nov 21

La 151e Vente de vins des Hospices de Beaune s’est terminée sur une baisse des cours de – 6 % : un résultat modeste, mais pour ce millésime sans éclat, dans un contexte économique difficile, ce n’est pas une catastrophe, loin de là. Et ce sont tout de même 4,9 millions d’euros qui reviennent ainsi à l’hôpital de Beaune.





Un millésime de blancs, souple en rouge

Pas d’arrogance en 2011. On a rangé les qualificatifs de « millésime du siècle », (trop) vite dégainés en 2009. Roland Masse, le régisseur du domaine des Hospices, dont le style débonnaire et chaleureux se prête mal à la langue de bois, reconnaît avoir eu affaire à « un millésime pas facile à gérer ». « Je craignais des maturités excessives. Je ne voulais surtout pas rentrer des raisins à 13 ou 14 degrés d’alcool potentiel, comme l’an dernier. Je pense y être arrivé. On a rentré des blancs à 12,5° potentiel, parfaits. En rouge, on avait le double problème de la maturité et de la pourriture. Soit on vendangeait trop tôt et le raisin n’était pas mûr, soit trop tard pour avoir du raisin bien mûr – mais pourri. Au final, on a eu des pinots noirs pas surchargés en sucres. On a vinifié tout en douceur avec beaucoup de baies non foulées, en prolongeant les fermentations alcooliques au maximum, pour préserver le soyeux des tanins. Les cuvaisons ont donc été plus longues qu’en 2010. Les vins sont gourmands avec des tanins ronds. J’appelle ça un ‘millésime de sommelier’, facile à servir à table. Les blancs sont gracieux et ils ont leurs aficionados cette année. » De fait, ce sont eux qui ont remorqué une vente qui s’enlisait dans les vins rouges. Pour autant, les pinots noirs 2011 sont réussis, avec beaucoup de concentration et d’élégance dans des cuvées comme le corton grand cru Clos du Roi Baronne du Baÿ ou le pommard premier cru Épenots du domaine Goblet.


La pièce de charité presque quatre fois moins chère qu’en 2010

110 000 € : la pièce de charité, un fût de 460 litres du grand cru corton Clos du Roi cuvée Baronne du Baÿ, n’a pas fait rugir la salle, où 500 personnes se pressaient. Les enchères ont grimpé péniblement, lentement, et c’est finalement une maison anglaise, The Antique Wine, et son directeur général, Stephen Williams, qui ont remporté la mise avec 110 000 €. On est loin des flamboyants 400 000 € dépensés en 2010 pour un fût de 500 litres par la maison Patriarche. La somme récoltée ira à deux associations caritatives, Mécénat Chirurgie Cardiaque et France Alzheimer. Ce moment fort de la vente a été l’occasion pour les parrains de la vente, Inès de la Fressange et Christian Clavier, de rivaliser d’encouragements envers les acheteurs. Mais sans grand succès. Le spectacle se déroulait dans les rues où résonnaient bombardes et cornemuses des groupes folkloriques qui envahirent Beaune le temps de ce week-end festif, pas dans la salle.


2012 : un nouveau grand cru pour les Hospices

Finalement, avec cette vente 2011 en demi-teinte, tous les regards se tournent maintenant vers 2012. Car les Hospices viennent d’officialiser la dation d’une belle parcelle de 43 ares dans le grand cru Echézeaux, dans le climat des Rouges du Bas. La vigne donnera donc une nouvelle cuvée d’une belle taille l’an prochain. D’ici trois ans, elle sera rejointe par une parcelle de beaune premier cru blanc et par une autre de corton blanc, tout juste replantées. Le vignoble, qui couvre quelque 60 ha, continue donc de croître. Il est presque totalement cultivé en bio, précise Roland Masse.


Qui veut six bouteilles d’Hospices ?

