« Mythique » à Bordeaux, « grandiose » en Bourgogne, « au sommet » dans le Rhône… En 2005, les rubriques Vin des journaux et magazines semblaient avoir emprunté leur vocabulaire aux journalistes sportifs. Il ne manquait que quelques « historiques » par-ci par-là. Pour une fois, il est vrai, les superlatifs étaient justifiés par le nombre et l’ampleur des réussites.
L’atout du millésime : une sécheresse précoce
Le millésime 2005 fut chaud, ensoleillé et sec, avec un cycle végétatif très homogène. Tout était donc réuni pour obtenir un très beau degré de maturité et des raisins présentant un bon équilibre. Mais plus que des températures exceptionnellement chaudes, le grand atout du millésime fut une sécheresse précoce qui obligea la plante à s’adapter en arrêtant sa croissance. Loin d’avoir des conséquences catastrophiques, le stress hydrique devint un gage de qualité en limitant la production.
Bordeaux, une réussite tricolore
Fait rare, de janvier à septembre la météo fut parfaite : fort ensoleillement, températures élevées sans être caniculaires, faibles précipitations. La floraison, fin mai-début juin, fut rapide. Enfin, les très beaux mois de juillet et d’août permirent une longue période de maturation. Septembre contribua aussi au succès du millésime par la faiblesse des précipitations avec à peine 56 mm de pluie, soit près d’un tiers en dessous de la moyenne des trente dernières années.
Tous les cépages se présentèrent dans un excellent état sanitaire lors des vendanges, avec une réelle richesse tant en sucre qu’en alcool et en acidité. Certes il fallut bien maîtriser les fermentations, notamment malolactiques, mais seuls les mauvais vignerons pouvaient manquer un millésime comme celui-là. Fait rare, 2005 a été réussi dans les trois couleurs, notamment en rouge où il a engendré de grands vins de garde, riches, puissants et expressifs. Les blancs se sont montrés un peu moins homogènes, mais dans l’ensemble très bien équilibrés pour les secs et d’une grande richesse pour les liquoreux, qui avaient bénéficié de bonnes conditions de botrytisation.
Comme en Bordelais, les vignobles du Sud-Ouest ont tiré parti de conditions météorologiques favorables, et notamment d’un été marqué par une alternance de journées chaudes et de nuits plus fraîches. Aussi le millésime a-t-il été de qualité grâce à une maturation sereine et à un bon état sanitaire des raisins. Les vins rouges se sont révélés colorés et bien construits, les blancs secs très aromatiques.
En Champagne et en Alsace, un millésime inégal
Idéale sur les bords de la Garonne, la météo fut plus mitigée sur le piémont vosgien et en Champagne, notamment au cours du printemps. Juin et juillet furent très prometteurs mais août se montra plus inégal, comme septembre.
En Champagne, les chardonnays vendangés au bon moment ont été très réussis, parfois exceptionnels par leur complexité. En Alsace, on constata une grande hétérogénéité, avec une prime pour les grands terroirs et les vignobles les mieux tenus.
En Bourgogne, le millésime « top model »
Fait rare et caractéristique des millésimes de mémoire, l’année fut aussi faste en Bourgogne qu’en Gironde. Après un hiver en dents de scie mais sans difficultés, le reste de l’année reproduisit les données générales du pays et atteignit même l’idéal grâce à un mois de juillet ensoleillé et sec, marqué par une grêle sans grave conséquence, une sécheresse qui ralentit la maturité, de petites pluies bienvenues et par la bise, le vent du nord, qui préserva l’état sanitaire. Au moment des vendanges, le pinot noir offrait une pellicule épaisse, le chardonnay, un profil quasi parfait, avec un équilibre sucre-acidité excellent.
Roland Masse, régisseur des Hospices de Beaune, a bien résumé la situation en évoquant un « millésime top model ». Les blancs, riches et aromatiques, se conserveront très bien ; les vins rouges, alliant une superbe matière à une élégance remarquable, seront de très grande garde.
La réussite a également été générale en Beaujolais qui a offert des vins aptes au vieillissement, charnus et bien équilibrés.
Le bonheur dans la Loire et dans les montagnes
D’amont en aval, l’année 2005 fut celle du bonheur pour les viticulteurs ligériens. Partout on trouva les mêmes données climatiques avec un temps sec et ensoleillé sans être caniculaire, qui aboutit à des vendanges précoces et saines. Le résultat ? Des blancs aromatiques, puissants et gras, bien équilibrés par la fraîcheur, et des vins rouges bien structurés, colorés et de bonne garde. Grands vainqueurs de l’année, les liquoreux, notamment passerillés, se sont révélés riches et bien équilibrés, rappelant les millésimes 1989 et 1996.
L’année 2005 a également laissé d’heureux souvenirs dans les montagnes : des vins de belle garde dans le Jura, en rouge comme en blanc ; une mondeuse triomphante et une altesse qui a justifié pleinement son nom, en Savoie, malgré quelques violents orages en été.
Soleil, vent et sécheresse sur le Rhône
Pendant un an, d’octobre 2004 à septembre 2005, trois mots résumèrent la météo rhodanienne : soleil, vent et sécheresse. Mais des gelées, fin février-début mars, ainsi que des pluies en avril et début septembre nuancèrent cette réalité. L’alternance de journées chaudes et de nuits fraîches en été donna des raisins aux pellicules fermes ; la maturation se fit sans heurt et la modération des températures préserva la fraîcheur des blancs. Sans être exceptionnels, les vins se sont révélés bien équilibrés, frais, denses et de bonne garde.
Les vignobles méditerranéens furent un peu moins à la fête, les déficits hydriques se cumulant d’année en année. Toutefois, certains cépages autochtones (carignan, grenache, mourvèdre), forts de leur capacité de résistance au vent et à la sécheresse, ont donné naissance à de très beaux vins. En blanc, 2005 restera comme un millésime de référence, tant pour la richesse aromatique des vins que pour la finesse de leur structure.
L’évolution des grands vins
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À boire à partir de |
À boire de préférence avant |
| Grands bordeaux rouges à majorité de cabernet-sauvignon |
2015-2017 |
2035-2040 |
| Grands bordeaux rouges à majorité de merlot |
2013-2015 |
2030-2035 |
| Sauternes-barsac |
2020 |
2070 |
| Grands bordeaux blancs (secs) |
2008-2009 |
2015-2020 |
| Grands bourgognes rouges |
2015 |
2025-2030 |
| Grands bourgognes blancs |
2010-2012 |
2015-2030 |
| Grands champagnes |
2012 |
2020 |
| Grands vins rouges de la vallée du Rhône |
2015 |
2023 |
Pour en savoir plus : Coffret Le Guide Hachette des Vins 2011 + livret 30 ans de millésimes.