Lundi 12 décembre 2011 à 14 heures à Drouot-Montaigne, aura lieu une vente de vins aux enchères au profit de la fondation IFRAD et de la lutte contre la maladie d’Alzheimer.
Sous la houlette de Thierry de Maigret, commisseur-priseur, et en présence de Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du monde 1992, seront mis en vente de prestigieux flacons, offerts par les domaines et des donateurs particuliers. Au programme, des champagnes signés Lanson, Laurent Perrier, Moët et Chandon, des crus éminents du Bordelais (Petrus, Latour, Mouton-Rotschild, Lynch-Bages, Olivier, Pesquié, Clarke, Phélan-Ségur, Pontet-Canet) et de Bourgogne (Devillard, Faiveley, Patriarche).
Le Guide Hachette des Vins soutient bien entendu cette manifestation, et invite propriétaires, restaurateurs et particuliers heureux détenteurs de belles caves à soutenir l’évènement en offrant des bouteilles à la vente. Outre la contribution à une noble cause, ceux-ci pourront bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu.
L’occasion ici de rappeler que la maladie d’Alzheimer touche 870 000 français, dont 35 000 personnes de moins de 65 ans. Et les perspectives sont inquiétantes avec 165 000 nouveaux cas chaque année et des prévisions portant le nombre de malades à 1,2 millions en 2020.
Pour toute information complémentaire sur cette maladie et sur la vente aux enchères: Fondation IFRAD au 01 42 17 75 23 et sur Internet (www.fondationifrad.org)
Vente de vins le lundi 12 décembre 2011 à 14 heures, à Drouot-Montaigne, 15 avenue Montaigne, 75008 Paris
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La 151e Vente de vins des Hospices de Beaune s’est terminée sur une baisse des cours de – 6 % : un résultat modeste, mais pour ce millésime sans éclat, dans un contexte économique difficile, ce n’est pas une catastrophe, loin de là. Et ce sont tout de même 4,9 millions d’euros qui reviennent ainsi à l’hôpital de Beaune.
Un millésime de blancs, souple en rouge
Pas d’arrogance en 2011. On a rangé les qualificatifs de « millésime du siècle », (trop) vite dégainés en 2009. Roland Masse, le régisseur du domaine des Hospices, dont le style débonnaire et chaleureux se prête mal à la langue de bois, reconnaît avoir eu affaire à « un millésime pas facile à gérer ». « Je craignais des maturités excessives. Je ne voulais surtout pas rentrer des raisins à 13 ou 14 degrés d’alcool potentiel, comme l’an dernier. Je pense y être arrivé. On a rentré des blancs à 12,5° potentiel, parfaits. En rouge, on avait le double problème de la maturité et de la pourriture. Soit on vendangeait trop tôt et le raisin n’était pas mûr, soit trop tard pour avoir du raisin bien mûr – mais pourri. Au final, on a eu des pinots noirs pas surchargés en sucres. On a vinifié tout en douceur avec beaucoup de baies non foulées, en prolongeant les fermentations alcooliques au maximum, pour préserver le soyeux des tanins. Les cuvaisons ont donc été plus longues qu’en 2010. Les vins sont gourmands avec des tanins ronds. J’appelle ça un ‘millésime de sommelier’, facile à servir à table. Les blancs sont gracieux et ils ont leurs aficionados cette année. » De fait, ce sont eux qui ont remorqué une vente qui s’enlisait dans les vins rouges. Pour autant, les pinots noirs 2011 sont réussis, avec beaucoup de concentration et d’élégance dans des cuvées comme le corton grand cru Clos du Roi Baronne du Baÿ ou le pommard premier cru Épenots du domaine Goblet.
