avr 11

Givry, au sud de Beaune, à l’ouest de la Saône et de Chalons, au cœur de la Bourgogne. Dans les parages, les Sarrazin père et fils collectionnent les coups de cœur. Le dernier en date a été attribué au Champs Lalot 2010 dans le Guide Hachette 2013. Les derniers en date plus exactement, car le domaine décroche aussi, dans cette même édition, la plus haute distinction pour ses premiers crus La Grande berge 2010 rouge et Les pièces d’Henry 2010 blanc ! Un exploit unique de mémoire de Guide…


Au hameau de Charnailles
Charnailles, un hameau du village de Jambles, peuplé d’une cinquantaine d’âmes est le berceau de la famille Sarrazin, de père en fils depuis toujours. Aux temps agités de la Révolution, les villageois avaient pris le château, une haute bâtisse sans charme flanquée d’une tour ronde, et en avaient chassé le seigneur du lieu. Jean-Baptiste Sarrazin était à la tête de la jacquerie. Le château a perdu de son lustre d’antan, et les heures ont repris leur cours paisible à Charmailles. Au milieu des années 1960, Michel Sarrazin s’attela à remettre en état la vigne familiale. Il replanta les coteaux de pinot noir et chardonnay, et remplit sa cave de tonneaux et de fûts. Il se mit à son compte et son vin en bouteilles. Deux de ses fils, Guy et Jean-Yves, le suivirent après un passage au lycée viticole de Beaune. « Nous n’avons pas fait de brillantes études, dit Guy. Nous voulions surtout revenir vite sur le domaine. » Ils connaissaient déjà la partie et ne rêvaient ni d’autre chose ni d’ailleurs.


Le terroir des Sarrazin
Le domaine étend son vignoble entre Givry et Mercurey (en Côte Chalonnaise), et aussi sur Maranges (à l’extrême sud de la Côte de Beaune), en parcelles éparpillées. Les Champs Lalot se trouvent sur Dracy-le-fort, à l’extrême nord de l’appellation givry, et constituent, avec 22 ha, l’une des plus grandes superficies de l’AOC, à mi-pente, sur des coteaux exposés à l’est. « Ils nous donnent des vins friands, plaisants, qui explosent au nez et en bouche avec des arômes de bigarreau et des tanins soyeux. C’est notre cuvée de référence », dit Guy Sarrazin. Quant à la Grande Berge, au hameau de Poncey, en givry premier cru, elle est plantée de très vieux pinots noirs de soixante-dix ans d’âge, sur un coteau pentu très calcaire. « Là, les vins sont plus austères sur la jeunesse, mais ont plus de profondeur et de puissance, plus d’opulence au vieillissement. » Son nom évoque les premiers contreforts bordant la vallée de la Saône.


La tradition bourguignonne
A la vigne, les méthodes restent traditionnelles: labours d’hiver et de printemps, lutte raisonnée, et d’importants travaux en vert. « Nous visitons chaque pied cinq à six fois pour tailler, ébourgeonner, éclaircir, explique Guy Sarrazin. Cela a un coût. Nous employons dix salariés à plein temps. Mais c’est le choix de la qualité. Il nous faut de beaux raisins. » Le pinot noir, cépage délicat, impose ce régime. Sa peau est fine, il est sujet à la pourriture grise et ici on l’effeuille du côté nord, pour sécher les grappes. Sa peau fine émettant peu de couleur, il faut le vendanger très mûr. « C’est l’inconvénient des vins de mono-cépages, dit Guy. Les années difficiles, on n’a pas de parachute. Pas de possibilité d’affiner des assemblages. » A la cave, priorité à l’authenticité. « Nous travaillons la notion de terroir et nous pratiquons une vinification douce qui ne lisse pas les différences et les particularités. » Enfin, les Champs Lalot sont élevés en barriques neuves de François Frères à Saint-Romain, durant douze à dix-huit mois. Et le résultat est souvent remarquable, à l’image du millésime 2010, un vin tout en fruit, plein de concentration, aux tanins ronds et soyeux.

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sept 26

Coiffée de son chapeau boisé, la petite « montagne de Corton » se détache dans la partie nord de la Côte de Beaune. Ses pentes, naguère encore en partie vouées au plébéien cépage aligoté, donnent des grands crus, le corton et le corton-charlemagne. Descendant d’une lignée de vignerons remontant à 1765, Vincent Rapet a fourni une remarquable expression de ce dernier. Le fruit de trente ans de métier et de pratiques de plus en plus méticuleuses.

« Très élégant dans son habit jaune clair aux reflets verts. Au nez, de fines senteurs de fleurs blanches, d’abricot et d’ananas rehaussées par une pointe mentholée préludent à une bouche splendide, fraîche et ronde à la fois, mise en valeur par une minéralité qui porte loin la finale. Un grand vin, riche et complexe. » Voilà le portrait bien enlevé d’un vin qui a valu à son auteur la grappe d’argent : le corton-charlemagne de Vincent Rapet.


Sacré Charlemagne !

