nov 16

J – 2 avant l’arrivée du Beaujolais nouveau… Dernier arrêt dans le plus romantique des crus, le plus petit aussi après Chénas, et le plus septentrional. Derrière ce vin au nom séducteur (réducteur ?) se cachent deux styles de vin, souples et puissants.


Aux frontières du chardonnay

Nous sommes à Saint-Amour-Bellevue, dans le département de la Saône-et-Loire, à une quinzaine de kilomètres au sud de Mâcon et dans le prolongement nord-est de l’AOC juliénas. C’est ici que s’achève (ou débute, selon le point de vue) le massif granitique du Beaujolais où se plaît tant le gamay. Au-delà, le chardonnay prend ses aises, sur les coteaux argilo-calcaires du Mâconnais.
La commune est au centre de douze climats où l’on produit celui qui fut longtemps le benjamin des crus du Beaujolais, né un 11 juillet 1946 sous l’impulsion énergique du maire du village, Louis Dailly. Mais un « petit frère », le régnié, a depuis vu le jour en 1988 (voir notre article du 12 novembre 2010).


Droit de cuissage ou conversion d’un soldat romain ?

Deux versions existent pour expliquer la patronymie du village, qui fait la renommée du cru. La plus sérieuse : l’histoire d’un légionnaire romain converti au christianisme et répondant au doux nom d’Amor. Après avoir échappé au massacre de Saint-Maurice-en-Valais (Suisse) en 286 ap. J.-C., le soldat se serait réfugié ici et serait devenu missionnaire. On peut toujours admirer une statuette de Sanctus Amor près de l’église du XIIe siècle perchée sur une colline dominant le lieu-dit le Plâtre-Durand, là où se concentre la vie du village.
Plus croustillante, l’autre version renvoie à l’annexion du village, vers 960, au chapitre de Saint-Vincent de Mâcon. Les chanoines venaient y goûter le vin nouveau mais aussi y exercer leur droit de cuissage selon la tradition. La maison vigneronne du chapitre de Saint-Vincent a même reproduit la scène osée sur son enclos, jusqu’à ce que le curé de la paroisse la fasse effacer… Une variante existe : une maison aujourd’hui disparue du hameau des Thévenins baptisée Hôtel des Vierges, où l’on aurait mené joyeuse vie pendant la Révolution.
En 1793, les communes commençant par « saint » furent débaptisées, laïcité républicaine oblige. Saint-Amour s’appela alors Bellevue jusqu’en 1795 et finalement Saint-Amour-Bellevue en 1909.


De la Saint-Valentin au mariage

Évidemment, avec un tel nom, le vin ne pouvait que faire le bonheur des amoureux, le jour de la Saint-Valentin en particulier…, et par la même occasion des vignerons de l’appellation mais aussi des restaurateurs de France et de Navarre. Et pas seulement : le 14 février, les bouteilles de saint-amour garnissent nombre de tables européennes, américaines et japonaises.
Et la mairie de Saint-Amour de pousser le bouchon encore plus loin en proposant une « cérémonie de confirmation de mariage » conduite par Monsieur le Maire lui-même. À lire sur le site Internet du village : « Durée d’environ une demi-heure. Pour cela prévoir un petit discours (…). Vous serez inscrits dans un registre des confirmations de mariages de Saint-Amour, que vous signerez, nous vous remettrons un diplôme attestant cette cérémonie que vous parapherez ainsi que vos témoins. Le vin d’honneur peut être servi en extérieur si le temps le permet. Vous pouvez aussi à la suite de ce moment inoubliable, vous diriger sur une visite de notre merveilleux village pour y déguster quelques tassées de notre bon Saint-Amour, une petite faim vous invitera à la table de nos restaurateurs, ce qui vous apportera une conclusion heureuse à votre journée qui vous fera dire en nous quittant : ‘Nous reviendrons à Saint-Amour-Bellevue’ ». Cela ne s’invente pas… et le succès est au rendez-vous, paraît-il !


Dans la bouteille

Dans cette « tassée », les mariés pourront découvrir non pas un mais deux types de vin. L’un, né d’une cuvaison courte de moins de huit à dix jours, de type primeur, favorise les arômes fruités et floraux, la souplesse et la fraîcheur, et donc une dégustation rapide, entre un an et dix-huit mois après la récolte. Au nez, il se distingue alors par des parfums peu communs en rouge et parfois très marqués de pêche et d’abricot, agrémentés des plus classiques petits fruits comme le cassis et la framboise.
Né d’une macération plus longue, le saint-amour est un vin plus riche, plus charpenté, voire un peu austère dans sa jeunesse, qui s’harmonise après trois ou quatre ans de garde. Il dévoile alors des notes de kirsch, d’épices et de réséda qui feront merveille sur du petit gibier, une cocotte de bœuf mijoté, une belle entrecôte grillée ou encore une volaille de fête.


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1946
Superficie : 310 ha
Production : 14 855 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 14 °C
Potentiel de garde : 2 à 5 ans


Les 12 climats de Saint-Amour
La Côte de Besset
Les Champs grillés
Le Clos des Guillons
Le Clos de la Brosse
Le Clos des Billards
Le Chatelet
Les Bonnets
Le Mas des Tines
Vers l’Église
En Paradis
Le Clos du Chapitre
La Folie


Voir aussi
- Les sélections en saint-amour du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le saint-amour



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nov 12

Plus que quelques jours avant l’arrivée du beaujolais nouveau… mais voici plusieurs semaines que Hachette-Vins vous invite à (re)découvrir les dix crus du Beaujolais, moins éphémères et trop méconnus du grand public. Le régnié, le benjamin, est un ancien beaujolais-villages qui a su se hisser au rang des crus. Loin des vins charpentés et corsés, il opte pour un style délicat et aimable, comme les brouilly, fleurie ou chiroubles. Sans renoncer à s’incruster un peu dans votre cave.


Deux clochers pour une commune

L’église de Régnié-Durette se voit de loin, et son esplanade offre un beau panorama. Même si son style est plus néoroman que néobyzantin, on y reconnaît la patte de Pierre Bossan (1814-1888), l’architecte de Notre-Dame-de-Fourvière et de plusieurs autres sanctuaires de la région lyonnaise. Deux clochers jumeaux et symétriques, de quoi dessiner un logo pour le village.

