La 151e Vente de vins des Hospices de Beaune s’est terminée sur une baisse des cours de – 6 % : un résultat modeste, mais pour ce millésime sans éclat, dans un contexte économique difficile, ce n’est pas une catastrophe, loin de là. Et ce sont tout de même 4,9 millions d’euros qui reviennent ainsi à l’hôpital de Beaune.
Un millésime de blancs, souple en rouge
Pas d’arrogance en 2011. On a rangé les qualificatifs de « millésime du siècle », (trop) vite dégainés en 2009. Roland Masse, le régisseur du domaine des Hospices, dont le style débonnaire et chaleureux se prête mal à la langue de bois, reconnaît avoir eu affaire à « un millésime pas facile à gérer ». « Je craignais des maturités excessives. Je ne voulais surtout pas rentrer des raisins à 13 ou 14 degrés d’alcool potentiel, comme l’an dernier. Je pense y être arrivé. On a rentré des blancs à 12,5° potentiel, parfaits. En rouge, on avait le double problème de la maturité et de la pourriture. Soit on vendangeait trop tôt et le raisin n’était pas mûr, soit trop tard pour avoir du raisin bien mûr – mais pourri. Au final, on a eu des pinots noirs pas surchargés en sucres. On a vinifié tout en douceur avec beaucoup de baies non foulées, en prolongeant les fermentations alcooliques au maximum, pour préserver le soyeux des tanins. Les cuvaisons ont donc été plus longues qu’en 2010. Les vins sont gourmands avec des tanins ronds. J’appelle ça un ‘millésime de sommelier’, facile à servir à table. Les blancs sont gracieux et ils ont leurs aficionados cette année. » De fait, ce sont eux qui ont remorqué une vente qui s’enlisait dans les vins rouges. Pour autant, les pinots noirs 2011 sont réussis, avec beaucoup de concentration et d’élégance dans des cuvées comme le corton grand cru Clos du Roi Baronne du Baÿ ou le pommard premier cru Épenots du domaine Goblet.
La pièce de charité presque quatre fois moins chère qu’en 2010
110 000 € : la pièce de charité, un fût de 460 litres du grand cru corton Clos du Roi cuvée Baronne du Baÿ, n’a pas fait rugir la salle, où 500 personnes se pressaient. Les enchères ont grimpé péniblement, lentement, et c’est finalement une maison anglaise, The Antique Wine, et son directeur général, Stephen Williams, qui ont remporté la mise avec 110 000 €. On est loin des flamboyants 400 000 € dépensés en 2010 pour un fût de 500 litres par la maison Patriarche. La somme récoltée ira à deux associations caritatives, Mécénat Chirurgie Cardiaque et France Alzheimer. Ce moment fort de la vente a été l’occasion pour les parrains de la vente, Inès de la Fressange et Christian Clavier, de rivaliser d’encouragements envers les acheteurs. Mais sans grand succès. Le spectacle se déroulait dans les rues où résonnaient bombardes et cornemuses des groupes folkloriques qui envahirent Beaune le temps de ce week-end festif, pas dans la salle.
2012 : un nouveau grand cru pour les Hospices
Finalement, avec cette vente 2011 en demi-teinte, tous les regards se tournent maintenant vers 2012. Car les Hospices viennent d’officialiser la dation d’une belle parcelle de 43 ares dans le grand cru Echézeaux, dans le climat des Rouges du Bas. La vigne donnera donc une nouvelle cuvée d’une belle taille l’an prochain. D’ici trois ans, elle sera rejointe par une parcelle de beaune premier cru blanc et par une autre de corton blanc, tout juste replantées. Le vignoble, qui couvre quelque 60 ha, continue donc de croître. Il est presque totalement cultivé en bio, précise Roland Masse.
Qui veut six bouteilles d’Hospices ?
À surveiller, aussi, la percée des ventes sur Internet par la maison Bichot, dont le site web d’enchères en direct représente maintenant 15 % des achats de la maison pour les Hospices de Beaune. Cette clientèle-là, française, faite de particuliers et de restaurateurs, n’a certes pas le panache des acheteurs d’antan que l’on voyait parfois, en kilt ou en chapeau extravagant, parader dans les allées des Hospices. Le site internet de Bichot, qui permet d’acheter du vin des Hospices à partir de six bouteilles, concerne plus de 250 acheteurs. Pour modestes que soient ces quantités − une dizaine de fûts sur une vente qui en totalise plus de 600 −, elles incarnent la démocratisation et la dématérialisation de l’événement. La vente est désormais rythmée par le jargon franglais des commissaires-priseurs qui demandent si l’acheteur peut montrer son « paddle » ou s’il « ne veut pas faire un jump ». Ce dernier pouvant être au téléphone ou derrière son écran à l’autre bout du monde. La bougie et l’ambiance familiale d’avant 2005 dégageaient certes un charme plus bourguignon.
Florence Kennel




