L’empereur avait la « barbe fleurie », longue et blanche, mais ses épouses et favorites le houspillaient toujours, ses pages le raillaient aussi en catimini, car lors des banquets, sa barbe majestueuse se constellait de fâcheuses taches de vin. Alors Charlemagne décida qu’on ne cultiverait plus désormais de raisins rouges à Corton, dans ce coin de sa Bourgogne chérie, mais des blancs. L’authenticité de cette histoire n’est pas garantie. Toutefois, le plus célèbre des Carolingiens a laissé son patronyme en de nombreux lieux de la province : afin de s’attirer les bonnes grâces du pape, il avait coutume de léguer des terres aux moines, lesquels les baptisaient du nom de leur bienfaiteur. C’est ainsi qu’il donna aux chanoines de Saulieu un vignoble, à l’origine du climat En Charlemagne, noyau du grand cru. La « montagne » de Corton, au-dessus du village de Pernand-Vergelesses, se coiffe du chapeau vert d’un petit bois. Dans les vignes accrochées aux versants, le chardonnay est le roi sur les plus hautes pentes exposées au sud-ouest.


Rapet de père en fils

Vincent Rapet a suivi ici Robert, puis Roland, et des générations de Rapet. Il est le huitième du nom et montre avec fierté un taste-vin gravé : « Rapet 1765 ». Vincent et Sylvette sont installés là depuis presque trente ans. Ils ont gardé à la cave la pancarte des anciens avec la drôle de devise locale : « Pernand, vin je bois, verre je laisse ! » Le domaine compte 18 ha, sur les territoires de Pernand-Vergelesses, Savigny-lès-Beaune, Aloxe-Corton et Beaune. Les vignes se répartissent de la base au sommet de la hiérarchie des appellations bourguignonnes, avec des terroirs en AOC régionale, communales, en 1er cru et en grand cru (3 ha en corton-charlemagne). La terre est pauvre, les coteaux pentus, les calcaires profonds, promesses de belle minéralité et d’acidité des blancs. Le noble chardonnay y a supplanté l’aligoté plus abrupt d’autrefois. Ce dernier cépage faisait « un vin de casse-croûte », qui « allait bien avec les escargots à l’ail et au persil ». « Le chardonnay de chez nous, dit Vincent Rapet, est minéral, plein de fraîcheur, droit et très désaltérant, avec même un léger côté salin. » Vert-jaune dans sa jeunesse, puis doré à dix ans d’âge. « Le corton-charlemagne est très pierre à fusil au goût, dit Vincent. Au contraire des meursault ou des montrachet, plus ronds, plus gras. Il se rapprocherait des chablis par le style. Eux aussi viennent des cailloux. »


Les temps changent…

Vincent Rapet, qui sera bientôt l’un des anciens de Pernand-Vergelesses – trente ans bientôt dans ses vignes− a pu observer tous les changements dans les pratiques en Bourgogne. « Autrefois, on laissait aller la nature, dit-il. Aujourd’hui, on fait un travail de dentelle ». On ébourgeonne : quatre branches sur la baguette et deux sur le courson, pour aérer les ceps. On agrafe les pieds en juin, pour que les branches ne s’emmêlent pas. On effeuille au soleil levant : les grappes capteront ainsi la lumière. On vendange en vert. Avant on laissait la vigne pousser à sa guise. Autrefois, on labourait par tiers tous les trois ans. A présent, c’est tous les ans. On enlève ainsi les racines de surface, et les principales s’enfonceront plus profond. « Avant, au 10 juillet, on avait fini le travail, explique Vincent, maintenant on ne termine pas avant août. Et en plus, sur les pentes de Corton on a de gros soucis d’érosion. Il faut entretenir les fossés, relever les talus, remonter la terre pendant l’hiver. » Les changements transforment aussi la cave. En 2002, la nouvelle cuverie est entrée en service, remplaçant trois petites caves dispersées. Moins de voyages pour le vin, qui s’en porte mieux. Deux nouveaux pressoirs œuvrent sur des raisins entiers, ce qui met en valeur la finesse du vin. En 2006, les barriques bourguignonnes de 228 litres ont été abandonnées, pour des 350 litres « On sent moins le bois, constate Vincent, et le terroir est mieux mis en valeur ». Autant de perfectionnements et d’attentions de tous les jours. Le métier a bien changé en trente ans.


Les paysages de Corton

Les vignerons de Corton entendent restaurer et préserver leurs paysages ancestraux. Une trentaine d’entre eux ont fondé l’association « Paysages de Corton ». Cette année, des arbres fruitiers, amandiers et pêchers, ont été plantés sur les versants. On s’entraide à restaurer les vieux murets de pierre, les haies. Un atelier travaille sur l’érosion des pentes : faudra-t-il semer de l’herbe pour contenir le ravinement ? Certains ont installé des ruches au-dessus des parcelles pour obtenir une meilleure pollinisation. Et tous s’efforcent de mener une lutte raisonnée contre les parasites, en réduisant les doses de produits chimiques et en les adaptant à la pousse de la vigne. Les choses changent à Corton, et les vignerons retournent parfois à la sagesse d’autrefois. Mais les goûts ont changé, remarque Vincent Rapet. «Avant, dit-il, les gens gardaient leurs vins. Aujourd’hui, ils les veulent bons jeunes et bons vieux. Quand on leur dit de les boire dans dix ans, ils vous regardent avec des yeux ronds ! »

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déc 13

L’été 2008 en Bourgogne n’a été qu’averses et froidure. Floraison perturbée, pourriture. Il a plu jusqu’à la mi-septembre. Un « millésime de vigneron » donc, où le savoir-faire fait la différence. L’occasion de rencontrer Bertrand Devillard. Sa vigne du climat Aux Perdrix, en nuits-saint-georges, lui a valu plusieurs coups de cœur – non seulement dans ce millésime « acide », mais aussi dans l’année de la canicule, le 2003… et dans quelques autres.


