Pratique