Le blog de la rédaction
jan 28

Encore un coup de cœur chez les Geneletti. Après celui de 2011 décerné au vin jaune de Château-Chalon, celui de 2012 va au vin de paille de l’Etoile. Une décoration au revers de deux appellations singulières, berceaux de deux vins aussi prestigieux que typiques du Jura. Juste récompense car il faut bien du cœur à l’ouvrage, du travail, du temps et du talent, pour fabriquer ces vins liquoreux d’ambre cristallin.


L’Etoile et la paille

Dans la mosaïque de appellations du Jura, à côté de l’arbois et des côtes-du-jura, les plus vastes de la région, l’étoile et château-chalon sont deux des plus petites appellations françaises, et les toutes premières, crées en 1936 et 1937. C’est dans ces confins lointains que l’on découvre ces vieilles et uniques curiosités : les vins jaunes et les vins de paille. Auprès du village de L’Etoile posé au creux de cinq collines, on ne compte que cinq propriétés, la plus étendue ne dépasse pas une quinzaine d’hectares. Et on n’y fait que des vins blancs, secs à 80%, des vins jaunes et des vins de paille pour le reste. Soit, au domaine Geneletti, 7000 bouteilles en tout et pour tout pour ce millésime 2007. Et encore, David Geneletti est l’un des gros producteurs du village. Et puisqu’il a un pied de chaque côté, il compare en connaisseur : «Les sols argilo-calcaires légers de l’Etoile donnent plus d’élégance et de finesse aux vins qu’à Château-Chalon où affleurent les lourds marnes noirs du lias. L’Etoile fait des vins en dentelles». L’Etoile tient son nom des fossiles dessinés dans les roches des profondeurs, les crinoïdes, lointains cousins des oursins et des coraux, dont les tiges forment de petites étoiles à cinq branches.

Le patronyme des Geneletti sonne transalpin, il a été légué par le grand-père Gabriel, originaire du Piémont et marié à Simone, qui possédait deux fermes au village de l’Etoile. Leur fils Michel a repris les 10 ares de ce qu’on appelle toujours «la vigne de la grand-mère». Petit à petit, il a acheté des parcelles par ci par là, en a loué d’autres, pour rassembler la quinzaine d’hectares que compte aujourd’hui son exploitation. En 1997, il a reçu le renfort de son fils David. Michel demeure à l’Etoile et David habite à Château-Chalon, l’une des anciennes maisons d’Henri Maire, le célèbre vigneron, homme d’affaire avisé et expert en publicité qui fit connaître les vins du Jura.


Petite propriété et vins rares

Enfants du pays, les Geneletti sont passés maîtres dans l’art des vins jaunes et de paille. Le premier, un vin de voile, élaboré avec le cépage du cru, le savagnin, est élevé en barriques de bois durant au moins six ans et trois mois, souvent plus, sous son voile de levures qui le protège de l’oxydation. Il est embouteillé en clavelin, un flacon de 62 centilitres typique du Jura. Le vin de paille provient lui de raisins passerillés, séchés sur claies − autrefois sur un lit de paille.


Le passerillage, un savoir ancien

Le vin de paille du domaine Geneletti se compose de savagnin (à 40 %), cépage qui lègue aux vins du gras, du fruité et une minéralité aux accents de silex ; le chardonnay, vendangé précocement, donne de la structure et une pointe d’acidité ; quelques grappes de poulsard complètent l’assemblage. Ce cépage rouge est à l’origine d’arômes compotés. Le savoir-faire commence dès la vendange, où l’on choisit les belles grappes des vieilles vignes, à grains larges, écartés, peu serrés qui sècheront mieux. On enlève un à un les grains abîmés. Puis, c’est au grenier et à la cave que s’opère la magie du vin de paille. Au grenier, les grappes se dessèchent de longues semaines sur des claies grillagées et concentrent leur sucre. Concession moderne, des ventilateurs aident la nature. Les jours humides, il faut préserver les grappes du risque de pourriture. Mais tout chauffage est interdit. Ici comme ailleurs, le temps change : autrefois les vendanges finissaient souvent à la fin d’octobre, parfois sous la neige. Cette année, au domaine Geneletti elles se sont achevées le 3 septembre et le passerillage à mi-novembre.
Après le passerillage vient la pressée, suivi d’un élevage de trois ans en feuillettes de bois. Encore un vin jurassien qui demande de la patience. Le fruit de ce travail ? «La robe est ambrée et orangée, soutenue. L’intensité se confirme dans un nez de pruneau, de coing et de fruits secs. L’attaque en bouche est moelleuse, avec une acidité discrète mais présente. Les nuances aromatiques sont en harmonie avec le nez, agrumes en plus. Très dense et concentré», concluent les dégustateurs du Guide Hachette, qui se sont régalés.

Voir aussi : le Jura et ses vins

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déc 13

L’été 2008 en Bourgogne n’a été qu’averses et froidure. Floraison perturbée, pourriture. Il a plu jusqu’à la mi-septembre. Un « millésime de vigneron » donc, où le savoir-faire fait la différence. L’occasion de rencontrer Bertrand Devillard. Sa vigne du climat Aux Perdrix, en nuits-saint-georges, lui a valu plusieurs coups de cœur – non seulement dans ce millésime « acide », mais aussi dans l’année de la canicule, le 2003… et dans quelques autres.


Les Perdrix, c’est une belle histoire de coups de cœur ! 2003, 2005, 2007, 2008 en nuits-saint-georges, sans compter ceux obtenus en vosne-romanée et en grand cru échézeaux. Pas moins de neuf distinctions en une dizaine d’années. Les millésimes se suivent et ne se ressemblent pas. Bertrand Devillard possède en nuits-saint-georges un atout, un climat bien situé. S’y ajoute la touche du vigneron, celle de son maître de chai et avant tout leur quête exigeante de l’extrême maturité des pinots noirs.