Les Perdrix, c’est une belle histoire de coups de cœur ! 2003, 2005, 2007, 2008 en nuits-saint-georges, sans compter ceux obtenus en vosne-romanée et en grand cru échézeaux. Pas moins de neuf distinctions en une dizaine d’années. Les millésimes se suivent et ne se ressemblent pas. Bertrand Devillard possède en nuits-saint-georges un atout, un climat bien situé. S’y ajoute la touche du vigneron, celle de son maître de chai et avant tout leur quête exigeante de l’extrême maturité des pinots noirs.

Un beau parcours
Le domaine des Perdrix fait son entrée dans le Guide Hachette 2000, avec trois appellations millésimées 1997, dont deux s’adjugent la mention remarquable (deux étoiles). Son climat Aux perdrix en nuits-saint-georges était tombé dans l’oubli et longtemps fondu dans les premiers crus d’une maison de négoce de Nuits. Robert Parker s’étonna en le dégustant qu’on puisse encore faire de si belles découvertes en Bourgogne. A l’aveugle, les experts du Guide expriment un même enthousiasme.

Un climat en pente douce
Le climat… l’autre nom du terroir, en Bourgogne, soit un lieu-dit caractérisé par un sol et un microclimat. Celui des Perdrix se situe au sud de Nuits-Saint-Georges, à cheval sur la commune nuitonne et Premeaux, à l’extrémité méridionale de la Côte de Nuits. Il commence à la mi-pente et descend doucement jusqu’au pied du coteau. « Là où l’on fait les meilleurs vins », se réjouit Bertrand Devillard. Le sol, profond, mélange de sables, d’éboulis et d’argiles rosées, repose sur un socle de calcaire dur. « La circulation de l’eau est idéale », ajoute l’heureux propriétaire. Pas trop d’eau qui avachirait la vigne, pas trop peu, ce qui durcirait les vins. « Ici, au sud de Nuits, les vins gagnent plus de charpente et de corps. Au nord, du côté de Vosne-Romanée, ils sont plus précoces et moins charnus ».
Les Perdrix voisinent avec une jolie collection d’autres premiers crus : le Clos des Corvées, le Clos des Forêts Saint-Georges, les Argillières, les Terres Blanches.

Côté échézeaux
Côté grands crus, Bertrand Devillard n’est pas en reste, il a conquis pour le même millésime deux étoiles grâce à ses échézeaux, nés sur le ruban magique qui jouxte le Clos Vougeot. Alors que les Perdrix se montrent plus flatteurs dans leur jeunesse, avec un nez plus expansif, les échézeaux apparaissent fermés. En revanche, ils offrent d’entrée une bouche impressionnante : la signature d’un grand cru.

« Aujourd’hui, on préfère les vins aimables »
« Aller chercher la vraie maturité, ça exige de la moelle », comme le dit Bertrand Devillard. Dit autrement, il faut avoir les nerfs solides, la tête froide, les sens en éveil pour décider du moment exact de la vendange. L’heure juste où les grappes arrivent à leur parfaite maturité. Pas avant, pas après. Avec encore une pointe de fraîcheur et juste avant le crépuscule. « Notre principe est simple », dit Bertrand Devillard. « On fait du bon vin si on met en cuve des raisins mûrs et sains. Il faut savoir attendre. Sinon les tanins sont fermes et durs. Nos grands-parents aimaient cela. Autrefois, il était indécent de parler de fruit pour des grands vins. Aujourd’hui, on préfère des vins aimables ». Aux Perdrix, on déguste les raisins, on croque les pépins, on analyse aussi, évidemment. On ne laisse que cinq grappes par pied. Et on prie le ciel que le temps soit propice pour les vendanges.
Les plus anciennes plantations, au nord, datent de 1922. Les vieux pinots fournissent une cuvée puissante, racée, Les 8 Ouvrées (l’ouvrée étant l’unité de mesure bourguignonne qui équivaut à 4 ares 28, ce qu’un ouvrier travaillait dans sa journée). Les autres ceps ont entre 50 et 60 ans d’âge.

Les secrets du millésime 2008
« C’est un millésime de vigneron ! », jubile Bertrand Devillard. Le temps était resté gris et pluvieux toute la fin de l’été, les grappes s’abîmaient. « On a pris des risques. Je me rappelais avec inquiétude la sinistre année 1968, les vapeurs grises de poussière de botrytis flottant au-dessus des cuves ». Mais l’attente n’a pas été vaine. Le temps s’est mis au beau, un vent du nord a séché les grappes. Les vendanges ont enfin commencé, tardivement, début octobre. Sur la table de tri, de nombreuses grappes ont été jetées. « Au moins, on a gardé un taux d’acidité élevé, facteur de mise en valeur du fruit. Ce 2008 ira loin, car l’acidité est là ». Les dégustateurs du Guide Hachette ont rendu le même verdict : « Cette cuvée joue sur la finesse. La robe est rubis brillant. Le nez, délicat, évoque la cerise griotte et la groseille, ourlées d’un fin boisé. La bouche se révèle élégante et fraîche. Le fruit mûr est là, pimpant, rehaussé d’élégants tanins soulignant la persistance rare de la finale ». Bertrand Devillard partage ce coup de cœur avec ses enfants Aurore et Amaury, et son maître de chai, Robert Vernizeau.
Selon le producteur, les millésimes suivants s’annoncent aussi prometteurs : « Sur le 2010, on retrouve le 2008 plus éclatant encore en fruit et en fraîcheur, il sera très séduisant ». On espère donc le retrouver en bonne place dans une prochaine édition.

