Le blog de la rédaction
jan 28

Encore un coup de cœur chez les Geneletti. Après celui de 2011 décerné au vin jaune de Château-Chalon, celui de 2012 va au vin de paille de l’Etoile. Une décoration au revers de deux appellations singulières, berceaux de deux vins aussi prestigieux que typiques du Jura. Juste récompense car il faut bien du cœur à l’ouvrage, du travail, du temps et du talent, pour fabriquer ces vins liquoreux d’ambre cristallin.


L’Etoile et la paille

Dans la mosaïque de appellations du Jura, à côté de l’arbois et des côtes-du-jura, les plus vastes de la région, l’étoile et château-chalon sont deux des plus petites appellations françaises, et les toutes premières, crées en 1936 et 1937. C’est dans ces confins lointains que l’on découvre ces vieilles et uniques curiosités : les vins jaunes et les vins de paille. Auprès du village de L’Etoile posé au creux de cinq collines, on ne compte que cinq propriétés, la plus étendue ne dépasse pas une quinzaine d’hectares. Et on n’y fait que des vins blancs, secs à 80%, des vins jaunes et des vins de paille pour le reste. Soit, au domaine Geneletti, 7000 bouteilles en tout et pour tout pour ce millésime 2007. Et encore, David Geneletti est l’un des gros producteurs du village. Et puisqu’il a un pied de chaque côté, il compare en connaisseur : «Les sols argilo-calcaires légers de l’Etoile donnent plus d’élégance et de finesse aux vins qu’à Château-Chalon où affleurent les lourds marnes noirs du lias. L’Etoile fait des vins en dentelles». L’Etoile tient son nom des fossiles dessinés dans les roches des profondeurs, les crinoïdes, lointains cousins des oursins et des coraux, dont les tiges forment de petites étoiles à cinq branches.

Le patronyme des Geneletti sonne transalpin, il a été légué par le grand-père Gabriel, originaire du Piémont et marié à Simone, qui possédait deux fermes au village de l’Etoile. Leur fils Michel a repris les 10 ares de ce qu’on appelle toujours «la vigne de la grand-mère». Petit à petit, il a acheté des parcelles par ci par là, en a loué d’autres, pour rassembler la quinzaine d’hectares que compte aujourd’hui son exploitation. En 1997, il a reçu le renfort de son fils David. Michel demeure à l’Etoile et David habite à Château-Chalon, l’une des anciennes maisons d’Henri Maire, le célèbre vigneron, homme d’affaire avisé et expert en publicité qui fit connaître les vins du Jura.


Petite propriété et vins rares

Enfants du pays, les Geneletti sont passés maîtres dans l’art des vins jaunes et de paille. Le premier, un vin de voile, élaboré avec le cépage du cru, le savagnin, est élevé en barriques de bois durant au moins six ans et trois mois, souvent plus, sous son voile de levures qui le protège de l’oxydation. Il est embouteillé en clavelin, un flacon de 62 centilitres typique du Jura. Le vin de paille provient lui de raisins passerillés, séchés sur claies − autrefois sur un lit de paille.


Le passerillage, un savoir ancien

Le vin de paille du domaine Geneletti se compose de savagnin (à 40 %), cépage qui lègue aux vins du gras, du fruité et une minéralité aux accents de silex ; le chardonnay, vendangé précocement, donne de la structure et une pointe d’acidité ; quelques grappes de poulsard complètent l’assemblage. Ce cépage rouge est à l’origine d’arômes compotés. Le savoir-faire commence dès la vendange, où l’on choisit les belles grappes des vieilles vignes, à grains larges, écartés, peu serrés qui sècheront mieux. On enlève un à un les grains abîmés. Puis, c’est au grenier et à la cave que s’opère la magie du vin de paille. Au grenier, les grappes se dessèchent de longues semaines sur des claies grillagées et concentrent leur sucre. Concession moderne, des ventilateurs aident la nature. Les jours humides, il faut préserver les grappes du risque de pourriture. Mais tout chauffage est interdit. Ici comme ailleurs, le temps change : autrefois les vendanges finissaient souvent à la fin d’octobre, parfois sous la neige. Cette année, au domaine Geneletti elles se sont achevées le 3 septembre et le passerillage à mi-novembre.
Après le passerillage vient la pressée, suivi d’un élevage de trois ans en feuillettes de bois. Encore un vin jurassien qui demande de la patience. Le fruit de ce travail ? «La robe est ambrée et orangée, soutenue. L’intensité se confirme dans un nez de pruneau, de coing et de fruits secs. L’attaque en bouche est moelleuse, avec une acidité discrète mais présente. Les nuances aromatiques sont en harmonie avec le nez, agrumes en plus. Très dense et concentré», concluent les dégustateurs du Guide Hachette, qui se sont régalés.