Longtemps, il y a eu deux communes dans ce coin bucolique sur la rive gauche de l’Ardières : Régnié et Durette. En 1973, elles ont fusionné, ce qui a produit un petit millier de Durégnatons et de Durégnatonnes. Parmi eux, de très nombreux vignerons. Les habitants du lieu livraient un vin apprécié dès le XVIIIe siècle et vendu à un bon prix. Rivière modeste, l’Ardières n’en dessinait pas moins alors un axe important reliant Belleville et la Saône à Beaujeu, l’ancienne capitale du Beaujolais. Au-delà, la route menait au col des Echarmeaux et à la vallée de la Loire. Jadis, des vins prenaient ce chemin, descendaient le fleuve royal avant de gagner la Seine et Paris par le canal de Briare, percé au XVIIe siècle.

A quelques kilomètres au nord de Régnié-Durette, Morgon ; au sud, sur l’autre rive de l’Ardières, le mont Brouilly. De quoi donner des ambitions à ces producteurs, dont le vignoble faisait partie du vaste ensemble des beaujolais-villages – des beaujolais produits sur terrains cristallins, plus consistants que ceux du sud de Villefranche. La demande d’accession à une appellation spécifique aboutit en 1988, donnant naissance au plus jeune des crus, ce régnié qui s’enfonce comme un coin entre morgon et brouilly.


Les « trois soleils » de Régnié

Orienté nord-ouest sud-est, le vignoble coïncide presque complètement avec la commune de Régnié-Durette, empiétant à l’ouest sur le village voisin de Lantignié. Il couvre pour l’essentiel une succession de collines en pente douce, entre 300 et 350 m d’altitude, modelées par le ruisseau de l’Ardevel et ses minuscules affluents. La côte se fait cependant plus raide en direction de Chiroubles, vers le nord. Après 450 m, la vigne cède la place à la forêt, qui escalade une hauteur boisée culminant à plus de 800 m au Crêt de la Mure. Ces reliefs abritent la vigne, qui « s’offre aux trois soleils », a-t-on pu écrire : celui de l’est, vers la vallée de la Saône, celui du sud, vers celle de l’Ardières, et celui du couchant. Les sols légers, d’arènes granitiques, dominent, certains se montrant plus compacts, plus riches en argile et en limon.


Un vin précoce et fruité à souhait

Précoce, le régnié s’offre à la dégustation dès le printemps suivant la récolte. Par sa finesse et son parfum, il rappelle le fleurie, le brouilly et le chiroubles, tout en offrant une structure parfois proche du morgon voisin. Fin, floral et très fruité, il décline au nez toute la palette des fruits rouges. La framboise et la groseille dominent, parfois accompagnées de délicates notes de violette. En bouche, le régnié laisse aussi un long sillage fruité, tout en offrant une structure tannique suffisamment solide pour laisser envisager quelques années de garde. Depuis sa promotion en cru, les vignerons font en sorte de prolonger suffisamment les macérations pour lui donner une bonne constitution.

On pourra découvrira ce vin au caveau des Deux Clochers, rebaptisé Caveau du Cru Régnié, où 30 vignerons du cru proposent le meilleur de leur production. Et bien sûr dans la plupart des caves particulières.


Le domaine de la Grange Charton

Il serait dommage de passer à Régnié sans aller voir le domaine de la Grange Charton, qui appartient aux hospices de Beaujeu depuis 1806. Il se compose d’un cuvage et de dix maisons de vignerons – dont trois habitées annuellement, les autres étant réservées aux vendangeurs – en pierres du pays (granite), avec leurs escaliers extérieur, le tout ordonné autour d’une grande cour carrée. Ce vaste ensemble d’architecture rurale du XIXe siècle est classé Monument historique. L’important domaine de l’hôpital de Beaujeu (environ 80 ha de vignes, dont 60 ha en régnié, et des bois) est en partie confié, selon la tradition beaujolaise, à des métayers.


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1988
Superficie : 400 ha
Production : 17 000 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 13-15 °C
Potentiel de garde : 3 à 5 ans


Voir aussi
- Les sélections en régnié du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le régnié


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nov 05

S – 2 avant l’arrivée du beaujolais nouveau… mais on peut déjà savourer les dix crus dans leur belle version 2009. Connaissez-vous chénas, le grand méconnu ? Il n’y a plus de chênes ici, sinon sur le blason communal, mais d’excellents vins à sortir de derrière les fagots. Chénas est le plus petit des dix crus du Beaujolais. Quoi d’étonnant ? Une bonne partie du territoire du village a été attribuée à l’appellation moulin-à-vent. Les vignerons du cru, pour avoir également une AOC au nom de leur village, ont fait cause commune avec ceux de la Chapelle-de-Guinchay, en Saône-et-Loire. La plupart des chénas possèdent le corps et les qualités de leurs prestigieux voisins, qu’on se le dise.

Sous la hotte de Gargantua

Chénas s’adosse à l’ouest sur un contrefort des monts du Beaujolais, séparé du massif principal par la vallée de la Mauvaise. Cette petite rivière impétueuse va se jeter dans la Saône à quelques kilomètres de là et marque la limite avec Juliénas, au nord.

La hauteur qui domine Chénas aurait été créée, à en croire la légende, par Gargantua qui aurait vidé ici sa hotte. Elle culmine à plus de 500 m au pic de Rémont et à la Maison des Chasseurs. Selon la tradition encore, « au Moyen Âge, une immense forêt recouvrait les coteaux ; l’un des bûcherons qui peuplaient la contrée demanda au seigneur dont il dépendait l’autorisation d’arracher les chênes qui composaient la forêt afin de planter quelques ceps ». Une fois les bois défrichés, le nouveau vigneron aurait baptisé Chénas le site de sa première parcelle en souvenir du bois qu’elle avait remplacé. Si le détail de l’histoire est sans doute imaginaire, il est plus que probable que le nom du lieu renvoie à ces arbres. Charlemagne les a-t-il fait arracher ? Ou, au XIVe siècle, le roi Philippe V le Long ? Toujours est-il que le gamay est bien là et que, sur ces sols granitiques, c’est un plant des plus loyaux !

En contrebas de la colline, la topographie est mouvementée et les pentes apparaissent escarpées, même si la vigne ne dépasse pas 380 m d’altitude. Les sols sableux, maigres, superficiels, ne permettent qu’une production limitée, mais de grande qualité. En descendant vers la Chapelle-de-Guinchay, les pentes se font plus douces. Les sols d’alluvions anciennes sont plus profonds, composés de graviers.


