jan 27

Interview Radio-France Florence Kennel


Vin bio JuraFlorence Kennel, spécialiste des vins du Jura, nous présente la bio, une viticulture de pointe bien ancrée dans cette région.
Florence Kennel, œnojournaliste, vous invite à découvrir les vins du Jura issus de l’agriculture biologique, une attitude méritoire car les conditions climatiques de la région sont rudes pour les viticulteurs, et que le risque financier de perdre tout ou partie d’une récolte n’est pas nul.
Egalement auteur pour le Guide Hachette des Vins et spécialiste de la Bourgogne, Florence Kennel vient d’achever un ouvrage Les Vins de Bourgogne aux éditions Hachette Pratique, à paraître en mars 2012.

Mots clés:
avr 12

Faut-il y voir un effet du réchauffement climatique ou une conséquence des fluctuations du climat ? En tout état de cause, le millésime 2009 fut «solaire» par ses températures et s’annonce «royal» par la qualité des vins, notamment rouges et liquoreux, qui seront parfois même «d’anthologie».

D’un extrême à l’autre
L’année 2009 fut celle des extrêmes : elle débuta par un hiver rigoureux, avec des températures inférieures aux normales de plus d’un degré. Paradoxalement, les pluies arrosèrent le Sud et le soleil réchauffa le Nord. Le printemps vit le thermomètre monter au-dessus des moyennes, tandis que les pluies tombèrent de la Méditerranée à la Loire, ignorant tout le Centre-Est. Puis vint l’été, précoce et très chaud, qu’une superbe arrière-saison, chaude et ensoleillée, prolongea pendant tout l’automne.
À l’inverse de 2008, qui fut surtout un millésime de blancs, cette année solaire favorisa les vins rouges – mais aussi les liquoreux. Ayant donné de superbes résultats dans des régions emblématiques, comme le Bordelais, elle a, à ce titre, de sérieuses chances de s’inscrire dans la pléiade des millésimes de légende. Mais derrière une apparente facilité, elle ne manqua pas de pièges dans lesquels vignerons et maîtres de chai durent éviter de tomber pour produire de grandes bouteilles.

En Bordelais, pas de jaloux
La floraison se déroula dans de bonnes conditions pendant la première quinzaine de juin. Suivirent des journées chaudes – mais non caniculaires – et des pluies bienvenues. Le soleil et la chaleur continuèrent en septembre et en octobre. L’alternance de nuits fraîches et de journées chaudes fut propice à la concentration des arômes et à l’accumulation des anthocyanes. L’optimum de la maturité fut atteint sans inquiétude. Lorsque les producteurs ne sont pas tombés dans l’erreur d’attendre trop longtemps, de dépasser la maturité optimale et de perdre une partie du bouquet, les vins se sont révélés de très belle qualité. Pas de jaloux : rouges et blancs ont connu une égale réussite. Riches, concentrés et puissants, les vins rouges seront de longue garde, avec une prime pour ceux issus de cabernet-sauvignon et plus particulièrement les pauillac et les saint-estèphe.
Les blancs secs se sont révélés aromatiques et puissants ; quant aux liquoreux, ils apparaissent riches, élégants et racés.

En Champagne, les pinots devant les chardonnays
En Champagne, la vendange se déroula sous des cieux favorables et bénéficia d’un très bon état sanitaire des raisins. Mais la floraison ne fut pas homogène et la maturité non plus, notamment pour les chardonnays. Dans ces conditions, certaines maisons ont envisagé de ne pas sortir beaucoup de vins millésimés. En Alsace, le riesling et le gewurztraminer ne se sont pas montrés au mieux de leur forme. Mais dans l’ensemble, les vins se sont bien présentés chaque fois que les viticulteurs ont pris soin de bien cultiver leurs sols.

En Bourgogne, une année délicate mais prometteuse
En Bourgogne aussi, les vignerons durent se méfier de l’apparente facilité due à une bonne maturité et rester sur leurs gardes pour récolter des raisins mûrs sans être confiturés.
Les vins rouges, mûrs, denses et concentrés, vieilliront bien et longtemps, notamment ceux de la Côte de Nuits. Les blancs ont été plus modestes mais bien réussis, particulièrement ceux issus des terroirs les plus frais. En Beaujolais, on peut parler de « millésime du siècle », avec de superbes cuvées.

