Le blog de la rédaction
sept 24

S – 8 avant l’arrivée du beaujolais nouveau. S’il présente l’avantage de rappeler cette grande région viticole aux bons souvenirs des œnophiles du monde entier, ce coup de projecteur annuel aussi éphémère que planétaire offre une image parfois réductrice des vins du Beaujolais. Hachette-vins.com profite donc de l’occasion pour mettre dans la lumière la fine fleur du Beaujolais et ses dix crus : brouilly, côte-de-brouilly, chénas, chiroubles, fleurie, morgon, juliénas, moulin-à-vent, saint-amour et régnié, produits dans la partie nord de la région, sur des roches anciennes. Des vins rouges uniquement, issus du seul gamay ; selon les crus, des vins souples, frais et très aromatiques ou plus tanniques et aptes à la garde. Première halte sur les terres du morgon.


Des climats aux « terres pourries »


De Belleville-sur-Saône, porte routière et autoroutière des crus du Beaujolais, la D18 mène rapidement dans le vignoble. Après avoir enjambé l’Ardières, petite rivière née près du mont Saint-Rigaud, qui arrose Beaujeu et rejoint la Saône, on trouve une allée de ceps d’appellation beaujolais conduisant jusqu’au château de Pizay. Derrière ce magnifique domaine commence la commune de Villié-Morgon, qui regroupe la totalité de l’AOC.


Au sud de la commune, le hameau de Morgon qui donne son nom à l’appellation fut rattaché à Villié en 1867. Dans ce vignoble plus que millénaire (un texte daté de l’an 957 fait état de son existence), le vignoble couvre aujourd’hui près de 1 100 ha exploités par quelque 250 vignerons, ce qui fait de Morgon le cru le plus étendu du Beaujolais après brouilly. Il s’étire vers l’ouest vers le hameau de Saint-Joseph, qui jouxte au sud Chiroubles, au pied des monts du Beaujolais.


Les vignes s’étagent entre 250 et 500 m d’altitude, bien ensoleillées et disposées en pente douce largement ouverte vers l’est. Elles bénéficient d’un climat tempéré, à tendance continentale. Les monts du Beaujolais protègent le vignoble de l’humidité océanique, le vent du Midi apporte une influence méditerranéenne qui précède les fortes précipitations de l’automne, et celui du Nord assèche et rafraîchit. Le cœur de l’appellation, dominé par le mont du Py, repose sur un substrat très particulier : des « terres pourries », morgon en patois beaujolais, composées de schistes décomposés riches en oxydes de fer et de roches éruptives très anciennes. De nombreux ruisseaux traversent le terroir d’ouest en est pour rejoindre la Saône, traçant des vallons qui à leur tour ont délimité six « climats » dont les noms peuvent être indiqués sur l’étiquette. Climats ? Entendez par là des lieux-dits caractérisés par leurs sols et leur microclimat délimités en si grand nombre dans la Bourgogne voisine (région viticole à laquelle le Beaujolais est officiellement rattaché).


Car plus que partout ailleurs en Beaujolais, l’AOC offre plusieurs types de vins, selon les origines géo-pédologiques du gamay. Le plus renommé est sans nul doute celui de la Côte du Py, vaste mamelon schisteux culminant à 352 m d’altitude, situé à proximité de l’ancienne voie romaine reliant Lyon à Autun. Les vins qui y naissent sont réputés peu précoces, solidement charpentés et kirschés. Au sud de Villié-Morgon, Les Charmes, orientés au sud-est entre 300 et 450 m d’altitude sur des arènes granitiques, proposent des vins friands, ronds et parfumés. Les morgon provenant du climat Les Grands Cras, sur les contreforts sud et sud-est de la Côte du Py, apparaissent corsés, avec un fruité mûr. Issus de Corcelette et de Douby, au nord et au nord-ouest de Villié, ils se montrent floraux et fruités. Le plus petit des climats en superficie, Les Micouds, juste au nord de la Côte du Py, présente des cuvées assez précoces, fines et bien fondues.