Un beau cru de garde

Comme son voisin, le moulin-à-vent, le chénas est un vin charnu et chaleureux, qui peut vieillir. Il bénéficie lui aussi d’une macération assez longue pour la région (de dix à douze jours) et parfois d’un élevage dans le chêne. Ses arômes élégants, floraux dans les jeunes vins, évoquent la violette, la rose, la pivoine et les épices ; ils rappellent également ceux du moulin-à-vent. Le chénas est particulièrement coloré et corsé lorsqu’il provient des terrains pentus et granitiques de l’ouest de l’appellation, moins charpenté lorsqu’il naît dans les secteurs moins élevés et plus limoneux de l’est.

Fondée en 1934, la cave du château de Chénas est la coopérative locale. Elle rassemble 250 ha et propose plusieurs crus du voisinage. On retrouve le chêne dans sa vaste cave voûtée du XVIIe siècle, qui abrite plus de 300 pièces bourguignonnes dans lesquelles mûrissent les meilleures cuvées de chénas et de moulin-à-vent. On pourra découvrir aussi les chénas dans les domaines particuliers, qui proposent également le cru voisin.


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1936
Superficie : 266 ha
Production : 14 000 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 13-15 °C
Potentiel de garde : 4 à 10 ans


Climats
Les Brureaux (Chénas)
Les Daroux (La Chapelle-de-Guinchay)
Le Clos des Blemonts (La Chapelle-de-Guinchay)


Voir aussi
- Les sélections en chénas du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le chénas



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oct 29

S – 3 avant l’arrivée du beaujolais nouveau 2010… les crus 2009 de la région, eux, peuvent commencer à passer à table, et Hachette-vins.com fait la revue de ces appellations. Voici le juliénas – prononcez « juliéna ». Pour ce village aux limites nord du Beaujolais, une consonance déjà méridionale, et sans doute des origines gallo-romaines, à en juger par la toponymie et les vestiges archéologiques trouvés aux environs. Jules César et ses troupes ont-ils fait halte ici, ou au village voisin de Jullié, comme on le dit ? En tout cas, Juliénas, comme Jules, affiche un bien beau manteau rouge. Et possède de multiples ressources pour conquérir les palais : complexité, vivacité et aptitude à la garde.


Aux frontières du Mâconnais
Le bourg qui a donné son nom à l’AOC s’étend au pied du mont de Bessay (478 m), la dernière colline beaujolaise vers le nord. L’aire d’appellation se prolonge jusqu’à Pruzilly – une commune située en Saône-et-Loire et rattachée administrativement à la Bourgogne. Elle jouxte Saint-Vérand, la porte du Mâconnais, où l’on peut produire aussi bien des saint-véran, vins blancs bourguignons, que des beaujolais. La roche de Solutré, en Mâconnais, n’est qu’à une dizaine de kilomètres. Les reliefs et les sols changent pourtant du tout au tout : les éperons rocheux et les argilo-calcaires propices au chardonnay font place à des lignes plus douces et à des roches surtout anciennes. Le raisin blanc s’efface devant le rouge. Et le rouge, ici comme dans tout le Beaujolais, c’est le gamay.

L’aire AOC comprend deux autres villages : celui de Jullié et celui d’Émeringes, vers l’ouest. Comme dans le reste de la région, l’habitat s’éparpille en de multiples hameaux et domaines isolés.


Des vins charnus et nerveux
Étagées de 225 m à 450 m, les vignes s’enracinent sur des sols pauvres et acides. Bien visible dans la partie centrale du cru, le substrat typique du Beaujolais est composé de granite rose, qui donne des sols sableux. Par endroits, les sols se font plus argileux, ce qui donne au vin beaucoup de corps. Sur le haut des coteaux, le granite rencontre des sols schisteux, riches en minéraux, qui rappellent les meilleurs terroirs de Morgon et de la côte de Brouilly. Les vins qui y naissent méritent d’être attendus.

D’une façon générale, les juliénas sont des vins plutôt corsés. Ils présentent une robe violacée qui reste longtemps sombre et profonde. Complexes et élégants au nez, ils associent des notes florales (pivoine ou violette), des touches minérales et épicées à un fruité aux nuances de framboise, de cassis, de groseille, de fraise et même de pêche de vigne. Ils affirment leur personnalité par un palais vigoureux, nerveux, souvent assez tannique, qui leur permet de se bonifier au moins deux à trois ans, même si on peut aussi les consommer jeunes.


Fêtes bachiques
Pas de Madone à Juliénas, mais l’empreinte de l’Église se traduit par une très belle Maison aux Dîmes (début XVIIe s.), dotée de deux élégantes galeries d’arcades superposées. C’est là qu’était entreposé le vin correspondant à l’impôt en nature payé au clergé jusqu’à la Révolution. Ici, 147 tonneaux destinés au chapitre Saint-Vincent de Mâcon. La Maison aux Dîmes abrite aujourd’hui une exploitation viticole.

Depuis 1954, Juliénas rend aussi un culte à Bacchus et à ses plaisirs, grâce à Victor Peyret. Ce producteur, ancien propriétaire du château des Capitans, avait aménagé l’auberge du Coq au vin pour y recevoir ses clients. Avant guerre, plusieurs journalistes du Canard Enchaîné y avaient leurs habitudes : autant de zélotes du cru. On doit aussi à Victor Peyret l’inauguration du cellier de la Vieille Église, caveau de dégustation et « sanctuaire » du juliénas aménagé dans une chapelle désaffectée. Le cœur, peint à fresque, représente Bacchus, escorté de faunes et de bacchantes. C’est dans le cellier de la Vieille Eglise qu’est remis, lors de la fête annuelle du Vin, le prix Victor-Peyret à un écrivain ou artiste ayant contribué à la gloire du vin en général, et du juliénas en particulier. La manifestation avait lieu traditionnellement en novembre. En 2009, sous le nom de Juliénales, elle a été déplacée en juillet, laissant novembre au beaujolais nouveau.

La fête attire ainsi plus de monde. Les visiteurs peuvent goûter le vin au cellier, chez les producteurs ou à la coopérative. Cette dernière a été installée en 1960 au château du Bois de la Salle, ancien prieuré construit trois siècles auparavant. L’AOC compte aussi plusieurs intéressants châteaux viticoles, comme celui de Juliénas, ancienne place forte des sires de Beaujeu, et celui d’Envaux. Enfin, une soixantaine d’exploitations contribuent à la production locale. Nombre de leurs cuvées ont été sélectionnées par Le Guide Hachette des vins lequel, en 1988, a remporté le prix Victor-Peyret !