Voir aussi : le Jura et ses vins

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jan 27

Interview Radio-France Florence Kennel


Vin bio JuraFlorence Kennel, spécialiste des vins du Jura, nous présente la bio, une viticulture de pointe bien ancrée dans cette région.
Florence Kennel, œnojournaliste, vous invite à découvrir les vins du Jura issus de l’agriculture biologique, une attitude méritoire car les conditions climatiques de la région sont rudes pour les viticulteurs, et que le risque financier de perdre tout ou partie d’une récolte n’est pas nul.
Egalement auteur pour le Guide Hachette des Vins et spécialiste de la Bourgogne, Florence Kennel vient d’achever un ouvrage Les Vins de Bourgogne aux éditions Hachette Pratique, à paraître en mars 2012.

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fév 07

Moment fort de la viticulture jurassienne, la Percée du Vin jaune a fait son grand retour à Arbois les 5 et 6 février sous un soleil printanier qui a attiré plus de 50000 visiteurs. Récit en images.


50 000 entrées : mission accomplie
Les vignerons avaient fait sérigraphier 50 000 verres, qui tous ont été vendus à l’issue du week-end : mission accomplie, la fête a battu son plein. « De toute façon, on ne fait pas la course aux verres », rappelait Jean-Michel Petit, viticulteur à Pupillin et organisateur de la Percée 2011, « car on ne veut surtout pas qu’il y ait trop de monde » (sous-entendu : … et que la Percée devienne une beuverie).


Toute la ville a participé
700 bénévoles, disait le dossier de presse. Mais a-t-on compté les mamies de la maison de retraite locale qui ont « relooké » le vénérable Pasteur, héros de la ville d’Arbois, où le grand homme avait sa maison de vacances estivales ? « Monsieur Pasteur va se retourner dans sa tombe », s’écriaient les dames le mois dernier en appliquant à la peinture, façon Andy Warhol, un brushing violet ou orange à une photo de leur idole.

Les autres décorations de la ville avaient pris pour thème « récup’ et recyclage » : toutes ont été réalisées à partir de matériaux récupérés, comme ces petites barquettes jaunes suspendues aux arbres avec des vrilles récoltées sur les vignes.


57 000 euros la bouteille
57 000 euros : c’est le prix auquel a été adjugée, samedi après-midi, une bouteille de vin jaune de 1774 (probablement le plus vieux vin du monde actuellement en circulation). L’acheteur, Pierre Chevrier, est Suisse. Il a suivi la vente confortablement installé dans le restaurant de Jean-Paul Jeunet et a donc enchéri par téléphone, entre la poire et le fromage, au grand dépit des photographes présents dans la salle des ventes, qui espéraient immortaliser l’heureux acquéreur. Lequel a bouclé la boucle en achetant ainsi la bouteille qu’il avait photographiée et décrite dans son livre Vins historiques et d’exception, paru aux éditions Slatkine. Voici donc la photo de la bouteille…


Le clou de la fête : la mise en perce
Le clou de la journée du dimanche, après la longue procession dans les rues d’Arbois, était la mise en perce d’un tonneau de vin jaune 2004 qui avait donc passé 6 ans et 3 mois en fût à lentement s’évaporer sous un fin voile de levures grises. Le vin fut ensuite servi à la foule massée devant l’estrade. La cérémonie s’est conclue sur le « passage du robinet » (de perce) au futur village organisateur de la Percée 2012, Névy-sur-Seille. Mais combien seront-ils de vignerons présents à Névy ? Au domaine Macle (Château-Chalon), absent pour la première fois de cette édition 2011, Christelle Macle, la sœur de Laurent, a fait les comptes : « toute l’année, on contingente nos clients habituels ; et voilà qu’en deux jours on sert 200 bouteilles de vin jaune. On est indemnisé par la Percée, d’accord, mais on a quand même un manque à gagner de 8 000 euros, tous vins compris, alors on ne viendra plus qu’une année sur deux. »