La pièce de charité presque quatre fois moins chère qu’en 2010
110 000 € : la pièce de charité, un fût de 460 litres du grand cru corton Clos du Roi cuvée Baronne du Baÿ, n’a pas fait rugir la salle, où 500 personnes se pressaient. Les enchères ont grimpé péniblement, lentement, et c’est finalement une maison anglaise, The Antique Wine, et son directeur général, Stephen Williams, qui ont remporté la mise avec 110 000 €. On est loin des flamboyants 400 000 € dépensés en 2010 pour un fût de 500 litres par la maison Patriarche. La somme récoltée ira à deux associations caritatives, Mécénat Chirurgie Cardiaque et France Alzheimer. Ce moment fort de la vente a été l’occasion pour les parrains de la vente, Inès de la Fressange et Christian Clavier, de rivaliser d’encouragements envers les acheteurs. Mais sans grand succès. Le spectacle se déroulait dans les rues où résonnaient bombardes et cornemuses des groupes folkloriques qui envahirent Beaune le temps de ce week-end festif, pas dans la salle.
2012 : un nouveau grand cru pour les Hospices
Finalement, avec cette vente 2011 en demi-teinte, tous les regards se tournent maintenant vers 2012. Car les Hospices viennent d’officialiser la dation d’une belle parcelle de 43 ares dans le grand cru Echézeaux, dans le climat des Rouges du Bas. La vigne donnera donc une nouvelle cuvée d’une belle taille l’an prochain. D’ici trois ans, elle sera rejointe par une parcelle de beaune premier cru blanc et par une autre de corton blanc, tout juste replantées. Le vignoble, qui couvre quelque 60 ha, continue donc de croître. Il est presque totalement cultivé en bio, précise Roland Masse.
Qui veut six bouteilles d’Hospices ?
À surveiller, aussi, la percée des ventes sur Internet par la maison Bichot, dont le site web d’enchères en direct représente maintenant 15 % des achats de la maison pour les Hospices de Beaune. Cette clientèle-là, française, faite de particuliers et de restaurateurs, n’a certes pas le panache des acheteurs d’antan que l’on voyait parfois, en kilt ou en chapeau extravagant, parader dans les allées des Hospices. Le site internet de Bichot, qui permet d’acheter du vin des Hospices à partir de six bouteilles, concerne plus de 250 acheteurs. Pour modestes que soient ces quantités − une dizaine de fûts sur une vente qui en totalise plus de 600 −, elles incarnent la démocratisation et la dématérialisation de l’événement. La vente est désormais rythmée par le jargon franglais des commissaires-priseurs qui demandent si l’acheteur peut montrer son « paddle » ou s’il « ne veut pas faire un jump ». Ce dernier pouvant être au téléphone ou derrière son écran à l’autre bout du monde. La bougie et l’ambiance familiale d’avant 2005 dégageaient certes un charme plus bourguignon.
Florence Kennel
Le beaujolais nouveau a changé de pointure. Le folklore y a perdu ce que le vin a pu y gagner.
Retour aux origines. Il ne s’agit que d’un jus encore violacé au fruit enjôleur, tout juste destiné à dégraisser les mâchons lyonnais, ces casse-croûtes à base de rillettes, saucisson et autres pâtés et d’autant de cholestérol. Le beaujolais nouveau, sans autre prétention, faisait office d’antidote. Puis de la capitale des Gaules, il est monté à celle de l’Hexagone avant de conquérir le Japon, devenant un phénomène social pimenté de marketing. Pour son malheur, il fut la proie de ces loups du marché qui lui ont imposé de fleurer la banane, le bonbon anglais ou la fraise Tagada, d’une année à l’autre. Puis tout s’est effondré. Il est encore de bon ton de froncer le sourcil avec une moue méprisante à l’égard de ceux qui veulent en tâter. Les expressions vont de la condescendance à la commisération.
Et pourtant, cette année l’atteste comme les trois dernières, le beaujolais nouveau a retrouvé toute sa dignité, aidé autant par une météo exceptionnelle que par des producteurs amenés à la raison. En témoigne ce demi-millier d’amateurs amoureux de bonheur simple qui se sont pressés dans les caves-cavernes du Chemin des Vignes à Issy-les-Moulineaux. Une trente-sixième édition pour celui qui lança la première célébration en 1975 avec Georges Brassens et René Fallet.
