nov 28

Un joli coup de cœur pour Claude Geoffray, du côté de Brouilly, attribué par les dégustateurs du Guide Hachette des Vins 2013: « Un nez de menthol et de vanille typique du chêne, agrémenté de notes de fruits confits. Une bouche gourmande, ample et séveuse… » Allons voir.


La colline de Brouilly
Elle s’élève en solitaire dans le paysage du haut de ses 480 mètres. Depuis la chapelle plantée sur son faîte, on voit onduler tout autour une frisure de coteaux aux dos chargés de vignes. Le château Thivin niche sur ses flancs dans la géométrie des vignes, enrobé de verdure, avec ses deux tours pointues, sa cour pavée et ses toits de tuiles vernissées. Claude Geoffray y entretient 25 hectares partagés en 7 parcelles, de la Chapelle au sud, la plus élevée, Godefroy à l’est, aux Griottes de Brulhié, l’ancien nom de Brouilly. Les pentes des coteaux sont rudes et par endroit l’inclinaison avoisine les 50%. La pierre du sous-sol renferme des roches éruptives, porphyres et diorites, mêlées à l’argile. Le gamay noir à jus blanc, le cépage roi du Beaujolais, exprime là toute sa tendre vigueur. Le côte-de-brouilly est l’un des dix crus du Beaujolais. Six générations de Geoffray se sont succédé au Château de Thivin. Et tous les hommes portent le nom de Claude, jusqu’aux petits derniers, Tobias-Claude, Nicolas-Claude et Florina Lavinia Claude ; la relève est prête.


Zaccharie le bâtisseur
Zaccharie Geoffray, un fermier des environs, avait acheté aux enchères le Château Thivin le 8 Juin 1877, une mauvaise année de gelées et de phylloxéra. Deux hectares de vignes entouraient la bâtisse. Cette ancienne terre noble fut au XIIe siècle la propriété du Sire de Beaujeu, Humbert III, puis des chanoines de Sainte Irénée de Belleville, ensuite du marquis de Vichy, avant de devenir bien national à la Révolution et d’être repris par un avocat du Parlement nommé Thivind, qui lui légua son patronyme.
Le fils de Zaccharie, Claude le premier du nom, agrandit le domaine et les vignes, puis Claude, deuxième du nom, de retour de la Grande Guerre, entreprit de le faire connaître. Epaulé par son épouse Yvonne, ce dernier fut l’un des artisans majeurs de la naissance de l’appellation côte-de-brouilly et un défenseur ardent du vignoble avec la création de la Maison du Beaujolais en 1953. Leur neveu Claude, le troisième, poursuivit leur œuvre et fut lui-aussi une figure marquante du Beaujolais.
En 1977, l’actuel propriétaire Claude Geoffray, représentant la cinquième génération, prit les rênes du Château Thivin, rejoint en 2007 par son fils Claude-Edouard, après une formation en viticulture et œnologie à l’école de Changins en Suisse.


Colette aux vendanges
Dans l’après-guerre, le Château de Thivin accueillait une cour de joyeux compères, attirés par Claude et Yvonne Geoffray pour célébrer le culte de l’amitié et du Beaujolais. La grande Colette y vint s’encanailler : « La cour couverte résonnait de voix, de roues, de pas lourd-chaussés, car les quarante vendangeurs du domaine descendaient à leur repas, escortés de leur gaillarde et vineuse odeur. J’aurais bien voulu les suivre », écrivit-elle lors des vendanges de 1947. Un groupe d’artistes et de journalistes, du Figaro et du Canard enchaîné, de fameux gastronomes et ripailleurs du temps, tels Curnonski, Kléber Haedens, Raymond Souplex et Marcel Grancher, fondèrent un jour, dans la salle des vendanges du Château, l’Académie Rabelais, qui existe toujours. Tous œuvrèrent grandement à la renommée de ce coin du Beaujolais. Ils avaient fait leur devise du mot de François Rabelais : « L’appétit vient en mangeant, la soif s’en va en buvant. »


Certifié Terra Vitis
« On ne peut pas cultiver un vignoble pendant six générations sans avoir le plus profond respect de ses sols et de leur environnement », estime Claude Geoffray. Il a obtenu la certification Terra Vitis. L’organisme préconise une viticulture durable et raisonnée. Le cinquième engagement de sa charte prescrit de « favoriser le développement de la biodiversité en maintenant un écosystème vivant. » Il est appliqué au Château Thivin : entretien et replantations de haies, refuges d’insectes au bord des parcelles, semis d’herbes et de fleurs entre les rangs, composts et labours superficiels. Après, comme le dit Claude Geoffray, « une fois que l’on a pris toutes les précautions pour encaver une vendange de qualité, il n’y a plus grand chose à faire. La technique est l’ennemie des vins de terroirs ». La cuvée Zaccharie est issue de l’assemblage des plus vieilles vignes, venant des parcelles de La Chapelle et Godefroy, et son élevage est plus long, de 10 à 12 mois en barriques bourguignonnes de 228 litres et de un à dix vins. De Claudes en Claude, le Château Thivin des Geoffray entretient sa légende et vieillit bien.

Mots clés:
nov 20

Le beaujolais nouveau a changé de pointure. Le folklore y a perdu ce que le vin a pu y gagner.

Retour aux origines. Il ne s’agit que d’un jus encore violacé au fruit enjôleur, tout juste destiné à dégraisser les mâchons lyonnais, ces casse-croûtes à base de rillettes, saucisson et autres pâtés et d’autant de cholestérol. Le beaujolais nouveau, sans autre prétention, faisait office d’antidote. Puis de la capitale des Gaules, il est monté à celle de l’Hexagone avant de conquérir le Japon, devenant un phénomène social pimenté de marketing. Pour son malheur, il fut la proie de ces loups du marché qui lui ont imposé de fleurer la banane, le bonbon anglais ou la fraise Tagada, d’une année à l’autre. Puis tout s’est effondré. Il est encore de bon ton de froncer le sourcil avec une moue méprisante à l’égard de ceux qui veulent en tâter. Les expressions vont de la condescendance à la commisération.

