Le blog de la rédaction
mai 23

Avec Pascal Ribéreau-Gayon, décédé à l’âge de 81 ans dans la nuit du 15 au 16 mai, disparaît l’une des grandes figures de l’œnologie bordelaise, pour ne pas dire, française du XXe siècle. Et un homme auquel le Guide Hachette des Vins doit beaucoup.


Son père, Jean Ribéreau-Gayon, avait créé en 1949 l’Institut d’œnologie de Bordeaux. Son arrière grand-père Ulysse Gayon, assistant de Louis Pasteur, avait découvert la bouillie bordelaise, rempart contre le mildiou. Il aurait pu se contenter d’être un héritier ; il n’en fut rien. Il s’engagea à fond dans une carrière de chercheur qui l’amena à apporter une contribution essentielle à l’œnologie moderne : l’utilisation de la  chromatographie pour déterminer la présence d’hybrides dans un vin rouge. On sait que les vignes hybrides, après les dévastations du phylloxéra à la fin du XIXe s., s’étaient répandues dans tous les vignobles de France. Elles résistaient au fatal puceron, mais elles donnaient des vins médiocres. Les appellations contrôlées, mises en place à partir de 1935, les avaient systématiquement interdites, mais elles subsistaient, disséminées un peu partout… Le bon grain avec l’ivraie. L’amateur était-il sûr d’avoir dans son étiquette le produit annoncé sur l’étiquette ?


À l’origine, en 1952, il s’agissait d’une recherche fondamentale, de chimie théorique, sans rapport avec l’identification des cépages. L’objectif était une meilleure connaissance de la chimie des anthocyanes, ces pigments présents dans la pellicule des baies de raisin, et qui donnent leur couleur aux vins rouges. La recherche fut entreprise à la fin de l’été à partir de merlots et de cabernets-sauvignons. Or, « par un hasard heureux », comme l’écrit Pascal Ribéreau-Gayon dans son ultime ouvrage, l’excellente Histoire de l’œnologie à Bordeaux (Dunod, mai 2011), des rangs d’hybrides se trouvaient juste à côté ; et il pensa qu’il pouvait être intéressant d’effectuer aussi des prélèvements parmi eux. L’analyse et l’identification des anthocyanes par la technique de la chromatographie sur papier (une méthode d’analyse chimique) firent apparaître des différences significatives entre les variétés de vignes françaises traditionnellement cultivées en Europe (Vitis vinifera) et les hybrides. Grâce à cette découverte, l’Institut national des appellations d’origine (INAO) allait pouvoir éradiquer les hybrides des vignes françaises à la fin des années 1950 et au cours des années 1960.


Par la suite, devenu professeur puis, en 1976, directeur de l’Institut d’œnologie de l’université de Bordeaux II (Ségalen), il a poursuivi l’œuvre de son père en ouvrant la faculté sur le monde de l’entreprise, en travaillant avec des exploitations, tant françaises qu’étrangères, et des maisons de négoce. Il stimula aussi la recherche et singulièrement la recherche fondamentale. La qualité de son travail dans ce domaine permit à l’Institut de devenir Faculté en 1995. Il en fut bien évidemment le premier doyen.


Authentique homme de sciences, il ne négligeait pas non plus la vulgarisation des connaissances et la communication. C’est avec enthousiasme qu’il répondit favorablement à la proposition de Catherine Montalbetti de participer à la création du Guide Hachette des Vins ; puis à d’autres ouvrages comme l’Atlas Hachette-INAO des vins de France et le Guide pratique des vins. Très attaché au Guide, il a participé jusqu’en 2010 aux dégustations, où sa présence était particulièrement appréciée pour sa courtoisie, son extrême gentillesse et sa compétence.

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jan 07

A_0356BANCe post aurait pu s’intituler « Goût de terroir », mais voilà : cette expression était employée autrefois pour caractériser certains vins, disons, un peu rustiques et surtout pour excuser certaines déviances œnologiques (arômes phénolés notamment…).


C’était au mieux une sympathique note animale, au pire un parfum d’écurie… Mais ça plaisait (on était habitués aussi, peut-être) et ça participait du folklore du vin. Ces déviations aromatiques ont aujourd’hui heureusement assez largement disparu, ou tout du moins elles ne sont plus tolérées mais chassées.


Cela n’a pas empêché des scientifiques américains de se mettre à chercher l’origine de ce qu’ils appellent eux-mêmes, en français dans le texte, le « goût de terroir ». Il ne s’agit plus ici bien évidemment des défauts du vin, mais du lien entre les saveurs d’un vin donné et le sol qui l’a vu naître.


Que ressort-il de ces études ? Rien. « Je ne dis pas que la chimie et la géologie n’ont aucun effet sur le vin, conclut un des chercheurs. Mais s’ils en ont, on ne les connaît pas. » Ainsi, la fameuse « minéralité » de certains vins ne serait pas due aux minéraux contenus dans le sol. Les chercheurs dont on parle ici, précisons-le, sont des géologues.


Et c’est peut-être là que le bât blesse, car qu’est-ce exactement qu’un terroir ? Ce n’est pas seulement un sol, une couche géologique, mais tout ce qui contribue, dans l’environnement du pied de vigne, à la maturation du raisin. C’est un substrat, certes, mais aussi un emplacement géographique, une latitude, une exposition, un climat et un microclimat, sans oublier la part humaine : un travail des sols, un mode de taille et de conduite et autres tâches effectuées au vignoble.


En bref, pour reprendre les mots de Denis Dubourdieu, professeur et chercheur renommé mais aussi vigneron accompli  : « La minéralité caractérise certainement le goût d’un vin inspiré par le refus de la facilité, dicté par l’ambition de faire un vin inimitable associé à un lieu et à nul autre. » Tout est dit : ce n’est pas une affaire de géologie, mais de travail humain. Et le même de conclure : « Quand la vigne est facile à cultiver, le vin est ennuyeux à déguster. La quête de la minéralité est finalement celle de l’antidote à l’ennui ou à la lassitude, que les vins complaisants finissent toujours par susciter. »


Alors laissons les géologues américains fouiller la roche et levons plutôt nos verres aux vignerons passionnés qui, par leur travail, rendent le vin passionnant.


Sources : decanter.com et denisdubourdieu.com


À voir aussi : Qu’est-ce qu’un bon terroir ?

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