Trois beaujolais, ce soir-là, représentatifs de ce que peut être une production d’exception. Le traditionnel « non-chaptalisé », inventé par le père d’Yves Legrand en 1977. Le grand classique, violacé à souhait, embaumant la cerise et de pivoine, au fruité explosif en bouche – une fraise exubérante. Plus mûr, un Domaine Dupré né de vignes très exactement centenaires, ni soufré ni filtré. Un nez discret de cerise et de framboise suivi d’une bouche tendre et fraîche. Plus adulte, celui de Robert Perroud qui ajoute la mûre à la cerise ; la bouche se fait droite, avec une petite touche de réglisse. Tous trois correspondent au cahier des charges d’un beaujolais nouveau : fruité, friand et frais. Et comme la plupart de leurs congénères des trois dernières années, ils ôtent toute raison de faire la fine bouche.
Alain Bradfer
Le Chemin des Vignes
113 bis Avenue de Verdun
92130 Issy les Moulineaux
Tél 01 46 62 04 27
Fax 01 46 44 05 37
restaurant@chemindesvignes.fr
Son acte de baptême, en 1951 ? Une simple note des contributions indirectes autorisant le déblocage précoce du vin du Beaujolais. Ce n’est qu’en 1985 que la date de sortie a été fixée au troisième jeudi de novembre.
Les débuts furent timides : 15 000 hl au milieu des années 1950 ! Puis vint son heure de gloire, à partir des années 1970. Un négoce dynamique et un réseau encore dense de bistrots appuyait le beaujolais nouveau, main dans la main avec des pouvoirs publics oenophiles, des artistes et journalistes enthousiastes. Un marketing conquérant le faisait déferler dans le monde entier… Une bénédiction pour les vignerons. Aujourd’hui, 260 000 hl, soit 35 millions de bouteilles et quelque 115 000 hl à l’export.
Mais dans les années 1990, les chiffres pouvaient atteindre le double… Entre-temps, des concurrents se sont lancés, et les critiques ont fusé contre ce vin trop facile au goût artificiel nourri de « soleil de cuve »…
Pourtant, la médiocrité n’est pas une fatalité, constate Alain Bradfer (voir article Le beaujolais à nouveau raisonnable), qui a goûté la sélection proposée à la presse par le caviste Yves Legrand, dans sa cave-restaurant d’Issy-les-Moulineaux. Le beaujolais nouveau n’est peut-être pas un grand vin, mais les meilleurs de ses créateurs en font un vin authentique !

Autrefois une exception, le Haut-Marbuzet est devenu un exemple du saint-estèphe moderne. Grâce à son créateur, Henri Duboscq, et à son culte du suave et soyeux merlot, sublimé dans ses bouteilles à découvrir dès leur jeunesse. Subtil paradoxe dans la patrie du mâle et fougueux cabernet-sauvignon, moins présent ici que dans d’autres crus de l’appellation.
Le puzzle des Mac Carthy
Dans l’après-guerre, Hervé, le père d’Henri Duboscq, était sous-chef de gare à Langon (et capitaine de l’équipe de rugby du coin). Pour améliorer l’ordinaire, le cheminot s’était établi représentant en bouchons. Une décision qui allait placer sa famille sur de bons rails. Un jour, un propriétaire barsacais de ses clients le poussa à quitter la SNCF, et Hervé, de voies en vin, s’installa marchand de vin. Puis un autre jour, de vin en vignes, il acquit en viager, en 1952, une parcelle à Saint-Estèphe, 7 ha de l’ancienne propriété des Mac Carthy. Des Irlandais jacobites chassés par les persécutions anglicanes, émigrés en Bordelais comme les Lynch, les Clarke, ou les Barton.
Dans une guerre de succession, les vignes avaient été découpées en huit parts et vendues aux laboureurs du hameau. C’est l’une d’elles qui échut à Hervé des années après. Et cinquante ans durant, les Duboscq père et fils ont rassemblé une à une les huit pièces éparses, comme un puzzle, et reconstitué le domaine des Mac Carthy. Aujourd’hui, Le Haut-Marbuzet compte 75 ha. Henri Duboscq a rejoint son père en 1962 et pris sa suite en 1974. Il vient de fêter sa cinquantième vendange. Ses fils Bruno et Hughes l’ont suivi. « Notre vigne nous aime », sourit Henri.
