
« Paré d’une robe intense et profonde, d’un noir d’encre, ce 2009 laisse poindre les épices et les fruits rouges derrière le toasté de l’élevage. En bouche, c’est un monstre de concentration, d’une puissance et d’une densité exceptionnelles, bâti sur des tannins mûrs et solidement arrimés »… Les hommes de l’art qui ont goûté cette Grappe d’Or – hermitage Cuvée Emilie rouge 2009 - en sont presque restés en mal d’adjectifs. Bouche bée et les yeux écarquillés.
Terroirs et assemblages, les secrets d’Emilie
Philippe Desmeure, le père d’Emilie, a une explication d’évidence à cette perfection : «Avec un bon raisin, dit-il, modeste, on a de bonnes cuvées, et la vinification se fait toute seule. C’est le travail dans les vignes qui fait la différence». Et il livre avec gourmandise les petits secrets d’Emilie jolie et de ses syrahs. Elles habitent deux terroirs chez lui, le coteau au lieu-dit Roucoulle, une petite parcelle qui donne des vins élégants, et les Grandes Vignes, sur des pentes aménagées en terrasses taillées dans le granit, à l’origine de vins rustiques, puissants et minéraux. L’assemblage réunit ces contraires en harmonie.
Une viticulture minutieuse

Le soin attentif de la vigne, voilà la règle d’or aux Rémizières et le mystère de l’éclat d’Emilie. On effectue deux, voire trois tris sur souches au cours de la saison. Au premier, on retire les grappes trop serrées et entassées qui s’étouffent. Aération, donc croissance au soleil pour les rescapées, et maturation homogène des raisins. Au second, on enlève les grappes en retard, ce qui profite aux autres, les arme de pellicules épaisses résistant aux intempéries, et permet une vendange précoce et bien mûre. En cave, la vinification traditionnelle est longue, une trentaine de jours. C’est là qu’officie Emilie, la fille de Philippe, déguste les jus jour après jour et décide du jour J où arrêter les macérations. Pour finir, cette fameuse cuvée Emilie est élevée durant 12 à 14 mois en barriques de chêne neuves.
Quand spécialisation rime avec ambition

Tout avait commencé avec le grand père, Alphonse Desmeure. Dans l’après-guerre, il possède un verger de cerisiers, d’abricotiers, de pêchers – des cultures traditionnelles dans la Drôme -, et 4 hectares de vignes. Son épouse est clerc de notaire, pour arrondir l’ordinaire. Quand leur fils Philippe grandit et se sent pousser des ailes de vigneron, Alphonse voit plus grand pour lui. Il commence à arracher des quartiers de fruitiers et y plante des vignes, puis lance la mise en bouteilles. Et dans l’année 1977, Philippe s’installe, poursuit l’expansion, défriche des parcelles en coteaux, en achète d’autres. « Je n’ai jamais pensé faire autre chose, dit-il. On ne se pose pas la question, c’est naturel, une suite logique ». Pas peu fier d’entrer chez les grands, il a posé un pied d’abord en hermitage, puis ces dernières années en saint-joseph (2 hectares et demi, bientôt 4), à côté de ses Crozes-Hermitage. Le domaine des Rémizières compte aujourd’hui 32 hectares entre 7 communes des deux rives du Rhône. Deux des enfants de Philippe Desmeure sont arrivés en renfort. Emilie la première, diplômée en œnologie à Dijon, affectée à la cave, puis Christophe dans les vignes. Curiosité en ces contrées, un tiers de la production des Rémizières se compose de blancs, nés sur les coteaux de terres blanches des Pends. La Cuvée particulière, de pure marsanne, et la cuvée Christophe, issue de vieilles vignes de marsanne et d’un doigt de roussanne.

La petite entreprise de famille tourne bien, avec passion, talent et ambition. « A mes débuts, j’ai commencé par faire une barrique, 300 bouteilles, explique Philippe Desmeure, elle est vite partie. Puis une deuxième, une troisième. Il en manquait toujours. C’est la clientèle fidèle qui a fait le domaine ». Le bouche à oreille ne trompe pas. Et une Grappe d’or au Guide Hachette non plus.
A lire également :
- Cédric Gravier, Domaine la Suffrène (grappe d’argent du Guide Hachette des Vins 2012 pour son bandol blanc 2010)
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William Luret

