Un beau parcours
Le domaine des Perdrix fait son entrée dans le Guide Hachette 2000, avec trois appellations millésimées 1997, dont deux s’adjugent la mention remarquable (deux étoiles). Son climat Aux perdrix en nuits-saint-georges était tombé dans l’oubli et longtemps fondu dans les premiers crus d’une maison de négoce de Nuits. Robert Parker s’étonna en le dégustant qu’on puisse encore faire de si belles découvertes en Bourgogne. A l’aveugle, les experts du Guide expriment un même enthousiasme.

Un climat en pente douce
Le climat… l’autre nom du terroir, en Bourgogne, soit un lieu-dit caractérisé par un sol et un microclimat. Celui des Perdrix se situe au sud de Nuits-Saint-Georges, à cheval sur la commune nuitonne et Premeaux, à l’extrémité méridionale de la Côte de Nuits. Il commence à la mi-pente et descend doucement jusqu’au pied du coteau. « Là où l’on fait les meilleurs vins », se réjouit Bertrand Devillard. Le sol, profond, mélange de sables, d’éboulis et d’argiles rosées, repose sur un socle de calcaire dur. « La circulation de l’eau est idéale », ajoute l’heureux propriétaire. Pas trop d’eau qui avachirait la vigne, pas trop peu, ce qui durcirait les vins. « Ici, au sud de Nuits, les vins gagnent plus de charpente et de corps. Au nord, du côté de Vosne-Romanée, ils sont plus précoces et moins charnus ».
Les Perdrix voisinent avec une jolie collection d’autres premiers crus : le Clos des Corvées, le Clos des Forêts Saint-Georges, les Argillières, les Terres Blanches.

Côté échézeaux
Côté grands crus, Bertrand Devillard n’est pas en reste, il a conquis pour le même millésime deux étoiles grâce à ses échézeaux, nés sur le ruban magique qui jouxte le Clos Vougeot. Alors que les Perdrix se montrent plus flatteurs dans leur jeunesse, avec un nez plus expansif, les échézeaux apparaissent fermés. En revanche, ils offrent d’entrée une bouche impressionnante : la signature d’un grand cru.

« Aujourd’hui, on préfère les vins aimables »
« Aller chercher la vraie maturité, ça exige de la moelle », comme le dit Bertrand Devillard. Dit autrement, il faut avoir les nerfs solides, la tête froide, les sens en éveil pour décider du moment exact de la vendange. L’heure juste où les grappes arrivent à leur parfaite maturité. Pas avant, pas après. Avec encore une pointe de fraîcheur et juste avant le crépuscule. « Notre principe est simple », dit Bertrand Devillard. « On fait du bon vin si on met en cuve des raisins mûrs et sains. Il faut savoir attendre. Sinon les tanins sont fermes et durs. Nos grands-parents aimaient cela. Autrefois, il était indécent de parler de fruit pour des grands vins. Aujourd’hui, on préfère des vins aimables ». Aux Perdrix, on déguste les raisins, on croque les pépins, on analyse aussi, évidemment. On ne laisse que cinq grappes par pied. Et on prie le ciel que le temps soit propice pour les vendanges.
Les plus anciennes plantations, au nord, datent de 1922. Les vieux pinots fournissent une cuvée puissante, racée, Les 8 Ouvrées (l’ouvrée étant l’unité de mesure bourguignonne qui équivaut à 4 ares 28, ce qu’un ouvrier travaillait dans sa journée). Les autres ceps ont entre 50 et 60 ans d’âge.

Les secrets du millésime 2008
« C’est un millésime de vigneron ! », jubile Bertrand Devillard. Le temps était resté gris et pluvieux toute la fin de l’été, les grappes s’abîmaient. « On a pris des risques. Je me rappelais avec inquiétude la sinistre année 1968, les vapeurs grises de poussière de botrytis flottant au-dessus des cuves ». Mais l’attente n’a pas été vaine. Le temps s’est mis au beau, un vent du nord a séché les grappes. Les vendanges ont enfin commencé, tardivement, début octobre. Sur la table de tri, de nombreuses grappes ont été jetées. « Au moins, on a gardé un taux d’acidité élevé, facteur de mise en valeur du fruit. Ce 2008 ira loin, car l’acidité est là ». Les dégustateurs du Guide Hachette ont rendu le même verdict : « Cette cuvée joue sur la finesse. La robe est rubis brillant. Le nez, délicat, évoque la cerise griotte et la groseille, ourlées d’un fin boisé. La bouche se révèle élégante et fraîche. Le fruit mûr est là, pimpant, rehaussé d’élégants tanins soulignant la persistance rare de la finale ». Bertrand Devillard partage ce coup de cœur avec ses enfants Aurore et Amaury, et son maître de chai, Robert Vernizeau.
Selon le producteur, les millésimes suivants s’annoncent aussi prometteurs : « Sur le 2010, on retrouve le 2008 plus éclatant encore en fruit et en fraîcheur, il sera très séduisant ». On espère donc le retrouver en bonne place dans une prochaine édition.

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nov 25

Le Clos de l’Echo 1981, un rouge, fut le coup de cœur de la 1ère édition du Guide. Si la version 2010 de ce vin a été jugée remarquable, c’est un blanc qui a obtenu un coup de cœur. L’occasion d’évoquer les rares mais délicieux chinon blancs, nés du chenin. Et un vigneron qui perpétue une tradition viticole sur une ancienne possession, dit-on, des parents de Rabelais.