« Le vin que j’aime »
« Autrefois, on buvait les médoc à trente ans, remarque Henri Duboscq. Moi, j’ai toujours fait les vins que j’aimais, des vins agréables à boire jeunes. Et tout le monde va dans ce sens à présent. J’ai été le pionnier d’un goût ». Le goût du merlot. Cépage voluptueux quand il est jeune, plein de rondeur, de chair et d’opulence. De fait, sa part s’accroît dans les vignobles du Médoc. « Le merlot est séducteur, ajoute Henri Duboscq, et le cabernet-sauvignon, cérébral. L’hédonisme du merlot tempère le cabernet. » Ce propriétaire assemble à 50 % de merlot, 40 % de cabernet-sauvignon et 10 % de petit-verdot, cépage médocain. Original encore, il cueille depuis toujours ses raisins au bord de la surmaturité. « Il y a quarante ans, peu de gens s’occupaient de la maturité de la peau et des pépins.
À l’époque, je croquais les raisins et j’attendais le tout dernier moment, d’instinct, pour commencer les vendanges. Aujourd’hui on a des instruments de mesure ». Précurseur toujours, il élève son vin en barriques neuves. « Quand je suis arrivé, il n’y avait pas de barriques dans le chai, alors j’ai bien été obligé d’en acheter des neuves ! », justifie-t-il. « Mais plus les vignes vieillissent, moins le bois marque le vin », précise-t-il. Plus de merlot et moins de bois : la tendance actuelle.
Sous le plateau de Marbuzet
Entre Cos d’Estournel et Montrose, les vignes du Haut-Marbuzet s’inclinent en pente douce vers l’estuaire. « Les grands vins en Médoc viennent des vignes qui regardent le fleuve », jubile Henri Duboscq. Les ceps s’enracinent dans le socle des argiles de Saint-Estèphe, traversés de veines ferriques et de calcaire, sous les graves de surface, qui adoucissent les froidures, tempèrent les chaleurs et drainent les pluies. Henri Duboscq se féliciterait presque du réchauffement climatique. À la différence de ses voisins de Pauillac, Margaux ou Saint-Julien, les particularismes géologiques du plateau de Marbuzet, ses argiles profondes qui conservent l’eau, préservent les merlots du stress hydrique des étés chauds. « Dans les étés de canicule, en 2003, 2005, 2009, 2010, mes vignes donnent leur quintessence », se réjouit-il. Le bonheur de ses merlots passe avant tout.
Le millésime 2008 vu par le Guide

À vrai dire, si l’on en juge par les notices du Guide Hachette au cours de la dernière décennie, on est surtout frappé par la belle constance du cru, de millésime en millésime : les étoiles du Guide, chaque année, vont le plus souvent par paire. Et le 2008, dernier dégusté, pour n’être pas le fruit d’un été caniculaire, ne démérite pas : coup de cœur ! Voici ce qu’en disaient les jurés au début de l’année :
« La richesse du bouquet bien typé (fruits noirs, toasté, moka) invite à poursuivre la dégustation. Au palais se dessine un ensemble de grande qualité, promis à un bel avenir : attaque fraîche, milieu de bouche onctueux et concentré, tanins virils, finale très longue. Tout est réuni pour permettre une garde d’au moins cinq ou six ans, et bien plus encore pour de nouvelles sensations. »
On voit par là qu’en Bordelais, la notion de jeunesse est toute relative…
Le 29 septembre dernier, le Guide Hachette des Vins a fêté son édition 2012 à Bruxelles. L’occasion pour les journalistes de découvrir une sélection de vins retenus dans la 28e édition du plus lu des guides d’achat. Plusieurs ambassadeurs du Bordelais, de Bourgogne et de Champagne ont honoré cette manifestation de leur présence. Des domaines de référence, dont les vins fréquentent avec assiduité les pages du Guide Hachette.