Et pourtant, cette année l’atteste comme les trois dernières, le beaujolais nouveau a retrouvé toute sa dignité, aidé autant par une météo exceptionnelle que par des producteurs amenés à la raison. En témoigne ce demi-millier d’amateurs amoureux de bonheur simple qui se sont pressés dans les caves-cavernes du Chemin des Vignes à Issy-les-Moulineaux. Une trente-sixième édition pour celui qui lança la première célébration en 1975 avec Georges Brassens et René Fallet.

Trois beaujolais, ce soir-là, représentatifs de ce que peut être une production d’exception. Le traditionnel « non-chaptalisé », inventé par le père d’Yves Legrand en 1977. Le grand classique, violacé à souhait, embaumant la cerise et de pivoine, au fruité explosif en bouche – une fraise exubérante. Plus mûr, un Domaine Dupré né de vignes très exactement centenaires, ni soufré ni filtré. Un nez discret de cerise et de framboise suivi d’une bouche tendre et fraîche. Plus adulte, celui de Robert Perroud qui ajoute la mûre à la cerise ; la bouche se fait droite, avec une petite touche de réglisse. Tous trois correspondent au cahier des charges d’un beaujolais nouveau : fruité, friand et frais. Et comme la plupart de leurs congénères des trois dernières années, ils ôtent toute raison de faire la fine bouche.


Alain Bradfer


Le Chemin des Vignes
113 bis Avenue de Verdun
92130 Issy les Moulineaux
Tél 01 46 62 04 27
Fax 01 46 44 05 37
restaurant@chemindesvignes.fr

Mots clés:
nov 20

Son acte de baptême, en 1951 ? Une simple note des contributions indirectes autorisant le déblocage précoce du vin du Beaujolais. Ce n’est qu’en 1985 que la date de sortie a été fixée au troisième jeudi de novembre.

Les débuts furent timides : 15 000 hl au milieu des années 1950 ! Puis vint son heure de gloire, à partir des années 1970. Un négoce dynamique et un réseau encore dense de bistrots appuyait le beaujolais nouveau, main dans la main avec des pouvoirs publics oenophiles, des artistes et journalistes enthousiastes. Un marketing conquérant le faisait déferler dans le monde entier… Une bénédiction pour les vignerons. Aujourd’hui, 260 000 hl, soit 35 millions de bouteilles et quelque 115 000 hl à l’export.

Mais dans les années 1990, les chiffres pouvaient atteindre le double… Entre-temps, des concurrents se sont lancés, et les critiques ont fusé contre ce vin trop facile au goût artificiel nourri de « soleil de cuve »…

Pourtant, la médiocrité n’est pas une fatalité, constate Alain Bradfer (voir article Le beaujolais à nouveau raisonnable), qui a goûté la sélection proposée à la presse par le caviste Yves Legrand, dans sa cave-restaurant d’Issy-les-Moulineaux. Le beaujolais nouveau n’est peut-être pas un grand vin, mais les meilleurs de ses créateurs en font un vin authentique !

Mots clés:
nov 17

Comme chaque année, le 3e jeudi de novembre, fleurit le marronnier du beaujolais nouveau. Et les pichets de « tout venant » d’être remplacés sur les zincs par les pots de primeur. Alors que dire de nouveau sur le « nouveau » ?


Que le millésime 2010 s’annonce « plus fringant que 2009, davantage élégant et très fin » ? Que les vins seront « colorés avec de jolis fruits, croquants et gourmands, aux arômes floraux avec aussi des dominantes de framboises, de fraises des bois et de groseilles, aux tanins vifs et longs, parfaitement intégrés ? Que, « avec un bon potentiel de garde, 2010 sera un cru unique en son genre regroupant les qualités des meilleurs millésimes antérieurs : la structure et le très bel équilibre de 2000, la souplesse et la délicatesse de 2006 et les arômes de fruits noirs de 2009 ? » ? Rien de moins, lit-on dans le communiqué de presse de l’Inter Beaujolais.


Que le beaujolais primeur, vinifié en grappes entières, uniquement dans les appellations beaujolais et beaujolais-villages, connaît une cuvaison très courte de quatre à cinq jours afin d’extraire le maximum de fruits et juste ce qu’il faut de tanins ?


Que cela fait cinquante ans que ça dure, depuis un arrêté du 8 septembre 1951, et surtout depuis le décret du 15 novembre 1967 qui institue une date fixe (le 15 novembre à 0h00, avant l’officialisation du 3e jeudi de novembre depuis 1985) ?


Que, si la France se pare aux couleurs chatoyantes du nouveau, le reste du monde n’est pas… en reste, du Japon aux États-Unis (les deux principaux pays importateurs, le premier loin devant le second toutefois, avec 6 millions de bouteilles contre 2,3 millions), en passant par l’Allemagne, la Chine ou la Russie ?


Que le Beaujolais viticole ne se réduit pas, loin s’en faut, au vin primeur, bien qu’un tiers de la production totale de la région soit consacré à ce dernier ? Vous trouverez d’ailleurs sur ce site neuf articles sur les crus (saint-amour, morgon, fleurie…), histoire de rappeler que la région fournit aussi de jolis vins aptes à la garde, et accessoirement, que le millésime 2009 est un bijou. Après le nouveau, il y aura toujours « l’ancien »…


Tout cela sonne comme du déjà vu (bu) ? Oui, au même titre que la Fête de la musique, des mères, des grand-mères, de la Journée de la femme, de la gentillesse, des gauchers… On peut s’agacer de la ritournelle, de l’obligation de faire la fête, d’une opération « marketée ». Mais on peut aussi y voir un vrai plaisir populaire et salutaire, un simple moment de convivialité autour d’un vin gaillard et gouleyant à souhait, à déguster sans chichi autour d’une bonne assiette de charcuterie, au cœur d’un mois de novembre triste sire, froid et pluvieux. Bref, un peu de vie dans une ambiance générale quelque peu morose.