À surveiller, aussi, la percée des ventes sur Internet par la maison Bichot, dont le site web d’enchères en direct représente maintenant 15 % des achats de la maison pour les Hospices de Beaune. Cette clientèle-là, française, faite de particuliers et de restaurateurs, n’a certes pas le panache des acheteurs d’antan que l’on voyait parfois, en kilt ou en chapeau extravagant, parader dans les allées des Hospices. Le site internet de Bichot, qui permet d’acheter du vin des Hospices à partir de six bouteilles, concerne plus de 250 acheteurs. Pour modestes que soient ces quantités − une dizaine de fûts sur une vente qui en totalise plus de 600 −, elles incarnent la démocratisation et la dématérialisation de l’événement. La vente est désormais rythmée par le jargon franglais des commissaires-priseurs qui demandent si l’acheteur peut montrer son « paddle » ou s’il « ne veut pas faire un jump ». Ce dernier pouvant être au téléphone ou derrière son écran à l’autre bout du monde. La bougie et l’ambiance familiale d’avant 2005 dégageaient certes un charme plus bourguignon.

Florence Kennel

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nov 23

Avec 11,3 % de hausse du prix moyen à la pièce, la 150e Vente des vins des Hospices de Beaune reflète la modestie bourguignonne qu’incarne le millésime 2010. Grâce à la fougue de l’incontrôlable Fabrice Luchini, la pièce de charité, emblème de la Vente, a flambé à 400 000 €. Mais derrière les paillettes, la vraie star, c’était la Chine. Retour sur une folle journée.


20h40 : +11,3 %, Christies a gagné son pari
La Vente des vins des Hospices de Beaune engrange un bon résultat, correspondant à ce que laissait prévoir ce millésime réussi mais pas miraculeux. Les blancs ont tiré les chiffres vers le haut (+15 %) en raison d’une faible récolte. Mais cette jolie performance est aussi à mettre au compte de « l’effet Christie’s », dont le carnet d’adresses et le savoir-faire drainent un nouveau public vers cette vieille vente.

Démarchés par les commerciaux de Christie’s qui ont quadrillé l’Asie avec leurs échantillons de vins, ces nouveaux clients interviennent par téléphone… et aussi par Internet. D’où des froncements de sourcils de négociants beaunois se voyant parfois « grillés » sur une enchère par un anonyme de la Toile… La Vente des vins, autrefois événement local, se mondialise lentement. Avec la Chine en point de mire ? « 18 à 20 % de nos acheteurs, lors d’une vente de vins classique, sont asiatiques », expliquait avant la vente un commissaire-priseur de la maison londonienne. « On serait contents d’en avoir au minimum 20 % pour les Hospices de Beaune. »

Car les ventes de vins de Bourgogne en Chine ont augmenté de 70 % en 2010. Tout est dit ! Les Bourguignons n’ont d’yeux que pour l’Asie. « Le marché chinois est un marché de vins rouges. Il faut y aller, sinon les vins du Nouveau Monde vont occuper le terrain », analyse Pierre-Henry Gagey, président délégué de l’interprofession des vins de Bourgogne.


17h32 : Luchini, en mode provoc’
Une strophe de Victor Hugo, un couplet de Johnny, une harangue pour engager la Bourgogne du vin à incarner « un rempart contre le marxisme »… Le feu oratoire de Fabrice Luchini, président de la Vente des vins, a permis à la pièce de charité de crever le plafond : 400 000 € ! C’est la somme qu’a dépensée Jacques Boisseaux, PDG de la maison Patriarche (Beaune), pour ce tonneau de 500 litres de beaune 1er cru cuvée Nicolas Rolin. Elle sera dédiée à deux associations caritatives, dont l’une de lutte contre le cancer. « Je sais que c’est une somme », a reconnu benoîtement M. Boisseaux, « mais il en faudrait encore des centaines comme ça pour faire reculer cette foutue maladie. » Modestes, ces Bourguignons !