L’écho du clos

Le Clos de l’Écho, parcelle la plus connue de la propriété, domine le château de Chinon dont la tour émerge des vignes. L’endroit est connu dans le voisinage pour un certain phénomène. Quand, du haut de ce coteau, vous criez : « Est-ce que les filles de Chinon sont fidèles ? ». « Non ! », répond l’écho malveillant.
En vérité, la vertu des belles Chinonaises n’est pas en doute. Les érudits du lieu vous expliqueront que, la voix se répercutant sur la muraille du château, il en revient, selon la loi des ondes, la 7e syllabe de la question, soit le Non de Chi-non.
Sur le domaine naît aussi une rareté : un blanc brillant et délicieux, fait de pur chenin. Les blancs de Chinon ne sont qu’une goutte d’or (2 %) dans cette Touraine occidentale sous l’empire des rouges cabernets francs. La cuvée Les Chanteaux, coup de cœur du Guide Hachette 2012 dans le millésime 2010, provient de trois parcelles : les Goupillières au hameau de Saint-Louans, les Bielles à Beaumont-en-Véron et la parcelle à l’arrière du Clos de l’Écho. « Le calcaire apporte une grande minéralité au vin, une longueur, une profondeur, une bouche plus tendue », se réjouit Arnaud Couly. Qui ajoute : « Ce blanc-là reste présent sur le plat, sur les poissons au beurre. »

Le chenin de Chinon
Le chenin est le cépage classique de la Loire, avec le sauvignon. Il se déploie des vouvray les plus secs aux liquoreux d’Anjou et aux crémant-de-loire. Le travail du vigneron est de maîtriser cette variété très fructifère. Au domaine Couly-Dutheil, cela commence dès la taille, choisie courte, puis en cours de saison par plusieurs vendanges vertes jusqu’aux tous derniers jours, où l’on ôte les grappes les moins mûres. Avantage en revanche, avec sa peau très dure, le chenin n’est pas fragile et on le laisser mûrir dans l’arrière-saison, jusqu’à la mi-octobre. Et alors, à la vendange, Arnaud Couly et ses équipiers poussent encore la minutie : tries successives, étalées parfois sur un mois. On récolte les raisins les plus mûrs, puis on attend et on revient une semaine après. Ensuite, viennent trois ou quatre mois d’élevage sur lies selon les millésimes, puis l’embouteillage, précoce, « pour garder le maximum de fruit ». « Le chenin fait des blancs secs tendres », précise Arnaud. « Les asperges sont sa spécialité », ajoute le gourmet ; « on peut aussi le boire en apéritif ».

Le style Arnaud

« Le fruité, c’est la personnalité des vins de Loire », affirme Arnaud Couly. Sa règle d’or à lui : « Pleine maturité, plein fruit ». Le domaine Couly-Dutheil fêtera l’an prochain sa 90e récolte. Le Clos de l’Olive, un des fleurons du domaine, porte le nom de son ancien seigneur, Charles Liénard de l’Olive, qui prit possession de la Guadeloupe au XVIIe siècle ; ici les plus vieux ceps sont centenaires. Quant au Clos de l’Écho, en regard du château de Chinon, il aurait appartenu aux parents de François Rabelais. C’est dire l’ancienneté du vignoble sur ces coteaux. Baptiste Couly, arrivé de sa Corrèze natale, s’y était établi en 1921 sur cinq hectares du Clos de l’Écho, et trois générations l’ont suivi : René Couly et son épouse Madeleine Dutheil qui ont acquis le gros des vignes actuelles, puis Jacques dans les années 1970, et enfin son fils Arnaud arrivé en 1997. « Les styles varient suivant les générations », explique Arnaud, « Autrefois les vins étaient plus verts, plus austères. J’ai changé le style de la maison pour faire des vins plus floraux, plus fruités, plus minéraux. J’ai abandonné l’élevage en barriques, une vraie révolution chez nous. Aujourd’hui, les vignerons sont plus proches de la vigne et des parcelles et cherchent une meilleure maturité. Et puis à présent on goûte les raisins », sourit-il. « Sur un arbre, on ne cueille pas le fruit vert, mais celui qui est bien mûr ! » Bien mûr ! Bien mûr ! répondit l’écho…

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oct 27


Autrefois une exception, le Haut-Marbuzet est devenu un exemple du saint-estèphe moderne. Grâce à son créateur, Henri Duboscq, et à son culte du suave et soyeux merlot, sublimé dans ses bouteilles à découvrir dès leur jeunesse. Subtil paradoxe dans la patrie du mâle et fougueux cabernet-sauvignon, moins présent ici que dans d’autres crus de l’appellation.


Le puzzle des Mac Carthy

Dans l’après-guerre, Hervé, le père d’Henri Duboscq, était sous-chef de gare à Langon (et capitaine de l’équipe de rugby du coin). Pour améliorer l’ordinaire, le cheminot s’était établi représentant en bouchons. Une décision qui allait placer sa famille sur de bons rails. Un jour, un propriétaire barsacais de ses clients le poussa à quitter la SNCF, et Hervé, de voies en vin, s’installa marchand de vin. Puis un autre jour, de vin en vignes, il acquit en viager, en 1952, une parcelle à Saint-Estèphe, 7 ha de l’ancienne propriété des Mac Carthy. Des Irlandais jacobites chassés par les persécutions anglicanes, émigrés en Bordelais comme les Lynch, les Clarke, ou les Barton. Dans une guerre de succession, les vignes avaient été découpées en huit parts et vendues aux laboureurs du hameau. C’est l’une d’elles qui échut à Hervé des années après. Et cinquante ans durant, les Duboscq père et fils ont rassemblé une à une les huit pièces éparses, comme un puzzle, et reconstitué le domaine des Mac Carthy. Aujourd’hui, Le Haut-Marbuzet compte 75 ha. Henri Duboscq a rejoint son père en 1962 et pris sa suite en 1974. Il vient de fêter sa cinquantième vendange. Ses fils Bruno et Hughes l’ont suivi. « Notre vigne nous aime », sourit Henri.