La belle année des montagnards
L’année 2009 présenta deux particularités dans le Jura : d’abord un passage sans transition de l’hiver à l’été ; ensuite une notable sécheresse, notamment en août, mois également marqué par la chaleur. Dans ces conditions, le mildiou et l’oïdium se firent oublier, les raisins furent sains, et les rendements, petits.
Les vignerons ont comparé le millésime à 1999 : même maturité, mais avec beaucoup plus de concentration ; une belle vendange, juste en-dessous du somptueux 2005. Fait rare et caractéristique des années exceptionnelles : en 2009, la Savoie a « osé » produire du « vin de montagne » (des vendanges tardives sur les cépages altesse et roussanne) et des vins de paille (avec des raisins séchés sur un lit de paille durant l’arrière-saison). Car dans ce millésime d’anthologie, tout s’enchaîna parfaitement et la récolte a tenu les promesses d’une floraison rapide, présage d’homogénéité et de qualité.

Dans la vallée du Rhône, une petite récolte mais de qualité
Dès les premières observations sur le terrain, après nouaison fin juin, chacun sut que les rendements seraient faibles, surtout pour le grenache, le cinsault et le carignan. Cette tendance se confirma et s’accentua pendant l’été caractérisé par des situations de sécheresse, parfois très intenses, et des températures moyennes diurnes très élevées. Quand les viticulteurs ont su éviter le piège de la surmaturation, les vins rouges se sont révélés veloutés, suaves, tanniques et expressifs. Dans les appellations septentrionales, notamment hermitage et saint-joseph, ils resteront sans doute longtemps dans les annales.

Gagnants et perdants de 2009
Comme en 2005, la Provence alla à l’encontre de la tendance générale. Certes le millésime démarra sous de bons auspices, mais une pluie marquée au milieu des vendanges affecta la qualité des rouges dans certains secteurs. L’année fut aussi hétérogène et difficile en Corse et en Roussillon, où la sécheresse sévit.
En Languedoc, la vinification des vins rouges fut délicate, mais les blancs s’en tirèrent très honorablement. Dans la vallée de la Loire, la récolte fut abondante et de qualité, avec de très belles réussites en liquoreux.

L’évolution des grands vins

À boire à partir de À boire de préférence avant
Grands bordeaux rouges à majorité de cabernet-sauvignon 2018-2020 2040
Grands bordeaux rouges à majorité de merlot 2018 2035
Sauternes-barsac 2024 2050-2060
Grands bordeaux blancs (secs) 2013 2020
Grands bourgognes rouges 2017 2025-30
Grands bourgognes blancs 2012 2017
Grands champagnes non sortis
Grands vins rouges de la vallée du Rhône 2018 2025



Pour en savoir plus : Coffret Le Guide Hachette des Vins 2011 + livret 30 ans de millésimes.

Mots clés:
avr 05

Année difficile, de petite garde et de « piètre renommée », 2007 n’a pas laissé un grand souvenir pour les vins rouges du Bordelais, traditionnel baromètre médiatique du millésime. À croire que ce chiffre 7 ne porte pas chance si l’on se réfère aux 1977, 1987 ou 1997 relégués dans la mémoire au rang d’années moyennes. Mais Bordeaux et ses rouges ne sont pas toute la France viticole et certains vins ont fait mieux que tirer leur épingle du jeu. Grands gagnants : les liquoreux et la vallée du Rhône.

La précocité perdue ne se rattrape pas
Le cycle avait bien commencé avec un hiver généralement clément, suivi d’un printemps souvent presque estival. Le débourrement et la sortie de grappes furent extrêmement précoces. Mais si avril se prit pour juillet et si mai fut assez doux, les pluies s’installèrent ensuite jusqu’à la fin août. L’été souffla le froid plutôt que le chaud : en juillet, des orages de grêle frappèrent certains vignobles. Ces précipitations continuelles rappelèrent les millésimes 1997, 1987 et 1977, avec en prime les morsures du mildiou et le développement de la pourriture grise.
Fin août, le mauvais temps s’arrêta et la fin de maturation s’effectua dans de bonnes conditions, puis les vendanges se déroulèrent sous le soleil. La récolte fut sauvée mais sans être exceptionnelle et sans que le retard fût rattrapé.

En Bordelais, un été qui coûte cher
En 2007, les viticulteurs girondins furent aussi mal lotis que les estivants qui fréquentaient la presqu’île du Médoc et le bassin d’Arcachon ; ils furent en outre contraints de lutter contre le mildiou et d’engager de coûteux travaux pour préserver la qualité de la vendange, notamment en limitant la taille des baies et leur goût végétal.
Heureusement, un beau soleil en septembre et octobre, au moment de la récolte, sauva en partie la mise pour les vins rouges ; au prix tout de même d’une sélection drastique entre les premiers et seconds vins dans les grands crus. Quant aux blancs secs et aux liquoreux, ils se sont révélés magnifiques : sémillon et sauvignon ont tiré bénéfice du climat frais de l’été et sont parmi les meilleurs ramassés en Bordelais depuis 1996.
Dans le Sud-Ouest, le retour du soleil en fin d’été, pour les vendanges, sauva également des eaux le millésime.