Pour les crus du Médoc, trois représentants. Christine Lurton de Caix a proposé son Château Dauzac 2008 (5e cru classé en margaux), ainsi décrit dans le Guide : « D’une belle couleur bordeaux sombre, ce dernier développe un bouquet puissant et complexe qui associe les raisins bien mûrs à une petite note animale sur un fond boisé encore dominant mais de qualité. Ample, rond et bien charpenté, ce vin prometteur méritera d’être attendu quelques années. »
Corinne Saussier Conroy représentait le Château Brane-Cantenac (2e cru classé en margaux), avec son 2008. Ce millésime « fut un véritable casse-tête pour les viticulteurs margalais », lit-on dans le Guide. « Fallait-il rechercher la structure ou jouer la carte de la finesse ? Henri Lurton et son équipe ont choisi la seconde option en veillant à ne pas perturber l’équilibre général. Le résultat est un vin assez souple mais très bien équilibré, qui met en valeur une expression aromatique délicate où fruits rouges et réglisse se conjuguent harmonieusement, tant au nez qu’en bouche. »
M. Lamiable a proposé à la dégustation sa Majesté de la Haye 2008 (saint-estèphe), microcuvée du Château la Haye (deux barriques et demie de cabernet-sauvignon et de petit verdot). Ce vin a fait son entrée dans le Guide avec ce millésime. Il a retenu l’attention par son palais onctueux, riche, concentré, porté par des tanins bien fondus. Trois à quatre ans de patience seront nécessaires avant de commencer à l’apprécier.
M. et Mme Vocoret (Dom. Yvon et Laurent Vocoret) représentaient la Bourgogne avec leur chablis 2009. « Avec ce 2009, l’humeur est au beau fixe et les papilles sont à la fête. Prix d’excellence pour ce chablis auquel rien ne manque: robe pure et cristalline, nez minéral comme il se doit et fruité à souhait, bouche ample, riche et d’une grande délicatesse, avec une fraîcheur vivifiante en soutien. À savourer dans les quatre prochaines années, sur des asperges sauce mousseline ou des écrevisses à la nage. »

Corinne Saussier Conroy (Ch. Brane-Cantenac), Stéphane Rosa (Guide Hachette des Vins), Christine Lurton de Caix (Ch. Dauzac) et M. Lamiable (Ch. la Haye)
Pour la Champagne, étaient présentes les maisons Drappier, Deutz et Charles Heidsieck. La première a proposé son Carte d’or 1995, élu coup de cœur dans le Guide 2012 : « Beaucoup de pinot noir, le chardonnay (7 %), et le meunier (3 %) ne faisant que de la figuration. Des arômes grillés, miellés et confits (pâte de fruits) traduisent une harmonieuse maturité. Puissant sans la moindre lourdeur, d’une rare persistance, c’est un superbe champagne de repas. »
La maison Charles Heidsieck a proposé son millésimé 2000, qui marie 60 % de pinot noir et 40 % de chardonnay, un champagne qui porte avec classe le poids des ans. Doré et orné d’un joli cordon, il livre des arômes complexes de fruits confits et de torréfaction qui se prolongent dans une bouche ample, équilibrée et fraîche.
Quant à l’Amour de Deutz 2002, c’est un blanc de blancs de prestige, qui provient essentiellement de grands crus. Son nez charmeur, aux nuances élégantes de fleurs blanches, de brioche et d’agrumes, prélude à une bouche fraîche, harmonieuse et longue, au dosage juste.

« Paré d’une robe intense et profonde, d’un noir d’encre, ce 2009 laisse poindre les épices et les fruits rouges derrière le toasté de l’élevage. En bouche, c’est un monstre de concentration, d’une puissance et d’une densité exceptionnelles, bâti sur des tannins mûrs et solidement arrimés »… Les hommes de l’art qui ont goûté cette Grappe d’Or – hermitage Cuvée Emilie rouge 2009 - en sont presque restés en mal d’adjectifs. Bouche bée et les yeux écarquillés.