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1938
Superficie : 594 ha
Production : 29 900 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 13-15 °C
Potentiel de garde : 4 à 10 ans


Voir aussi
- Les sélections en juliénas du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le juliénas


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oct 22

S – 4 avant l’arrivée du beaujolais nouveau… Mais les beaujolais… anciens sont déjà là, sont toujours là. Et méritent toute l’année d’être découverts. Cette semaine, le brouilly et le côte-de-brouilly, à l’extrême sud de la zone des crus. Ils proviennent d’une colline à la forme arrondie presque parfaite, avant-poste des monts du Beaujolais vers la plaine de la Saône. Le côte-de-brouilly, né sur les pentes, tire de roches dures d’origine éruptive sa couleur, sa complexité et sa charpente. Le brouilly, qui provient des sols variés du piémont, est le plus étendu des crus du Beaujolais. Ses vins, divers, offrent toutes les facettes de la production régionale.


Notre-Dame aux Raisins
On le voit de loin, ce mamelon couronné de bois, ellipse presque parfaite, situé à une dizaine de kilomètres de Belleville et de la plaine de la Saône. Il est séparé des monts du Beaujolais par le col de la Poyebade et on peut en faire le tour. Une étroite chapelle le coiffe depuis 1857, dédiée à « Notre-Dame aux Raisins ». La dévotion mariale qui a présidé à sa construction est bien la marque d’un certain XIXe siècle : en 1858, les premiers pèlerins affluent à Lourdes. En 1866, la chapelle de la Madone est érigée à Fleurie. On recherche la protection de la Vierge. Dans ces années 1850, la menace, au pied du mont Brouilly, c’était l’oïdium, champignon qui s’en prend à la principale richesse des villages alentour. Les notables catholiques du Second Empire invoquent alors la Mère de Dieu. Les producteurs de l’époque ne s’en remettaient cependant pas exclusivement au ciel : avant Victor Pulliat, le Chiroublon, promoteur du greffage de la vigne contre le phylloxéra (voir notre article du 15 octobre sur chiroubles), un ingénieur natif de Chalon-sur-Saône, Henri Marès, devait trouver rapidement la parade contre le champignon parasite. Un remède qui sentait le soufre, en quelque sorte, puisque c’est ce corps chimique qui a fait ses preuves contre l’oïdium.


Pèlerinages gourmands
La chapelle reste un lieu de pèlerinage. Tous les ans, à la fin de l’été, les Amis de Brouilly – la confrérie locale – donnent rendez-vous aux amateurs au pied du mont Brouilly pour gravir ses pentes jusqu’au sommet, qui culmine à 484 m. Si le beau temps est de la partie, les marcheurs sont récompensés de leurs efforts par un superbe panorama embrassant tout le vignoble du Beaujolais, la plaine de la Saône, la Dombes et, par temps clair, la chaîne des Alpes. Et partagent, selon la tradition, le pain, le vin et le sel de l’amitié. Le mont Brouilly, d’autres préfèrent le dévaler : une compétition locale de VTT est organisée au mois de mars – dans le respect des vignes, bien entendu. Les promeneurs plus tranquilles emprunteront les nombreux sentiers viticoles. Ou encore la voie verte, piste cyclable reliant Beaujeu à Saint-Jean-d’Ardières et qui traverse Cercié, au nord du mont Brouilly.


Côte-de-brouilly : roche dure et vin solide
Depuis le XVIIe siècle au moins, la vigne, qui escalade le mont Brouilly de tous côtés, donne ici un vin réputé, connu sous le nom de « brouilly », aussi estimé que celui des Thorins (moulin-à-vent), de Fleurie ou de Morgon. Le plus puissant provient des pentes du mont Brouilly. Il a obtenu une appellation à part entière, « côte-de-brouilly », qui le distingue du vignoble du piémont. L’AOC côte-de-brouilly se répartit entre quatre communes : Saint-Lager, vers l’est, Odenas, vers le sud, Quincié-en-Beaujolais, vers le couchant, et Cercié, vers le nord. Les sols sont composés notamment de roches éruptives anciennes telles que les diorites ou cornes vertes ou encore les « pierres bleues ». Des roches si dures qu’elles auraient contribué à décourager les entrepreneurs qui, en 1870, avaient espéré en tirer des pavés.
Ces sols, qui rappellent ceux de la côte du Py de Morgon (voir notre article du 24 septembre), ont fait en revanche le bonheur des vignerons. Ils recèlent davantage d’argiles que les roches d’origine granitique et assurent au gamay une bonne résistance à la sécheresse estivale : le vin y gagne en corps et en charpente. D’un rouge grenat profond, il se distingue par un nez complexe, où les notes fruitées du cépage s’accompagnent de nuances de violette et de pivoine et d’accents minéraux et poivrés. Quant au palais, au goût remarquable de raisin frais, il possède suffisamment de tanins pour affronter cinq à six ans de garde. Et le soleil, qui donne largement sur ce vignoble en pente (surtout côté sud), lui confère beaucoup de corps. L’AOC comprend deux célèbres climats : l’Héronde à Odenas et l’Écluse à Saint-Lager, tous deux situés sur le versant sud du mont Brouilly.


Brouilly : abondant, joyeux et divers
Si la superficie du côte-de-brouilly est limitée (312 ha), celle de l’AOC brouilly, qui la ceinture en plaine, couvre 1 330 ha, ce qui en fait le cru le plus vaste du Beaujolais. Cette appellation s’étend sur le territoire des quatre communes citées plus haut, auxquelles s’ajoutent, vers le sud, les meilleurs coteaux de Saint-Étienne-la-Varenne et de Charentay. Au sud commence la zone des beaujolais-villages, alors qu’au nord, l’AOC voisine avec Régnié et Morgon.
Sur une surface aussi étendue, les sols sont plus divers. La partie ouest, de Quincié à Saint-Étienne-la-Varenne, repose sur des sols sableux d’origine granitique. Au centre, à l’est d’Odenas, les sols plus argileux et caillouteux se rattachent aux roches du mont Brouilly. À l’est, vers Saint-Lager, le substrat est formé par des alluvions anciennes et, plus au sud, apparaissent des terroirs argilo-calcaires qui rappellent ceux du Beaujolais méridional. Enfin, au nord de la rivière de l’Ardières, la côte de la Pisse Vieille, climat célèbre de Cercié, associe granite et colluvions.
Si à la diversité des terroirs répond celles des vins, d’une manière générale, les brouilly s’apprécient plus jeunes que les côte-de-brouilly. Leur nez, bien fruité, mêle la fraise à des notes dominantes de framboise et leur corps allie souplesse, chair et finesse.