Alors finalement, quoi de nouveau sur le nouveau ? Rien, et tout à la fois : comme tous les vins, il est différent d’un millésime à l’autre, d’un vigneron à l’autre, il réserve de bonnes ou de mauvaises surprises. Comme tous les ans, cela ne dure pas longtemps. D’ailleurs, ce plaisir éphémère peut-il se prolonger un peu ? Pour y répondre, une seule solution : la dégustation. Nous nous proposons donc, chers internautes, d’acquérir quelques bouteilles de beaujolais nouveau 2010, de les encaver et de comparer sur ce site nos impressions de dégustateurs curieux dans un an, un 3e jeudi de novembre 2011 par exemple…


Pour aller plus loin
- L’histoire du Beaujolais nouveau
- Les vins nouveaux en chiffres
- L’élaboration des vins nouveaux
- Dégustation et accords mets et vins
- Trois questions à Thomas Delpy, Frédéric Lignon et Frédéric Sicre Cavistes à Lyon


Mots clés:
nov 16

J – 2 avant l’arrivée du Beaujolais nouveau… Dernier arrêt dans le plus romantique des crus, le plus petit aussi après Chénas, et le plus septentrional. Derrière ce vin au nom séducteur (réducteur ?) se cachent deux styles de vin, souples et puissants.


Aux frontières du chardonnay

Nous sommes à Saint-Amour-Bellevue, dans le département de la Saône-et-Loire, à une quinzaine de kilomètres au sud de Mâcon et dans le prolongement nord-est de l’AOC juliénas. C’est ici que s’achève (ou débute, selon le point de vue) le massif granitique du Beaujolais où se plaît tant le gamay. Au-delà, le chardonnay prend ses aises, sur les coteaux argilo-calcaires du Mâconnais.
La commune est au centre de douze climats où l’on produit celui qui fut longtemps le benjamin des crus du Beaujolais, né un 11 juillet 1946 sous l’impulsion énergique du maire du village, Louis Dailly. Mais un « petit frère », le régnié, a depuis vu le jour en 1988 (voir notre article du 12 novembre 2010).


Droit de cuissage ou conversion d’un soldat romain ?

Deux versions existent pour expliquer la patronymie du village, qui fait la renommée du cru. La plus sérieuse : l’histoire d’un légionnaire romain converti au christianisme et répondant au doux nom d’Amor. Après avoir échappé au massacre de Saint-Maurice-en-Valais (Suisse) en 286 ap. J.-C., le soldat se serait réfugié ici et serait devenu missionnaire. On peut toujours admirer une statuette de Sanctus Amor près de l’église du XIIe siècle perchée sur une colline dominant le lieu-dit le Plâtre-Durand, là où se concentre la vie du village.
Plus croustillante, l’autre version renvoie à l’annexion du village, vers 960, au chapitre de Saint-Vincent de Mâcon. Les chanoines venaient y goûter le vin nouveau mais aussi y exercer leur droit de cuissage selon la tradition. La maison vigneronne du chapitre de Saint-Vincent a même reproduit la scène osée sur son enclos, jusqu’à ce que le curé de la paroisse la fasse effacer… Une variante existe : une maison aujourd’hui disparue du hameau des Thévenins baptisée Hôtel des Vierges, où l’on aurait mené joyeuse vie pendant la Révolution.
En 1793, les communes commençant par « saint » furent débaptisées, laïcité républicaine oblige. Saint-Amour s’appela alors Bellevue jusqu’en 1795 et finalement Saint-Amour-Bellevue en 1909.


De la Saint-Valentin au mariage

Évidemment, avec un tel nom, le vin ne pouvait que faire le bonheur des amoureux, le jour de la Saint-Valentin en particulier…, et par la même occasion des vignerons de l’appellation mais aussi des restaurateurs de France et de Navarre. Et pas seulement : le 14 février, les bouteilles de saint-amour garnissent nombre de tables européennes, américaines et japonaises.
Et la mairie de Saint-Amour de pousser le bouchon encore plus loin en proposant une « cérémonie de confirmation de mariage » conduite par Monsieur le Maire lui-même. À lire sur le site Internet du village : « Durée d’environ une demi-heure. Pour cela prévoir un petit discours (…). Vous serez inscrits dans un registre des confirmations de mariages de Saint-Amour, que vous signerez, nous vous remettrons un diplôme attestant cette cérémonie que vous parapherez ainsi que vos témoins. Le vin d’honneur peut être servi en extérieur si le temps le permet. Vous pouvez aussi à la suite de ce moment inoubliable, vous diriger sur une visite de notre merveilleux village pour y déguster quelques tassées de notre bon Saint-Amour, une petite faim vous invitera à la table de nos restaurateurs, ce qui vous apportera une conclusion heureuse à votre journée qui vous fera dire en nous quittant : ‘Nous reviendrons à Saint-Amour-Bellevue’ ». Cela ne s’invente pas… et le succès est au rendez-vous, paraît-il !


Dans la bouteille

Dans cette « tassée », les mariés pourront découvrir non pas un mais deux types de vin. L’un, né d’une cuvaison courte de moins de huit à dix jours, de type primeur, favorise les arômes fruités et floraux, la souplesse et la fraîcheur, et donc une dégustation rapide, entre un an et dix-huit mois après la récolte. Au nez, il se distingue alors par des parfums peu communs en rouge et parfois très marqués de pêche et d’abricot, agrémentés des plus classiques petits fruits comme le cassis et la framboise.
Né d’une macération plus longue, le saint-amour est un vin plus riche, plus charpenté, voire un peu austère dans sa jeunesse, qui s’harmonise après trois ou quatre ans de garde. Il dévoile alors des notes de kirsch, d’épices et de réséda qui feront merveille sur du petit gibier, une cocotte de bœuf mijoté, une belle entrecôte grillée ou encore une volaille de fête.


