Le blog de la rédaction
juin 29

Surface du salon, nombre de stands, d’exposants (2 400) et de visiteurs (48 000), Vinexpo, s’est pratiquement retrouvé en 2011 dans ses habits de 2009. Mais au-delà des statistiques, le premier salon du vin au monde a profondément changé de visage.

Pour ses trente ans, il a un peu oublié le côté « bling-bling » de ses débuts qui poussait à la surenchère dans l’étalage de la fête la plus somptueuse. Il devient de plus en plus professionnel et résolument tourné vers l’international. Signe des temps, les châteaux pratiquant la vente directe en France se font de plus en plus rares ; en revanche les négociants ont pris le relais.


Pour saluer leurs visiteurs, les exposants avaient tout intérêt à savoir dire « Ni-ha, ni-ha », le fait le plus marquant de ce Vinexpo étant la forte présence des Chinois. Plus de 5 000 citoyens de l’Empire du Milieu (de Chine continentale et de Hong Kong) avaient mis le cap sur le port de la Lune. Leur connaissance du vin a surpris leurs interlocuteurs français. Le dynamisme de ce marché naissant n’a pas échappé à une nouvelle génération de négociants, qui se sont spécialisés dans ce débouché et ont connu des taux de croissance exceptionnels.

Vinexpo a montré aussi qu’il existe des marges de progression dans les marchés traditionnels du vin, comme le Royaume-Uni ou les États-Unis d’Amérique. Et le vent d’est n’a pas soufflé que de Chine. Certains acheteurs ne parlaient pas le mandarin, mais le russe. Au total, un salon sérieux et très actif ; même s’il faut attendre évidemment quelques mois pour connaître ses retombées réelles.








Choses vues ou entendues


Vu de Bourgogne : my Chinese is verrrrry rrrich

Les Chinois étaient les vrais héros de Vinexpo. Thierry Broin, le régisseur du Clos des Lambrays (Morey-saint-Denis), en a donc profité pour inventer les blagues chinoises, comme celle-ci. Des Chinois arrivent au caveau de dégustation du village de Morey où les producteurs vendent leurs vins en commun. « Que puis-je vous servir ? », demande la vendeuse. Les Chinois goûtent, et concluent. « Vous voulez acheter du Clos de Tart ? » fait répéter la vendeuse, qui n’est pas sûre d’avoir bien compris. « Non, je veux acheter LE Clos de Tart », corrige le Chinois…

Bimbos sur talons hauts

Très remarquées aussi, les armadas de jolies filles perchées sur des hauts talons et distribuant des bouteilles, des sacs ou des prospectus aux passants. Un peu dépassé non ? D’autant qu’une bonne partie de la clientèle de Vinexpo, maintenant féminine, apprécie moyennement ce machisme ringard datant du Salon de l’Auto des années 1950…

Chinoiseries sur étiquettes

Ces vins sont excellents mais ils ne s’écouleraient pas sur le marché chinois. Selon un importateur rencontré dans les allées, les Chinois ne voudraient pas se donner la peine d’apprendre notre alphabet. Ils mémoriseraient des logos, et ceux qui auront un dessin facilement identifiable sur leur étiquette partiront avec une longueur d’avance. De plus, les Chinois nourriraient des attachements affectifs forts envers les couleurs : superstitieux, ils craindraient par exemple le bleu. En revanche, le rouge leur porterait chance. Donc il faudrait faire des étiquettes adaptées, ou fournir la patte de lapin avec la caisse de vin…Vers l’Extrême-Orient compliqué, volons avec des idées simples ?


A lire également : Marché chinois: à qui le tour ?

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déc 07


Aujourd’hui, on en est sûr : la Chine s’est bel et bien éveillée au vin, au point de faire flamber le prix de certaines bouteilles… ou plutôt, de certaines étiquettes.

En effet, la passion des acheteurs semble plus souvent motivée par le contenant que par le contenu.

Passage en revue de quelques vins qui intéressent le marché chinois, parfois sans l’avoir vraiment voulu !




