« Le champagne chez Gosset, c’est d’abord un vin, la bulle vient après » : Jean-Pierre Mareigner, le chef de cave, est et sera pour toujours fidèle à la règle d’or de sa maison. Une maxime que pourraient adopter de nombreux élaborateurs, sans remonter jusqu’à dom Pérignon. Les dégustateurs, en tout cas, apprécient – à l’aveugle : la Grappe d’or 2010 attribuée au brut Grande Réserve suit une douzaine de coups de cœurs et des sélections ininterrompues depuis 25 ans, l’âge du Guide Hachette des Vins.
Quand en 1994 la famille Cointreau a repris la société, il est resté. « La continuité se révèle payante », dit Jean-Pierre Cointreau, PDG, qui vient d’HEC, de la finance et du luxe. Il s’était fixé la tâche de restaurer les comptes de la maison Gosset et d’accroître son prestige. La production est passée de 500 000 bouteilles à 1,2 million aujourd’hui, dont 65 % vendus à l’export. « Mon objectif reste une croissance très raisonnée, pour garder la qualité », précise-t-il. « La maison travaille ses vins comme une maison de haute couture ».

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Jean-Pierre Cointreau, PDG
« Je suis né dans cette maison », ajoute Jean-Pierre Mareigner. Il a passé la moitié de sa vie à Aÿ, vingt-six ans déjà. Avant lui, son père y travaillait. « Le style Gosset, poursuit-il, je le connaissais par cœur avant d’y entrer. Ce style, ce n’est pas moi qui l’ai créé, ni mes prédécesseurs ; il s’est transmis de génération en génération ». De ses jeunes ouvriers, il a connu les grands-pères. Dans les vignes où il s’approvisionne, on livrait à Gosset bien avant qu’il n’arrive. Fidélités. Et Jean-Pierre Mareigner poursuit l’œuvre du temps avec application, humilité.

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Jean-Pierre Mareigner, chef de cave
« Gosset est une signature », ajoute Jean-Pierre Mareigner. La différence ici, c’est que les champagnes ne font pas leur fermentation malolactique. Ainsi le vin gardera toute sa fraîcheur, une attaque vive, une meilleure expression des arômes, les notes de citron et d’amande, et le côté beurré du chardonnay n’en ressortira que mieux. En outre, sans la « malo », le vin évolue plus lentement et se garde dix ou vingt ans. Le revers de la médaille, pour le gestionnaire, c’est le coût. « Vous êtes la ruine de la maison, me disait autrefois Albert Gosset ! ». En effet, la méthode impose un long vieillissement de quatre à cinq ans en cave. L’autre singularité des champagnes Gosset, toujours dans ce souci de fraîcheur, ce sont leurs dosages, très légers ; ainsi les sucres ne masqueront pas l’expression des arômes. Et puis la fermentation en bouteilles dure longtemps, de trois à quatre mois, ce qui fait la finesse des bulles. Enfin, tout est une question d’équilibre : « Le chardonnay donne la fraîcheur de l’attaque, le pinot noir, la longueur. » La Grande Réserve est composée presque à parts égales de pinot noir (54 %) et de chardonnay.

« Doucement, lentement » : ces mots se répètent dans la bouche de Jean-Pierre Mareigner. « Il faut savoir attendre, réfléchir, sélectionner, assembler méticuleusement avant de composer les cuvées. Avant de le vendre, il faut d’abord que le vin nous fasse plaisir. » Le temps qui passe a fixé une règle d’or chez Gosset : laisser le temps au temps. Pierre Gosset, échevin d’Aÿ, fut le premier de la lignée à ouvrir une maison de vin en Champagne, en 1584. Il y a quatre-cent vingt-cinq ans – bien avant la mise au point de la méthode champenoise. Historiquement aussi, chez Gosset, le vin précède la bulle. Treize générations depuis se sont succédé.
Voir aussi :
- La sélection en champagne du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- À la découverte de la Champagne
- Les Grappes du Guide Hachette des Vins 2010
- Fiche pratique Les vins effervescents
- Le champagne s’accorde-t-il toujours au dessert ?