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1946
Superficie : 310 ha
Production : 14 855 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 14 °C
Potentiel de garde : 2 à 5 ans


Les 12 climats de Saint-Amour
La Côte de Besset
Les Champs grillés
Le Clos des Guillons
Le Clos de la Brosse
Le Clos des Billards
Le Chatelet
Les Bonnets
Le Mas des Tines
Vers l’Église
En Paradis
Le Clos du Chapitre
La Folie


Voir aussi
- Les sélections en saint-amour du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le saint-amour



Mots clés:
nov 12

Plus que quelques jours avant l’arrivée du beaujolais nouveau… mais voici plusieurs semaines que Hachette-Vins vous invite à (re)découvrir les dix crus du Beaujolais, moins éphémères et trop méconnus du grand public. Le régnié, le benjamin, est un ancien beaujolais-villages qui a su se hisser au rang des crus. Loin des vins charpentés et corsés, il opte pour un style délicat et aimable, comme les brouilly, fleurie ou chiroubles. Sans renoncer à s’incruster un peu dans votre cave.


Deux clochers pour une commune

L’église de Régnié-Durette se voit de loin, et son esplanade offre un beau panorama. Même si son style est plus néoroman que néobyzantin, on y reconnaît la patte de Pierre Bossan (1814-1888), l’architecte de Notre-Dame-de-Fourvière et de plusieurs autres sanctuaires de la région lyonnaise. Deux clochers jumeaux et symétriques, de quoi dessiner un logo pour le village.

Longtemps, il y a eu deux communes dans ce coin bucolique sur la rive gauche de l’Ardières : Régnié et Durette. En 1973, elles ont fusionné, ce qui a produit un petit millier de Durégnatons et de Durégnatonnes. Parmi eux, de très nombreux vignerons. Les habitants du lieu livraient un vin apprécié dès le XVIIIe siècle et vendu à un bon prix. Rivière modeste, l’Ardières n’en dessinait pas moins alors un axe important reliant Belleville et la Saône à Beaujeu, l’ancienne capitale du Beaujolais. Au-delà, la route menait au col des Echarmeaux et à la vallée de la Loire. Jadis, des vins prenaient ce chemin, descendaient le fleuve royal avant de gagner la Seine et Paris par le canal de Briare, percé au XVIIe siècle.

A quelques kilomètres au nord de Régnié-Durette, Morgon ; au sud, sur l’autre rive de l’Ardières, le mont Brouilly. De quoi donner des ambitions à ces producteurs, dont le vignoble faisait partie du vaste ensemble des beaujolais-villages – des beaujolais produits sur terrains cristallins, plus consistants que ceux du sud de Villefranche. La demande d’accession à une appellation spécifique aboutit en 1988, donnant naissance au plus jeune des crus, ce régnié qui s’enfonce comme un coin entre morgon et brouilly.


Les « trois soleils » de Régnié

Orienté nord-ouest sud-est, le vignoble coïncide presque complètement avec la commune de Régnié-Durette, empiétant à l’ouest sur le village voisin de Lantignié. Il couvre pour l’essentiel une succession de collines en pente douce, entre 300 et 350 m d’altitude, modelées par le ruisseau de l’Ardevel et ses minuscules affluents. La côte se fait cependant plus raide en direction de Chiroubles, vers le nord. Après 450 m, la vigne cède la place à la forêt, qui escalade une hauteur boisée culminant à plus de 800 m au Crêt de la Mure. Ces reliefs abritent la vigne, qui « s’offre aux trois soleils », a-t-on pu écrire : celui de l’est, vers la vallée de la Saône, celui du sud, vers celle de l’Ardières, et celui du couchant. Les sols légers, d’arènes granitiques, dominent, certains se montrant plus compacts, plus riches en argile et en limon.


Un vin précoce et fruité à souhait

Précoce, le régnié s’offre à la dégustation dès le printemps suivant la récolte. Par sa finesse et son parfum, il rappelle le fleurie, le brouilly et le chiroubles, tout en offrant une structure parfois proche du morgon voisin. Fin, floral et très fruité, il décline au nez toute la palette des fruits rouges. La framboise et la groseille dominent, parfois accompagnées de délicates notes de violette. En bouche, le régnié laisse aussi un long sillage fruité, tout en offrant une structure tannique suffisamment solide pour laisser envisager quelques années de garde. Depuis sa promotion en cru, les vignerons font en sorte de prolonger suffisamment les macérations pour lui donner une bonne constitution.

On pourra découvrira ce vin au caveau des Deux Clochers, rebaptisé Caveau du Cru Régnié, où 30 vignerons du cru proposent le meilleur de leur production. Et bien sûr dans la plupart des caves particulières.


Le domaine de la Grange Charton

Il serait dommage de passer à Régnié sans aller voir le domaine de la Grange Charton, qui appartient aux hospices de Beaujeu depuis 1806. Il se compose d’un cuvage et de dix maisons de vignerons – dont trois habitées annuellement, les autres étant réservées aux vendangeurs – en pierres du pays (granite), avec leurs escaliers extérieur, le tout ordonné autour d’une grande cour carrée. Ce vaste ensemble d’architecture rurale du XIXe siècle est classé Monument historique. L’important domaine de l’hôpital de Beaujeu (environ 80 ha de vignes, dont 60 ha en régnié, et des bois) est en partie confié, selon la tradition beaujolaise, à des métayers.