Châteaux et métayers
Dès la fin du XVIIe siècle, de grands propriétaires se sont intéressés aux terroirs du Beaujolais septentrional. Aux alentours du mont Brouilly, plusieurs châteaux témoignent de cette mise en valeur précoce. Le plus impressionnant est sans doute celui de la Chaize (brouilly), véritable petit Versailles local, construit de 1674 à 1676 sur les plans de Jules-Hardouin Mansart, surintendant des Bâtiments royaux, pour le frère du Père la Chaize, confesseur de Louis XIV. Les jardins ont été dessinés par Le Nôtre. La cave voûtée de 108 m de long, où s’alignent encore cuves, foudres et fûts, est particulièrement impressionnante. Les 99 ha du domaine sont confiés, selon une tradition antérieure à la Révolution et toujours vivace dans la région, à plusieurs familles de métayers. On citera encore le château des Ravatys, fondé au XIXe siècle par un entrepreneur de travaux publics établit à Saint-Lager. Il a été légué en 1937 par sa nièce à l’Institut Pasteur. Le domaine viticole, ici aussi, est exploité par des métayers.


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1938
Superficie : brouilly 1330 ha ; côte-de-brouilly 312 ha
Production : brouilly 69 900 hl ; côte-de-brouilly 16 200 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 14 °C
Potentiel de garde : brouilly 2 à 3 ans ; côte-de-brouilly 3 à 6 ans


Voir aussi
- Les sélections en brouilly du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Les sélections en côte-de-brouilly du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le brouilly
- Accords gourmands avec le côte-de-brouilly

Mots clés:
oct 18

Tout comme le Mont Saint-Michel, le Palais de Versailles ou encore le Canal du Midi, les vignobles de la Côte-d’Or rêvent d’être inscrits par l’Unesco sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité. Un rêve très raisonnable qui prend petit à petit des allures de réalité. Revue de détail des acteurs et des enjeux.

Qu’est-ce qu’un « climat » viticole bourguignon ?
C’est une parcelle de vigne, délimitée et connue sous le même nom depuis des siècles, bénéficiant de conditions géologiques et climatiques spécifiques. Ces climats sont autant de « briques de base » qui s’assemblent pour former, sur une étroite bande de Dijon à Santenay, la célèbre mosaïque du vignoble bourguignon. D’une taille pouvant varier de quelques centiares à plusieurs hectares, ils portent des noms évocateurs ou plus mystérieux, mais souvent empreints d’une certaine poésie (Les Renardes, Beauregard, La Justice, Les Amoureuses…).

Qu’est-ce que le Patrimoine mondial ?
Cette appellation s’applique à des lieux ou à des biens possédant une valeur universelle extraordinaire, « héritages du passé dont nous profitons aujourd’hui et que nous transmettons aux générations à venir ». L’Unesco les inscrit sur une liste afin qu’ils soient protégés et préservés. Les pyramides d’Égypte, les îles Galápagos ou encore l’Acropole sont quelques exemples des presque 900 sites répertoriés à ce jour. La vigne qui modèle des paysages harmonieux, parfois spectaculaires, a intéressé plus d’une fois les experts de l’organisation. L’Unesco a ainsi inscrit à son patrimoine la Juridiction de Saint-Emilion, les vignobles en terrasses de Lavaux en Suisse et ceux du haut Douro au Portugal, de la Wachau en Autriche, de Tokaj en Hongrie, du Pico dans l’archipel des Açores. Sans parler de sites qui s’inscrivent dans un environnement marqué par la vigne, comme Carcassonne, Vézelay ou San Gimignano.

Pourquoi chercher cette reconnaissance ?
Depuis 1992, l’idée de rejoindre la liste prestigieuse trottait dans les têtes bourguignonnes. En 2007, les choses s’accélèrent avec la création d’une association fédérant de nombreux acteurs locaux et présidée par Aubert de Villaine. Au-delà des nécessaires protections et de la valorisation du patrimoine, un des objectifs affichés de cette candidature est de mieux sensibiliser la population, notamment locale, à la valeur de ce qu’elle a sous les yeux, un bien qu’elle pourrait considérer trop vite comme définitivement acquis. Quand on connaît les difficultés que rencontrent certains vignobles, et non des moins prestigieux, pour s’opposer aux tracés de nouvelles autoroutes ou voies de TGV…

Quelles sont les chances de succès ?
La route est longue mais un petit bout de chemin a déjà été parcouru. L’association prévoit de boucler son dossier de candidature à la fin de 2011. Un dossier sera remis à l’État français qui décidera alors s’il le retient parmi ceux qu’il propose à l’Unesco, sachant qu’un pays ne peut en présenter plus de deux par an. Ensuite, des experts internationaux devront évaluer la pertinence de la démarche par rapport aux critères fixés par l’Unesco, en effectuant des visites sur place. La décision finale appartient au Comité intergouvernemental du patrimoine mondial qui se réunit une fois par an.
Parce que celle-ci va dans le sens d’une mise en valeur d’un patrimoine viticole dans ses composantes historiques et culturelles, Hachette Vins soutient cette candidature et vous invite à lui apporter vous aussi votre parrainage.

Pour en savoir plus :
www.climats-bourgogne.com
whc.unesco.org/


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oct 15

S – 5 avant l’arrivée du beaujolais nouveau… Notre parcours continue à montrer ce vignoble dans toute sa diversité. Après le moulin-à-vent qui aurait fait regretter au duc Philippe le Hardi d’avoir banni le gamay de ses terres bourguignonnes, voici le chiroubles tout en rubis, en fragrances florales et en légèreté. Né dans le village le plus élevé de tout le vignoble, il ne vous regarde pas de haut et vous l’inviterez facilement à votre table. Il offre ce côté friand et aromatique que l’on apprécie tant dans les vins de la région. Tout en ne manquant nullement de tenue. Et dire qu’ici, la spécialité locale était, au XIXe siècle, le navet !