La stratégie des premiers
Cela fait des années maintenant que le Château Lafite-Rothschild intéresse les Chinois, jusqu’à être devenu là-bas symbole de réussite. L’histoire (la légende ?) veut en effet que la célébrité du cru remonte au jour où un homme d’affaires du pays déclara fêter tous ses succès d’entreprise en ouvrant une bouteille de ce vin ! Depuis, Lafite est l’objet de toutes les convoitises, mais aussi de toutes les contrefaçons.
Ce succès, Lafite sait aussi l’entretenir : on a ainsi appris il y a quelques mois que toutes les bouteilles du millésime 2008 seraient opportunément gravées de l’idéogramme chinois correspondant au chiffre 8. Un chiffre porte-bonheur dans ce pays qui inaugura ses Jeux olympiques le 8/8/8 à 8 h 8 min 8 s précisément…
Pour, semble-t-il, ne pas être en reste, Mouton-Rothschild, autre 1er cru classé de Pauillac, vient d’annoncer il y a quelques jours que l’artiste retenu pour illustrer l’étiquette de son 2008 (l’étiquette de Mouton étant ornée chaque année d’une œuvre originale différente) était le Chinois Xu Lei. Un choix judicieux, non seulement parce que le dessin en question est fort gracieux, mais également parce que le prix de la bouteille a augmenté de 20 % à cette seule annonce ! Une performance que n’avait pas réussi à accomplir pour le marché britannique le Prince Charles, pourtant choisi pour le millésime 2005 (centenaire de l’Entente cordiale oblige).


Les heureuses surprises
Certains autres châteaux bénéficient, mais sans l’avoir vraiment recherché cette fois, de cet intérêt du marché chinois pour les vins du Bordelais. Le magazine anglais Decanter cite à ce sujet quelques cas amusants.











La cote de Château Beychevelle, 4e cru classé de Saint-Julien, monte-t-elle dans l’Empire du Milieu ? Ce petit succès est à attribuer en partie à l’embarcation reproduite sur l’étiquette, qui ressemble aux bateaux-dragons du pays ! Idem pour Léoville-Poyferré, 2e cru classé de la même appellation, dont l’étiquette a la bonne idée de représenter une tête de dragon…
Le magazine cite également la réussite de Cos d’Estournel (2e cru classé de Saint-Estèphe), l’expliquant par la qualité de ses vins. Sans diminuer en rien ses mérites, on ne peut s’empêcher pourtant de trouver aux bâtiments de Cos un air de pagode chinoise… d’ailleurs revendiqué.


La stratégie des Chinois
Si certains crus bordelais semblent rechercher les moyens de plaire aux acheteurs chinois, tel Smith-Haut-Lafitte s’interrogeant sur la meilleure façon de capitaliser sur une partie de son nom (devinez laquelle), les investisseurs chinois savent aussi prendre les devants.
Le quotidien Sud-Ouest relatait récemment l’histoire de ce château des Côtes de Bourg qui a eu l’heureuse surprise de voir débarquer un milliardaire chinois désireux de lui racheter quelques hectares, ainsi qu’une des marques de son portefeuille. Mais pas n’importe laquelle : celle du Château Chenu… Lafitte !
En 2008 déjà, un groupe chinois avait racheté une propriété familiale de l’Entre-deux-Mers produisant du rouge, un certain Château Latour… Laguens.


Faut-il en rire ou en pleurer ? En rire, sans doute, et s’en réjouir, sûrement. Même si aujourd’hui les critères de choix de certains acheteurs semblent plus relever de la superstition que de la dégustation (encore que les crus cités ici produisent du bon vin), le fait est qu’un nouveau marché est né et grandit de manière exponentielle. Que les quelques arbres géants (et de toute façon depuis longtemps inaccessibles au commun des mortels) ne viennent pas cacher la forêt d’opportunités que ces millions (milliards ?) de nouveaux consommateurs vont représenter ces prochaines années.


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sept 13


Le Guide Hachette des Vins l’avait mis à l’honneur en 1998 : Thierry Manoncourt, propriétaire de Château Figeac (1er grand cru classé), reçut cette année-là la Grappe d’or du Guide devant la foule des journalistes et des producteurs réunis pour le lancement de l’édition 1999. Ce grand monsieur, figure de Saint-Émilion depuis plus de soixante ans, s’est éteint le 27 août dernier, à près de quatre-vingt-treize ans.


En lui attribuant la Grappe d’or, la rédaction saluait le caractère et l’élégance du millésime 1995 de Figeac, coup de cœur trois étoiles, cinquantième vendange de Thierry Manoncourt. Elle mettait aussi en avant l’œuvre entière de celui qui avait redonné vie à ce cru – plus illustre au XVIIIe siècle que Cheval Blanc – qui n’était alors qu’une simple métairie du domaine.