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1988
Superficie : 400 ha
Production : 17 000 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 13-15 °C
Potentiel de garde : 3 à 5 ans


Voir aussi
- Les sélections en régnié du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le régnié


Mots clés:
nov 05

S – 2 avant l’arrivée du beaujolais nouveau… mais on peut déjà savourer les dix crus dans leur belle version 2009. Connaissez-vous chénas, le grand méconnu ? Il n’y a plus de chênes ici, sinon sur le blason communal, mais d’excellents vins à sortir de derrière les fagots. Chénas est le plus petit des dix crus du Beaujolais. Quoi d’étonnant ? Une bonne partie du territoire du village a été attribuée à l’appellation moulin-à-vent. Les vignerons du cru, pour avoir également une AOC au nom de leur village, ont fait cause commune avec ceux de la Chapelle-de-Guinchay, en Saône-et-Loire. La plupart des chénas possèdent le corps et les qualités de leurs prestigieux voisins, qu’on se le dise.

Sous la hotte de Gargantua

Chénas s’adosse à l’ouest sur un contrefort des monts du Beaujolais, séparé du massif principal par la vallée de la Mauvaise. Cette petite rivière impétueuse va se jeter dans la Saône à quelques kilomètres de là et marque la limite avec Juliénas, au nord.

La hauteur qui domine Chénas aurait été créée, à en croire la légende, par Gargantua qui aurait vidé ici sa hotte. Elle culmine à plus de 500 m au pic de Rémont et à la Maison des Chasseurs. Selon la tradition encore, « au Moyen Âge, une immense forêt recouvrait les coteaux ; l’un des bûcherons qui peuplaient la contrée demanda au seigneur dont il dépendait l’autorisation d’arracher les chênes qui composaient la forêt afin de planter quelques ceps ». Une fois les bois défrichés, le nouveau vigneron aurait baptisé Chénas le site de sa première parcelle en souvenir du bois qu’elle avait remplacé. Si le détail de l’histoire est sans doute imaginaire, il est plus que probable que le nom du lieu renvoie à ces arbres. Charlemagne les a-t-il fait arracher ? Ou, au XIVe siècle, le roi Philippe V le Long ? Toujours est-il que le gamay est bien là et que, sur ces sols granitiques, c’est un plant des plus loyaux !

En contrebas de la colline, la topographie est mouvementée et les pentes apparaissent escarpées, même si la vigne ne dépasse pas 380 m d’altitude. Les sols sableux, maigres, superficiels, ne permettent qu’une production limitée, mais de grande qualité. En descendant vers la Chapelle-de-Guinchay, les pentes se font plus douces. Les sols d’alluvions anciennes sont plus profonds, composés de graviers.


Un beau cru de garde

Comme son voisin, le moulin-à-vent, le chénas est un vin charnu et chaleureux, qui peut vieillir. Il bénéficie lui aussi d’une macération assez longue pour la région (de dix à douze jours) et parfois d’un élevage dans le chêne. Ses arômes élégants, floraux dans les jeunes vins, évoquent la violette, la rose, la pivoine et les épices ; ils rappellent également ceux du moulin-à-vent. Le chénas est particulièrement coloré et corsé lorsqu’il provient des terrains pentus et granitiques de l’ouest de l’appellation, moins charpenté lorsqu’il naît dans les secteurs moins élevés et plus limoneux de l’est.

Fondée en 1934, la cave du château de Chénas est la coopérative locale. Elle rassemble 250 ha et propose plusieurs crus du voisinage. On retrouve le chêne dans sa vaste cave voûtée du XVIIe siècle, qui abrite plus de 300 pièces bourguignonnes dans lesquelles mûrissent les meilleures cuvées de chénas et de moulin-à-vent. On pourra découvrir aussi les chénas dans les domaines particuliers, qui proposent également le cru voisin.


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1936
Superficie : 266 ha
Production : 14 000 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 13-15 °C
Potentiel de garde : 4 à 10 ans


Climats
Les Brureaux (Chénas)
Les Daroux (La Chapelle-de-Guinchay)
Le Clos des Blemonts (La Chapelle-de-Guinchay)


Voir aussi
- Les sélections en chénas du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le chénas



Mots clés:
oct 29

S – 3 avant l’arrivée du beaujolais nouveau 2010… les crus 2009 de la région, eux, peuvent commencer à passer à table, et Hachette-vins.com fait la revue de ces appellations. Voici le juliénas – prononcez « juliéna ». Pour ce village aux limites nord du Beaujolais, une consonance déjà méridionale, et sans doute des origines gallo-romaines, à en juger par la toponymie et les vestiges archéologiques trouvés aux environs. Jules César et ses troupes ont-ils fait halte ici, ou au village voisin de Jullié, comme on le dit ? En tout cas, Juliénas, comme Jules, affiche un bien beau manteau rouge. Et possède de multiples ressources pour conquérir les palais : complexité, vivacité et aptitude à la garde.


Aux frontières du Mâconnais
Le bourg qui a donné son nom à l’AOC s’étend au pied du mont de Bessay (478 m), la dernière colline beaujolaise vers le nord. L’aire d’appellation se prolonge jusqu’à Pruzilly – une commune située en Saône-et-Loire et rattachée administrativement à la Bourgogne. Elle jouxte Saint-Vérand, la porte du Mâconnais, où l’on peut produire aussi bien des saint-véran, vins blancs bourguignons, que des beaujolais. La roche de Solutré, en Mâconnais, n’est qu’à une dizaine de kilomètres. Les reliefs et les sols changent pourtant du tout au tout : les éperons rocheux et les argilo-calcaires propices au chardonnay font place à des lignes plus douces et à des roches surtout anciennes. Le raisin blanc s’efface devant le rouge. Et le rouge, ici comme dans tout le Beaujolais, c’est le gamay.

L’aire AOC comprend deux autres villages : celui de Jullié et celui d’Émeringes, vers l’ouest. Comme dans le reste de la région, l’habitat s’éparpille en de multiples hameaux et domaines isolés.