Florence Kennel


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fév 04

Le prochain week-end, 5 et 6 février 2011, les Jurassiens vous attendent à Arbois pour célébrer la Percée du Vin jaune. La quinzième édition d’une fête devenue la principale manifestation du vignoble. Percée ? Oui, la mise en perce d’un tonneau renfermant le vin le plus célèbre du Jura, après un élevage qui ne dure pas moins de six ans et trois mois. Une telle patience mérite bien une ouverture en grande pompe ! La « Percée du vin jaune » est une manifestation tournante, comme la Saint-Vincent bourguignonne : elle est organisée chaque année dans une commune différente. Avant notre reportage sur les lieux, coup de projecteur sur un vin à nul autre pareil.


Dans le verre, une engageante couleur jaune d’or (voilà l’explication du nom !). On y respire des senteurs qui intriguent ; au lieu des fleurs printanières si courantes dans les vins blancs, toutes les nuances des fruits secs : de l’amande, et surtout de la noix, sèche ou même verte, accompagnées de nuances d’épices, curry en tête, et parfois de ces notes chocolatées et vanillées qui viennent du fût de chêne. La teinte dorée de la robe annonce-t-elle un vin liquoreux ? Pas du tout ! En bouche, nouvelle surprise pour le néophyte : aucun soupçon de sucre dans ce vin vif à souhait, mais aussi ample et puissant et d’une rare persistance. Un superbe produit du terroir, qui semble fait pour le comté, fromage des pâturages voisins. Autre originalité : le vin jaune est un blanc qui se boit chambré comme un rouge !


Le vin jaune est d’abord vinifié comme un blanc sec avant d’être logé dans un tonneau. A ce stade, sa seule originalité réside dans son cépage, le savagnin, une variété locale. Les vignerons le logent alors en fût. Ils lui donnent le « goût de jaune » en l’élevant sans ouillage (cette opération consiste à remplir régulièrement de vin le tonneau pour compenser l’évaporation progressive du vin à travers le bois légèrement poreux du tonneau). Habituellement, on évite en effet le contact du vin avec l’air, qui provoque une oxydation. Le vin jaune, lui, est le produit d’une oxydation très lente qui lui lègue ses arômes et sa structure. Comment ce phénomène le plus souvent dommageable reste-t-il ici mesuré ? Dans les caves jurassiennes se forme à la surface du vin un voile de levures. Cette couche blanchâtre formée par des êtres vivants microscopiques protège le vin. Pas d’ouillage, donc, mais des soins et des contrôles répétés, car l’élevage du vin jaune est délicat. Certaines années d’ailleurs, il n’y en a pas. Au terme de six ans et trois mois, un litre de vin blanc aura donné 62 cl de vin jaune : c’est la contenance du clavelin, bouteille spéciale dans lequel le vin jaune est toujours commercialisé. Après plus de six ans de gestation, ce dernier-né deviendra peut-être centenaire : le vin jaune est célèbre pour sa longévité. On le trouve dans le Jura sous les appellations arbois, côtes-du-jura, l’étoile et château-chalon, cette dernière AOC étant dédiée à ce type de vin.


Voilà dévoilés tous les secrets de ce « vin de voile » : on nomme ainsi tous les vins élevés sous une couche (« voile ») de levures.

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jan 21

Comme le Dakar, le Guide Hachette s’ébranle autour de Noël. Avec moins de bruit et de fureur, et un itinéraire bien balisé. Dans la discrétion d’une machine bien huilée. François Bachelot, directeur-animateur du Guide, a repris la route – le train, l’avion – pour superviser les dégustations à l’aveugle où s’impliqueront jusqu’à la mi-mai quelque 1 000 professionnels pour constituer la matière du Guide 2012, la vingt-septième édition de votre guide d’achat préféré.


Aujourd’hui, 21 janvier, accompagné de son alter ego Stéphane Rosa, le voilà dans le Jura, à Lons-le-Saunier. Au programme : château-chalon, arbois, côtes-du-jura, l’étoile, crémant-du-jura et macvin. Des rouges, des blancs, des « jaunes », des rosés, des bulles, des liquoreux, des vins de liqueur. Tout l’éventail de la production régionale, aussi diverse qu’originale, passé au crible. Le Guide Hachette déguste toujours en région. Non chez les producteurs, mais dans un lieu à la fois neutre et consensuel, comme ici à la Maison des Viticulteurs.