Et pourtant : « Si je suis vigneron, c’est bien par hasard » confiait Thierry Manoncourt. Qui aurait pu prédire que ce Parisien s’installerait à Saint-Émilion ? On raconte même que son père, pour lui annoncer en 1947 qu’il allait prendre en charge le domaine, lui aurait dit : « Catastrophe, ta mère hérite de Figeac ! ». Acquis en 1892 par son arrière-grand-père Henri de Chevremont, le cru ne représentait alors qu’un simple placement destiné à diversifier le patrimoine de cette famille tournée vers l’industrie, les sciences et les techniques. Phylloxéra, dépression économique, coup d’arrêt mis cette même année à la politique de libre échange qui avait tant contribué à la notoriété et à la fortune des grands vins français à l’étranger : pourquoi miser sur le vignoble en 1892 ? Surtout celui du Libournais : Saint-Émilion n’avait-il pas été oublié par le classement de 1855 ? L’avenir n’appartenait-il pas aux vins courants, pour lesquels la demande était forte ?


La stagnation des grands vignobles se prolongeant, c’est un défi qu’a dû relever Thierry Manoncourt. Venu à Figeac pour les vendanges 1943, il se prend – à vingt-cinq ans passés – d’une passion pour la vigne. Il passe un diplôme d’ingénieur agronome. Ces connaissances scientifiques, alors peu répandues dans le milieu des propriétaires mais prisées dans sa famille, lui donneront le goût de l’innovation. Elles l’aideront à conférer toute son expression à un remarquable terroir : trois belles croupes de graves. Sur ce type de sol plus fréquent en Médoc qu’en Libournais, il expérimente avec jubilation. Merlot, malbec, cabernet franc et cabernet-sauvignon, quelles sont les variétés les plus adaptées ? Des cuvées monocépages sont réalisées, mises en bouteilles, conservées dix ans. Les cabernets (70 %) seront le cœur des vins de Figeac – un encépagement atypique sur la rive droite, mais adapté aux terrains graveleux.


Autres innovations : le semis d’herbe entre les rangs de vignes; la fermentation malolactique, aujourd’hui la règle pour les vins rouges mais peu pratiquée jusque dans les années 1950-1960 ; l’aménagement (en 1970) d’une cave profonde alors que dans le Bordelais, les chais étaient traditionnellement de plain-pied ; l’emploi de cuves Inox (dès 1971) – à la suite de Haut-Brion et de Latour – et de barriques neuves. Cet élevage coûteux dans le chêne neuf, pratiqué par tous les premiers crus classés, renforce sans doute l’aura de Figeac. Il reste mesuré : Figeac ne cédera pas à la mode des vins « bodybuildés », puissamment boisés. Enfin, le château figure parmi les premiers à systématiser l’élaboration d’un second vin : le Grange Neuve permet de renforcer la qualité du grand vin. Ce dernier devait figurer dès le premier classement de Saint-Émilion aux premiers rangs – 1er grand cru classé B. Un héritage que sa fille aînée, Laure, et son gendre Éric d’Aramon font fructifier depuis une vingtaine d’années.


Enfin, Thierry Manoncourt s’est investi dans la défense des vins de l’appellation et des grands crus. Premier jurat de la Jurade de Saint-Émilion entre 1964 et 1988, il a cofondé en 1973 l’Union des Grands Crus de Bordeaux et a voyagé activement pour ouvrir des marchés au vignoble. Sa longue vie illustre la renaissance des grands châteaux bordelais dont l’aura avait bien pâli après l’âge d’or de 1855.

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juil 29

Affichant des prix qui atteignent jusqu’à 70 % d’augmentation par rapport à 2008, les plus grands châteaux bordelais annoncent enfin la couleur.


Jamais campagne de primeurs n’aura duré aussi longtemps. Si, à la sortie du printemps,  la plupart des châteaux avaient déjà mis sur le marché une offre 2009 à des tarifs tout à fait réalistes, les crus les plus prestigieux entretenaient le suspens.