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nov 21

La 151e Vente de vins des Hospices de Beaune s’est terminée sur une baisse des cours de – 6 % : un résultat modeste, mais pour ce millésime sans éclat, dans un contexte économique difficile, ce n’est pas une catastrophe, loin de là. Et ce sont tout de même 4,9 millions d’euros qui reviennent ainsi à l’hôpital de Beaune.





Un millésime de blancs, souple en rouge

Pas d’arrogance en 2011. On a rangé les qualificatifs de « millésime du siècle », (trop) vite dégainés en 2009. Roland Masse, le régisseur du domaine des Hospices, dont le style débonnaire et chaleureux se prête mal à la langue de bois, reconnaît avoir eu affaire à « un millésime pas facile à gérer ». « Je craignais des maturités excessives. Je ne voulais surtout pas rentrer des raisins à 13 ou 14 degrés d’alcool potentiel, comme l’an dernier. Je pense y être arrivé. On a rentré des blancs à 12,5° potentiel, parfaits. En rouge, on avait le double problème de la maturité et de la pourriture. Soit on vendangeait trop tôt et le raisin n’était pas mûr, soit trop tard pour avoir du raisin bien mûr – mais pourri. Au final, on a eu des pinots noirs pas surchargés en sucres. On a vinifié tout en douceur avec beaucoup de baies non foulées, en prolongeant les fermentations alcooliques au maximum, pour préserver le soyeux des tanins. Les cuvaisons ont donc été plus longues qu’en 2010. Les vins sont gourmands avec des tanins ronds. J’appelle ça un ‘millésime de sommelier’, facile à servir à table. Les blancs sont gracieux et ils ont leurs aficionados cette année. » De fait, ce sont eux qui ont remorqué une vente qui s’enlisait dans les vins rouges. Pour autant, les pinots noirs 2011 sont réussis, avec beaucoup de concentration et d’élégance dans des cuvées comme le corton grand cru Clos du Roi Baronne du Baÿ ou le pommard premier cru Épenots du domaine Goblet.


La pièce de charité presque quatre fois moins chère qu’en 2010

110 000 € : la pièce de charité, un fût de 460 litres du grand cru corton Clos du Roi cuvée Baronne du Baÿ, n’a pas fait rugir la salle, où 500 personnes se pressaient. Les enchères ont grimpé péniblement, lentement, et c’est finalement une maison anglaise, The Antique Wine, et son directeur général, Stephen Williams, qui ont remporté la mise avec 110 000 €. On est loin des flamboyants 400 000 € dépensés en 2010 pour un fût de 500 litres par la maison Patriarche. La somme récoltée ira à deux associations caritatives, Mécénat Chirurgie Cardiaque et France Alzheimer. Ce moment fort de la vente a été l’occasion pour les parrains de la vente, Inès de la Fressange et Christian Clavier, de rivaliser d’encouragements envers les acheteurs. Mais sans grand succès. Le spectacle se déroulait dans les rues où résonnaient bombardes et cornemuses des groupes folkloriques qui envahirent Beaune le temps de ce week-end festif, pas dans la salle.


2012 : un nouveau grand cru pour les Hospices

Finalement, avec cette vente 2011 en demi-teinte, tous les regards se tournent maintenant vers 2012. Car les Hospices viennent d’officialiser la dation d’une belle parcelle de 43 ares dans le grand cru Echézeaux, dans le climat des Rouges du Bas. La vigne donnera donc une nouvelle cuvée d’une belle taille l’an prochain. D’ici trois ans, elle sera rejointe par une parcelle de beaune premier cru blanc et par une autre de corton blanc, tout juste replantées. Le vignoble, qui couvre quelque 60 ha, continue donc de croître. Il est presque totalement cultivé en bio, précise Roland Masse.


Qui veut six bouteilles d’Hospices ?

À surveiller, aussi, la percée des ventes sur Internet par la maison Bichot, dont le site web d’enchères en direct représente maintenant 15 % des achats de la maison pour les Hospices de Beaune. Cette clientèle-là, française, faite de particuliers et de restaurateurs, n’a certes pas le panache des acheteurs d’antan que l’on voyait parfois, en kilt ou en chapeau extravagant, parader dans les allées des Hospices. Le site internet de Bichot, qui permet d’acheter du vin des Hospices à partir de six bouteilles, concerne plus de 250 acheteurs. Pour modestes que soient ces quantités − une dizaine de fûts sur une vente qui en totalise plus de 600 −, elles incarnent la démocratisation et la dématérialisation de l’événement. La vente est désormais rythmée par le jargon franglais des commissaires-priseurs qui demandent si l’acheteur peut montrer son « paddle » ou s’il « ne veut pas faire un jump ». Ce dernier pouvant être au téléphone ou derrière son écran à l’autre bout du monde. La bougie et l’ambiance familiale d’avant 2005 dégageaient certes un charme plus bourguignon.

Florence Kennel

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oct 06

Le 29 septembre dernier, le Guide Hachette des Vins a fêté son édition 2012 à Bruxelles. L’occasion pour les journalistes de découvrir une sélection de vins retenus dans la 28e édition du plus lu des guides d’achat. Plusieurs ambassadeurs du Bordelais, de Bourgogne et de Champagne ont honoré cette manifestation de leur présence. Des domaines de référence, dont les vins fréquentent avec assiduité les pages du Guide Hachette.