11h23 : un millésime « classique » selon Roland Masse
« 2010, c’est un millésime de charme, très bourguignon », expliquait Roland Masse juste avant la Vente des vins. « On revient à du classique, eu égard aux dates des vendanges, au niveau d’acidité, ce qui replace la Bourgogne dans son contexte septentrional. » Un sérieux gel d’hiver, des vendanges au 20 septembre, un été « pourri, mais pas pluvieux » : c’est une météo semi-continentale bien bourguignonne qui a en effet marqué 2010. Pour un résultat étonnamment réussi de la part de tous les observateurs : « les Hospices ont fait de beaux rouges », commentait Jasper Morris, auteur britannique emblématique du monde du vin. Le millerandage a sauvé le millésime : « on avait beaucoup de petits raisins, bien noirs, à 13° d’alcool potentiel… mais ça fait beaucoup moins de vin au final ! », soupirait Roland Masse. Avec 30 hl/ha en moyenne, les 60 ha de vignes des Hospices ont effectivement été ladres. Cela dit, n’avoir que 643 tonneaux à vendre, au lieu de 800 l’an dernier, pouvait laisser présager une hausse des prix. Dix pour cent, pronostiquaient les négociants. La salle leur aura donné raison !


10h40 : une conférence de presse sans triomphalisme
Des ventes stables sur le marché français, et en modeste hausse à l’export : les vins de Bourgogne ne pavanent guère, avec un « océan de vin à vendre », selon l’expression de Louis-Fabrice Latour, patron des négociants, qui s’exprimait avant la vente. « Mais ça va mieux », se rassurait-il. « Nos ventes remontent un peu depuis le début de l’année. 2010 étant une faible récolte, les stocks vont baisser. On devrait avoir 8 à 10 % de hausse en valeur pour l’année 2010. Mais on n’a pas encore retrouvé le niveau de fin 2008… »


Florence Kennel

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nov 17

En 2005, la Vente des vins des Hospices de Beaune a été confiée à Christie’s, qui en a profité pour bousculer les usages remontant à la création de la vente, en 1859. Dernière innovation en date : l’ouverture aux particuliers. S’acheter un tonneau des Hospices, c’est possible !


Depuis quelques années, les négociants ne font plus seuls la pluie et le beau temps sur Beaune, car ils doivent maintenant compter avec les enchérisseurs particuliers. Annoncée par Christie’s en 2005, l’autorisation d’enchérir accordée aux non-professionnels est devenue réalité en 2009, où l’on a vu des particuliers donner des ordres pour un seul tonneau, alors qu’en général le négoce les achetait par lots de cinq ou dix. Avec 799 tonneaux vendus un par un, cette admission s’est d’ailleurs traduite par un allongement de la durée des enchères : neuf heures pour une vente, un record !


Un négociant, Albert Bichot, a d’ailleurs poussé la logique jusqu’à créer un site web (www.hospices-beaune.com) dédié aux particuliers désireux de se regrouper pour acheter à plusieurs une pièce, tandis que Christie’s proposait de suivre les enchères en direct sur sa chaîne Christie’s Live, et d’y participer via son site web (www.christies.com). Deux initiatives ayant attiré le public : 57 acheteurs ont suivi l’an dernier la vente sur le site de Christie’s, et Bichot a enregistré 500 connections sur sa propre offre. Les particuliers seront-ils à nouveau au rendez-vous cette année ? Pas sûr.


En effet, acheter aux Hospices quand on est simple particulier relève du parcours du combattant. Car une fois le marteau retombé, que faire du tonneau ? Les Hospices n’ont pas vocation à le stocker. Et le vin, c’est vivant : un tonneau ne se loge pas au garde-meuble, il faut l’ouiller (remonter le niveau du vin en raison de l’évaporation), le sulfiter de temps en temps (pour le protéger), vérifier que les lies ne prennent pas des odeurs de réduit… L’élevage du vin est un métier que ne peut pas assurer un particulier. L’acheteur, français ou étranger, devra donc choisir un négociant pour venir chercher le vin en tonneau, l’élever puis le mettre en bouteilles en Bourgogne.


Si un particulier, passionné de vin, connaît un négociant de longue date, obtenir de lui cette faveur n’est pas un obstacle insurmontable. Il n’est pas sûr en revanche que le négoce accueillera à bras ouverts un « inconnu » qui aura en outre peut-être le toupet de comparer les tarifs des négociants et de… négocier ! Et il est hors de question d’expédier le tonneau aux États-Unis, ont martelé les négociants, car le vin doit être élevé en Bourgogne.


