juin 17

De loin le cépage le plus largement planté d’Australie, la shiraz n’est autre que la syrah en France. Cette variété, originaire de la vallée du Rhône, avait toute une série de synonymes au XIXe siècle, à l’époque où des pieds de vignes ont été transportés en Australie. L’un d’eux était la « scyra », devenu par mutation phonétique « shiraz ».

Les différents climats australiens conviennent très bien à ce cépage tolérant, hormis les régions les plus fraîches comme la Tasmanie. Utilisée seule ou en assemblage avec le cabernet-sauvignon ou d’autres variétés (comme le grenache et le mourvèdre), la shiraz produit ici des vins de tous niveaux, dont bon nombre parmi les plus recherchés et donc les plus chers.

Si les traits des shiraz australiens varient beaucoup, notamment en fonction de l’âge des vignes et de la situation géographique, il y a un style caractéristique qui a rendu ce vin populaire auprès de nombreux consommateurs dans le monde. Ayant pour berceau la vallée de Barossa, les shiraz de cette partie de l’Australie-Méridionale offrent en général un fruité expressif et une texture riche et généreuse, soutenus par des tanins bien présents. S’il existe des versions plus faciles d’accès, d’autres, plus ambitieuses, sont de grands vins d’une incroyable gourmandise.

Et quelques excès en matière de surmaturité, d’extraction ou de boisé ne doivent pas masquer la qualité de l’ensemble des vins, largement imités dans d’autres parties du monde. Ce style chaleureux et très puissant n’est pas la seule référence pour la shiraz en Australie. Nés sous le climat océanique de Margaret River, à l’extrême ouest du pays, ou dans les régions intérieures de l’État de Victoria, par exemple, les vins offrent d’autres caractères qui les rendent plus proches de ceux que l’on trouve dans la partie septentrionale de la vallée du Rhône.


CARACTÈRE DES VINS ROUGES

L’œil
La robe est souvent très sombre, parfois violacée et intense pour les vins de garde.

Le nez
Il se caractérise par des arômes de fruits noirs et rouges, frais ou confiturés, d’eucalyptus et parfois de poivre pour les vins issus des climats les plus frais.

La bouche
D’une séduction souvent immédiate, elle dévoile un fruité très mûr et très expressif. Si la densité des vins est maîtrisée, ceux-ci offrent alors une texture d’une grande finesse. Les tanins sont généralement bien intégrés, rarement austères et ne masquant pas le fruit. Les meilleurs vins vieillissent très bien, et leur longueur peut être impressionnante.


Couleurs
Rouge, Rosé

Superficie
45 300 ha

Potentiel de garde
1 à 30 ans

Température de service
16-18 °C

Mets et vins
Viandes rouges (agneau) rôties, volailles, gibiers, plats en sauce.



Pour en savoir plus : 100 Vins du monde à connaître, de David Cobbold et Sébastien Durand-Viel


Mots clés:
juin 10

Peu connu en dehors de la région bordelaise, où il est employé notamment dans les liquoreux, le sémillon a trouvé une terre d’accueil en Australie, où il est le troisième cépage blanc le plus planté, derrière le chardonnay et le sauvignon.

Son expression varie en fonction du climat. Dans la Hunter Valley, au nord de Sydney, il a fallu composer avec un climat chaud et humide peu adapté : vendanges précoces, peu ou pas d’élevage sous bois et un long vieillissement en bouteille (cinq ans de préférence). Cela donne l’un des vins blancs secs (parfois doux) les plus admirables d’Australie. On en trouve également en Australie-Méridionale, dans un style plus puissant, et en Australie-Occidentale où, souvent assemblé avec le sauvignon, il donne des vins assez vifs.


CARACTÈRE DES VINS SECS DE LA HUNTER VALLEY


L’œil
Évoluant lentement en bouteille, la robe est rarement très soutenue.

Le nez
Jeune, le nez évoque les fruits blancs, avec un accent parfois végétal. Avec le temps se développe un magnifique bouquet à la fois minéral, vif voire pointu, miellé et finement oxydé.

La bouche
Le vieillissement en bouteille confère à ces vins parfois fabuleux une texture soyeuse, soutenue par une grande vivacité naturelle qui donne beaucoup de relief à de longues, complexes et inimitables saveurs miellées.

Couleur
Blanc

Superficie
6 700 ha

Potentiel de garde
1 à 20 ans

Température de service
10-12 °C

Mets et vins (blancs secs)
Poisson (crème, curry…), volaille, viandes blanches à la crème, fromages à pâte molle.



Pour en savoir plus : 100 Vins du monde à connaître, de David Cobbold et Sébastien Durand-Viel


Mots clés:
sept 20

Mais quelles mouches ont donc piqué les Anglo-Saxons ? Non contents de gagner des parts de marché à l’export, ils s’emploient à saper les fondamentaux du vin façon “Vieille Europe”, en se cachant derrière le faux-nez de l’écologie. Faut-il en rire ou en pleurer ?

L’an dernier, le chroniqueur britannique Tim Atkin remettait en cause dans The Observer (blog du 26 janvier) la bouteille en verre et la mise à la propriété, prônant le vin en vrac, tellement plus “vert”!