Pour les crus du Médoc, trois représentants. Christine Lurton de Caix a proposé son Château Dauzac 2008 (5e cru classé en margaux), ainsi décrit dans le Guide : « D’une belle couleur bordeaux sombre, ce dernier développe un bouquet puissant et complexe qui associe les raisins bien mûrs à une petite note animale sur un fond boisé encore dominant mais de qualité. Ample, rond et bien charpenté, ce vin prometteur méritera d’être attendu quelques années. »

Corinne Saussier Conroy représentait le Château Brane-Cantenac (2e cru classé en margaux), avec son 2008. Ce millésime « fut un véritable casse-tête pour les viticulteurs margalais », lit-on dans le Guide. « Fallait-il rechercher la structure ou jouer la carte de la finesse ? Henri Lurton et son équipe ont choisi la seconde option en veillant à ne pas perturber l’équilibre général. Le résultat est un vin assez souple mais très bien équilibré, qui met en valeur une expression aromatique délicate où fruits rouges et réglisse se conjuguent harmonieusement, tant au nez qu’en bouche. »

M. Lamiable a proposé à la dégustation sa Majesté de la Haye 2008 (saint-estèphe), microcuvée du Château la Haye (deux barriques et demie de cabernet-sauvignon et de petit verdot). Ce vin a fait son entrée dans le Guide avec ce millésime. Il a retenu l’attention par son palais onctueux, riche, concentré, porté par des tanins bien fondus. Trois à quatre ans de patience seront nécessaires avant de commencer à l’apprécier.

M. et Mme Vocoret (Dom. Yvon et Laurent Vocoret) représentaient la Bourgogne avec leur chablis 2009. « Avec ce 2009, l’humeur est au beau fixe et les papilles sont à la fête. Prix d’excellence pour ce chablis auquel rien ne manque: robe pure et cristalline, nez minéral comme il se doit et fruité à souhait, bouche ample, riche et d’une grande délicatesse, avec une fraîcheur vivifiante en soutien. À savourer dans les quatre prochaines années, sur des asperges sauce mousseline ou des écrevisses à la nage. »

Corinne Saussier Conroy (Ch. Brane-Cantenac), Stéphane Rosa (Guide Hachette des Vins), Christine Lurton de Caix (Ch. Dauzac) et M. Lamiable (Ch. la Haye)


Pour la Champagne, étaient présentes les maisons Drappier, Deutz et Charles Heidsieck. La première a proposé son Carte d’or 1995, élu coup de cœur dans le Guide 2012 : « Beaucoup de pinot noir, le chardonnay (7 %), et le meunier (3 %) ne faisant que de la figuration. Des arômes grillés, miellés et confits (pâte de fruits) traduisent une harmonieuse maturité. Puissant sans la moindre lourdeur, d’une rare persistance, c’est un superbe champagne de repas. »

La maison Charles Heidsieck a proposé son millésimé 2000, qui marie 60 % de pinot noir et 40 % de chardonnay, un champagne qui porte avec classe le poids des ans. Doré et orné d’un joli cordon, il livre des arômes complexes de fruits confits et de torréfaction qui se prolongent dans une bouche ample, équilibrée et fraîche.

Quant à l’Amour de Deutz 2002, c’est un blanc de blancs de prestige, qui provient essentiellement de grands crus. Son nez charmeur, aux nuances élégantes de fleurs blanches, de brioche et d’agrumes, prélude à une bouche fraîche, harmonieuse et longue, au dosage juste.

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sept 20

Le domaine a obtenu la grappe de bronze de l’édition 2012 du Guide Hachette des Vins pour son mâcon Pierreclos blanc 2009 Cuvée Fût de chêne. La renommée des vins de la propriété ne date pas d’hier toutefois, mais d’avant-hier. De l’avant dernier siècle ! Dans l’ouvrage de référence d’alors, « Les vins du Beaujolais, du Mâconnais et du Chalonnais », de Vermorel et Danguy, daté de 1892, les sus-nommés écrivent : « Les meilleurs vins blancs de la commune de Pierreclos sont ceux de la Roche et des Charmes. Et Marc Jambon de s’esclamer : « Le hameau de la Roche, c’est là où j’habite ! ».


Tradition d’excellence


Les deux auteurs poursuivent : « Les vins blancs acquièrent en vieillissant une grande finesse. Les vignes sont particulièrement bien soignées ». Un compliment confirmé en 1907 par une vieille médaille écaillée, trônant à la place d’honneur dans le chai, un premier prix des vins blancs à l’exposition générale de Mâcon. La famille Jambon est installée à Pierreclos depuis 1750. Peut-être même davantage, Marc n’a pas achevé encore ses recherches généalogiques…


Au vingt-et-unième siècle, aujourd’hui, les vignes sont toujours bien tenues et le vin tout aussi délicieux. La grappe de bronze du Guide Hachette l’atteste et nos dégustateurs le couvrent autant d’éloges que ceux de 1892 : « un vin d’un bel éclat, animé de reflets or pâle, au nez fin et élégant, peu marqué par le fût. Dans la continuité, la bouche est complexe, bien structurée, mais fondue, riche et longue. Un excellent mariage entre le vin et le chêne ».