Une obligation peut-être amenée à disparaître, qui sait, comme la vente à la bougie pratiquée aux Hospices jusqu’en 2005, car Bruxelles pourrait bien un jour considérer que le strict élevage des vins des Hospices en Bourgogne contredit la libre concurrence et la libre circulation des biens et marchandises !


Florence Kennel



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nov 10

Les Trois Glorieuses démarrent chaque année le samedi soir par un chapitre de la confrérie des Chevaliers du Tastevin au Clos-de-Vougeot ; les 560 convives se régalent, mais, entre chansons et intronisations, ces agapes leur donnent l’occasion de s’instruire sur le terroir bourguignon. Récit, en images, du chapitre du 6 novembre dernier.

Les Cadets de Bourgogne apparaissent, tels des Frères Jacques bedonnants, avec favoris et moustaches, et surtout un grand sourire réjoui. Ils entonnent leur classique répertoire de chansons à boire, dans lequel ils glissent bientôt une perle : un chant a cappella extrait d’un opéra de Rameau, choisi par leur maître de chapelle, Jean-Bernard Guiboux. Voilà qui rend hommage à leur talent, car ils sont les héritiers d’un groupe de chanteurs dijonnais amateurs d’art lyrique, constitué au début du XXe siècle. Le bel canto et le piano, plutôt que la vielle et les sabots : les Cadets ne font pas de la musique folklorique. On est à Vougeot, tout de même !

Le service arrive au pas de charge. En l’espace de quelques minutes, 560 personnes sont servies. En cuisine, c‘est le coup de chaud pour la brigade des 12 cuisiniers. Le chef, Olivier Walch, valse avec les langoustes. Garder les moules qui ont servi à faire la sauce ? Les ôter du plat ? Il goûte, se décide : la langouste donne des notes iodées, fort bien complétées par le goût de noisette de la moule. Va pour les moules. Le pigeonneau ? Surtout, ne pas le servir saignant, les gens ne sont plus habitués aux volailles juteuses, il faut donc finement entailler les filets pour que la cuisson soit homogène 560 fois…

Discours, chansons, œufs en meurette : le rythme ne faiblit pas. Sur l’estrade, le Grand Conseil se relaie pour pratiquer la pédagogie gourmande. Mine de rien, les convives apprennent des choses : les différences entre vigneron et viticulteur, l’étymologie des climats Romanée et Chambertin… Le tout enrobé d’humour leste, de jeux de mots et de traits d’esprit. Pas de contrepèteries, cependant : le badinage à la bourguignonne, c’est Bussy-Rabutin, pas le Canard Enchaîné. Pour autant, l’humour peut se faire piquant : Eric Woerth en sait quelque chose, lui qui est reparti d’un précédent chapitre avec, comme cadeau, une bouteille de Beaune-Grèves…

Deux ravissantes dames en kimono de soie se font photographier aux côtés de Gérard Holtz, le journaliste sportif de France 2. La salle est aussi internationale que la vente des vins des Hospices de Beaune : Allemands, Japonais, Américains, Anglais… Il y a 75 sous-commanderies dans le monde, dont une à Tahiti, aux Iles Maurices, aux Bermudes… mais pas en Chine ni en Russie. Si les Américains peuvent introniser un chevalier sur leur territoire, les Chinois, Russes et Japonais sont obligés de venir fouler le sol sacré du Clos-Vougeot pour recevoir le précieux ruban.


Car la Confrérie n’entend pas devenir un produit dérivé que n’importe quel œnophile chinois s’offrirait comme brevet d’amateur de vin au même titre qu’une bouteille de château Lafite. Elle garde au contraire la haute main sur l’examen du curriculum des impétrants, qu’elle intronise selon un soigneux dosage : un tiers de gradés, un tiers du barreau, un tiers de la société civile… Mais tous amoureux du vin, rêvant un jour, après des dizaines d’années passées comme chevalier, de devenir commandeur. Comme M. Dulon, de Genève qui, très ému, a été élevé ce soir à ce grade après 26 ans de loyaux chapitres…


Dans sa cuisine rutilante, Olivier Walch savoure sa troisième mi-temps en dégustant un verre du clos-saint-denis 2002 servi à table. Les cuisiniers sont partis. Dans la salle, les Cadets s’éclipsent sous les applaudissements. Demain matin, leur maître de chapelle, Jean-Bernard Guiboux, reprendra son autre vie, à l’orgue de l’église dont il est un paroissien. Son vrai métier ? Il évite de répondre à la question. M. Guiboux est sans doute un salarié comme les autres, mais ici, au Clos-Vougeot, la réalité n’a pas droit de cité.