« Le vin que j’aime »

« Autrefois, on buvait les médoc à trente ans, remarque Henri Duboscq. Moi, j’ai toujours fait les vins que j’aimais, des vins agréables à boire jeunes. Et tout le monde va dans ce sens à présent. J’ai été le pionnier d’un goût ». Le goût du merlot. Cépage voluptueux quand il est jeune, plein de rondeur, de chair et d’opulence. De fait, sa part s’accroît dans les vignobles du Médoc. « Le merlot est séducteur, ajoute Henri Duboscq, et le cabernet-sauvignon, cérébral. L’hédonisme du merlot tempère le cabernet. » Ce propriétaire assemble à 50 % de merlot, 40 % de cabernet-sauvignon et 10 % de petit-verdot, cépage médocain. Original encore, il cueille depuis toujours ses raisins au bord de la surmaturité. « Il y a quarante ans, peu de gens s’occupaient de la maturité de la peau et des pépins. À l’époque, je croquais les raisins et j’attendais le tout dernier moment, d’instinct, pour commencer les vendanges. Aujourd’hui on a des instruments de mesure ». Précurseur toujours, il élève son vin en barriques neuves. « Quand je suis arrivé, il n’y avait pas de barriques dans le chai, alors j’ai bien été obligé d’en acheter des neuves ! », justifie-t-il. « Mais plus les vignes vieillissent, moins le bois marque le vin », précise-t-il. Plus de merlot et moins de bois : la tendance actuelle.


Sous le plateau de Marbuzet


Entre Cos d’Estournel et Montrose, les vignes du Haut-Marbuzet s’inclinent en pente douce vers l’estuaire. « Les grands vins en Médoc viennent des vignes qui regardent le fleuve », jubile Henri Duboscq. Les ceps s’enracinent dans le socle des argiles de Saint-Estèphe, traversés de veines ferriques et de calcaire, sous les graves de surface, qui adoucissent les froidures, tempèrent les chaleurs et drainent les pluies. Henri Duboscq se féliciterait presque du réchauffement climatique. À la différence de ses voisins de Pauillac, Margaux ou Saint-Julien, les particularismes géologiques du plateau de Marbuzet, ses argiles profondes qui conservent l’eau, préservent les merlots du stress hydrique des étés chauds. « Dans les étés de canicule, en 2003, 2005, 2009, 2010, mes vignes donnent leur quintessence », se réjouit-il. Le bonheur de ses merlots passe avant tout.


Le millésime 2008 vu par le Guide

À vrai dire, si l’on en juge par les notices du Guide Hachette au cours de la dernière décennie, on est surtout frappé par la belle constance du cru, de millésime en millésime : les étoiles du Guide, chaque année, vont le plus souvent par paire. Et le 2008, dernier dégusté, pour n’être pas le fruit d’un été caniculaire, ne démérite pas : coup de cœur ! Voici ce qu’en disaient les jurés au début de l’année :
« La richesse du bouquet bien typé (fruits noirs, toasté, moka) invite à poursuivre la dégustation. Au palais se dessine un ensemble de grande qualité, promis à un bel avenir : attaque fraîche, milieu de bouche onctueux et concentré, tanins virils, finale très longue. Tout est réuni pour permettre une garde d’au moins cinq ou six ans, et bien plus encore pour de nouvelles sensations. »
On voit par là qu’en Bordelais, la notion de jeunesse est toute relative…

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sept 21

« Paré d’une robe intense et profonde, d’un noir d’encre, ce 2009 laisse poindre les épices et les fruits rouges derrière le toasté de l’élevage. En bouche, c’est un monstre de concentration, d’une puissance et d’une densité exceptionnelles, bâti sur des tannins mûrs et solidement arrimés »… Les hommes de l’art qui ont goûté cette Grappe d’Or – hermitage Cuvée Emilie rouge 2009 - en sont presque restés en mal d’adjectifs. Bouche bée et les yeux écarquillés.


Terroirs et assemblages, les secrets d’Emilie

Philippe Desmeure, le père d’Emilie, a une explication d’évidence à cette perfection : «Avec un bon raisin, dit-il, modeste, on a de bonnes cuvées, et la vinification se fait toute seule. C’est le travail dans les vignes qui fait la différence». Et il livre avec gourmandise les petits secrets d’Emilie jolie et de ses syrahs. Elles habitent deux terroirs chez lui, le coteau au lieu-dit Roucoulle, une petite parcelle qui donne des vins élégants, et les Grandes Vignes, sur des pentes aménagées en terrasses taillées dans le granit, à l’origine de vins rustiques, puissants et minéraux. L’assemblage réunit ces contraires en harmonie.


Une viticulture minutieuse


Le soin attentif de la vigne, voilà la règle d’or aux Rémizières et le mystère de l’éclat d’Emilie. On effectue deux, voire trois tris sur souches au cours de la saison. Au premier, on retire les grappes trop serrées et entassées qui s’étouffent. Aération, donc croissance au soleil pour les rescapées, et maturation homogène des raisins. Au second, on enlève les grappes en retard, ce qui profite aux autres, les arme de pellicules épaisses résistant aux intempéries, et permet une vendange précoce et bien mûre. En cave, la vinification traditionnelle est longue, une trentaine de jours. C’est là qu’officie Emilie, la fille de Philippe, déguste les jus jour après jour et décide du jour J où arrêter les macérations. Pour finir, cette fameuse cuvée Emilie est élevée durant 12 à 14 mois en barriques de chêne neuves.