Ça « morgonne » dans le verre


Il n’en demeure pas moins que les vins présentent des caractéristiques communes. « Le fruit d’un beaujolais, le charme d’un bourgogne », se plaît-on à dire du côté de Villié-Morgon pour désigner la subtilité d’un vin au bouquet particulier et d’une belle aptitude à la garde, fruit d’un terroir schisteux.
Le gamay engendre ici des vins colorés, d’un rouge grenat soutenu et profond à maturité, qui se dépouillent quelque peu en vieillissant mais sans perdre leurs qualités gustatives particulières. En effet, l’originalité du morgon réside dans ses arômes de kirsch, de fruits mûrs à noyau (cerise, prune, voire abricot…), d’eau-de-vie de fruit et d’épices que l’on ne retrouve dans aucun autre cru du Beaujolais. Parfois, quelques notes minérales caractéristiques viennent compléter cette palette. L’attaque nette précède une bouche riche, ample, qui fait écho aux sensations perçues à l’olfaction. Le morgon est un vin corsé, robuste, dont les cuvées les plus réussies voient leur bouquet s’affiner et s’intensifier avec l’âge.


Cette particularité gustative a d’ailleurs donné lieu à un verbe, « morgonner » : avoir les caractères du morgon bien sûr, mais aussi une bonne aptitude au vieillissement, jusqu’à dix ans les meilleures années. Le morgon peut alors prendre des allures de vin bourguignon, complexe et raffiné. Les accords gourmands ? Terrine de faisan, chapon aux morilles, gigot d’agneau, daube de bœuf, coq au vin, civet de lièvre, gibier à plumes et fromages (cîteaux, charolais, camembert…) seront les bienvenus.


Bref, un cru bien loin du petit vin de comptoir vif et gouleyant…


Les climats
La Côte de Py
Les Micouds
Les Grands Cras
Les Charmes
Corcelette
Douby


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1936
Superficie : 1 100 ha
Production : 56 000 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 13-15 °C
Potentiel de garde : 3 à 10 ans


Voir aussi
- Les sélections en morgon du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le morgon
- Qu’est-ce qu’un climat ?


Mots clés:
jan 07

A_0356BANCe post aurait pu s’intituler « Goût de terroir », mais voilà : cette expression était employée autrefois pour caractériser certains vins, disons, un peu rustiques et surtout pour excuser certaines déviances œnologiques (arômes phénolés notamment…).


C’était au mieux une sympathique note animale, au pire un parfum d’écurie… Mais ça plaisait (on était habitués aussi, peut-être) et ça participait du folklore du vin. Ces déviations aromatiques ont aujourd’hui heureusement assez largement disparu, ou tout du moins elles ne sont plus tolérées mais chassées.


Cela n’a pas empêché des scientifiques américains de se mettre à chercher l’origine de ce qu’ils appellent eux-mêmes, en français dans le texte, le « goût de terroir ». Il ne s’agit plus ici bien évidemment des défauts du vin, mais du lien entre les saveurs d’un vin donné et le sol qui l’a vu naître.


Que ressort-il de ces études ? Rien. « Je ne dis pas que la chimie et la géologie n’ont aucun effet sur le vin, conclut un des chercheurs. Mais s’ils en ont, on ne les connaît pas. » Ainsi, la fameuse « minéralité » de certains vins ne serait pas due aux minéraux contenus dans le sol. Les chercheurs dont on parle ici, précisons-le, sont des géologues.


Et c’est peut-être là que le bât blesse, car qu’est-ce exactement qu’un terroir ? Ce n’est pas seulement un sol, une couche géologique, mais tout ce qui contribue, dans l’environnement du pied de vigne, à la maturation du raisin. C’est un substrat, certes, mais aussi un emplacement géographique, une latitude, une exposition, un climat et un microclimat, sans oublier la part humaine : un travail des sols, un mode de taille et de conduite et autres tâches effectuées au vignoble.


En bref, pour reprendre les mots de Denis Dubourdieu, professeur et chercheur renommé mais aussi vigneron accompli  : « La minéralité caractérise certainement le goût d’un vin inspiré par le refus de la facilité, dicté par l’ambition de faire un vin inimitable associé à un lieu et à nul autre. » Tout est dit : ce n’est pas une affaire de géologie, mais de travail humain. Et le même de conclure : « Quand la vigne est facile à cultiver, le vin est ennuyeux à déguster. La quête de la minéralité est finalement celle de l’antidote à l’ennui ou à la lassitude, que les vins complaisants finissent toujours par susciter. »


Alors laissons les géologues américains fouiller la roche et levons plutôt nos verres aux vignerons passionnés qui, par leur travail, rendent le vin passionnant.


Sources : decanter.com et denisdubourdieu.com


À voir aussi : Qu’est-ce qu’un bon terroir ?

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