
Un joli coup de cœur pour Claude Geoffray, du côté de Brouilly, attribué par les dégustateurs du Guide Hachette des Vins 2013: « Un nez de menthol et de vanille typique du chêne, agrémenté de notes de fruits confits. Une bouche gourmande, ample et séveuse… » Allons voir.
La colline de Brouilly
Elle s’élève en solitaire dans le paysage du haut de ses 480 mètres. Depuis la chapelle plantée sur son faîte, on voit onduler tout autour une frisure de coteaux aux dos chargés de vignes. Le château Thivin niche sur ses flancs dans la géométrie des vignes, enrobé de verdure, avec ses deux tours pointues, sa cour pavée et ses toits de tuiles vernissées. Claude Geoffray y entretient 25 hectares partagés en 7 parcelles, de la Chapelle au sud, la plus élevée, Godefroy à l’est, aux Griottes de Brulhié, l’ancien nom de Brouilly. Les pentes des coteaux sont rudes et par endroit l’inclinaison avoisine les 50%. La pierre du sous-sol renferme des roches éruptives, porphyres et diorites, mêlées à l’argile. Le gamay noir à jus blanc, le cépage roi du Beaujolais, exprime là toute sa tendre vigueur. Le côte-de-brouilly est l’un des dix crus du Beaujolais. Six générations de Geoffray se sont succédé au Château de Thivin. Et tous les hommes portent le nom de Claude, jusqu’aux petits derniers, Tobias-Claude, Nicolas-Claude et Florina Lavinia Claude ; la relève est prête.

Zaccharie le bâtisseur
Zaccharie Geoffray, un fermier des environs, avait acheté aux enchères le Château Thivin le 8 Juin 1877, une mauvaise année de gelées et de phylloxéra. Deux hectares de vignes entouraient la bâtisse. Cette ancienne terre noble fut au XIIe siècle la propriété du Sire de Beaujeu, Humbert III, puis des chanoines de Sainte Irénée de Belleville, ensuite du marquis de Vichy, avant de devenir bien national à la Révolution et d’être repris par un avocat du Parlement nommé Thivind, qui lui légua son patronyme.
Le fils de Zaccharie, Claude le premier du nom, agrandit le domaine et les vignes, puis Claude, deuxième du nom, de retour de la Grande Guerre, entreprit de le faire connaître. Epaulé par son épouse Yvonne, ce dernier fut l’un des artisans majeurs de la naissance de l’appellation côte-de-brouilly et un défenseur ardent du vignoble avec la création de la Maison du Beaujolais en 1953. Leur neveu Claude, le troisième, poursuivit leur œuvre et fut lui-aussi une figure marquante du Beaujolais.
En 1977, l’actuel propriétaire Claude Geoffray, représentant la cinquième génération, prit les rênes du Château Thivin, rejoint en 2007 par son fils Claude-Edouard, après une formation en viticulture et œnologie à l’école de Changins en Suisse.

Colette aux vendanges
Dans l’après-guerre, le Château de Thivin accueillait une cour de joyeux compères, attirés par Claude et Yvonne Geoffray pour célébrer le culte de l’amitié et du Beaujolais. La grande Colette y vint s’encanailler : « La cour couverte résonnait de voix, de roues, de pas lourd-chaussés, car les quarante vendangeurs du domaine descendaient à leur repas, escortés de leur gaillarde et vineuse odeur. J’aurais bien voulu les suivre », écrivit-elle lors des vendanges de 1947. Un groupe d’artistes et de journalistes, du Figaro et du Canard enchaîné, de fameux gastronomes et ripailleurs du temps, tels Curnonski, Kléber Haedens, Raymond Souplex et Marcel Grancher, fondèrent un jour, dans la salle des vendanges du Château, l’Académie Rabelais, qui existe toujours. Tous œuvrèrent grandement à la renommée de ce coin du Beaujolais. Ils avaient fait leur devise du mot de François Rabelais : « L’appétit vient en mangeant, la soif s’en va en buvant. »

Certifié Terra Vitis
« On ne peut pas cultiver un vignoble pendant six générations sans avoir le plus profond respect de ses sols et de leur environnement », estime Claude Geoffray. Il a obtenu la certification Terra Vitis. L’organisme préconise une viticulture durable et raisonnée. Le cinquième engagement de sa charte prescrit de « favoriser le développement de la biodiversité en maintenant un écosystème vivant. » Il est appliqué au Château Thivin : entretien et replantations de haies, refuges d’insectes au bord des parcelles, semis d’herbes et de fleurs entre les rangs, composts et labours superficiels. Après, comme le dit Claude Geoffray, « une fois que l’on a pris toutes les précautions pour encaver une vendange de qualité, il n’y a plus grand chose à faire. La technique est l’ennemie des vins de terroirs ». La cuvée Zaccharie est issue de l’assemblage des plus vieilles vignes, venant des parcelles de La Chapelle et Godefroy, et son élevage est plus long, de 10 à 12 mois en barriques bourguignonnes de 228 litres et de un à dix vins. De Claudes en Claude, le Château Thivin des Geoffray entretient sa légende et vieillit bien.

