Quand spécialisation rime avec ambition


Tout avait commencé avec le grand père, Alphonse Desmeure. Dans l’après-guerre, il possède un verger de cerisiers, d’abricotiers, de pêchers – des cultures traditionnelles dans la Drôme -, et 4 hectares de vignes. Son épouse est clerc de notaire, pour arrondir l’ordinaire. Quand leur fils Philippe grandit et se sent pousser des ailes de vigneron, Alphonse voit plus grand pour lui. Il commence à arracher des quartiers de fruitiers et y plante des vignes, puis lance la mise en bouteilles. Et dans l’année 1977, Philippe s’installe, poursuit l’expansion, défriche des parcelles en coteaux, en achète d’autres. « Je n’ai jamais pensé faire autre chose, dit-il. On ne se pose pas la question, c’est naturel, une suite logique ». Pas peu fier d’entrer chez les grands, il a posé un pied d’abord en hermitage, puis ces dernières années en saint-joseph (2 hectares et demi, bientôt 4), à côté de ses Crozes-Hermitage. Le domaine des Rémizières compte aujourd’hui 32 hectares entre 7 communes des deux rives du Rhône. Deux des enfants de Philippe Desmeure sont arrivés en renfort. Emilie la première, diplômée en œnologie à Dijon, affectée à la cave, puis Christophe dans les vignes. Curiosité en ces contrées, un tiers de la production des Rémizières se compose de blancs, nés sur les coteaux de terres blanches des Pends. La Cuvée particulière, de pure marsanne, et la cuvée Christophe, issue de vieilles vignes de marsanne et d’un doigt de roussanne.

La petite entreprise de famille tourne bien, avec passion, talent et ambition. « A mes débuts, j’ai commencé par faire une barrique, 300 bouteilles, explique Philippe Desmeure, elle est vite partie. Puis une deuxième, une troisième. Il en manquait toujours. C’est la clientèle fidèle qui a fait le domaine ». Le bouche à oreille ne trompe pas. Et une Grappe d’or au Guide Hachette non plus.

A lire également :
- Cédric Gravier, Domaine la Suffrène (grappe d’argent du Guide Hachette des Vins 2012 pour son bandol blanc 2010)
- Marc Jambon, Domaine Marc Jambon et Fils (grappe de bronze du Guide Hachette des Vins 2012 pour son mâcon Pierreclos blanc 2009 Cuvée Fût de chêne)

 

William Luret

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sept 20

Le domaine a obtenu la grappe de bronze de l’édition 2012 du Guide Hachette des Vins pour son mâcon Pierreclos blanc 2009 Cuvée Fût de chêne. La renommée des vins de la propriété ne date pas d’hier toutefois, mais d’avant-hier. De l’avant dernier siècle ! Dans l’ouvrage de référence d’alors, « Les vins du Beaujolais, du Mâconnais et du Chalonnais », de Vermorel et Danguy, daté de 1892, les sus-nommés écrivent : « Les meilleurs vins blancs de la commune de Pierreclos sont ceux de la Roche et des Charmes. Et Marc Jambon de s’esclamer : « Le hameau de la Roche, c’est là où j’habite ! ».


Tradition d’excellence


Les deux auteurs poursuivent : « Les vins blancs acquièrent en vieillissant une grande finesse. Les vignes sont particulièrement bien soignées ». Un compliment confirmé en 1907 par une vieille médaille écaillée, trônant à la place d’honneur dans le chai, un premier prix des vins blancs à l’exposition générale de Mâcon. La famille Jambon est installée à Pierreclos depuis 1750. Peut-être même davantage, Marc n’a pas achevé encore ses recherches généalogiques…


Au vingt-et-unième siècle, aujourd’hui, les vignes sont toujours bien tenues et le vin tout aussi délicieux. La grappe de bronze du Guide Hachette l’atteste et nos dégustateurs le couvrent autant d’éloges que ceux de 1892 : « un vin d’un bel éclat, animé de reflets or pâle, au nez fin et élégant, peu marqué par le fût. Dans la continuité, la bouche est complexe, bien structurée, mais fondue, riche et longue. Un excellent mariage entre le vin et le chêne ».


Vocation tardive


Marc Jambon n’est pas entré en vignes comme en religion, il a pris des détours profanes. Le domaine des aïeux était minuscule : 3 ha et demi, en tout et pour tout, et ses parents ne désiraient pas le voir prendre leur suite. Alors Marc a entrepris une carrière dans l’industrie chimique, dans un centre de recherche à Lyon. «Puis un jour je suis revenu chez moi, avoue-t-il, c’était un vieux rêve enfoui. Je ne suis pas un citadin. D’ailleurs je suis né pendant les vendanges 1944 et durant mon enfance je n’ai jamais manqué une vendange». Il a repris le domaine en 1970, acheté des parcelles petit à petit et porté son bien à 9 ha. Il vendait alors son raisin à la coopérative. Quand son fils Pierre Antoine a pris la relève, il s’est émancipé et, en 1999, a mis son vin en bouteille. « C’est lui l’artisan désormais », précise le père.



Vins minéraux…


Le hameau de La Roche chevauche une faille géologique : à l’ouest, les granites et à l’est, les calcaires argileux. L’essentiel des parcelles du domaine se trouvent là ; d’un côté 4 ha de gamay, de l’autre 5 ha de chardonnay. «Nos vins blancs ont une minéralité marquée, dit Marc, remarquez, ici il y a de la minéralité rien que dans le nom des lieux : Pierreclos ou La Roche ! » Des arômes de pierre à fusil, d’acacia, de tilleul, mais aussi d’agrumes et de pêche. La meilleure part des blancs est vinifiée et élevée en fût de chêne sur ses lies, pendant un an.


…et « vins de dames »


La belle curiosité du domaine, Pierre Antoine en est l’initiateur : des vins liquoreux. Lors d’un stage à Saint-Emilion, il était allé visiter Yquem. L’année d’après, il avait élaboré une bonbonne de liquoreux à Pierreclos. Cette cuvée, il l’a créée aussi en souvenir aussi de l’arrière-grand-mère Joséphine qui, dans les années 1920, appelait ces douceurs « vins de Dames ». Elle avait tarabusté tant et plus son époux – qui, lui, ne goûtait guère de telles productions, des mièvreries selon lui -, qu’il lui en fabriquait quelques flacons. Aujourd’hui, à Pierreclos, les liquoreux se déclinent en une cuvée de la Saint-Martin, récoltée début novembre, et en une Noblesse du chardonnay, le nectar des nectars. Des raretés en Mâconnais et plus encore en Bourgogne.