Des vins charnus et nerveux
Étagées de 225 m à 450 m, les vignes s’enracinent sur des sols pauvres et acides. Bien visible dans la partie centrale du cru, le substrat typique du Beaujolais est composé de granite rose, qui donne des sols sableux. Par endroits, les sols se font plus argileux, ce qui donne au vin beaucoup de corps. Sur le haut des coteaux, le granite rencontre des sols schisteux, riches en minéraux, qui rappellent les meilleurs terroirs de Morgon et de la côte de Brouilly. Les vins qui y naissent méritent d’être attendus.

D’une façon générale, les juliénas sont des vins plutôt corsés. Ils présentent une robe violacée qui reste longtemps sombre et profonde. Complexes et élégants au nez, ils associent des notes florales (pivoine ou violette), des touches minérales et épicées à un fruité aux nuances de framboise, de cassis, de groseille, de fraise et même de pêche de vigne. Ils affirment leur personnalité par un palais vigoureux, nerveux, souvent assez tannique, qui leur permet de se bonifier au moins deux à trois ans, même si on peut aussi les consommer jeunes.


Fêtes bachiques
Pas de Madone à Juliénas, mais l’empreinte de l’Église se traduit par une très belle Maison aux Dîmes (début XVIIe s.), dotée de deux élégantes galeries d’arcades superposées. C’est là qu’était entreposé le vin correspondant à l’impôt en nature payé au clergé jusqu’à la Révolution. Ici, 147 tonneaux destinés au chapitre Saint-Vincent de Mâcon. La Maison aux Dîmes abrite aujourd’hui une exploitation viticole.

Depuis 1954, Juliénas rend aussi un culte à Bacchus et à ses plaisirs, grâce à Victor Peyret. Ce producteur, ancien propriétaire du château des Capitans, avait aménagé l’auberge du Coq au vin pour y recevoir ses clients. Avant guerre, plusieurs journalistes du Canard Enchaîné y avaient leurs habitudes : autant de zélotes du cru. On doit aussi à Victor Peyret l’inauguration du cellier de la Vieille Église, caveau de dégustation et « sanctuaire » du juliénas aménagé dans une chapelle désaffectée. Le cœur, peint à fresque, représente Bacchus, escorté de faunes et de bacchantes. C’est dans le cellier de la Vieille Eglise qu’est remis, lors de la fête annuelle du Vin, le prix Victor-Peyret à un écrivain ou artiste ayant contribué à la gloire du vin en général, et du juliénas en particulier. La manifestation avait lieu traditionnellement en novembre. En 2009, sous le nom de Juliénales, elle a été déplacée en juillet, laissant novembre au beaujolais nouveau.

La fête attire ainsi plus de monde. Les visiteurs peuvent goûter le vin au cellier, chez les producteurs ou à la coopérative. Cette dernière a été installée en 1960 au château du Bois de la Salle, ancien prieuré construit trois siècles auparavant. L’AOC compte aussi plusieurs intéressants châteaux viticoles, comme celui de Juliénas, ancienne place forte des sires de Beaujeu, et celui d’Envaux. Enfin, une soixantaine d’exploitations contribuent à la production locale. Nombre de leurs cuvées ont été sélectionnées par Le Guide Hachette des vins lequel, en 1988, a remporté le prix Victor-Peyret !


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1938
Superficie : 594 ha
Production : 29 900 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 13-15 °C
Potentiel de garde : 4 à 10 ans


Voir aussi
- Les sélections en juliénas du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le juliénas


Mots clés:
oct 22

S – 4 avant l’arrivée du beaujolais nouveau… Mais les beaujolais… anciens sont déjà là, sont toujours là. Et méritent toute l’année d’être découverts. Cette semaine, le brouilly et le côte-de-brouilly, à l’extrême sud de la zone des crus. Ils proviennent d’une colline à la forme arrondie presque parfaite, avant-poste des monts du Beaujolais vers la plaine de la Saône. Le côte-de-brouilly, né sur les pentes, tire de roches dures d’origine éruptive sa couleur, sa complexité et sa charpente. Le brouilly, qui provient des sols variés du piémont, est le plus étendu des crus du Beaujolais. Ses vins, divers, offrent toutes les facettes de la production régionale.


Notre-Dame aux Raisins
On le voit de loin, ce mamelon couronné de bois, ellipse presque parfaite, situé à une dizaine de kilomètres de Belleville et de la plaine de la Saône. Il est séparé des monts du Beaujolais par le col de la Poyebade et on peut en faire le tour. Une étroite chapelle le coiffe depuis 1857, dédiée à « Notre-Dame aux Raisins ». La dévotion mariale qui a présidé à sa construction est bien la marque d’un certain XIXe siècle : en 1858, les premiers pèlerins affluent à Lourdes. En 1866, la chapelle de la Madone est érigée à Fleurie. On recherche la protection de la Vierge. Dans ces années 1850, la menace, au pied du mont Brouilly, c’était l’oïdium, champignon qui s’en prend à la principale richesse des villages alentour. Les notables catholiques du Second Empire invoquent alors la Mère de Dieu. Les producteurs de l’époque ne s’en remettaient cependant pas exclusivement au ciel : avant Victor Pulliat, le Chiroublon, promoteur du greffage de la vigne contre le phylloxéra (voir notre article du 15 octobre sur chiroubles), un ingénieur natif de Chalon-sur-Saône, Henri Marès, devait trouver rapidement la parade contre le champignon parasite. Un remède qui sentait le soufre, en quelque sorte, puisque c’est ce corps chimique qui a fait ses preuves contre l’oïdium.