Champagne et Alsace : tout dépend du cépage
D’abord maussade et humide, l’hiver champenois se fit extraordinairement clément et doux avec cependant quelques moments de froid, de neige et de grêle entre le 19 et le 25 mars. Comme en Alsace, le débourrement fut hâté et la fleur précoce (25 mai). Le débat sur le réchauffement de la planète était sur le point de rebondir, mais il fut vite arrêté par la dégradation du temps. Si l’été fut pourri, l’arrière-saison sauva l’année, mais la maturation demeura hétérogène.
En Champagne, comme en 1998, le chardonnay a bien tiré son épingle du jeu et a donné naissance à des vins frais et puissants ; mais il n’y a pas eu beaucoup de millésimés. Quant à l’Alsace, elle a offert à profusion des vins issus de vendanges tardives, notamment des gewurztraminers, bien réussis.

En Bourgogne, le vent des Rameaux a menti
La Bourgogne ne put échapper au scénario observé dans presque tous les autres vignobles. Elle fit mentir le dicton local selon lequel le vent des Rameaux annonce le vent dominant de l’année ; s’il vient du nord, il promet une année sèche et saine. On commençait à parler d’un nouveau 2003 et, pourquoi pas, de vendanges à la mi-août. D’autant plus que la fleur, vers le 20 mai, avait été précoce elle aussi.
Hélas, il ne faut pas toujours croire les vieux dictons. À partir de mai, les vents d’ouest et du sud apportèrent mildiou, oïdium et botrytis. La suite, jusqu’au 20 août, tint du cauchemar. Après cette date, le grand beau temps sauva la récolte ; mais un tri sévère fut nécessaire et les vinifications s’avérèrent difficiles. Le résultat : des vins rouges de moyenne garde, agréables et fruités, avec de belles réussites en Côte de Nuits ; des blancs globalement vifs, très honorables à Meursault, à Chablis et en Mâconnais.

Du pays nantais à la Savoie, un « millésime de vigneron »
Dans le Jura, les vignerons durent jouer les tortues et vendanger tard en profitant du temps radieux de septembre pour élaborer des vins issus de savagnin et de trousseau de belle facture. En Savoie également, les vendanges tardives et patientes ont donné naissance aux meilleurs vins.
Aussi peut-on qualifier 2007 de « millésime de vigneron » dont la qualité a été fonction du talent des hommes. Dans la vallée de la Loire aussi, les viticulteurs ont dû savoir patienter pour récolter à maturité optimale. En Anjou et en Touraine, l’arrière-saison permit à la pourriture noble de s’installer convenablement et aux producteurs de proposer de beaux liquoreux.

La vallée du Rhône et le Midi, régions heureuses
Dans la vallée du Rhône, le millésime fut dans l’ensemble exceptionnellement chaud, sec et peu venté. Seuls mai et juin furent plus arrosés que la moyenne. Mais ces pluies furent bienvenues, comblant presque le déficit pluviométrique et survenant au moment où la vigne était la plus gourmande en eau. Pas de mildiou ici, et une année 2007 précoce et plus que satisfaisante pour la qualité. Le résultat ? Des rouges d’une intensité colorante exceptionnelle, denses et soyeux, amples et longs, aux tanins présents et de grande qualité, notamment dans le sud (châteauneuf, vacqueyras et rasteau) ; des blancs et des rosés également très réussis, expressifs, délicats et complexes.
En Languedoc-Roussillon, le fait marquant fut la fraîcheur du mois d’août. L’écart thermique entre jour et nuit à partir de septembre favorisa la maturité phénolique des raisins rouges, à l’origine de vins aux tanins souples et fondus. En revanche, en Provence, 2007 a été la cinquième année nettement déficitaire en eau.

L’évolution des grands vins

À boire à partir de À boire de préférence avant
Grands bordeaux rouges à majorité de cabernet-sauvignon 2013 2020
Grands bordeaux rouges à majorité de merlot 2012 2018
Sauternes-barsac 2014 2022
Grands bordeaux blancs (secs) 2011 2020
Grands bourgognes rouges 2012 2017
Grands bourgognes blancs 2011 2015-16
Grands champagnes non sortis
Grands vins rouges de la vallée du Rhône 2014-2016 2020-2024



Pour en savoir plus : Coffret Le Guide Hachette des Vins 2011 + livret 30 ans de millésimes.

Mots clés:
mar 29

« Mythique » à Bordeaux, « grandiose » en Bourgogne, « au sommet » dans le Rhône… En 2005, les rubriques Vin des journaux et magazines semblaient avoir emprunté leur vocabulaire aux journalistes sportifs. Il ne manquait que quelques « historiques » par-ci par-là. Pour une fois, il est vrai, les superlatifs étaient justifiés par le nombre et l’ampleur des réussites.

