Le blog de la rédaction
juil 28

Non, pas de faute d’orthographe dans ce titre. On ne s’intéressera pas ici à la « cote » des vins français, sur le marché intérieur ou à l’export (précisons simplement que la consommation nationale a encore baissé en 2009, passant pour la première fois sous la barre des 30 Mhl…). Ce qui nous occupe ici, c’est l’étrange mouvement de balancier qui caractérise depuis maintenant quelques années le nommage des appellations.


Récapitulons : de nombreuses AOC affichent fièrement les mots côte, côtes ou coteaux (voire costières) dans leur nom. Quoi de plus normal d’ailleurs ? Les meilleurs vins ne sont-ils pas précisément produits sur ces vignobles en pente, dont l’inclinaison favorise l’exposition et le drainage naturel, par opposition aux vins de table produits dans la plaine, parfois « les pieds dans l’eau » après l’orage ? Seulement voilà, la création puis l’essor des vins de pays à partir de la fin des années 1970 se sont accompagnés d’une prolifération des dénominations de vins reprenant ses doux noms « côtiers » : sur la centaine de vins de pays locaux existants, près de la moitié se nomme « Côtes de » ou « Coteaux de », sans même parler des « Collines de » !


La confusion risquait-elle de s’installer, faisant passer les AOC de « côtes » pour de simples vins de pays ? Le fait est que plus d’une appellation changèrent de nom, cachant ses côtes que l’on ne saurait voir et affirmant du même coup plus fortement un ancrage communal ou régional. Après tout, parle-t-on de « côtes-de-gevrey » ou de « coteaux-de-pauillac » ? Non. Il en sera de même alors pour de nombreuses AOC telles buzet (ex côtes-de-buzet), fronton (ex côtes-du-frontonnais) ou plus récemment ventoux, luberon ou pierrevert.


Pourtant, on constate depuis peu un retour en grâce, ici ou là, des côtes et coteaux. Une poignée d’appellations bordelaises veulent s’unir pour se renforcer à l’export ? Ce seront les côtes-de-bordeaux, bannière sous laquelle Blaye, Castillon, Francs et Cadillac ont décidé de se regrouper, chacune pouvant néanmoins continuer à faire valoir son nom… avant celui de l’AOC ! Le Beaujolais réfléchit à démarquer son offre de vins de garde de celle des primeurs ? La solution imaginée par le syndicat viticole est de changer le nom de l’appellation de base en côtes- ou coteaux-du-beaujolais. La « Grande Bourgogne viticole » (Beaujolais inclus) cherche à distinguer les bourgognes comprenant du gamay de ceux issus exclusivement de pinot noir ? On pense pour ces derniers à la création d’une AOC coteaux-bourguignons.


En résumé, quand la stratégie est individuelle, les côtes semblent mises de côté ; quand les efforts sont collectifs et visent à une amélioration de la lisibilité et de la hiérarchisation des vins, les côtes ont a nouveau la cote. Avec la disparition prévisible de nombreux vins de pays trop confidentiels pour assumer le nouveau statut d’indication géographique protégé qu’impose Bruxelles, le problème de confusion des genres a des chances de s’éteindre. Les côtes ont peut-être finalement de beaux jours devant elles…

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fév 03

Cocorico, la France est redevenue en 2009 le premier producteur mondial de vin (en volume), repassant devant l’Italie qui lui avait chipé la médaille en 2007. Certes, la nouvelle ne date pas d’hier (fin novembre dernier) et nous avions d’ailleurs accueilli cette information avec une attention tout juste polie, la même dont nous avions fait preuve il y a deux ans lors de l’annonce du repli de notre icône nationale. Jugez plutôt de l’exploit : la France supplante l’Italie pour quelque 200 000 hl, pas même la production annuelle de la seule appellation médoc. Les vignerons savent trop bien qu’un millésime restreint peut en cacher un autre plus abondant : il suffisait donc d’attendre. Pourquoi, alors, en parler aujourd’hui ? Parce que les premières indications sur les performances des nouveaux « vins sans indication géographique » (ex-vins de table) exposées dans un article du site Vitisphère viennent rappeler que la situation n’est pas si simple…

 

 

Rappelons les faits pour ceux qui n’auraient pas suivi la limpide réforme des vins européens (et donc français) : les vins de table, base de la pyramide des vins, se nomment depuis le millésime 2009 « vins de France ». De plus, leur étiquette peut désormais afficher nom de cépage et millésime.

 

Vous avez bien compris : la catégorie de vins a priori la moins qualitative – le plus souvent celle des bibines vendues au litre en bouteille plastique et en brique carton – est la seule qui puisse se prévaloir du doux nom de notre pays. Quel porte-drapeau pour les vins français !

 

Et en plus, patatras ! Cette nouvelle catégorie ne semble pas décoller, et ce pour diverses raisons.

 

Des problèmes juridico-administratifs, d’abord : les États-Unis s’opposent à la mention du millésime pour ces vins. Eux réservent en effet cette mention aux vins produits dans des zones plus restreintes que leur pays. Eh oui ! Voilà le Nouveau Monde plus rigoureux que l’Europe. Quel sens peut en effet avoir la notion de millésime lorsque le produit résulte d’un coupage de vins en provenance de régions assez éloignées pour que les conditions climatiques annuelles soient différentes ?

 

Quant au cépage, c’est au sein même de notre pays que les dents grincent ! Les anciens vins de pays (aujourd’hui « indication géographique protégée » selon la réforme) bénéficiaient auparavant presque exclusivement du privilège de cette mention. Les acteurs de la filière qui tiraient une grande partie de leur chiffre d’affaires de cette catégorie ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée de cette concurrence interne…

 

Enfin, pour ce qui est des marchés, les opérateurs semblent encore timides, tel Castel qui ne croit pas « forcément opportun de lancer des vins de cépage de France qui risquent de cannibaliser les ventes de produits déjà établis », à savoir leurs vins de pays.

 

Ces valses-hésitations font écho aux doutes qui s’étaient exprimés après la création des « vins de pays des vignobles de France », dénomination finalement annulée en 2007 par l’Union européenne puis par le Conseil d’État. À l’époque, c’étaient les producteurs de vins de pays d’Oc qui avaient fait barrage, craignant que cette dénomination n’entrainât confusion, concurrence par le bas et chute des prix. On observe le même débat en Espagne, où les producteurs de la DOC rioja, l’une des plus anciennes et prestigieuses appellations ibériques, sont vent debout contre la catégorie « vinos de la tierra de los viñedos de España » (vins de pays des vignobles d’Espagne), catégorie transversale de vins de pays issus de toute la péninsule, créée en 2006 et confirmée en 2009 (pour la majorité du pays) malgré les recours.

 

Récapitulons : voici une nouvelle catégorie de vins, les « vins sans indication géographique », créée pour simplifier et mieux hiérarchiser l’offre et pour développer les marchés à l’export, qui vient entrer en conflit direct avec les catégories existantes et qui se voit contestée par un des principaux marchés étrangers… et tout cela sous la bannière France !

 

Alors, de quel vin français parle-t-on quand on se gargarise de notre suprématie retrouvée ?

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