Au pied du col
Ses voisins sont le fleurie, au nord-est, et le morgon, au sud. Le vignoble de Chiroubles se résume à la commune du même nom, mais il est spectaculaire. Si la plaine de la Saône n’est qu’à une dizaine de kilomètres, le relief est ici particulièrement accidenté. Le village, dominé par son clocher néo-byzantin – legs du XIXe siècle comme la chapelle de Fleurie –, est encerclé par les ceps. Les coteaux, le plus souvent exposés à l’est, s’étagent de 270 m d’altitude à 540 m au col de Durbize. Les vignes s’insinuent très loin vers les monts du Beaujolais, suivant des vallons formés par des ruisseaux comme le Douby et ses affluents. Au lieu-dit Les Saignes, vers le col du Fût d’Avenas, les ceps grimpent même jusqu’à 600 m ! Ils laissent alors la place aux prairies et à la forêt de la montagne d’Avenas qui les protège des influences humides venues de l’ouest.
Juste au-dessus, la terrasse de Chiroubles, avec sa table d’orientation et son chalet de dégustation, est un lieu privilégié pour découvrir la production locale tout en découvrant un vaste panorama : les vagues de coteaux, la plaine de la Saône, la Bresse, le Jura et, certains jours, les sommets enneigés des Alpes. Un site aménagé dès les années 1950 par les responsables locaux, qui pratiquaient déjà l’œnotourisme avant la vogue du concept.


Les fruits du granite
La forte déclivité a contraint les vignerons du cru à construire et à entretenir de petits murets de pierre qui retiennent la terre facilement entraînée par les orages. Au sein des parcelles, les « rases », petits fossés creusés perpendiculairement à la pente, complètent cette lutte contre l’érosion. On comprendra que ces aménagements sont incompatibles avec une mécanisation à outrance… Même si l’on peut voir ici des labours au treuil, la charrue étant tirée par un câble attaché à un petit tracteur.
Le sol de Chiroubles est particulièrement homogène : le sous-sol est essentiellement constitué de granite rose avec, ça et là, quelques filons de granulite. Les sols, sableux, proviennent de cette roche mère désagrégée sous l’action du gel, de la pluie et du vent. Les géologues parlent d’arènes granitiques. Ces terrains légers, acides, pauvres, se réchauffent facilement au soleil du Levant. Les gatilles (nom local des lézards) y font volontiers la sieste tandis que les raisins prennent des couleurs. Cette nature de terrain s’ajoute à l’exposition pour favoriser une bonne maturation malgré l’altitude.


Victor Pulliat, héros du village
Dans le Beaujolais aussi, la vigne a failli disparaître au XIXe siècle, sous les attaques sournoises du phylloxéra, puceron apparu en 1865 sur le territoire français. La commune de Chiroubles a été le théâtre d’essais opiniâtres pour vaincre le fléau. Victor Pulliat (1827-1996) préconisa le greffage sur plants américains résistants à l’insecte. Natif du village, cet ampélographe et agronome possédait une riche collection de plants dans son domaine de Tempéré. Le procédé, qui donna à long terme les meilleurs résultats, fut finalement adopté dans tous les vignobles européens.
Les Chiroublons ont rendu hommage à leur grand homme en érigeant sa statue sur la petite place de la commune. Juste reconnaissance puisque ce village de 358 habitants vit aujourd’hui essentiellement de la viticulture : on y dénombre une cinquantaine d’exploitations. Victor Pulliat a aussi légué son nom à un concours qui, en avril – lorsque les vins ont fait leurs Pâques, comme il se doit – met en compétition les crus du Beaujolais. Le meilleur se voit remettre la coupe Victor-Pulliat lors de la Fête des crus qui se tient tous les ans dans l’un des dix crus du vignoble.


Des fleurs et des Demoiselles
Du chiroubles, on dit que c’est « le plus beaujolais des crus ». Entendez qu’il offre toutes les qualités qui séduisent dans les vins de la région : le côté friand et parfumé, immédiatement charmeur. De la légèreté ? Oui, et qui répond à celle des sols sableux où il naît. Ainsi, la robe n’est ni noire d’encre ni même violette, mais rouge rubis. Dans le verre, empli d’arômes, on respire la suavité des fleurs (violette, iris, parfois accompagnées de notes plus poivrées de pivoine) et la gamme gourmande des petits fruits rouges et noirs. La bouche reprend ces nuances flatteuses. Si elle se montre peu tannique et friande, le vin ne manque ni de consistance ni de perspectives de garde. Sans atteindre la longévité de certains morgon et moulin-à-vent, il peut vieillir cinq ans. Certains auteurs lui ont d’ailleurs trouvé « la grâce des fleurie et la solidité des morgon ». Le chiroubles accompagnera agréablement tout un repas ou un casse-croûte de qualité.
Pour promouvoir ce vin qualifié de « féminin », Chiroubles a installé en 1996 une confrérie de vigneronnes, les Demoiselles de Chiroubles. Vous pourrez découvrir ce cru chez les nombreux producteurs du village ou à la Maison des Vignerons, siège de la cave, l’une des plus anciennes coopératives de la région (1929).


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1936
Superficie : 360 ha
Production : 18 000 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 15 °C
Potentiel de garde : 4 à 10 ans


Voir aussi
- Les sélections en chiroubles du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le chiroubles



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oct 11

S’ouvre cette semaine la 21e édition de la Semaine du Goût. L’occasion pour hachette-vins.com de vous présenter la nouvelle édition de L’école de la dégustation de Pierre Casamayor, publiée chez Hachette Pratique.

« Le vin réjouit le cœur des hommes » lit-on dans la Bible (Psaume 104-15) : c’est sous cette citation que le célèbre œnologue français a placé son ouvrage ; ce livre réjouira le cœur des œnophiles, est-on tenté d’ajouter.

En 100 leçons, 100 exercices de dégustations comparatives, réalisables chez soi, l’auteur vous guide pas à pas dans l’apprentissage du vin. Quatre grandes parties rythment la lecture, une lecture qui va crescendo, du plus simple au plus complexe.

On débute logiquement par les Principes de la dégustation afin de maîtriser les trois étapes de l’analyse (œil, nez, bouche), par grands types de vins (blancs, rosés, rouges, liquoreux, effervescents…). Quelques exemples ? Apprendre à graduer l’acidité dans un vin blanc en comparant un jurançon sec et un côtes-de-provence ; distinguer un rouge frais et léger de son pair tannique à travers la comparaison entre un vin issu de gamay et un vin né de cabernet-sauvignon ; découvrir les différents styles de rosés à travers la comparaison entre une version atlantique (irouléguy) et une version méditerranéenne (tavel) ; ou encore retrouver les origines des liquoreux à travers la dégustation comparée de vins botrytisés et de vin passerillés…

Suit une Petite école des cépages : clairette et muscat, aux deux extrémités de la puissance aromatique ; viognier et chenin, le sprinter et le coureur de fond ; cabernet-sauvignon et merlot, deux styles de tanins… Et là encore le même principe de l’apprentissage par l’exercice, qui permet au débutant de cerner au mieux les extrémités des échelles de sensation et de mémoriser les caractéristiques variétales d’un vin. Avec à chaque fois les conseils d’achat et de préparation des bouteilles.

