Tout comme le Mont Saint-Michel, le Palais de Versailles ou encore le Canal du Midi, les vignobles de la Côte-d’Or rêvent d’être inscrits par l’Unesco sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité. Un rêve très raisonnable qui prend petit à petit des allures de réalité. Revue de détail des acteurs et des enjeux.

Qu’est-ce qu’un « climat » viticole bourguignon ?
C’est une parcelle de vigne, délimitée et connue sous le même nom depuis des siècles, bénéficiant de conditions géologiques et climatiques spécifiques. Ces climats sont autant de « briques de base » qui s’assemblent pour former, sur une étroite bande de Dijon à Santenay, la célèbre mosaïque du vignoble bourguignon. D’une taille pouvant varier de quelques centiares à plusieurs hectares, ils portent des noms évocateurs ou plus mystérieux, mais souvent empreints d’une certaine poésie (Les Renardes, Beauregard, La Justice, Les Amoureuses…).
Qu’est-ce que le Patrimoine mondial ?
Cette appellation s’applique à des lieux ou à des biens possédant une valeur universelle extraordinaire, « héritages du passé dont nous profitons aujourd’hui et que nous transmettons aux générations à venir ». L’Unesco les inscrit sur une liste afin qu’ils soient protégés et préservés. Les pyramides d’Égypte, les îles Galápagos ou encore l’Acropole sont quelques exemples des presque 900 sites répertoriés à ce jour. La vigne qui modèle des paysages harmonieux, parfois spectaculaires, a intéressé plus d’une fois les experts de l’organisation. L’Unesco a ainsi inscrit à son patrimoine la Juridiction de Saint-Emilion, les vignobles en terrasses de Lavaux en Suisse et ceux du haut Douro au Portugal, de la Wachau en Autriche, de Tokaj en Hongrie, du Pico dans l’archipel des Açores. Sans parler de sites qui s’inscrivent dans un environnement marqué par la vigne, comme Carcassonne, Vézelay ou San Gimignano.
Pourquoi chercher cette reconnaissance ?
Depuis 1992, l’idée de rejoindre la liste prestigieuse trottait dans les têtes bourguignonnes. En 2007, les choses s’accélèrent avec la création d’une association fédérant de nombreux acteurs locaux et présidée par Aubert de Villaine. Au-delà des nécessaires protections et de la valorisation du patrimoine, un des objectifs affichés de cette candidature est de mieux sensibiliser la population, notamment locale, à la valeur de ce qu’elle a sous les yeux, un bien qu’elle pourrait considérer trop vite comme définitivement acquis. Quand on connaît les difficultés que rencontrent certains vignobles, et non des moins prestigieux, pour s’opposer aux tracés de nouvelles autoroutes ou voies de TGV…
Quelles sont les chances de succès ?
La route est longue mais un petit bout de chemin a déjà été parcouru. L’association prévoit de boucler son dossier de candidature à la fin de 2011. Un dossier sera remis à l’État français qui décidera alors s’il le retient parmi ceux qu’il propose à l’Unesco, sachant qu’un pays ne peut en présenter plus de deux par an. Ensuite, des experts internationaux devront évaluer la pertinence de la démarche par rapport aux critères fixés par l’Unesco, en effectuant des visites sur place. La décision finale appartient au Comité intergouvernemental du patrimoine mondial qui se réunit une fois par an.
Parce que celle-ci va dans le sens d’une mise en valeur d’un patrimoine viticole dans ses composantes historiques et culturelles, Hachette Vins soutient cette candidature et vous invite à lui apporter vous aussi votre parrainage.
Pour en savoir plus :
www.climats-bourgogne.com
whc.unesco.org/
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Paul Schramm est le « Monsieur Vignes » de la PMCA (Perpignan Méditerranée Communauté d’agglomération). Depuis 2001 maire de Calce – un village vigneron de 214 habitants -, jeune retraité, ex-professeur d’oenologie et de sommellerie au Lycée hôtelier de Perpignan, il bataille pour préserver par tous les moyens les vignes, patrimoine de son pays, et retenir ces vignerons qui succombent aux sirènes des primes à l’arrachage de Bruxelles.
Pourquoi vous lancer dans cette bataille ?
La crise viticole est mondiale, à cause de la surproduction. Chez nous aussi, les vignerons ont des difficultés à vendre leurs vins. Mais pour les autorités de l’Europe, la solution au problème est l’arrachage pur et simple, et les primes sont très avantageuses. La menace est réelle de voir disparaître les vignes qui sont nos paysages depuis toujours. Il fallait donc s’opposer à cette politique. Lors des négociations sur l’entrée de Calce dans la PMCA, j’ai proposé un marché : nous venons si l’Agglo se dote d’un pôle « viticulture ». J’en ai pris la direction en janvier 2007, et nous avons préparé ce plan de sauvegarde des « vignes patrimoine ». Les financements se montent à 1,5 million d’euros.
Quelle est votre définition d’une vigne patrimoine ?
La plaine du Roussillon, c’est 7 000 ha de vignes et 600 vignerons sur 3 AOC. Nous voulons empêcher l’arrachage de 600 ha de « vignes patrimoine ». Plusieurs éléments définissent celles-ci : le terroir (en coteaux ou en terrasses), l’encépagement (les vieux macabeu et grenache catalans), le classement en AOC, l’intégration dans le paysage et la valeur économique (les domaines performants qu’il faut garder). Cinq territoires sont concernés : les coteaux autour de Calce, Baixas et Peyrestortes ; le sud de l’étang de Barcarès, où la vigne se mêle aux maraîchages et aux vergers ; les coulées vertes de part et d’autre de Perpignan ; les vignes sur les terrasses de Canet, de Saint-Nazaire et sur l’arc de Saleilles à Canohes ; et des domaines éparpillés, avec un vignoble autour d’un mas.