A lire également :
- Philippe Desmeures, Domaine des Remizières (grappe d’or du Guide Hachette des Vins 2012 pour son hermitage rouge cuvée Emilie 2009)
- Cédric Gravier, Domaine la Suffrène (grappe d’argent du Guide Hachette des Vins 2012 pour son bandol blanc 2010)


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sept 19

Des raisins blancs sur les pentes de Bandol, on ne vous croira jamais… Pourtant, au pays du mourvèdre, roi des « rouges grand soleil », un vigneron a su convaincre les incrédules : Cédric Gravier a remporté la Grappe d’argent du Guide Hachette des Vins 2012, soulignée d’un coup de cœur et deux étoiles, pour le blanc 2010 de son domaine La Suffrène.



Bandol vu d’Amérique

Sa vocation de vigneron lui est venue comme une évidence. Quand, après le bac, un intermède américain lui a montré sa voie. Le clin d’œil du destin. Aux Etats-Unis, le petit Frenchie découvrit l’admiration éperdue des Yankees pour cette beautiful old France, ses paysages, son patrimoine, son art de vivre, les plaisirs de sa gastronomie si raffinée… et ses vins si délicieux. Son avenir se trouvait sous ses pas, de l’autre côté de l’Atlantique, et il ne le savait pas. Les Américains lui ont appris d’où il venait. Au retour, il se plongea dare-dare dans l’apprentissage du métier de vigneron à Aix et à Hyères, puis à la Cadière-d’Azur. Car les grands-parents, Fortuné et Marie-Rose, possédaient quelques vignes aux abords du village. Cédric, le minot de Marseille, l’enfant de la ville, y passait ses vacances l’été, à courir entre les rangs et dans les bois, en liberté. Fortuné portait alors ses raisins à la coopérative. Et comme fait exprès, en 1996 le contrat arrivait à échéance. Cédric était fin-prêt, ses études terminées : il reprit l’exploitation à son compte, à 23 ans. Et Fortuné, à 83 passés, chevauche encore aujourd’hui le tracteur quand il le faut.

Le domaine compte à présent une cinquantaine d’hectares, morcelés entre une centaine de parcelles, pour moitié plantées en mourvèdre, bandol rouge oblige, le reste en grenache, cinsault et carignan. Clairette, ugni blanc et sauvignon composent les blancs, qui ne fournissent guère plus de 5 % de la production. Quant aux rosés, la couleur très en vogue, ils représentent 70 %. Cédric cultive aussi un millier d’oliviers et a acquis un moulin. « La vigne et l’olivier, c’est le paysage provençal typique, dit-il, et il faut le préserver ».

Quand la clairette habille l’ugni


« Mes blancs sont des vins de soleil, des vins chaleureux », explique Cédric Gravier, «Avec mes très vieilles clairette, je travaille sur le gras ». Il compose ses cuvées à partir de la clairette et de l’ugni, à parts égales, et à sa façon bien à lui, c’est-à-dire en effectuant une macération pelliculaire des raisins de clairette dans le jus des ugnis. Ces derniers apportent le « squelette » du vin et son acidité, et la clairette avec ses peaux, la finesse et l’élégance. « La clairette habille l’ugni », résume Cédric. Aussi simple à dire que difficile à faire… Un blanc de race, décrivent les dégustateurs : « Le nez libère des arômes complexes de pêche, d’abricot, d’agrumes et de jasmin. La bouche, à l’unisson, dévoile une superbe matière, ample, persistante et fraîche, et laisse en finale le souvenir d’une rare élégance. »


A la mémoire du Bailli


Le Domaine s’appelle «La Suffrène», la vieille maison du Castellet porte ce nom sur le cadastre et Cédric en a cherché la raison. Un érudit du village, Jean Cachard, lui a soufflé une réponse : Le Bailli de Suffren, le vice-amiral de Louis XVI, l’aurait offerte à une dame de son cœur. Légende pudique, car selon la tradition, cet intrépide et glorieux marin à l’allure gargantuesque aurait plutôt été friand de ses petits moussaillons. Mais n’écornons pas la légende…

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui à La Suffrène, un minot marseillais a trouvé sa vérité. Les collines de La Cadière et les saisons de la vigne en ont fait un homme heureux. Thank you, Oncle Sam !


A lire également :
- Philippe Desmeures, Domaine des Remizières (grappe d’or du Guide Hachette des Vins 2012 pour son hermitage rouge cuvée Emilie 2009)
- Marc Jambon, Domaine Marc Jambon et Fils (grappe de bronze du Guide Hachette des Vins 2012 pour son mâcon Pierreclos blanc 2009 Cuvée Fût de chêne)


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nov 19

Du jeudi 25 au lundi 29 novembre prochains se tiendra à Paris le Salon des vins des vignerons indépendants, rendez-vous majeur pour les amateurs de vin. À découvrir en exclusivité : 12 coups de cœur du Guide Hachette des Vins 2011 et un Guide de visite.


Parmi les quelque mille producteurs réunis au parc des expositions de la Porte de Versailles, nombreux sont ceux dont les vins apparaissent régulièrement dans le Guide Hachette des Vins. Une quarantaine d’entre eux ont d’ailleurs vu l’une de leur cuvée obtenir un coup de cœur dans la dernière édition.


Pour une visite guidée… par le Guide, nous avons sélectionné 12 de ces domaines. Toutes les régions viticoles, ou presque (aucun des coups de cœur du Beaujolais et de la Champagne ne sont présents au salon cette année), sont ainsi représentées.


Et pour que la visite soit vraiment parfaite, nous avons préparé, grâce à l’outil très pratique proposé sur le site du salon, un plan de situation pré-rempli avec les domaines choisis.