Terroirs et assemblages, les secrets d’Emilie
Philippe Desmeure, le père d’Emilie, a une explication d’évidence à cette perfection : «Avec un bon raisin, dit-il, modeste, on a de bonnes cuvées, et la vinification se fait toute seule. C’est le travail dans les vignes qui fait la différence». Et il livre avec gourmandise les petits secrets d’Emilie jolie et de ses syrahs. Elles habitent deux terroirs chez lui, le coteau au lieu-dit Roucoulle, une petite parcelle qui donne des vins élégants, et les Grandes Vignes, sur des pentes aménagées en terrasses taillées dans le granit, à l’origine de vins rustiques, puissants et minéraux. L’assemblage réunit ces contraires en harmonie.
Une viticulture minutieuse

Le soin attentif de la vigne, voilà la règle d’or aux Rémizières et le mystère de l’éclat d’Emilie. On effectue deux, voire trois tris sur souches au cours de la saison. Au premier, on retire les grappes trop serrées et entassées qui s’étouffent. Aération, donc croissance au soleil pour les rescapées, et maturation homogène des raisins. Au second, on enlève les grappes en retard, ce qui profite aux autres, les arme de pellicules épaisses résistant aux intempéries, et permet une vendange précoce et bien mûre. En cave, la vinification traditionnelle est longue, une trentaine de jours. C’est là qu’officie Emilie, la fille de Philippe, déguste les jus jour après jour et décide du jour J où arrêter les macérations. Pour finir, cette fameuse cuvée Emilie est élevée durant 12 à 14 mois en barriques de chêne neuves.
Quand spécialisation rime avec ambition

Tout avait commencé avec le grand père, Alphonse Desmeure. Dans l’après-guerre, il possède un verger de cerisiers, d’abricotiers, de pêchers – des cultures traditionnelles dans la Drôme -, et 4 hectares de vignes. Son épouse est clerc de notaire, pour arrondir l’ordinaire. Quand leur fils Philippe grandit et se sent pousser des ailes de vigneron, Alphonse voit plus grand pour lui. Il commence à arracher des quartiers de fruitiers et y plante des vignes, puis lance la mise en bouteilles. Et dans l’année 1977, Philippe s’installe, poursuit l’expansion, défriche des parcelles en coteaux, en achète d’autres. « Je n’ai jamais pensé faire autre chose, dit-il. On ne se pose pas la question, c’est naturel, une suite logique ». Pas peu fier d’entrer chez les grands, il a posé un pied d’abord en hermitage, puis ces dernières années en saint-joseph (2 hectares et demi, bientôt 4), à côté de ses Crozes-Hermitage. Le domaine des Rémizières compte aujourd’hui 32 hectares entre 7 communes des deux rives du Rhône. Deux des enfants de Philippe Desmeure sont arrivés en renfort. Emilie la première, diplômée en œnologie à Dijon, affectée à la cave, puis Christophe dans les vignes. Curiosité en ces contrées, un tiers de la production des Rémizières se compose de blancs, nés sur les coteaux de terres blanches des Pends. La Cuvée particulière, de pure marsanne, et la cuvée Christophe, issue de vieilles vignes de marsanne et d’un doigt de roussanne.

La petite entreprise de famille tourne bien, avec passion, talent et ambition. « A mes débuts, j’ai commencé par faire une barrique, 300 bouteilles, explique Philippe Desmeure, elle est vite partie. Puis une deuxième, une troisième. Il en manquait toujours. C’est la clientèle fidèle qui a fait le domaine ». Le bouche à oreille ne trompe pas. Et une Grappe d’or au Guide Hachette non plus.
A lire également :
- Cédric Gravier, Domaine la Suffrène (grappe d’argent du Guide Hachette des Vins 2012 pour son bandol blanc 2010)
- Marc Jambon, Domaine Marc Jambon et Fils (grappe de bronze du Guide Hachette des Vins 2012 pour son mâcon Pierreclos blanc 2009 Cuvée Fût de chêne)
William Luret
Le domaine a obtenu la grappe de bronze de l’édition 2012 du Guide Hachette des Vins pour son mâcon Pierreclos blanc 2009 Cuvée Fût de chêne. La renommée des vins de la propriété ne date pas d’hier toutefois, mais d’avant-hier. De l’avant dernier siècle ! Dans l’ouvrage de référence d’alors, « Les vins du Beaujolais, du Mâconnais et du Chalonnais », de Vermorel et Danguy, daté de 1892, les sus-nommés écrivent : « Les meilleurs vins blancs de la commune de Pierreclos sont ceux de la Roche et des Charmes. Et Marc Jambon de s’esclamer : « Le hameau de la Roche, c’est là où j’habite ! ».