Vient ensuite la Petite école des terroirs : une initiation à la « véritable saveur de la terre » comme disait Colette, à travers les interactions entre les cépages et les différents types de sols ou de microclimats : le riesling sur les différents terroirs alsaciens, la syrah en hermitage et en crozes-hermitage, les cabernets et le merlot à Saint-Émilion ou la structure contre la rondeur, les différents expressions du chardonnay selon les terroirs de la Côte de Beaune, les différents crus du Languedoc ou des Corbières…

Les vins du monde ne sont pas oubliés (Rioja et Ribera del Douro, Barolo et Barbaresco, blanc suisses versus blancs savoyards…), ni les eaux-de-vie (armagnacs, cognacs, whiskies et rhums).

Une façon inédite, à la fois ludique et sérieuse, simple et enrichissante, de partir à la découverte des vignobles et des vins d’ici ou d’ailleurs.


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oct 08

S – 6 avant l’arrivée du beaujolais nouveau… Place cette semaine au noble moulin-à-vent. Ce « seigneur », qui se compare volontiers aux voisins bourguignons de la Côte d’Or, est aussi le plus ancien des crus du Beaujolais, et accessoirement le plus cher… Un vin de garde, à la fois fin et corsé, auquel le terroir riche en manganèse donnerait son caractère.


Deux clochers pour un moulin


« Pour faire le moulin-à-vent de mes ancêtres, il faudrait du velours, des kilomètres de velours, il faudrait des rubis, des monceaux de rubis. Il faudrait des fleurs odorantes, des fruits savoureux (…) Il faudrait dérober aux belles leurs formes voluptueuses, il faudrait… il faudrait tout cela à la fois. Seul notre vieux cépage de gamay pouvait réussir ce miracle ! » Ainsi parlait un vieux vigneron en 1880… (in Le Grand Livre du Beaujolais, Le Chêne, 1985).

Car la réputation du moulin-à-vent ne date pas d’aujourd’hui. Au XVIII e siècle déjà, elle se vérifie dans une plainte du 31 décembre 1770 du sieur Pierre-Étienne Chalandon, négociant à Mâcon, qui proteste contre un certain Alexandre Brosse, suspecté d’offrir des vins de troisième ou quatrième catégorie sous le nom de moulin-à-vent. En 1816, dans sa Topographie de tous les vignobles connus, André Jullien, l’un des meilleurs spécialistes du vin de son époque, range les vins de Chénas, de Moulin-à-Vent et de Thorins dans la seconde classe des vins de France, juste derrière les cuvées de Beaune.

Cette renommée entraîne une augmentation des fraudes que le Tribunal civil de Mâcon entend contrecarrer en établissant officiellement dès 1924 les limites géographiques de la production de ce vin, dénommé alors thorins ou moulin-à-vent. Premier cru délimité du Beaujolais, il se partage entre deux communes et deux départements : Romanèche-Thorins en Saône-et-Loire et Chénas dans le Rhône. Mais point de querelle de clochers ici : dès l’année suivante, les vignerons des deux villages créent l’union viticole. L’INAO confirme ces délimitations en 1936 avec l’attribution de l’appellation d’origine contrôlée. Pour éviter toute confusion, le nom de thorins est délaissé…

Le hameau abrite toujours le (vrai) moulin à vent, construit au XVe siècle sur un mamelon granitique à 258 m d’altitude, au centre de l’appellation. Celui-ci a cessé de moudre du grain en 1850 et ses ailes se sont envolées en 1910, ne résistant pas à une terrible tempête. Classé monument historique en 1930, il fut rénové en 1960. Ses ailes n’ont repoussé qu’en 1999 pour se briser à nouveau ; elles ont été reposées en 2006.


Le filon manganèse


Autour du moulin, on ne plante jamais d’arbre : aux dires des anciens, la vigne ne supporte que l’ombre du vigneron. Ou bien : le vin est devenu si précieux qu’on ne saurait gaspiller la moindre parcelle… Quoi qu’il en soit, les ceps de gamay noir à jus blanc s’étalent en pentes douces, bien exposés, protégés par les monts du Haut-Beaujolais. Ils s’enracinent dans un sol granitique assez homogène, même si l’on distingue différents climats selon les expositions et les altitudes.

Ces arènes granitiques roses friables, qu’on appelle gore ou grès, sont infiltrées de filons de manganèse. Jusqu’en 1919, Romanèche-Thorins était, avec ses quatre mines, le plus important gisement français de « romanéchite » comme on l’appelait alors. Cette pierre noire, très lourde, que l’on peut encore observer dans les murs des vieilles bâtisses de la commune, serait à l’origine du caractère particulier des vins.

La couleur du moulin-à-vent est d’un rouge profond, violacé, qui évolue avec l’âge du grenat sombre au rubis profond. Dans sa prime jeunesse, le vin exhale des senteurs de fruits rouges (cerise bien mûre) et de violette. Puis apparaissent les arômes d’iris et de rose fanée ; enfin, le bouquet se montre plus épicé et complexe (truffe, musc, venaison, ambre gris parfois). Mais ces dernières nuances restent toujours discrètes, ne nuisant pas à l’élégance du vin. C’est en bouche que le moulin-à-vent affirme sa personnalité : charpenté mais bâti sur des tanins fins, charnu, velouté, persistant, souvent minéral et parfois boisé en raison de son élevage en fût, monnaie courante dans l’appellation.

Si le moulin-à-vent sait se faire apprécier jeune, quelques années de garde (jusqu’à dix ans dans les grands millésimes) lui confèrent tout son cachet. Et le vin de « pinoter » dit-on alors, se rapprochant ainsi de ses cousins bourguignons. Un seigneur…


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1936
Superficie : 660 ha
Production : 33 000 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 15 °C
Potentiel de garde : 4 à 10 ans


Les climats
Le vignoble de Romanèche se divise en 9 climats :
Les Carquelins
Les Rouchaux
Champ de Cour
En Morperay
Les Burdelines
La Roche
La Delatte
Les Bois Maréchaux
La Pierre
À Chénas, les plus grandes cuvées proviennent de La Rochelle, Les Caves, Rochegrès, Champagne, Les Vérillats et Les Joies.