Les appellations régionales de Bordeaux, les saint-émilion, médoc et haut-médoc, vouvray, montlouis et une partie des Bourgogne ont déjà été dégustés. La semaine passée, ce sont 1 239 flûtes de vins d’Alsace qui ont été débouchées pour tester leur contenu en trois jours. Mardi dernier, c’était, en Bordelais, le tour des appellations communales du Médoc : selon un protocole éprouvé, les plus grands crus classés y ont paru masqués, sous un simple numéro, en compagnie du ban et de l’arrière-ban tout aussi anonyme de la production des margaux, pauillac, saint-estèphe, saint-julien, moulis et listrac.


Lundi 24 janvier, François Bachelot et ses collaborateurs, 15 baguettes de pain sous le bras (il faut bien permettre aux dégustateurs de se refaire le palais), graviront le grand escalier du Lycée viticole de la Champagne. L’établissement, qui forme la plupart des vignerons et professionnels de la région, accueillera pendant trois jours les commissions de dégustation. Six sessions d’une demi-journée qui ne seront pas de trop pour déguster, catégorie par catégorie, les échantillons présentés. Deux mille. Pile.


Et les dégustations s’enchaîneront à un rythme soutenu pendant trois mois encore. Avant le marathon des multiples relectures, vérifications et corrections. On attend 36 000 cuvées, au moins. 10 000 devraient être retenues. Rendez-vous au 31 août.


Découvrez les coulisses d’une dégustation du Guide Hachette des Vins :
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fév 05

Stéphane GODIN / Ambassadeurs des Vins Jaunes
© Stéphane GODIN / Ambassadeurs des Vins Jaunes

Chaque premier week-end de février, le Jura viticole devient l’objet de toutes les attentions : c’est l’époque de la fameuse « Percée du vin jaune », manifestation bachique dont la 14e édition se tient cette année à Poligny.


On peut parier qu’en 2010 encore, le succès sera au rendez-vous. Pourtant, pas si bien desservi par les transports selon les canons modernes, le Jura offre de plus à cette période un climat souvent un peu rude. Comment expliquer alors la réussite de cette manifestation et l’attachement de beaucoup à cette région et à ses vins ? La raison est sans doute à chercher dans les spécificités locales qui font que le Jura ne ressemble à aucune autre région. Même si le pinot et le chardonnay ont depuis longtemps droit de cité ici, le vignoble semble voir passer avec indifférence les modes internationales, fidèle à ses cépages autochtones et quasi introuvables ailleurs, au premier rang desquels figurent en blanc le savagnin, et en rouge le trousseau. On n’oubliera évidemment pas le poulsard (ou ploussard), cépage rouge que l’on retrouve également dans le Bugey voisin, où il entre dans l’assemblage du réputé Cerdon.


Au-delà des cépages, les types de
vins produits dans le Jura contribuent à l’originalité et à la personnalité de cette région. C’est bien simple, lancez le sujet auprès de n’importe quel œnophile, même très néophyte, et vous obtiendrez la même réponse : « ah ! le vin jaune, ah ! le vin de paille ». Tout est dit. Bien sûr, on trouve des vins de voile ailleurs que dans le Jura (à Gaillac notamment, sans parler de l’Andalousie et du Xérès), mais personne en France ne s’en est fait une telle spécialité, au point d’y consacrer une AOC à part entière (château-châlon). Bien sûr, on produit des liquoreux un peu partout en France, mais combien élaborés ainsi sur claies par passerillage comme le vin de paille ? Non, décidément, le Jura ne fait rien comme tout le monde. Car non content de proposer des vins introuvables ailleurs, il propose aux amateurs… tous les autres types de vins ! Blancs secs, liquoreux, vins de voile, vins rosés, rouges, effervescents et même vin de liqueur avec le macvin.


Pour finir, il est bon de citer quelques caractéristiques du vin jaune qui doivent nous interpeller : un vin élaboré avec un cépage introuvable ailleurs, dont l’élevage dure plus de six ans et qui se révèle capable de tenir jusqu’à 100 ans. Qui a dit que pour réussir il fallait faire vite et comme tout le monde ?

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