Vocation tardive


Marc Jambon n’est pas entré en vignes comme en religion, il a pris des détours profanes. Le domaine des aïeux était minuscule : 3 ha et demi, en tout et pour tout, et ses parents ne désiraient pas le voir prendre leur suite. Alors Marc a entrepris une carrière dans l’industrie chimique, dans un centre de recherche à Lyon. «Puis un jour je suis revenu chez moi, avoue-t-il, c’était un vieux rêve enfoui. Je ne suis pas un citadin. D’ailleurs je suis né pendant les vendanges 1944 et durant mon enfance je n’ai jamais manqué une vendange». Il a repris le domaine en 1970, acheté des parcelles petit à petit et porté son bien à 9 ha. Il vendait alors son raisin à la coopérative. Quand son fils Pierre Antoine a pris la relève, il s’est émancipé et, en 1999, a mis son vin en bouteille. « C’est lui l’artisan désormais », précise le père.



Vins minéraux…


Le hameau de La Roche chevauche une faille géologique : à l’ouest, les granites et à l’est, les calcaires argileux. L’essentiel des parcelles du domaine se trouvent là ; d’un côté 4 ha de gamay, de l’autre 5 ha de chardonnay. «Nos vins blancs ont une minéralité marquée, dit Marc, remarquez, ici il y a de la minéralité rien que dans le nom des lieux : Pierreclos ou La Roche ! » Des arômes de pierre à fusil, d’acacia, de tilleul, mais aussi d’agrumes et de pêche. La meilleure part des blancs est vinifiée et élevée en fût de chêne sur ses lies, pendant un an.


…et « vins de dames »


La belle curiosité du domaine, Pierre Antoine en est l’initiateur : des vins liquoreux. Lors d’un stage à Saint-Emilion, il était allé visiter Yquem. L’année d’après, il avait élaboré une bonbonne de liquoreux à Pierreclos. Cette cuvée, il l’a créée aussi en souvenir aussi de l’arrière-grand-mère Joséphine qui, dans les années 1920, appelait ces douceurs « vins de Dames ». Elle avait tarabusté tant et plus son époux – qui, lui, ne goûtait guère de telles productions, des mièvreries selon lui -, qu’il lui en fabriquait quelques flacons. Aujourd’hui, à Pierreclos, les liquoreux se déclinent en une cuvée de la Saint-Martin, récoltée début novembre, et en une Noblesse du chardonnay, le nectar des nectars. Des raretés en Mâconnais et plus encore en Bourgogne.


A lire également :
- Philippe Desmeures, Domaine des Remizières (grappe d’or du Guide Hachette des Vins 2012 pour son hermitage rouge cuvée Emilie 2009)
- Cédric Gravier, Domaine la Suffrène (grappe d’argent du Guide Hachette des Vins 2012 pour son bandol blanc 2010)


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fév 01

Un beau soleil hivernal, relevé d’une bise piquante, a permis à la fête de la Saint-Vincent tournante de Corgoloin (Côte de Nuits) de connaître un joli succès en accueillant le double de visiteurs prévus. Récit en images d’une des manifestations les plus populaires de la Bourgogne viticole, qui, comme son nom l’indique, se déroule chaque année dans un village différent du vignoble.


50 000 visiteurs : record battu
Les vignerons attendaient 20 000 personnes, ils en ont accueilli largement le double : la Saint-Vincent tournante a fait le plein les 29 et 30 janvier derniers à Corgoloin. La manifestation a été aidée par un beau temps hivernal et par la proximité de Dijon (200 000 habitants), que la SNCF avait mis à 20 min de Corgoloin. Des trains nombreux, des équipes SNCF dédiées à ces voyageurs particuliers : l’organisation, sans failles, permettait de profiter de la fête et de s’en échapper tout aussi facilement.


Un défilé sous le soleil
Stimulées par une petite bise bien continentale, les quelque 80 confréries de la Saint-Vincent (voir notre article sur les sociétés) ont défilé au son des fanfares locales sous un soleil radieux. Cette météo de rêve tombait à pic. Rappelons que la fête a parfois connu, au fil de ses éditions, des trombes de pluie (à Gevrey-Chambertin) ou des rafales de neige (dans les Hautes-Côtes).
Dans le cortège des confréries, on remarquait celle des Chevaliers du Tastevin, elle-même précédée de ses sonneurs. Dans une ambiance joyeuse et bon enfant, le défilé a traversé tout le village.

« Mais c’est le printemps ! », s’exclamaient les touristes devant des buissons couverts de fleurs plus vraies que nature. Fleurir le village en hiver, c’est l’une des traditions de la Saint-Vincent, et les habitants passent un an à confectionner pour l’occasion des dizaines de milliers de corolles en papier crépon. 70 000 cette année. L’énoncé de ce chiffre a fait hausser les épaules à une dame : « Pour celle de Nuits-Saint-Georges, nous en avons fait plus de 400 000 ! »


Des buvettes bien situées où l’on pouvait circuler
Les caveaux ont ouvert à 11h. « Caveaux ? » Non, pas de caveaux voûtés cette fois-ci pour goûter le vin offert. Une petite déception pour les amateurs de vieilles pierres bourguignonnes qui aiment descendre des marches glissantes sous des voûtes moussues. Corgoloin avait prévu des stands de buvette le long de la route. Une solution finalement bien pratique : au moins, on pouvait circuler, s’approcher, s’en aller… et cracher le vin sans craindre de salir les pieds des voisins ! Dernier bon point : il paraît que le verre souvenir, offert avec les 8 tickets permettant de déguster autant de cuvées, était solide !


