Le blog de la rédaction
déc 15

anne-sophie-picAprès avoir succédé avec brio à son père, Jacques, à la tête de la célèbre Maison Pic (Valence), Anne-Sophie Pic, trois étoiles au Michelin, vient de lancer sa propre école de cuisine, Scook, à 200 mètres de son restaurant. Dans cet espace contemporain, elle fait partager sa passion d’une cuisine créative et raffinée, tout en s’adaptant à un public varié. Une belle aventure qui traduit son envie de transmettre son savoir et se concrétise aujourd’hui par un premier ouvrage (Recettes pour recevoir, Hachette Pratique).

Anne-Sophie Pic, comment avez-vous débuté dans le métier ?

J’ai débuté dans ce métier après avoir fait ma crise d’adolescence. Au départ, je ne voulais pas prendre la succession de mon père. J’ai étudié dans une École de commerce pour voyager et forger ma propre personnalité, en refusant d’emblée un destin qui aurait pu apparaître évident. Cependant, la cuisine, j’y ai passé toute mon enfance. Après avoir fait mes preuves dans d’autres domaines, j’ai donc décidé d’intégrer le restaurant de mon père. Ce lieu représente pour moi un moyen d’expression qui, déjà à l’époque, ne me laissait pas insensible. Car j’ai toujours été attirée par l’artisanat. Et puis mon père a toujours souhaité que je reprenne un jour les rênes de la Maison Pic. Mais j’étais consciente que succéder à mon grand-père et à mon père, deux monuments de la cuisine, n’allait pas être aisé. Ce fut un défi.

Aujourd’hui, vous franchissez une étape supplémentaire en créant votre propre école de cuisine, pourquoi ?

J’ai toujours voulu transmettre mon savoir. Je peux le faire aujourd’hui, maintenant que j’ai acquis une certaine sérénité professionnelle. J’ai décidé de créer mon école de cuisine, Scook, qui a ouvert en avril 2008, car nous avions une réelle demande de la part de personnes de tous les horizons, qui souhaitaient apprendre ou se perfectionner à la cuisine. Par ailleurs, cette école élargit le panel d’activités de la Maison Pic : restaurant, école de cuisine, bistrot, hôtel, boutique, cave, vignoble.

9782012375987Comment choisissez-vous les vins que vous proposez dans votre restaurant ? Et quel est votre vin préféré, et avec quel plat ?

Nous nous employons à faire découvrir et mettre en avant de jeunes vignerons de la vallée du Rhône, passionnés par leur métier et qui élaborent des vins remarquables. Les accords ? J’apprécie particulièrement le homard bleu en aiguillettes et tomates anciennes Noir de Crimée, Green Zebra, Ananas, gelée or-safran, jus de homard perlé, servi avec un condrieu Les Chaillées de l’Enfer de Christine Vernay. Et aussi le lièvre à la royale, gnocchis truffés à la Parisienne, cotignat à l’ancienne servi avec un cornas Les Vieilles Fontaines d’Alain Voge.

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sept 15

pitte3La candidature française au classement de sa gastronomie au patrimoine de l’Unesco, vous y travaillez depuis longtemps.

Je dois avoir été l’un des premiers à m’intéresser à la gastronomie dans ma discipline, la géographie. J’avais organisé un colloque en 1989 à Paris sur l’histoire et la géographie des restaurants dans le monde. Maintenant c’est devenu un sujet noble, il y a de nombreux travaux sur la question. J’ai participé à la fondation de l’IEHCA (Institut européen d’histoire et des cultures de l’alimentation), à Tours. Au départ, il y avait davantage d’historiens, puis des collègues de toutes les disciplines sont venus de toute l’Europe, puis des enseignants de lycées hôteliers, des professionnels, cuisiniers et vignerons ont rejoint notre réseau. C’est au sein de l’IEHCA qu’est née il y a deux ans l’idée de pousser la France à déposer un dossier auprès de l’Unesco.

Quelle est la procédure à suivre ?

Elle est complexe. On doit prouver que l’élément du patrimoine dont on demande le classement est un élément vivant et porté par toute une société. Il ne s’agit surtout pas de dire qu’on est les meilleurs du monde. L’Unesco demande de définir les objectifs que l’on cherche à atteindre. L’un d’eux par exemple serait que l’on mange bien un jour dans les cantines scolaires ou d’entreprises, les hôpitaux, les prisons. L’Unesco exige aussi un suivi. Il ne s’agit pas de distribuer une médaille et qu’ensuite on ne s’en occupe plus. On travaille depuis quelques mois avec les ministères concernés, Agriculture, Education, Tourisme et Culture, qui présentera la candidature. On a convaincu assez vite le Président de la République que c’était un bel enjeu. Nous vivons dans un pays où l’on aime bien manger, on a cette réputation, les touristes apprécient notre cuisine, on en parle et on écrit dessus. Nous sommes l’un des pays où on écrit le plus de littérature sur la gastronomie et le vin.

L’Unesco exige aussi un plan de sauvegarde.

Ce qu’il est important de sauvegarder, c’est la diversité. Par exemple, sauvegarder et renforcer le système des AOC qui est moribond et tellement dévoyé, alors que c’est une conquête de la France qui a été partout imitée. Il faut lui redonner du sens et préserver la diversité. Protéger l’enracinement dans le terroir, un terroir vivant, et non figé. De même avec les fromages. Cela ne me gênerait pas de voir le goût du roquefort évoluer. Il n’est pas définitivement parfait, il peut se perfectionner. De même, on ne doit pas mettre la blanquette de veau ou la choucroute sous une cloche, en vitrine. On ne peut plus préparer la choucroute comme il y a 20 ou 30 ans, avec énormément de gras. Les gens ne l’aiment plus ainsi et c’est mauvais pour la santé. Il n’y a aucune raison de la garder telle quelle, réinventons-la pour qu’elle soit digeste et adaptée à nos modes de vie contemporains.

Quelles sont les chances de la candidature française ?

Si le dossier est bon, nous avons toutes nos chances. Par contre, si nous sommes arrogants, nous allons vers l’échec.

Comment avance le dossier ?

Cela frémit. Les ministères commencent à se réveiller. Au départ, il fallait que l’Etat nous appuie, ce qui se fait avec des mises à disposition de personnels et de locaux. Il nous faut quelques moyens pour monter un tel dossier. La première année, on aura ce qu’il faut. Après, nous chercherons des financements privés pour installer une mission permanente qui en assurera le suivi.

Vous avez été élu à l’Académie des sciences morales et politiques, allez-vous convertir vos pairs à la gastronomie ?

Mais il y a des académiciens qui se tiennent très bien à table, certains sont des gourmets. Il y a des amateurs éclairés et d’autres qui le sont moins. Je vais tâcher de leur montrer qu’ils ont tort de négliger cet aspect de leur culture. Ça rend les gens tristes de mal manger et de mal boire !

En savoir plus : www.iehca.eu/home.html

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