J – 2 avant l’arrivée du Beaujolais nouveau… Dernier arrêt dans le plus romantique des crus, le plus petit aussi après Chénas, et le plus septentrional. Derrière ce vin au nom séducteur (réducteur ?) se cachent deux styles de vin, souples et puissants.
Aux frontières du chardonnay
Nous sommes à Saint-Amour-Bellevue, dans le département de la Saône-et-Loire, à une quinzaine de kilomètres au sud de Mâcon et dans le prolongement nord-est de l’AOC juliénas. C’est ici que s’achève (ou débute, selon le point de vue) le massif granitique du Beaujolais où se plaît tant le gamay. Au-delà, le chardonnay prend ses aises, sur les coteaux argilo-calcaires du Mâconnais.
La commune est au centre de douze climats où l’on produit celui qui fut longtemps le benjamin des crus du Beaujolais, né un 11 juillet 1946 sous l’impulsion énergique du maire du village, Louis Dailly. Mais un « petit frère », le régnié, a depuis vu le jour en 1988 (voir notre article du 12 novembre 2010).
Droit de cuissage ou conversion d’un soldat romain ?
Deux versions existent pour expliquer la patronymie du village, qui fait la renommée du cru. La plus sérieuse : l’histoire d’un légionnaire romain converti au christianisme et répondant au doux nom d’Amor. Après avoir échappé au massacre de Saint-Maurice-en-Valais (Suisse) en 286 ap. J.-C., le soldat se serait réfugié ici et serait devenu missionnaire. On peut toujours admirer une statuette de Sanctus Amor près de l’église du XIIe siècle perchée sur une colline dominant le lieu-dit le Plâtre-Durand, là où se concentre la vie du village.
Plus croustillante, l’autre version renvoie à l’annexion du village, vers 960, au chapitre de Saint-Vincent de Mâcon. Les chanoines venaient y goûter le vin nouveau mais aussi y exercer leur droit de cuissage selon la tradition. La maison vigneronne du chapitre de Saint-Vincent a même reproduit la scène osée sur son enclos, jusqu’à ce que le curé de la paroisse la fasse effacer… Une variante existe : une maison aujourd’hui disparue du hameau des Thévenins baptisée Hôtel des Vierges, où l’on aurait mené joyeuse vie pendant la Révolution.
En 1793, les communes commençant par « saint » furent débaptisées, laïcité républicaine oblige. Saint-Amour s’appela alors Bellevue jusqu’en 1795 et finalement Saint-Amour-Bellevue en 1909.

De la Saint-Valentin au mariage
Évidemment, avec un tel nom, le vin ne pouvait que faire le bonheur des amoureux, le jour de la Saint-Valentin en particulier…, et par la même occasion des vignerons de l’appellation mais aussi des restaurateurs de France et de Navarre. Et pas seulement : le 14 février, les bouteilles de saint-amour garnissent nombre de tables européennes, américaines et japonaises.
Et la mairie de Saint-Amour de pousser le bouchon encore plus loin en proposant une « cérémonie de confirmation de mariage » conduite par Monsieur le Maire lui-même. À lire sur le site Internet du village : « Durée d’environ une demi-heure. Pour cela prévoir un petit discours (…). Vous serez inscrits dans un registre des confirmations de mariages de Saint-Amour, que vous signerez, nous vous remettrons un diplôme attestant cette cérémonie que vous parapherez ainsi que vos témoins. Le vin d’honneur peut être servi en extérieur si le temps le permet. Vous pouvez aussi à la suite de ce moment inoubliable, vous diriger sur une visite de notre merveilleux village pour y déguster quelques tassées de notre bon Saint-Amour, une petite faim vous invitera à la table de nos restaurateurs, ce qui vous apportera une conclusion heureuse à votre journée qui vous fera dire en nous quittant : ‘Nous reviendrons à Saint-Amour-Bellevue’ ». Cela ne s’invente pas… et le succès est au rendez-vous, paraît-il !

Dans la bouteille
Dans cette « tassée », les mariés pourront découvrir non pas un mais deux types de vin. L’un, né d’une cuvaison courte de moins de huit à dix jours, de type primeur, favorise les arômes fruités et floraux, la souplesse et la fraîcheur, et donc une dégustation rapide, entre un an et dix-huit mois après la récolte. Au nez, il se distingue alors par des parfums peu communs en rouge et parfois très marqués de pêche et d’abricot, agrémentés des plus classiques petits fruits comme le cassis et la framboise.
Né d’une macération plus longue, le saint-amour est un vin plus riche, plus charpenté, voire un peu austère dans sa jeunesse, qui s’harmonise après trois ou quatre ans de garde. Il dévoile alors des notes de kirsch, d’épices et de réséda qui feront merveille sur du petit gibier, une cocotte de bœuf mijoté, une belle entrecôte grillée ou encore une volaille de fête.
Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1946
Superficie : 310 ha
Production : 14 855 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 14 °C
Potentiel de garde : 2 à 5 ans
Les 12 climats de Saint-Amour
La Côte de Besset
Les Champs grillés
Le Clos des Guillons
Le Clos de la Brosse
Le Clos des Billards
Le Chatelet
Les Bonnets
Le Mas des Tines
Vers l’Église
En Paradis
Le Clos du Chapitre
La Folie
Voir aussi
- Les sélections en saint-amour du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le saint-amour


