Florence Kennel

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nov 03

La vente des vins des Hospices de Beaune a lieu le troisième dimanche de novembre. C’est le clou des Trois Glorieuses, les trois jours de fête de la Bourgogne : chapitre au Clos-de-Vougeot le samedi, vente des Hospices le dimanche, et Paulée de Meursault le lundi (voir notre article du 27 octobre). Visite des coulisses avant le grand jour, dimanche 21 novembre.


En 1443, Nicolas Rollin, riche chancelier du duc de Bourgogne, ému des misères nées de la guerre de Cent Ans, décide avec son épouse Guigone de Salins d’ouvrir un hôpital pour les pauvres. Le 1er janvier 1452, l’établissement accueille son premier patient. Vieillards, infirmes, orphelins, malades, parturientes, indigents fréquentent l’institution du Moyen Âge au XXe siècle. Les derniers malades et les sœurs hospitalières à leur service quittent les lieux, aujourd’hui ouverts aux touristes, en 1983.
Prévoyant, le chancelier dota ses hospices de belles caves… et d’un patrimoine en terres afin d’assurer leurs revenus. Un demi-millénaire de dons et de legs supplémentaires en a fait l’un des plus grands domaines de Bourgogne, avec 60 ha de vignes situées en Côte de Beaune à Pommard, Meursault, Beaune, Saint-Romain, ainsi qu’en Côte de Nuits avec une parcelle de mazis-chambertin.


Vigneron des Hospices, un honneur


Pour les cultiver (le domaine est passé en bio depuis 2008), les Hospices emploient un régisseur, Roland Masse (photo), et salarient 22 vignerons locaux qui cultivent 2,5 ha chacun en moyenne. Un vigneron des Hospices est aussi propriétaire de vignes en propre, mais quel que soit le nombre de salariés dont il dispose, son contrat l’oblige à aller lui-même s’occuper des vignes des Hospices. Celles-ci lui demandent beaucoup de travail (30 heures par semaine en moyenne !) et, bien souvent, requièrent sa présence les week-ends, car le cahier des charges impose, à certains moments-clés de l’année, façons et traitements, que le jour soit ouvrable ou férié. Mais compter au nombre des vignerons des Hospices est un honneur ; autrefois, la charge se transmettait même de père en fils ! Maintenant, c’est par un entretien d’embauche que se recrutent ces petites mains de l’ombre dont le nom ne figurera jamais sur l’étiquette du vin.
La seule façon pour le consommateur de mettre un visage sur leur cuvée, c’est d’aller déguster le vendredi après-midi avec les courtiers dans les caves (modernes) des Hospices, puisque ce jour-là, c’est le vigneron lui-même qui sert « son » vin à la pipette.


Une vente à la bougie jusqu’en 2005


Les vendanges se font à la main. Puis le vin est entonné dans les caves des Hospices, dans la banlieue de Beaune. Il y passe les deux premiers mois de sa vie. L’art du régisseur Roland Masse est d’anticiper l’intense médiatisation à laquelle les tonneaux vont être soumis, le 21 novembre prochain. Par exemple en évitant au dernier moment les sulfitages, bâtonnages et autres gestes techniques susceptibles d’altérer provisoirement les arômes. La semaine précédant la Vente des Vins, les tonneaux sont donc auscultés par des centaines de courtiers et négociants, qui rapportent ensuite leurs impressions à leurs acheteurs.
Le dimanche, c’est le grand jour. Les halles de Beaune sont pleines de négociants venus acheter. Le public se presse dehors et observe à travers la vitre le ballet minimaliste des donneurs d’ordre levant leur plaquette du bout des doigts. Autrefois, la vente se passait « à la bougie » : « je rallume un feu, dépêchez-vous », haranguait le crieur, Paul Berbey, en manipulant une petite lampe à huile. Quand la flamme s’éteignait pour la deuxième fois, le dernier enchérisseur avait gagné. La maison londonienne Christie’s, en reprenant la vente des vins en 2005, a supprimé ce folklore qui datait des débuts de la vente (1859).
Chaque année, le montant de la vente varie en fonction du nombre de tonneaux produits, de la réputation du millésime (2009, grande année, s’est vendu plus cher que 2008) et des messages que veulent faire passer les négociants, acquéreurs de la quasi-totalité des cuvées. C’est pourquoi on a longtemps dit que la vente était le baromètre de l’économie vineuse bourguignonne.