Florence Kennel


En savoir plus sur les vins produits à Corgoloin : AOC côtes-de-nuits-villages



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jan 29

La fête de la Saint-Vincent Tournante a lieu cette année à Corgoloin (Côte de Nuits), samedi 29 et dimanche 30 janvier. Au-delà du folklore, c’est l’occasion pour les vignerons de célébrer leur solidarité professionnelle au moment du défilé des sociétés de saint-Vincent, dites « de secours mutuel ». Héritées des siècles passés, ces associations villageoises sont l’ultime rempart des vignerons contre les accidents, la maladie ou la mort, même au XXIe siècle.


Dimanche, 8h00 du matin : la procession des sociétés de Saint-Vincent s’ébranlera. En tête, le cortège chamarré, or et rubis, des costumes de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin, puis des groupes portant haut des écussons brodés, et une statue de saint en chêne. Du folklore ? Pas seulement.


Vigneron, un métier dangereux
Vigneron, c’est un métier dangereux : chaque année, 8500 viticulteurs déclarent un accident du travail et 300 une maladie professionnelle ; deux chiffres parmi les plus élevés de l’agriculture. 15% de ces accidents sont graves, là aussi c’est le taux le plus élevé parmi les agriculteurs.
Le renversement du tracteur, même s’il ne concerne que 5% de ces accidents, représente la première cause de mortalité. Car les vignerons sont au volant de ces sauterelles hautes sur patte qu’on appelle « enjambeurs », légers (pour ne pas tasser le sol), pesant plusieurs tonnes, surélevés (pour passer au-dessus des rangs), et dont la vocation est labourer, traiter, rogner, ou effeuiller, dans des vignes parfois en dévers…
Mais les accidents arrivent surtout durant les vendanges. A ce moment-là, les cuves en fermentation dégagent du dioxyde de carbone, et lorsqu’on les nettoie, à l’issue de la vinification, on n’est jamais sûr que tout le CO2 se soit bien échappé, surtout dans une monumentale citerne dotée d’une seule petite trappe en bas. Bien sûr, les appareils de détection existent ; mais certains vignerons se contentent d’allumer un briquet pour vérifier qu’il y a assez d’oxygène… Et perdent rapidement connaissance dans ce milieu confiné. L’accident peut même se produire en tout début de macération, au moment du foulage au pied du raisin, même dans une cuve en bois grande ouverte : le gaz a commencé à être produit par les levures, il stagne au ras du chapeau de marc dans lequel on s’enfonce bien, et en s’enfonçant, le pigeur finit par s’étourdir, et s’il n’est pas rapidement hissé hors de la cuve, l’accident peut être mortel. Tous les ans, des accidents de ce type se produisent en France.


Des vignerons solidaires
Très tôt la profession a donc mis en œuvre des structures (une par village) pour venir en aide aux vignerons touchés par la maladie ou accidentés. Des organisations similaires existaient par ailleurs déjà dans l’industrie, sous-tendues par des idéaux égalitaires au XVIIIe siècle qui allaient rapidement mener le pouvoir en place à les supprimer par crainte de leur propagande socialisante. Chaque ouvrier cotisait à une caisse de secours mutuel et touchait donc une petite pension en cas de chômage accidentel. Dans l’agriculture, quand un vigneron est empêché de travailler, ses collègues font son travail à sa place gratuitement à hauteur d’une demi-journée de travail par semaine et par personne, aussi longtemps que nécessaire. Encore aujourd’hui, cela s’appelle « faire ses corvées », comme au Moyen-Age.
Et le système a perduré, en dépit de la mise en place de la MSA (Mutualité Sociale Agricole), dont le rôle est de percevoir des cotisations et de fournir, en cas de besoin, un remplaçant à un vigneron invalide. En Bourgogne, les vignerons préfèrent se donner un coup de main informel et entre eux ! Les vignerons… et quid des vigneronnes ? Aussi étrange que cela paraisse, jusqu’à maintenant les Sociétés de secours mutuel sont réservées aux hommes, et il n’y a que dans le plus gros village vigneron de la Côte, Gevrey-Chambertin, qu’une société féminine s’est créée dans les années 1970.
Tous les ans, la Saint-Vincent (le 22 janvier) est donc l’occasion de placer le défiler des 80 sociétés bourguignonnes sous la protection de Saint-Vincent, saint patron des vignerons. La statue du saint traverse le village en procession puis est déposée chez un vigneron qui va la garder un an. La Saint-Vincent Tournante, en rajoutant un côté festif à cette manifestation, ne doit pas faire oublier cette dimension humaine.


Florence Kennel

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nov 30

La météo avait annoncé des chutes de neige sur la Bourgogne, et la Côte a été servie. Il est tombé 5 cm samedi 27 novembre autour de Dijon, fait exceptionnel pour un mois de novembre. Dimanche 28 novembre, l’ambiance était féérique sur les coteaux, en particulier à Fixin, où se tenait une journée Portes Ouvertes pour laquelle il a fallu braver les rues glissantes du village. Ceci dit, les courageux visiteurs ont été récompensés par l’accueil des vignerons, dont certains, comme le domaine Molin, s’étaient donné le mal de cuisiner de délicieux apéritifs pour accompagner une jolie verticale de 2004 à 2008.