Tradition d’excellence
Les deux auteurs poursuivent : « Les vins blancs acquièrent en vieillissant une grande finesse. Les vignes sont particulièrement bien soignées ». Un compliment confirmé en 1907 par une vieille médaille écaillée, trônant à la place d’honneur dans le chai, un premier prix des vins blancs à l’exposition générale de Mâcon. La famille Jambon est installée à Pierreclos depuis 1750. Peut-être même davantage, Marc n’a pas achevé encore ses recherches généalogiques…

Au vingt-et-unième siècle, aujourd’hui, les vignes sont toujours bien tenues et le vin tout aussi délicieux. La grappe de bronze du Guide Hachette l’atteste et nos dégustateurs le couvrent autant d’éloges que ceux de 1892 : « un vin d’un bel éclat, animé de reflets or pâle, au nez fin et élégant, peu marqué par le fût. Dans la continuité, la bouche est complexe, bien structurée, mais fondue, riche et longue. Un excellent mariage entre le vin et le chêne ».
Vocation tardive
Marc Jambon n’est pas entré en vignes comme en religion, il a pris des détours profanes. Le domaine des aïeux était minuscule : 3 ha et demi, en tout et pour tout, et ses parents ne désiraient pas le voir prendre leur suite. Alors Marc a entrepris une carrière dans l’industrie chimique, dans un centre de recherche à Lyon. «Puis un jour je suis revenu chez moi, avoue-t-il, c’était un vieux rêve enfoui. Je ne suis pas un citadin. D’ailleurs je suis né pendant les vendanges 1944 et durant mon enfance je n’ai jamais manqué une vendange». Il a repris le domaine en 1970, acheté des parcelles petit à petit et porté son bien à 9 ha. Il vendait alors son raisin à la coopérative. Quand son fils Pierre Antoine a pris la relève, il s’est émancipé et, en 1999, a mis son vin en bouteille. « C’est lui l’artisan désormais », précise le père.

Vins minéraux…
Le hameau de La Roche chevauche une faille géologique : à l’ouest, les granites et à l’est, les calcaires argileux. L’essentiel des parcelles du domaine se trouvent là ; d’un côté 4 ha de gamay, de l’autre 5 ha de chardonnay. «Nos vins blancs ont une minéralité marquée, dit Marc, remarquez, ici il y a de la minéralité rien que dans le nom des lieux : Pierreclos ou La Roche ! » Des arômes de pierre à fusil, d’acacia, de tilleul, mais aussi d’agrumes et de pêche. La meilleure part des blancs est vinifiée et élevée en fût de chêne sur ses lies, pendant un an.
…et « vins de dames »
La belle curiosité du domaine, Pierre Antoine en est l’initiateur : des vins liquoreux. Lors d’un stage à Saint-Emilion, il était allé visiter Yquem. L’année d’après, il avait élaboré une bonbonne de liquoreux à Pierreclos. Cette cuvée, il l’a créée aussi en souvenir aussi de l’arrière-grand-mère Joséphine qui, dans les années 1920, appelait ces douceurs « vins de Dames ». Elle avait tarabusté tant et plus son époux – qui, lui, ne goûtait guère de telles productions, des mièvreries selon lui -, qu’il lui en fabriquait quelques flacons. Aujourd’hui, à Pierreclos, les liquoreux se déclinent en une cuvée de la Saint-Martin, récoltée début novembre, et en une Noblesse du chardonnay, le nectar des nectars. Des raretés en Mâconnais et plus encore en Bourgogne.