Pèlerinages gourmands
La chapelle reste un lieu de pèlerinage. Tous les ans, à la fin de l’été, les Amis de Brouilly – la confrérie locale – donnent rendez-vous aux amateurs au pied du mont Brouilly pour gravir ses pentes jusqu’au sommet, qui culmine à 484 m. Si le beau temps est de la partie, les marcheurs sont récompensés de leurs efforts par un superbe panorama embrassant tout le vignoble du Beaujolais, la plaine de la Saône, la Dombes et, par temps clair, la chaîne des Alpes. Et partagent, selon la tradition, le pain, le vin et le sel de l’amitié. Le mont Brouilly, d’autres préfèrent le dévaler : une compétition locale de VTT est organisée au mois de mars – dans le respect des vignes, bien entendu. Les promeneurs plus tranquilles emprunteront les nombreux sentiers viticoles. Ou encore la voie verte, piste cyclable reliant Beaujeu à Saint-Jean-d’Ardières et qui traverse Cercié, au nord du mont Brouilly.


Côte-de-brouilly : roche dure et vin solide
Depuis le XVIIe siècle au moins, la vigne, qui escalade le mont Brouilly de tous côtés, donne ici un vin réputé, connu sous le nom de « brouilly », aussi estimé que celui des Thorins (moulin-à-vent), de Fleurie ou de Morgon. Le plus puissant provient des pentes du mont Brouilly. Il a obtenu une appellation à part entière, « côte-de-brouilly », qui le distingue du vignoble du piémont. L’AOC côte-de-brouilly se répartit entre quatre communes : Saint-Lager, vers l’est, Odenas, vers le sud, Quincié-en-Beaujolais, vers le couchant, et Cercié, vers le nord. Les sols sont composés notamment de roches éruptives anciennes telles que les diorites ou cornes vertes ou encore les « pierres bleues ». Des roches si dures qu’elles auraient contribué à décourager les entrepreneurs qui, en 1870, avaient espéré en tirer des pavés.
Ces sols, qui rappellent ceux de la côte du Py de Morgon (voir notre article du 24 septembre), ont fait en revanche le bonheur des vignerons. Ils recèlent davantage d’argiles que les roches d’origine granitique et assurent au gamay une bonne résistance à la sécheresse estivale : le vin y gagne en corps et en charpente. D’un rouge grenat profond, il se distingue par un nez complexe, où les notes fruitées du cépage s’accompagnent de nuances de violette et de pivoine et d’accents minéraux et poivrés. Quant au palais, au goût remarquable de raisin frais, il possède suffisamment de tanins pour affronter cinq à six ans de garde. Et le soleil, qui donne largement sur ce vignoble en pente (surtout côté sud), lui confère beaucoup de corps. L’AOC comprend deux célèbres climats : l’Héronde à Odenas et l’Écluse à Saint-Lager, tous deux situés sur le versant sud du mont Brouilly.


Brouilly : abondant, joyeux et divers
Si la superficie du côte-de-brouilly est limitée (312 ha), celle de l’AOC brouilly, qui la ceinture en plaine, couvre 1 330 ha, ce qui en fait le cru le plus vaste du Beaujolais. Cette appellation s’étend sur le territoire des quatre communes citées plus haut, auxquelles s’ajoutent, vers le sud, les meilleurs coteaux de Saint-Étienne-la-Varenne et de Charentay. Au sud commence la zone des beaujolais-villages, alors qu’au nord, l’AOC voisine avec Régnié et Morgon.
Sur une surface aussi étendue, les sols sont plus divers. La partie ouest, de Quincié à Saint-Étienne-la-Varenne, repose sur des sols sableux d’origine granitique. Au centre, à l’est d’Odenas, les sols plus argileux et caillouteux se rattachent aux roches du mont Brouilly. À l’est, vers Saint-Lager, le substrat est formé par des alluvions anciennes et, plus au sud, apparaissent des terroirs argilo-calcaires qui rappellent ceux du Beaujolais méridional. Enfin, au nord de la rivière de l’Ardières, la côte de la Pisse Vieille, climat célèbre de Cercié, associe granite et colluvions.
Si à la diversité des terroirs répond celles des vins, d’une manière générale, les brouilly s’apprécient plus jeunes que les côte-de-brouilly. Leur nez, bien fruité, mêle la fraise à des notes dominantes de framboise et leur corps allie souplesse, chair et finesse.


Châteaux et métayers
Dès la fin du XVIIe siècle, de grands propriétaires se sont intéressés aux terroirs du Beaujolais septentrional. Aux alentours du mont Brouilly, plusieurs châteaux témoignent de cette mise en valeur précoce. Le plus impressionnant est sans doute celui de la Chaize (brouilly), véritable petit Versailles local, construit de 1674 à 1676 sur les plans de Jules-Hardouin Mansart, surintendant des Bâtiments royaux, pour le frère du Père la Chaize, confesseur de Louis XIV. Les jardins ont été dessinés par Le Nôtre. La cave voûtée de 108 m de long, où s’alignent encore cuves, foudres et fûts, est particulièrement impressionnante. Les 99 ha du domaine sont confiés, selon une tradition antérieure à la Révolution et toujours vivace dans la région, à plusieurs familles de métayers. On citera encore le château des Ravatys, fondé au XIXe siècle par un entrepreneur de travaux publics établit à Saint-Lager. Il a été légué en 1937 par sa nièce à l’Institut Pasteur. Le domaine viticole, ici aussi, est exploité par des métayers.


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1938
Superficie : brouilly 1330 ha ; côte-de-brouilly 312 ha
Production : brouilly 69 900 hl ; côte-de-brouilly 16 200 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 14 °C
Potentiel de garde : brouilly 2 à 3 ans ; côte-de-brouilly 3 à 6 ans


Voir aussi
- Les sélections en brouilly du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Les sélections en côte-de-brouilly du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le brouilly
- Accords gourmands avec le côte-de-brouilly

Mots clés:
oct 15

S – 5 avant l’arrivée du beaujolais nouveau… Notre parcours continue à montrer ce vignoble dans toute sa diversité. Après le moulin-à-vent qui aurait fait regretter au duc Philippe le Hardi d’avoir banni le gamay de ses terres bourguignonnes, voici le chiroubles tout en rubis, en fragrances florales et en légèreté. Né dans le village le plus élevé de tout le vignoble, il ne vous regarde pas de haut et vous l’inviterez facilement à votre table. Il offre ce côté friand et aromatique que l’on apprécie tant dans les vins de la région. Tout en ne manquant nullement de tenue. Et dire qu’ici, la spécialité locale était, au XIXe siècle, le navet !