Voir aussi
- Les sélections en moulin-à-vent du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le moulin-à-vent



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oct 01

S – 7 avant l’arrivée du beaujolais nouveau… Après Morgon et ses vins robustes, nous faisons une halte à Fleurie aux vins délicats. Bordée au nord par le cru moulin-à-vent, au midi par celui de morgon et au couchant par celui de chiroubles, l’appellation – troisième cru du Beaujolais par ordre d’importance après brouilly et morgon – déploie sur ses coteaux l’un des vignobles les plus prestigieux du Beaujolais.



Sous le regard de la Madone…


Bien avant que le Beaujolais ne conquière la planète avec le « nouveau », les vins de Fleurie étaient déjà très estimés. Au début du XVIIIe siècle, seuls les crus « supérieurs » de Chénas, Saint-Lager (aujourd’hui côte-de-brouilly) et Fleurie étaient convoyés à Paris par les marchands de vins bourguignons. Au XIXe siècle, certains auteurs comme Julien, Guyot et Danguy ont classé le fleurie parmi les meilleurs de vins de France…


Consacrée AOC en 1936, l’aire du fleurie se concentre dans les limites de la commune éponyme. Ici, la pente est douce, mais à partir du village, les ceps escaladent des coteaux souvent abrupts, ne laissant place à aucune autre culture que celle de la vigne. Abrité des vents d’ouest par les monts du Beaujolais, fleurie offre une parfaite orientation au sud-est. À l’aube, les rayons du soleil réchauffent le coteau. Le bief de Roclaine et le ruisseau de la Presle qui dévalent la montagne pour rejoindre la Saône découpent cet ensemble et diversifient les expositions. D’une altitude moyenne de 290 m, les vignes s’étagent jusqu’au pied de la chapelle de la Madone, qui veille sur le vignoble.


Le gamay s’enracine dans un sol granitique squelettique, très superficiel, notamment en haut des coteaux, qui donne des vins tout en finesse et aux parfums délicats, tandis qu’en bas de coteau, les sols plus argileux et plus épais leur confèrent plus de charpente et de couleur. Le massif granitique de Fleurie constitue d’ailleurs le sous-sol d’une bonne partie des crus régionaux, de Régnié à Juliénas, un terroir incomparable pour le gamay. Ses pierres longtemps utilisées pour les constructions locales ont également permis d’élever des murs autour des vignes. Ainsi, l’aire de fleurie est celle qui compte le plus de clos en Beaujolais.


… et de Mademoiselle Chabert

Autre particularité de l’appellation, le rôle tenu par les femmes dans l’histoire de la viticulture locale. Lors de la Première Guerre mondiale, les Fleuriatonnes avaient permis aux domaines de survivre au départ des hommes au combat. En 1927, elles furent à l’origine de la création de la cave coopérative. Après avoir effectué les premières vinifications dans des cuvages particuliers, la « coop » s’installa définitivement au cœur du village en 1932, sous la présidence de François Chabert, charcutier de son état.


Sa fille, Marguerite Chabert, assura le développement de la cave à partir de 1946. Pendant près de quarante ans, Mademoiselle Marguerite œuvra avec pugnacité à la défense du fleurie et plus largement des vins du Beaujolais. Une forte femme dans un milieu à l’époque volontiers machiste : n’avait-elle pas réquisitionné, faute de tonneaux, le réservoir communal nouvellement construit pour y loger l’abondante récolte de 1960 ? Hélas pour les habitants, le précieux breuvage n’arriva jamais jusqu’à leur robinet ! Disparue en 1984, Marguerite Chabert reste la figure tutélaire de Fleurie et symbolise l’image du Beaujolais comme vignoble « féminin ».




Des vins féminins, mais pas seulement


Féminin aussi est le vin de Fleurie, dit-on. Il se distingue en effet par une légèreté, une finesse et un bouquet particulièrement développé. Joliment habillé, il se pare d’un beau rouge violacé dans sa jeunesse pour évoluer vers des teintes carmin et rubis à maturité. Mais l’intensité de la robe est directement liée au climat qui a engendré le vin : plus vive sur les coteaux légers, plus sombre dans les terrains plus profonds. Le nez se montre délicatement floral (iris, violette, rose), agrémenté de petits fruits rouges comme la framboise, parfois de mûre sauvage ou de cassis. Franche en attaque, sans agressivité, la bouche dévoile une faible acidité et des tanins fins. Rondeur, velouté, élégance, persistance des arômes fruités, si « le moulin-à-vent est le seigneur des vins du Beaujolais, fleurie en est la reine », a-t-on coutume de dire ici…


Toutefois, lorsqu’ils naissent sur des parcelles où le granite est plus dur et fait davantage souffrir la vigne, les vins peuvent se révéler d’une étonnante concentration, bien bâtis, corsés et colorés, et donc gagner en corps et en longévité ce qu’ils perdent en finesse. On pense notamment aux climats Les Moriers ou La Roilette. Car sur les étiquettes on peut en effet trouver, comme dans toute la Grande Bourgogne viticole, le nom de l’un des treize climats de la commune, des noms évocateurs comme La Rochette, La Chapelle-des-Bois, Les Roches, Grille-Midi, La Joie du Palais… Des lieux-dits de taille très variable, de 5 ha pour La Joie du Palais à 50 ha pour La Chapelle des Bois et La Madone.


Et pour accompagner ces jolis vins ? L’andouillette à la beaujolaise – plat créé par la famille Chabert, faisant traditionnellement entrer le fleurie dans sa préparation – s’impose pour un accord « couleur locale ». Charcuterie, volaille et viande blanche, jambon à l’os, gigot ou brochette d’agneau, petit gibier (une perdrix au chou par exemple) ou fromage (tomme de brebis, brie de Meaux) auront aussi les faveurs de vos palais.

 

Fiche d’identité

Création de l’AOC : 1936

Superficie : 860 ha

Production : 56 000 hl

Cépage : gamay

Couleur : rouge

Température de service : 13-15 °C

Potentiel de garde : 2 à 5 ans


Les 13 climats

Les Labourons

Poncié

Les Moriers

La Roilette

Les Garants

Montgenas

La Madone

La Joie du Palais

Grille-Midi

La Chapelle des Bois

Les Côtes

Le Bon Cru

Champagne


Voir aussi

- Les sélections en fleurie du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)

- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)

- Œnotourisme : la route des crus

- Accords gourmands avec le fleurie 


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