Alsace grand cru Zinnkoepflé (Alsace) :
Haag – Gewurztraminer Cuvée Marie 2008
(stand C33)



Château-chalon (Jura) :
Domaine Geneletti – 2003
(stand B16)



Crozes-hermitage (Vallée du Rhône) :
Domaine Michelas-Saint-Jemms – La Chasselière 2008 rouge
(stand L19)



Graves (Bordelais) :
Ch. Magneau – Julien 2009 blanc
(stand L17)



Monbazillac (Sud-Ouest) :
Domaine l’Ancienne Cure – L’Abbaye 2007
(stand H10)



Muscat-de-rivesaltes (Roussillon) :
Domaine Cazes – 1992
(stand B42)



Palette (Provence) :
Château Henri Bonnaud – Quintessence 2009 blanc
(stand G15)



Pineau-des-charentes (Poitou-Charentes) :
Thierry Pouilloux – Blanc
(stand B59)



Quarts-de-chaume (Vallée de la Loire) :
Domaine de la Roche Moreau – 2008
(stand K71)



Vin-de-savoie (Savoie) :
Domaine Jean Vullien et Fils – Chignin-Bergeron Harmonie 2009 blanc
(stand R62)



Vins de pays Hauts de Badens (Languedoc) :
Domaine la Grave – Cabernet-sauvignon 2008
(stand A53)




Vosne-romanée (Bourgogne)
:
Domaine Guyon – Les Charmes de Mazières 2008 rouge
(stand R43)


Attention toutefois : si vous trouverez à coup sûr ces domaines dans les allées du salon, nous ne pouvons vous assurer la présence des coups de cœur sur les stands. N’hésitez pas à demander au producteur si ces vins sont encore disponibles.


Bonne visite et bonne(s) dégustation(s) !


Pour plus d’informations: www.vigneron-independant.com

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oct 06

Grappe d’or du Guide Hachette des Vins 2011, Domaine Gros frère et sœur, Grand cru Richebourg 2008


« Il y a deux sortes de vignerons aujourd’hui en Bourgogne », remarque Bernard Gros. « Il y a ceux qui font du vin avec de l’argent et ceux qui font un peu d’argent avec du vin. » Un résumé de la métamorphose en cours en Bourgogne ? Les terres familiales s’émiettent un peu à la relève des générations. Des banques ou des sociétés les rachètent, car les parcelles coûtent à présent le prix des œuvres d’art. « Le paysage change. Bien ou mal, dit-il, c’est comme ça. Les vignerons bourguignons qui possèdent leurs vignes sont de moins en moins nombreux. »


De ces vieilles familles du terroir, Bernard Gros est l’une des figures les plus représentatives. L’histoire des siens commence quand Alphonse Gros, venant du côté de Nuits-Saint-Georges, s’installe à Vosne en 1830. Le commerce prospère, la propriété s’agrandit avec le temps, au fil des générations. Deux hectares de Richebourg pour commencer en 1882, puis deux parcelles de clos-de-vougeot, quelques ares de grands-échézeaux et trois hectares d’échézeaux. Jusqu’à ce qu’en 1963 la propriété soit partagée entre les quatre héritiers de Louis : Jean et François, qui constituent chacun leur exploitation, Gustave et Colette, qui réunissent leurs parts et fondent le domaine Gros frère et sœur, avant de le confier vingt ans après à leur neveu Bernard. La famille a essaimé. Aujourd’hui, trois branches de Gros sont installées sur la commune de Vosne, et une quatrième à Pommard et à Beaune.


Bernard Gros prend la relève à 22 ans, sitôt libéré de son service militaire. Il replante toutes les parcelles de vieilles vignes fourbues et y ajoute 12 nouveaux hectares en hautes-côtes-de-nuits, au-dessus de Vosne-Romanée. Qui complètent ses quatre précieux grands crus : 69 ares de richebourg, à quelques rangs de pinot noir de la romanée-conti, 37 ares de grands-échézeaux, 93 d’échézeaux, et 75 de clos-de-vougeot Musigni. Soit au total une vingtaine d’hectares.



Trois décennies plus tard, l’œuvre accomplie est remarquable. Trois coups de cœur en quatre ans pour son grand cru richebourg ! Une constance rare. Et la consécration avec la Grappe d’or du Guide Hachette des Vins 2011. « Ce vin s’ouvre sur le fruit noir et des notes empyreumatiques. La marque de l’élevage est présente également en bouche, conférant de la puissance à une matière ronde et grasse qui enrobe le tanin. Un vin profond, bien dans l’esprit des grands crus du domaine », écrivent les dégustateurs. Et ne dit-on pas du richebourg qu’il remplit le verre rien que par son nom ? « C’est le terroir qui parle », réplique Bernard Gros avec modestie. Et comme une excuse, il ajoute : « Le raisin est le maître de tout, 80 % des qualités du vin sont dans la vigne ». Il les connaît par cœur, sa terre et son pinot noir ! Il est tombé dedans quand il était petit !


Le terroir, d’abord. Le vigneron se fait géologue. Le vignoble de la Côte de Nuits, qui repose sur des terrains d’époque jurassique, est implanté sur le rebord d’une faille. Le jeu de multiples fractures explique la diversité de ses sols. « À un mètre près, ici, d’une faille à l’autre, les vins sont différents. Les grands crus sont concentrés à mi-côte, sur la faille. » Et il conclut, avec modestie : « On a la chance d’être bien nés. Toute la différence ne vient pas de ma science, mais du sous-sol. »



Le pinot noir ensuite, l’âme de la Bourgogne. Les pieds replantés il y a 20 ans s’enracinent de plus en plus profondément dans le sol, et ses vins gagnent ainsi en complexité. « Le pinot noir est extrêmement délicat, c’est pourquoi il est inimitable. Il n’aime ni le froid, ni le chaud. Et comme tous nos vins sont des monocépages, on n’a rien pour se rattraper les mauvaises années. » Mais Bernard Gros a trouvé une manière de parade : les rangs plus espacés et le palissage plus haut que chez ses confrères.