A lire également :
- Philippe Desmeures, Domaine des Remizières (grappe d’or du Guide Hachette des Vins 2012 pour son hermitage rouge cuvée Emilie 2009)
- Cédric Gravier, Domaine la Suffrène (grappe d’argent du Guide Hachette des Vins 2012 pour son bandol blanc 2010)
Des raisins blancs sur les pentes de Bandol, on ne vous croira jamais… Pourtant, au pays du mourvèdre, roi des « rouges grand soleil », un vigneron a su convaincre les incrédules : Cédric Gravier a remporté la Grappe d’argent du Guide Hachette des Vins 2012, soulignée d’un coup de cœur et deux étoiles, pour le blanc 2010 de son domaine La Suffrène.
Bandol vu d’Amérique
Sa vocation de vigneron lui est venue comme une évidence. Quand, après le bac, un intermède américain lui a montré sa voie. Le clin d’œil du destin. Aux Etats-Unis, le petit Frenchie découvrit l’admiration éperdue des Yankees pour cette beautiful old France, ses paysages, son patrimoine, son art de vivre, les plaisirs de sa gastronomie si raffinée… et ses vins si délicieux. Son avenir se trouvait sous ses pas, de l’autre côté de l’Atlantique, et il ne le savait pas. Les Américains lui ont appris d’où il venait. Au retour, il se plongea dare-dare dans l’apprentissage du métier de vigneron à Aix et à Hyères, puis à la Cadière-d’Azur. Car les grands-parents, Fortuné et Marie-Rose, possédaient quelques vignes aux abords du village. Cédric, le minot de Marseille, l’enfant de la ville, y passait ses vacances l’été, à courir entre les rangs et dans les bois, en liberté.
Fortuné portait alors ses raisins à la coopérative. Et comme fait exprès, en 1996 le contrat arrivait à échéance. Cédric était fin-prêt, ses études terminées : il reprit l’exploitation à son compte, à 23 ans. Et Fortuné, à 83 passés, chevauche encore aujourd’hui le tracteur quand il le faut.
Le domaine compte à présent une cinquantaine d’hectares, morcelés entre une centaine de parcelles, pour moitié plantées en mourvèdre, bandol rouge oblige, le reste en grenache, cinsault et carignan. Clairette, ugni blanc et sauvignon composent les blancs, qui ne fournissent guère plus de 5 % de la production. Quant aux rosés, la couleur très en vogue, ils représentent 70 %. Cédric cultive aussi un millier d’oliviers et a acquis un moulin. « La vigne et l’olivier, c’est le paysage provençal typique, dit-il, et il faut le préserver ».
Quand la clairette habille l’ugni
« Mes blancs sont des vins de soleil, des vins chaleureux », explique Cédric Gravier, «Avec mes très vieilles clairette, je travaille sur le gras ». Il compose ses cuvées à partir de la clairette et de l’ugni, à parts égales, et à sa façon bien à lui, c’est-à-dire en effectuant une macération pelliculaire des raisins de clairette dans le jus des ugnis. Ces derniers apportent le « squelette » du vin et son acidité, et la clairette avec ses peaux, la finesse et l’élégance. « La clairette habille l’ugni », résume Cédric. Aussi simple à dire que difficile à faire… Un blanc de race, décrivent les dégustateurs : « Le nez libère des arômes complexes de pêche, d’abricot, d’agrumes et de jasmin. La bouche, à l’unisson, dévoile une superbe matière, ample, persistante et fraîche, et laisse en finale le souvenir d’une rare élégance. »

A la mémoire du Bailli
Le Domaine s’appelle «La Suffrène», la vieille maison du Castellet porte ce nom sur le cadastre et Cédric en a cherché la raison. Un érudit du village, Jean Cachard, lui a soufflé une réponse : Le Bailli de Suffren, le vice-amiral de Louis XVI, l’aurait offerte à une dame de son cœur. Légende pudique, car selon la tradition, cet intrépide et glorieux marin à l’allure gargantuesque aurait plutôt été friand de ses petits moussaillons. Mais n’écornons pas la légende…
Quoi qu’il en soit, aujourd’hui à La Suffrène, un minot marseillais a trouvé sa vérité. Les collines de La Cadière et les saisons de la vigne en ont fait un homme heureux. Thank you, Oncle Sam !
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