Non, pas de faute d’orthographe dans ce titre. On ne s’intéressera pas ici à la « cote » des vins français, sur le marché intérieur ou à l’export (précisons simplement que la consommation nationale a encore baissé en 2009, passant pour la première fois sous la barre des 30 Mhl…). Ce qui nous occupe ici, c’est l’étrange mouvement de balancier qui caractérise depuis maintenant quelques années le nommage des appellations.
Récapitulons : de nombreuses AOC affichent fièrement les mots côte, côtes ou coteaux (voire costières) dans leur nom. Quoi de plus normal d’ailleurs ? Les meilleurs vins ne sont-ils pas précisément produits sur ces vignobles en pente, dont l’inclinaison favorise l’exposition et le drainage naturel, par opposition aux vins de table produits dans la plaine, parfois « les pieds dans l’eau » après l’orage ? Seulement voilà, la création puis l’essor des vins de pays à partir de la fin des années 1970 se sont accompagnés d’une prolifération des dénominations de vins reprenant ses doux noms « côtiers » : sur la centaine de vins de pays locaux existants, près de la moitié se nomme « Côtes de » ou « Coteaux de », sans même parler des « Collines de » !
La confusion risquait-elle de s’installer, faisant passer les AOC de « côtes » pour de simples vins de pays ? Le fait est que plus d’une appellation changèrent de nom, cachant ses côtes que l’on ne saurait voir et affirmant du même coup plus fortement un ancrage communal ou régional. Après tout, parle-t-on de « côtes-de-gevrey » ou de « coteaux-de-pauillac » ? Non. Il en sera de même alors pour de nombreuses AOC telles buzet (ex côtes-de-buzet), fronton (ex côtes-du-frontonnais) ou plus récemment ventoux, luberon ou pierrevert.
Pourtant, on constate depuis peu un retour en grâce, ici ou là, des côtes et coteaux. Une poignée d’appellations bordelaises veulent s’unir pour se renforcer à l’export ? Ce seront les côtes-de-bordeaux, bannière sous laquelle Blaye, Castillon, Francs et Cadillac ont décidé de se regrouper, chacune pouvant néanmoins continuer à faire valoir son nom… avant celui de l’AOC ! Le Beaujolais réfléchit à démarquer son offre de vins de garde de celle des primeurs ? La solution imaginée par le syndicat viticole est de changer le nom de l’appellation de base en côtes- ou coteaux-du-beaujolais. La « Grande Bourgogne viticole » (Beaujolais inclus) cherche à distinguer les bourgognes comprenant du gamay de ceux issus exclusivement de pinot noir ? On pense pour ces derniers à la création d’une AOC coteaux-bourguignons.
En résumé, quand la stratégie est individuelle, les côtes semblent mises de côté ; quand les efforts sont collectifs et visent à une amélioration de la lisibilité et de la hiérarchisation des vins, les côtes ont a nouveau la cote. Avec la disparition prévisible de nombreux vins de pays trop confidentiels pour assumer le nouveau statut d’indication géographique protégé qu’impose Bruxelles, le problème de confusion des genres a des chances de s’éteindre. Les côtes ont peut-être finalement de beaux jours devant elles…