Au pied du col
Ses voisins sont le fleurie, au nord-est, et le morgon, au sud. Le vignoble de Chiroubles se résume à la commune du même nom, mais il est spectaculaire. Si la plaine de la Saône n’est qu’à une dizaine de kilomètres, le relief est ici particulièrement accidenté. Le village, dominé par son clocher néo-byzantin – legs du XIXe siècle comme la chapelle de Fleurie –, est encerclé par les ceps. Les coteaux, le plus souvent exposés à l’est, s’étagent de 270 m d’altitude à 540 m au col de Durbize. Les vignes s’insinuent très loin vers les monts du Beaujolais, suivant des vallons formés par des ruisseaux comme le Douby et ses affluents. Au lieu-dit Les Saignes, vers le col du Fût d’Avenas, les ceps grimpent même jusqu’à 600 m ! Ils laissent alors la place aux prairies et à la forêt de la montagne d’Avenas qui les protège des influences humides venues de l’ouest.
Juste au-dessus, la terrasse de Chiroubles, avec sa table d’orientation et son chalet de dégustation, est un lieu privilégié pour découvrir la production locale tout en découvrant un vaste panorama : les vagues de coteaux, la plaine de la Saône, la Bresse, le Jura et, certains jours, les sommets enneigés des Alpes. Un site aménagé dès les années 1950 par les responsables locaux, qui pratiquaient déjà l’œnotourisme avant la vogue du concept.


Les fruits du granite
La forte déclivité a contraint les vignerons du cru à construire et à entretenir de petits murets de pierre qui retiennent la terre facilement entraînée par les orages. Au sein des parcelles, les « rases », petits fossés creusés perpendiculairement à la pente, complètent cette lutte contre l’érosion. On comprendra que ces aménagements sont incompatibles avec une mécanisation à outrance… Même si l’on peut voir ici des labours au treuil, la charrue étant tirée par un câble attaché à un petit tracteur.
Le sol de Chiroubles est particulièrement homogène : le sous-sol est essentiellement constitué de granite rose avec, ça et là, quelques filons de granulite. Les sols, sableux, proviennent de cette roche mère désagrégée sous l’action du gel, de la pluie et du vent. Les géologues parlent d’arènes granitiques. Ces terrains légers, acides, pauvres, se réchauffent facilement au soleil du Levant. Les gatilles (nom local des lézards) y font volontiers la sieste tandis que les raisins prennent des couleurs. Cette nature de terrain s’ajoute à l’exposition pour favoriser une bonne maturation malgré l’altitude.


Victor Pulliat, héros du village
Dans le Beaujolais aussi, la vigne a failli disparaître au XIXe siècle, sous les attaques sournoises du phylloxéra, puceron apparu en 1865 sur le territoire français. La commune de Chiroubles a été le théâtre d’essais opiniâtres pour vaincre le fléau. Victor Pulliat (1827-1996) préconisa le greffage sur plants américains résistants à l’insecte. Natif du village, cet ampélographe et agronome possédait une riche collection de plants dans son domaine de Tempéré. Le procédé, qui donna à long terme les meilleurs résultats, fut finalement adopté dans tous les vignobles européens.
Les Chiroublons ont rendu hommage à leur grand homme en érigeant sa statue sur la petite place de la commune. Juste reconnaissance puisque ce village de 358 habitants vit aujourd’hui essentiellement de la viticulture : on y dénombre une cinquantaine d’exploitations. Victor Pulliat a aussi légué son nom à un concours qui, en avril – lorsque les vins ont fait leurs Pâques, comme il se doit – met en compétition les crus du Beaujolais. Le meilleur se voit remettre la coupe Victor-Pulliat lors de la Fête des crus qui se tient tous les ans dans l’un des dix crus du vignoble.


Des fleurs et des Demoiselles
Du chiroubles, on dit que c’est « le plus beaujolais des crus ». Entendez qu’il offre toutes les qualités qui séduisent dans les vins de la région : le côté friand et parfumé, immédiatement charmeur. De la légèreté ? Oui, et qui répond à celle des sols sableux où il naît. Ainsi, la robe n’est ni noire d’encre ni même violette, mais rouge rubis. Dans le verre, empli d’arômes, on respire la suavité des fleurs (violette, iris, parfois accompagnées de notes plus poivrées de pivoine) et la gamme gourmande des petits fruits rouges et noirs. La bouche reprend ces nuances flatteuses. Si elle se montre peu tannique et friande, le vin ne manque ni de consistance ni de perspectives de garde. Sans atteindre la longévité de certains morgon et moulin-à-vent, il peut vieillir cinq ans. Certains auteurs lui ont d’ailleurs trouvé « la grâce des fleurie et la solidité des morgon ». Le chiroubles accompagnera agréablement tout un repas ou un casse-croûte de qualité.
Pour promouvoir ce vin qualifié de « féminin », Chiroubles a installé en 1996 une confrérie de vigneronnes, les Demoiselles de Chiroubles. Vous pourrez découvrir ce cru chez les nombreux producteurs du village ou à la Maison des Vignerons, siège de la cave, l’une des plus anciennes coopératives de la région (1929).


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1936
Superficie : 360 ha
Production : 18 000 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 15 °C
Potentiel de garde : 4 à 10 ans


Voir aussi
- Les sélections en chiroubles du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le chiroubles



Mots clés: