Le Guide a décerné cette année sa Grappe de bronze (coup de cœur à moins de 8 €) à Yves Duport, viticulteur du Bugey, pour sa mondeuse Tradition 2006. L’occasion de partir à la rencontre d’une région et d’un cépage méconnus.
La mondeuse, c’est pourtant une vieille connaissance en Bugey, un cépage natif de la Savoie et de ses confins. Avant le phylloxéra, elle régnait sur le Bugey et son vignoble de 7 000 ha. Après les ravages du parasite et la Grande Guerre, il n’en reste plus que 500 ha émiettés, au carrefour de la Savoie, du Jura, et de la Bourgogne, sur les basses pentes du Revermont et les côtes de la rive droite du Rhône. « La mondeuse, c’est une proche cousine de la syrah », précise Yves Duport, « Vienne et la Côte-Rôtie ne sont qu’à une heure d’ici ». Selon les ampélographes, elle proviendrait d’Italie, du Frioul et de la Vénétie où on la nomme refosco. En Savoie et en Bugey, les vins blancs de roussette (ou altesse) ont pris aujourd’hui le dessus sur les rouges de mondeuse.
Yves Duport exploite 8 ha de ce cépage autour du village de Groslée ainsi qu’une parcelle de roussette à Montagnieu. Une propriété dans sa famille depuis quatre générations, qu’il a reprise après ses études au lycée viticole de Mâconpuis sur le campus d’HEC, suivies de travaux pratiques en Bourgogne et en Savoie. Il s’y est installé en 1990. Son épouse Cécile tient les comptes et gère l’administration. L’un de ses fils, Loïc, fait son apprentissage. « Il y a aussi mon père Jean, qui est retraité, mais qui est toujours là pour donner ses conseils », ajoute Yves Duport.

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Yves Duport exploite 8 ha de mondeuse autour du village de Groslée ainsi qu’une parcelle de roussette à Montagnieu. Une propriété dans sa famille depuis quatre générations.
La mondeuse, il en parle avec affection. Elle fait partie de la famille. Il connaît tout de son caractère, ses qualités et ses défauts, ses caprices et ses faiblesses. « Elle est plus facile que le pinot, moins capricieuse », dit-il, « elle a toujours de la couleur et des tanins, parfois trop d’ailleurs. Comme elle est prolifique, on fait une énorme vendange verte, on fait tomber les raisins en trois fois, la dernière au 15 août. On abandonne parfois jusqu’à 100 hectolitres à l’hectare ». Et il ajoute : « Si on n’est pas méticuleux, on ne peut pas faire une bonne mondeuse. »
Sa favorite se plaît bien sur les terres lourdes et profondes de Groslée. « C’est un terroir arlequin ici, où se mélangent les dépôts d’argile blanc, la silice des moraines glaciaires et les éboulis des montagnes. » Mais pourquoi donc faire des rouges de mondeuse au pays de l’altesse et des blancs ? Un défi ? Le goût du risque et de la différence ? Là, la passion du vigneron s’exprime : « Parce que j’aime faire les rouges. Le rouge, c’est charnel », dit Yves Duport, « d’abord, il faut écouter sa vigne et trier les meilleurs raisins. Puis je passe dix à quinze jours le nez sur la cuve, le temps des macérations. Il faut être délicat et ne pas enlever trop de tanins. Enfin, l’élevage en fût dure entre dix et douze mois. Je veux faire des vins complexes, capables de se garder dix ans. C’est beaucoup de sueur et d’attention. »

Mission accomplie si l’on en croit les dégustateurs du Guide qui accorde à la mondeuse Tradition 2006 « une forte personnalité, avec un nez délicat aux senteurs torréfiées mêlées de fruits rouges, une chair ronde et ample, soutenue par les tanins veloutés du bois ». Que dire de plus élogieux ? La reconnaissance du vignoble du Bugey en AOC est arrivée en mai dernier (« l’AOC, ça rassure »), puis la Grappe de bronze en septembre. « Ça me fait plaisir. J’aime mon métier, je suis à fond dedans. Et le Bugey mérite d’être mieux connu. » Yves Duport est comblé. Brillat-Savarin, le fils du pays, se réjouit sans doute là-haut sur son nuage où il régale les anges.
Voir aussi :
- A la découverte de l’appellation bugey
- La sélection du Guide Hachette des Vins en bugey (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Les Grappes du Guide Hachette des Vins 2010
- Quels sont les cépages de la Savoie et du Bugey ?