C’est au tour du très respectable magazine Decanter d’apporter sa “contribution” au débat en donnant la parole à la célèbre productrice australienne Vanya Cullen (www.decanter.com). Sa thèse : il faut éradiquer le bouchon liège, “inacceptable”, et lui préférer dans tous les cas et pour tous les vins la capsule à vis. La raison ? Le liège serait anti-écologique et irait à l’encontre de la biodynamie (mode de culture choisi par Cullen).

Après une telle charge, on attend avec impatience les arguments scientifiques étayant cette thèse. On attendra en vain, car la raison (pour ne pas dire le raisonnement, tant le fil de la pensée est ici ténu) est tout autre : le liège est à l’origine de phénomènes d’oxydation et de goûts de bouchon, et ces défauts potentiels entachent le travail du producteur et ruinent tous les efforts qu’il a pu faire par ailleurs pour préserver l’environnement.

On en rirait si ce n’était écrit noir sur blanc dans un magazine lu à travers toute la planète vin. Faut-il rappeler que ce sont précisément les phénomènes d’oxydation ménagée qui permettent aux vins de vieillir sereinement ? Que le problème des goûts de bouchon a été très largement pris en charge ces dernières années par les professionnels et considérablement réduit ? Que la contamination aux TCA ne tient pas uniquement au liège (elle concerne plus généralement les chais) et qu’elle peut donc frapper des vins bouchés en capsules à vis ?

La capsule à vis est un mode de bouchage intéressant et dont on ne peut que saluer le développement dans le monde, en ce qu’il participe à une certaine démocratisation du vin (facilité d’ouverture et donc de consommation). La biodynamie est un mode de culture passionnant adopté par de nombreux producteurs de renom dans le monde. Ces deux tendances profondes méritent mieux que de servir d’argumentaires frelatés pour des plaidoyers pro domo et d’aliments à une basse polémique teintée de mauvaise foi.

Au bout du compte, au-delà des propos somme toute risibles de Mme Cullen, la vraie question qui demeure – posée d’ailleurs par plus d’un internaute de l’Ancien Monde et du Nouveau – c’est : « Mais que diable Decanter allait-il faire dans cette galère ? »

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oct 22

Une brève très intéressante sur Vitisphère aujourd’hui : les consommateurs australiens délaisseraient le chardonnay au profit du sauvignon. L’info vient d’une étude menée par les hôtels Mercure (groupe Accor) sur le territoire australien. C’est ainsi, l’Australien ne veut plus de chardonnay (parce que trop boisé) et exige du sauvignon (pour sa fraîcheur). Et revoici la lancinante question : faut-il suivre à la lettre ce que LE consommateur (forcément unique, donc…) demande, ou bien produire ce que la terre (pour ne pas employer le gros mot de terroir) permet ?


Tout d’abord, glissons en souriant sur le fait que le problème du chardonnay viendrait du fait qu’il est trop boisé. Il s’agit bien sûr non d’un problème de cépage, mais d’élevage en fût (qui a dit copeaux ?) absurdement poussé pour plaire au goût du consommateur… d’il y a quelques années ! Parce que sinon, des chardonnays plein de fraîcheur, même élevés en fût, ça fait des lustres qu’on en produit, par exemple à Chablis. Il suffisait de nous demander… Voilà l’illustration parfaite de la célèbre phrase de Cocteau : « la mode, c’est ce qui se démode ». Mais admettons : le consommateur ne veut plus du boisé, donnons-lui du chardonnay frais et fruité. Il suffit de modifier l’élevage du vin.


Là où la question devient problématique, c’est que LE consommateur veut maintenant du sauvignon. Alors, on fait quoi ? On arrache toutes les vignes de vilain chardonnay pour planter du gentil sauvignon ? Nouvelle vignes qui donneront, d’ici quelques années si l’on veut bien au moins laisser à la nature le temps de faire son œuvre, des grappes de sauvignon prêtes à être vendangées et vinifiées… pourvu que le consommateur n’ait pas changé d’avis d’ici-là !


Tout cela, on l’aura compris, n’est pas sérieux. On ne peut courir après le prétendu goût du consommateur, que l’on ne rattrapera jamais. D’autant plus qu’il n’y a pas un goût unique, mais autant de goûts que de consommateurs, et c’est très bien ainsi. La diversité de l’offre en matière de vins est une bénédiction. On ne peut non plus considérer la viticulture comme une activité industrielle. Produisons ce que la terre permet, dans les conditions les plus respectueuses possibles, et ensuite évidemment, essayons de porter au mieux ces produits du terroir à la connaissance et à l’appréciation du consommateur. Elaborer localement des produits qui ont une âme et une histoire… l’idée des AOC ne serait-elle pas en fait diablement moderne ?


Allez, on ne résiste pas au plaisir de citer une dernière fois l’étude d’Accor, sur les vins rouges cette fois : la préférence des Australiens irait à la syrah, avec un intérêt croissant pour les assemblages syrah-viognier. Ça ne vous rappelle rien ? Eh oui, dans notre bonne vieille France, on appelle cela un côte-rôtie. Un vin de grande classe, qui a beaucoup plus à offrir que son simple assemblage. Car si la mode se démode, le style, lui, est intemporel…

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