Les acheteurs potentiels, dans l’impossibilité d’arrêter définitivement les budgets, sont maintenant fixés. Les « stars » sont annoncées à des tarifs qui feraient presque regretter les prix du millésime 2005, déjà présenté comme le plus cher de l’histoire des primeurs. Petrus, sorti alors à moins de 500 € (hors taxes et hors livraison), frôle cette année les 3 000 € (pratiquement 1 000 € de plus que la cote actuelle du 2005 !). Le prix de Latour a doublé en quelques jours, passant de 650 à 1 200 €, tandis que Mouton Rothschild faisait un bon de 650 à 890 €. Enfin, les châteaux Ausone ou Le Pin sont actuellement et respectivement disponibles à 1 600 et 2 000 €.


S’il s’agit là des exemples les plus spectaculaires, ils donnent malgré tout le ton d’un phénomène inflationniste sans précédent qui touche également les seconds vins. Au-delà de la qualité du millésime, seule la perspective d’une forte demande peut expliquer pareille augmentation. Les propriétaires semblent compter sur l’ouverture du vaste marché chinois et sur le retour des Américains qui n’ont jamais manqué un millésime annoncé comme exceptionnel. Une tendance que confirme l’Union des grands crus : la fréquentation de la campagne de dégustation des primeurs a connu une hausse de plus de 40 %.

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mai 19

Après une campagne de dégustation enthousiaste, les acheteurs sont dans l’attente des prix des primeurs 2009 qui devraient égaler sans peine ceux des 2000 et 2005.

La qualité du millésime ne laisse planer aucun doute. Les primeurs 2009, tout au moins pour ce qui concerne les grands noms, pourraient atteindre des niveaux de prix très élevés, et cela malgré la crise.


Plusieurs raisons expliqueraient ce phénomène, si toutefois il venait à se confirmer dans les semaines à venir. La baisse de l’euro par rapport au dollar, un certain regain d’intérêt de la part des États-Unis qui ont flairé les effluves d’un millésime d’anthologie, et surtout, la très forte demande des pays d’Asie, la Chine et Hong Kong en tête.


C’est d’ailleurs là que va se dérouler fin mai la prochaine édition du salon Vinexpo. Les crus les plus prestigieux semblent attendre d’y avoir pris la température du marché asiatique avant d’annoncer leurs prix. Les perspectives sont plus que réjouissantes et confortent les grandes étiquettes dans leur position d’objets de spéculation, les déconnectant définitivement de toutes les réalités de marché.


Il en va autrement pour les petits châteaux qui représentent plus de 95 % de la production bordelaise et sont directement touchés par la crise. Là, pas de mystère, les prix sont connus et restent raisonnables, pour ne pas dire réalistes. On note toutefois de légères augmentations, souvent moins de 10 %, qui sont plus que justifiées par le très bon niveau qualitatif des vins.

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mai 03

2009 est annoncé comme exceptionnel, surpassant en qualité 2005, présenté pourtant comme le millésime du siècle.


La campagne de dégustation des primeurs 2009 se termine sur un concert de louanges. Les professionnels du vin sont unanimes : on tient là un millésime d’exception ! Certes le microcosme bordelais est coutumier de ce genre d’annonce, mais il est vrai que cette année, le niveau moyen s’avère très homogène, avec des vins riches et profonds, bâtis sur des tanins onctueux à l’astringence maîtrisée.


C’est avant tout le résultat d’une météo plus que favorable, à l’exception des épisodes de grêle du mois de mai, qui ont fait de gros dégâts sur plusieurs milliers d’hectares, un peu partout dans le vignoble. Après un printemps correctement pluvieux, juillet et août ont été marqués par un ensoleillement presque méridional (rappelant certains jours la canicule de 2003), suivi d’une arrière-saison aux allures d’été indien.


Résultat : de très fortes maturités des sucres qui ont produit des degrés parfois élevés (plus de 14 %). A Bordeaux, les années généreuses donnent en principe de grands vins, à condition d’être vigilant sur la date des vendanges et sur les durées de macération qui ne doivent pas être excessives. Ceux qui ont cédé aux sirènes de la surextraction se retrouvent avec des vins opulents, manquant de nerf et finissant sur des tanins asséchants. Une tendance que l’on note plutôt sur certains merlots de la rive droite. En revanche, cabernet franc et cabernet-sauvignon, à la maturité plus tardive, expriment moins le caractère sudiste du millésime et apportent en général plus de fraîcheur dans les assemblages.