« Les générations actuelles demandent des vins plus gourmands, plus en rondeur, qui exigent des raisins très mûrs, constate Bernard Gros. On aime moins les vins un peu acides d’autrefois. » Si la physionomie du vignoble de Bourgogne change, il en va de même de ses vins, sous l’effet des usages et des goûts d’aujourd’hui. Et à Vosne, la dynastie des Gros tient ferme la barre et haut le flambeau dans les bourrasques.


Voir aussi
- La sélection en richebourg du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Les Grappes du Guide Hachette des Vins 2011
- Découvrir l’appellation richebourg
- Les accords gourmands avec le richebourg



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sept 22

Grappe de bronze du Guide Hachette des Vins 2011 pour son saumur-champigny Domaine de Nerleux Clos des Châtains 2008


Aux dernières vendanges, Régis Neau a eu les honneurs du 20 heures de Laurence Ferrari sur TF1. Le reportage entendait illustrer les effets du réchauffement climatique par un reportage dans les vignes de Nerleux (ou « Nerloo » en français du XVIe siècle, autrement dit aujourd’hui, « les loups noirs »).

Le Val de Loire n’est pas encore le désert de Gobi, mais avec le temps, Régis Neau a observé quelques petits changements : « On vendange à peu près à la même époque qu’autrefois, note-t-il, mais les raisins sont à présent beaucoup plus mûrs. Et tandis qu’on sortait des vins à 10 degrés, ils atteignent naturellement aujourd’hui les 12 ou 13 degrés. » De ce fait, leur caractère change. Le Val de Loire, auparavant terre de vins légers, fruités, frais et gouleyants, donne, semblerait-il, des vins plus corpulents. Le réchauffement du climat est-il la cause essentielle de ce caractère ?



Il y en a bien d’autres, propres à Nerleux. A commencer le fameux tuffeau local. Ce calcaire crayeux, roche sédimentaire poreuse et friable, formant des strates recouvertes d’une mince couche de terre, constitue le terroir privilégié de la Touraine occidentale et du Saumurois. « C’est là que le cabernet franc s’exprime le mieux, explique Régis Neau. Ses racines s’enfoncent jusqu’à quinze ou vingt mètres à travers la roche pour puiser leur eau. L’alimentation est ainsi régulière et cela préserve la plante de tout stress hydrique. Sur un terrain trop sec, le cabernet franc donne des tanins plus durs. Ici, il acquiert une pointe d’acidité, une belle fraîcheur Une envie de revenez-y ! ».


La qualité de son Clos des Châtains tient aussi à la vigne et aux soins impitoyables qu’il lui applique. Sur les flancs sud-ouest de la butte de Saint-Cyr-en-Bourg, le Clos recèle les plus vieux ceps du domaine (70 ans d’âge), dont la faible vigueur entraîne de faibles rendements. Les grappes sont petites et sucrées. Tant mieux pour la profondeur du goût. En outre, Régis Neau pratique une culture raisonnée : plus aucun engrais chimique ou organique dans les rangs, des parcelles ensemencées de fétuque et de pâturin. L’herbe aspire les excès d’eau et dispute sa nourriture aux pieds de vigne : un régime d’ascète pour les ceps. Il faut souffrir… Notez que pour l’ensemble de l’appellation saumur, un ingénieur agronome a été recruté, chargé de veiller au respect des équilibres naturels.



Au domaine de Nerleux, les vendanges débutent le plus tard possible, pour attendre les raisins les plus mûrs ; et à la cave, durant la macération, on pratique ici des remontées à l’air plutôt qu’un pigeage mécanique. Une façon de faire inventée dans le Val de Loire permettant de renforcer la couleur des vins, qui en manquaient auparavant, et d’assouplir les tanins. Puis arrive la mise en bouteille, quatorze mois plus tard, après deux hivers en cave.



Côté généalogie, la neuvième génération des vignerons de Nerleux s’apprête à faire ses premières armes : Amélie, la fille de Régis. Petite fille, elle se voyait déjà vigneronne, mais ses parents l’avaient dissuadée de se lancer trop tôt. Alors elle s’est constituée un solide bagage commercial et financier, a travaillé dans une banque pendant dix ans puis est revenue au pays, après un détour au lycée viticole de Montreuil-Bellay. Le 1er janvier 2011 s’accomplira son rêve d’enfant… Son père Régis, lui, avait repris le domaine en 1974. Il l’a restructuré, replanté et agrandi, portant sa surface de 18 à 47 hectares. Et Nerleux est devenu un incontournable. Si l’on y produisait auparavant deux tiers de vins blancs pour un tiers de rouges, les proportions sont aujourd’hui inversées. Mais le Saumurois est éclectique et Régis Neau propose, outre des rouges et des blancs (la cuvée Les Loups blancs issue de chenin a frôlé le coup de cœur du Guide Hachette 2011), des crémant-de-loire ou encore, les années fastes, des coteaux-de-saumur liquoreux. Dire que l’aïeul Robert, en retrouvant ses vignes en friches au retour des tranchées de la Grande Guerre, de désespoir, avait voulu vendre son domaine!


On laissera aux experts du Guide Hachette le mot de la fin sur ce Clos des Châtains du domaine de Nerleux : « Un vin chaleureux et délicat à la fois. Une robe grenat intense aux reflets noirs. Un nez puissant évoquant les fruits noirs, la confiture de mûres notamment. Une bouche riche dotée d’une solide charpente et laissant une sensation fruitée remarquable. »


Voir aussi
- La sélection en saumur-champigny du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- A la découverte de l’appellation saumur-champigny
- Les Grappes du Guide Hachette des Vins 2011

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