Florence Kennel


Pour en savoir plus : Hospices de Beaune, la saga d’un hôpital-vigneron par Laurent Gotti

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oct 27

Samedi 20 novembre débuteront les Trois Glorieuses, célèbres festivités bourguignonnes institutionnalisées avant la dernière guerre. Comme de coutume, la Confrérie des Chevaliers du Tastevin ouvrira le bal de ces libations bachiques avec un chapitre au Clos-Vougeot. Suivront le dimanche les Ventes des Hospices de Beaune. Puis, lundi, la Paulée de Meursault clôturera la manifestation. Hachette-vins.com ouvre aujourd’hui une série d’articles consacrés à cet événement incontournable.


La Paulée, tout le monde la fête en Bourgogne et dans le Beaujolais, puisque c’est traditionnellement le repas de fin de vendanges qu’offre le vigneron à ses troupes épuisées. Ce soir-là, on sort l’accordéon et les beaux verres, madame se met en cuisine et le patron remonte de la cave ses bonnes bouteilles.


Mais la Paulée de Meursault, créée en 1932, est un festin délirant. Elle a lieu tous les ans au château de Meursault, propriété de la famille Boisseaux (maison Patriarche), le lundi suivant le week-end de la Vente des Vins des Hospices de Beaune.


Cette année, la Paulée aura donc lieu le 22 novembre 2010. Elle clôture les « Trois Glorieuses » qui commenceront samedi 20 novembre par un chapitre de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin au Clos-Vougeot. Les 700 convives auront réservé un an à l’avance (il reste des places, mais pour la Paulée… de 2011). C’est cher (160 € par personne), mais le menu en impose : cette année, tartare de homard mi-cuit, turbot au beurre blanc, sot-l’y-laisse de volaille à la royale, tournedos de filet de boeuf, fromages et dessert !


Mais ce qui rend la Paulée si spéciale, c’est la valse des bouteilles. Car, outre le vin servi à table, les convives mettent en effet un point d’honneur à servir leurs jéroboams, grands crus, millésimes anciens et prestigieux… Tous les grands noms de la Côte sont présents, négociants et vignerons, et tout au long du repas ils feront circuler leurs flacons d’anthologie. Et pas seulement des vins de Bourgogne ! Les années précédentes, on a ainsi pu découvrir un Dom Pérignon 1995, un Vega Sicilia, voire un porto du XIXe siècle ou encore des vins de glace canadiens.


Car la Paulée est à la fois l’incarnation de la générosité bourguignonne et un repas de prestige permettant aux producteurs de vin d’inviter leurs bons clients, en particulier étrangers. Le cadre y est moins formel que celui du Chapitre de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin où smoking et robe longue sont exigés.



A la Paulée, on vient en costume-cravate. De fait le repas, qui commence à 13h, s’étire tout l’après-midi. Il est parsemé de discours, dont celui du président, un artiste récompensé par le Prix littéraire de la Paulée. Cette année, c’est Amélie Nothomb. Elle en repartira avec son prix comestible : 100 bouteilles de meursault du domaine François Mikulski ! C’est tout de même mieux qu’une médaille en chocolat…


Informations pratiques : M. Ballot, APPM – Mairie – 21190 Meursault Tel : 03.80.21.26.07 – Fax : 03.80.21.26.00 – Email : pauleedemeursault@hotmail.fr


Florence Kennel

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