Cette qualité exceptionnelle suffira-t-elle à endiguer la crise ?

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oct 20
Portrait C BARROUX
« Faire un vin qu’on ait plaisir à boire et pas seulement à déguster. », explique Caroline Noël-Barroux.

Fronsac, canon-fronsac, les connaisseurs savent que dans ces appellations du Libournais se nichent d’excellentes affaires, de très bons vins à prix encore doux. Rencontre avec une des références de cette région, à l’occasion de la remise de la Grappe d’argent du Guide (coup de cœur deux étoiles), décernée au Château Barrabaque pour son canon-fronsac Prestige 2006.


Barrabaque ? Un « vin de femmes ». Le grand-père ch’ti, brasseur et négociant en vins à Pont-de-la-Deule, près de Lille, voulant posséder sa propre étiquette, avait acquis la propriété en 1936. Sa fille a pris sa suite pendant vingt ans, et Caroline le relais en 2004. « J’ai toujours voulu faire cela », précise-t-elle. « Je n’ai pas hésité longtemps à la disparition de ma mère. » De l’ambition et les moyens de l’ambition, la preuve brillante : licence de chimie à Darmstadt et maîtrise à Bordeaux, puis l’École supérieure d’agriculture à Angers, option viti-œno, avec le grade d’ingénieur, suivie de six années d’apprentissage comme maître de chai dans un cru classé de Saint-Émilion. Une vigneronne à la tête bien pleine, et une mère comblée de trois garçons, parfois débordée. « C’est un peu compliqué au moment des vendanges, pendant deux mois à 7 jours sur 7, à l’époque de la rentrée des classes. » Là, c’est son père qu’elle appelle en renfort pour veiller sur les enfants.


Une histoire de famille, aussi, le vin de Barrabaque. « La constance », dit Caroline Noël-Barroux. Elle suit le sillon. « Je continue ce qui a été fait, il n’y a pas de rupture. J’ai le même ressenti du terroir, la typicité reste la même. Je n’ai rien changé. » Le château est une valeur sûre et consacrée du Fronsadais, avec sept coups de cœur du Guide ces dernières années. « Mais c’est mon premier [coup de cœur obtenu] toute seule, auparavant je les partageais », souligne Caroline. Dans sa pratique, la parcelle est l’unité de mesure. Culture raisonnée, pas de traitement systématique mais un travail adapté à chaque parcelle selon la vigueur et la sensibilité aux maladies de celle-ci. Vendange et vinification parcellaire, « pour recueillir l’essence de chacune », dit-elle. Un élevage à 30 ou 40 % de barriques neuves seulement, selon les années, « pour préserver le fruit du raisin ». Le bois ? Un peu mais point trop, ce n’est pas le style de la maison. « On reviendra bientôt à des vins plus friands. Cette mode du bois passera », pense-t-elle. Le terroir et le fruit avant tout. « Il ne s’agit pas d’appliquer des recettes de cuisine. Je m’adapte en goûtant les cuves. » Toute une démarche résumée dans une formule : « Faire un vin qu’on ait plaisir à boire et pas seulement à déguster. » La cuvée Prestige, réservée à l’appellation canon-fronsac, assemble merlot à 80 % et cabernet franc à 20 %, élevés pendant dix-huit mois.


La cuvée Prestige 2006 du Château Barrabaque, grappe d’argent du Guide Hachette des Vins 2010. Le sixième coup de coeur pour le cru.


Les experts du Guide ont été séduits par le millésime 2006 : « Robe presque noire, très brillante. Bouquet intense de cerise noire, de torréfaction et d’épices. Tanins mûrs et élégants. Longue finale harmonieuse et racée. »
L’éloge rejaillit sur les fronsac et canon-fronsac, mais ces appellations sœurs manquent toujours de reconnaissance et de notoriété, dans l’ombre de leurs prestigieuses voisines pomerol et saint-émilion. « Il est parfois plus difficile de vendre du fronsac que du bordeaux », déplore Caroline Noël-Barroux. Elle se désole aussi du divorce entre fronsac et canon, mais se résigne : « Ma mère a œuvré longtemps à une fusion. Il faut maintenant aller de l’avant et ne pas revenir sur ces vieilles querelles. » Faire apprécier Barrabaque, c’est fait. L’imposer au devant de la scène, c’est sa résolution. Pour commencer, elle développe l’accueil au château, l’ouvre aux visites et aux dégustations et fera portes ouvertes deux fois par an. « Pour nous, c’est important et agréable, ces moments d’échange », dit-elle. Le deuxième souffle de Barrabaque.