Quels dispositifs avez-vous conçus pour empêcher l’arrachage ?
Nous proposons aux vignerons qui renonceront à l’arrachage des primes suivant quatre scénarios. Premier cas : le vigneron vend ses terres, PMCA lui verse 2 000 euros/ha, et à son acquéreur 1 000 euros. Deuxième cas : le vigneron place sa vigne en fermage, il reçoit 60 % de sa prime d’arrachage, le solde en 5 ans, et son repreneur touche 300 euros/ha. Dans ces deux cas, le nouvel arrivant s’engage à exploiter le vignoble pendant 10 ans. Troisième cas : la collectivité (l’Établissement public foncier local) rachète les vignes et les loue. Dans ces trois cas, on aura évité l’arrachage et ces vignes patrimoine demeureront. Quatrième cas : le vigneron arrache sa vigne, PMCA rachète les terres ou incite le propriétaire à les louer et y plante des cultures de diversification. L’ensemble du dispositif fonctionne en partenariat avec la région Languedoc-Roussillon. Par ailleurs, PMCA accompagne la filière viticole locale en favorisant la promotion de ses vins, ses investissements et le tourisme de terroir.
Président de l’université Paris-Sorbonne de 2003 à 2008, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, président de la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires, Jean-Robert Pitte n’a pas peur des mots. Ses convictions sont ancrées et ses réparties fulgurantes, à rebours du conformisme bien pensant. Quand l’ancien Président de la Sorbonne s’enflamme contre « l’arnaque du bac », l’Université se dresse et s’indigne. Le lettré cultive son jardin des paradoxes. L’autre hémisphère du géographe, son côté épicurien, révèle un esprit amoureux des paysages, de la gastronomie et des générations d’hommes qui les façonnent. Pas un nostalgique des traditions, mais un défenseur du mouvement, de l’évolution, du plaisir de la découverte. Il le dit à sa façon, qui n’est pas une langue de bois.
Quelles sont vos attaches d’enfance ?
J’ai de nombreux berceaux de famille. Le tout premier est alsacien. Mon arrière-grand-mère maternelle a quitté Colmar avec la guerre de 1870, en emportant avec elle tout son bagage culturel et son moule à kougelhopf. Les jours de fête à la maison, on mangeait la choucroute et le kougelhopf, et l’habitude se perpétue dans les générations actuelles, celle de mes frères et de nos enfants. Mes autres influences sont normandes et hongroises. Ma femme est japonaise et je fréquente le Japon depuis trente ans. Jusqu’à 14 ans, je voulais être cuisinier, c’était mon souhait le plus cher, mon rêve d’enfance. Je rêvais aussi de voyages. En fac, je me suis orienté vers la géographie qui représentait pour moi la perspective de voyages ; j’espérais trouver un travail dans le tourisme. Et je suis devenu professeur de géographie, point de départ de ma carrière à l’Université. Je continue à cuisiner, surtout des plats en sauce et les classiques, la blanquette de veau, le boeuf bourguignon, les terrines, les pieds de porc farcis. J’ai des goûts simples.
Le champ d’étude de la géographie s’est élargi par votre influence.
Au moment où j’ai commencé à enseigner, c’est le moment où la géographie sortait de ses deux domaines de prédilection, la géomorphologie et l’approche économique. La géopolitique est arrivée plus tard. Les thèmes d’étude de la géographie d’aujourd’hui qui me passionnent relèvent de l’approche culturelle : langues, religions, ce qui passe par les sens, le paysage et ce que les gens mangent et boivent. Bien entendu, je suis heureux de constater que la géographie continue à tenir un discours original, modéré, raisonnablement optimiste sur l’environnement.
Votre livre « Histoire du paysage français » était précurseur en 1983.
Il explique que le paysage est vivant, en constante évolution. Ça bouge. Comme le vin, c’est un fait culturel. Un vin de la même parcelle variera en fonction du climat, du millésime, mais aussi du vigneron et du goût des gens. Les grandes phases de l’évolution du paysage sont plus liées à la culture qu’à la nature. La conquête romaine apporte les déboisements, la construction des villes et des routes. On a un rapport sacré avec la nature. Tout s’arrête avec les invasions barbares. Avec la Renaissance et le fait du prince, le traitement de l’espace devient profane. Puis survient la Révolution industrielle. La logique humaniste voudrait que la technique s’adapte aux besoins des hommes, ce qui n’a pas toujours été le cas.
On entre dans une nouvelle époque aujourd’hui ?
Après un siècle et demi de triomphe de la technique, on commence à peine à sortir de cette période et à repenser à ce qu’on appelle la « qualité de la vie », avec beaucoup de maladresses et d’idées préconçues. On lit partout que le ciel va nous tomber sur la tête. Il y a des choses vraies, mais beaucoup d’exagérations. Et surtout c’est l’une de ces peurs millénaristes dont les hommes semblent avoir parfois besoin, et qui les privent de regarder la réalité en face et de se dire « Que peut-on faire ? », sans se priver des bienfaits de la technique.
Ces propos, encore une fois, sont plutôt à contre courant.
L’homme a tellement de moyens techniques aujourd’hui qu’il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt, se terroriser avec les OGM et les centrales nucléaires, mais plutôt maîtriser ces techniques. L’homme a toutes les capacités pour cela. Quand j’étais étudiant dans les années soixante, on était trois milliards d’hommes, certains disaient « on va tous mourir de faim ». Aujourd’hui, on est 6,5 milliards, l’Inde et la Chine mangent à peu près à leur faim, même si bien des problèmes demeurent dans ces deux géants.
William Luret