En fait, la neige n’a pas tenu longtemps. Les réels dommages pourraient intervenir cet hiver, comme l’a montré le gel de décembre 2009, qui a purement et simplement détruit 300 hectares en Côte-d’Or en l’espace de quelques jours, le thermomètre étant descendu vers Noël à -20°C sur une vigne dont la sève, elle, n’était pas encore redescendue. Les bas de coteaux et les creux froids ont été touchés, en notamment ceux qui avaient déjà été replantés en 1986, suite au grand gel d’hiver de 1985. Les vignerons n’ont rien récolté en 2010, et devront arracher puis replanter, ce que certains ont déjà commencé à faire, d’ailleurs. Dur métier !


Florence Kennel

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nov 23

Avec 11,3 % de hausse du prix moyen à la pièce, la 150e Vente des vins des Hospices de Beaune reflète la modestie bourguignonne qu’incarne le millésime 2010. Grâce à la fougue de l’incontrôlable Fabrice Luchini, la pièce de charité, emblème de la Vente, a flambé à 400 000 €. Mais derrière les paillettes, la vraie star, c’était la Chine. Retour sur une folle journée.


20h40 : +11,3 %, Christies a gagné son pari
La Vente des vins des Hospices de Beaune engrange un bon résultat, correspondant à ce que laissait prévoir ce millésime réussi mais pas miraculeux. Les blancs ont tiré les chiffres vers le haut (+15 %) en raison d’une faible récolte. Mais cette jolie performance est aussi à mettre au compte de « l’effet Christie’s », dont le carnet d’adresses et le savoir-faire drainent un nouveau public vers cette vieille vente.

Démarchés par les commerciaux de Christie’s qui ont quadrillé l’Asie avec leurs échantillons de vins, ces nouveaux clients interviennent par téléphone… et aussi par Internet. D’où des froncements de sourcils de négociants beaunois se voyant parfois « grillés » sur une enchère par un anonyme de la Toile… La Vente des vins, autrefois événement local, se mondialise lentement. Avec la Chine en point de mire ? « 18 à 20 % de nos acheteurs, lors d’une vente de vins classique, sont asiatiques », expliquait avant la vente un commissaire-priseur de la maison londonienne. « On serait contents d’en avoir au minimum 20 % pour les Hospices de Beaune. »

Car les ventes de vins de Bourgogne en Chine ont augmenté de 70 % en 2010. Tout est dit ! Les Bourguignons n’ont d’yeux que pour l’Asie. « Le marché chinois est un marché de vins rouges. Il faut y aller, sinon les vins du Nouveau Monde vont occuper le terrain », analyse Pierre-Henry Gagey, président délégué de l’interprofession des vins de Bourgogne.


17h32 : Luchini, en mode provoc’
Une strophe de Victor Hugo, un couplet de Johnny, une harangue pour engager la Bourgogne du vin à incarner « un rempart contre le marxisme »… Le feu oratoire de Fabrice Luchini, président de la Vente des vins, a permis à la pièce de charité de crever le plafond : 400 000 € ! C’est la somme qu’a dépensée Jacques Boisseaux, PDG de la maison Patriarche (Beaune), pour ce tonneau de 500 litres de beaune 1er cru cuvée Nicolas Rolin. Elle sera dédiée à deux associations caritatives, dont l’une de lutte contre le cancer. « Je sais que c’est une somme », a reconnu benoîtement M. Boisseaux, « mais il en faudrait encore des centaines comme ça pour faire reculer cette foutue maladie. » Modestes, ces Bourguignons !


11h23 : un millésime « classique » selon Roland Masse
« 2010, c’est un millésime de charme, très bourguignon », expliquait Roland Masse juste avant la Vente des vins. « On revient à du classique, eu égard aux dates des vendanges, au niveau d’acidité, ce qui replace la Bourgogne dans son contexte septentrional. » Un sérieux gel d’hiver, des vendanges au 20 septembre, un été « pourri, mais pas pluvieux » : c’est une météo semi-continentale bien bourguignonne qui a en effet marqué 2010. Pour un résultat étonnamment réussi de la part de tous les observateurs : « les Hospices ont fait de beaux rouges », commentait Jasper Morris, auteur britannique emblématique du monde du vin. Le millerandage a sauvé le millésime : « on avait beaucoup de petits raisins, bien noirs, à 13° d’alcool potentiel… mais ça fait beaucoup moins de vin au final ! », soupirait Roland Masse. Avec 30 hl/ha en moyenne, les 60 ha de vignes des Hospices ont effectivement été ladres. Cela dit, n’avoir que 643 tonneaux à vendre, au lieu de 800 l’an dernier, pouvait laisser présager une hausse des prix. Dix pour cent, pronostiquaient les négociants. La salle leur aura donné raison !


10h40 : une conférence de presse sans triomphalisme
Des ventes stables sur le marché français, et en modeste hausse à l’export : les vins de Bourgogne ne pavanent guère, avec un « océan de vin à vendre », selon l’expression de Louis-Fabrice Latour, patron des négociants, qui s’exprimait avant la vente. « Mais ça va mieux », se rassurait-il. « Nos ventes remontent un peu depuis le début de l’année. 2010 étant une faible récolte, les stocks vont baisser. On devrait avoir 8 à 10 % de hausse en valeur pour l’année 2010. Mais on n’a pas encore retrouvé le niveau de fin 2008… »


Florence Kennel

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