Voir aussi :
- La sélection du Guide Hachette des Vins en canon-fronsac (éditions 2008, 2009 et 2010)
- À la découverte de l’appellation canon-fronsac
- Les Grappes du Guide Hachette des Vins 2010
- Quels sont les cépages du Bordelais ?

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mai 22

Étrange, la presse n’en a guère parlé. Ce sont les journalistes spécialisés anglo-saxons, toujours à l’affût des nouvelles concernant le vignoble bordelais, qui ont débusqué l’article 65, tapi dans la loi n° 2009-526 du 12 mai 2009 sur la « simplification et de clarification du droit et d’allègement des procédures ». Un texte en 140 articles qui évoque des sujets aussi variés que l’inscription des citoyens sur les listes électorales, le fonctionnement des copropriétés, l’adoption internationale ou l’harmonisation des conditions d’indemnisation des victimes d’accidents médicaux. Il trouve incidemment une solution à un problème assez compliqué, celui du classement de Saint-Emilion.

Allons au texte de loi, chapitre II : « Mesures de simplification en faveur des entreprises et des professionnels ». On arrive au fait à l’article 65 qui valide le classement de Saint-Emilion –  enfin ! Citation presque intégrale du texte, les initiés comprendront : « Pour les vins issus des récoltes 2006 à 2011 et à défaut d’intervention d’un nouveau classement applicable à certaines de ces récoltes, l’utilisation des mentions grand cru classé et premier grand cru classé est autorisée pour les exploitations viticoles ayant fait l’objet du classement officiel homologué par l’arrêté du 8 novembre 1996 relatif au classement des crus des vins à appellation d’origine contrôlée Saint-Emilion grand cru.

L’utilisation de la mention « grand cru classé » est également autorisée, dans les mêmes conditions, pour les châteaux Bellefont-Belcier, Destieux, Fleur Cardinale, Grand Corbin, Grand Corbin-Despagne et Monbousquet et celle de « premier grand cru classé » pour les châteaux Pavie Macquin et Troplong Mondot (les huit promus du classement de 2006) »

Pour aboutir à cette solution, deux élus girondins ont bataillé ferme : le sénateur Gérard César et le député Jean-Paul Garraud. Ils seront heureux de constater que la loi du 12 mai rectifie dans le bon sens la loi de finances rectificative  du 19 décembre 2008, dont un article invalidé par le Conseil constitutionnel admettait ces huit promus au bénéfice du classement.

On se souvient de la bataille juridique qui avait suivi la révision en 2006 du classement des crus de Saint-Emilion, le seul en Bordelais à prévoir une révision décennale (voir  nos articles précédents). Le simple énoncé des étapes de ce feuilleton donne le tournis :  contestation du classement devant les tribunaux par des châteaux présents dans le classement de 1996 et exclus de celui de 2006 ; suspension du classement par le tribunal administratif,  rétablissement par le Conseil d’Etat, annulation par le tribunal administratif (juillet 2008), rétablissement par les élus du classement de 1996 au cours d’une session nocturne, nouvelles réclamations des promus de 2006 exclus des bénéfices du classement, intégration de ces derniers par un article de loi invalidé par le Conseil constitutionnel, et pour finir, en mars dernier, annulation en appel du classement de 2006… Autant d’incertitudes juridiques dans un climat économique récessif. Et pour couronner le tout, les quelque 17 000 ha de vignes girondines ravagées par la grêle le 11 mai dernier…

Les éléments se déchaînant à leur tour, cette mesure d’apaisement semble bienvenue. Peu de commentaires : faut-il croire qu’on ne l’attendait plus ?

Le classement des saint-émilion grand cru a donc force de loi. La liste des châteaux élus correspond au classement de 1996, mais elle inclut les crus promus en 2006, qui pourront faire figurer sur l’étiquette de leurs 2006 « grand cru classé » ou « premier grand cru classé ». Quant aux exclus du classement de 2006, ils sont réintégrés : tous gagnants !

Sauf, peut-être, la notion même de classement, dont il faudra réviser les procédures, de manière à les rendre incontestables.

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