L’atout du millésime : une sécheresse précoce
Le millésime 2005 fut chaud, ensoleillé et sec, avec un cycle végétatif très homogène. Tout était donc réuni pour obtenir un très beau degré de maturité et des raisins présentant un bon équilibre. Mais plus que des températures exceptionnellement chaudes, le grand atout du millésime fut une sécheresse précoce qui obligea la plante à s’adapter en arrêtant sa croissance. Loin d’avoir des conséquences catastrophiques, le stress hydrique devint un gage de qualité en limitant la production.

Bordeaux, une réussite tricolore
Fait rare, de janvier à septembre la météo fut parfaite : fort ensoleillement, températures élevées sans être caniculaires, faibles précipitations. La floraison, fin mai-début juin, fut rapide. Enfin, les très beaux mois de juillet et d’août permirent une longue période de maturation. Septembre contribua aussi au succès du millésime par la faiblesse des précipitations avec à peine 56 mm de pluie, soit près d’un tiers en dessous de la moyenne des trente dernières années.
Tous les cépages se présentèrent dans un excellent état sanitaire lors des vendanges, avec une réelle richesse tant en sucre qu’en alcool et en acidité. Certes il fallut bien maîtriser les fermentations, notamment malolactiques, mais seuls les mauvais vignerons pouvaient manquer un millésime comme celui-là. Fait rare, 2005 a été réussi dans les trois couleurs, notamment en rouge où il a engendré de grands vins de garde, riches, puissants et expressifs. Les blancs se sont montrés un peu moins homogènes, mais dans l’ensemble très bien équilibrés pour les secs et d’une grande richesse pour les liquoreux, qui avaient bénéficié de bonnes conditions de botrytisation.
Comme en Bordelais, les vignobles du Sud-Ouest ont tiré parti de conditions météorologiques favorables, et notamment d’un été marqué par une alternance de journées chaudes et de nuits plus fraîches. Aussi le millésime a-t-il été de qualité grâce à une maturation sereine et à un bon état sanitaire des raisins. Les vins rouges se sont révélés colorés et bien construits, les blancs secs très aromatiques.

En Champagne et en Alsace, un millésime inégal
Idéale sur les bords de la Garonne, la météo fut plus mitigée sur le piémont vosgien et en Champagne, notamment au cours du printemps. Juin et juillet furent très prometteurs mais août se montra plus inégal, comme septembre.
En Champagne, les chardonnays vendangés au bon moment ont été très réussis, parfois exceptionnels par leur complexité. En Alsace, on constata une grande hétérogénéité, avec une prime pour les grands terroirs et les vignobles les mieux tenus.

En Bourgogne, le millésime « top model »
Fait rare et caractéristique des millésimes de mémoire, l’année fut aussi faste en Bourgogne qu’en Gironde. Après un hiver en dents de scie mais sans difficultés, le reste de l’année reproduisit les données générales du pays et atteignit même l’idéal grâce à un mois de juillet ensoleillé et sec, marqué par une grêle sans grave conséquence, une sécheresse qui ralentit la maturité, de petites pluies bienvenues et par la bise, le vent du nord, qui préserva l’état sanitaire. Au moment des vendanges, le pinot noir offrait une pellicule épaisse, le chardonnay, un profil quasi parfait, avec un équilibre sucre-acidité excellent.
Roland Masse, régisseur des Hospices de Beaune, a bien résumé la situation en évoquant un « millésime top model ». Les blancs, riches et aromatiques, se conserveront très bien ; les vins rouges, alliant une superbe matière à une élégance remarquable, seront de très grande garde.
La réussite a également été générale en Beaujolais qui a offert des vins aptes au vieillissement, charnus et bien équilibrés.

Le bonheur dans la Loire et dans les montagnes
D’amont en aval, l’année 2005 fut celle du bonheur pour les viticulteurs ligériens. Partout on trouva les mêmes données climatiques avec un temps sec et ensoleillé sans être caniculaire, qui aboutit à des vendanges précoces et saines. Le résultat ? Des blancs aromatiques, puissants et gras, bien équilibrés par la fraîcheur, et des vins rouges bien structurés, colorés et de bonne garde. Grands vainqueurs de l’année, les liquoreux, notamment passerillés, se sont révélés riches et bien équilibrés, rappelant les millésimes 1989 et 1996.
L’année 2005 a également laissé d’heureux souvenirs dans les montagnes : des vins de belle garde dans le Jura, en rouge comme en blanc ; une mondeuse triomphante et une altesse qui a justifié pleinement son nom, en Savoie, malgré quelques violents orages en été.

Soleil, vent et sécheresse sur le Rhône
Pendant un an, d’octobre 2004 à septembre 2005, trois mots résumèrent la météo rhodanienne : soleil, vent et sécheresse. Mais des gelées, fin février-début mars, ainsi que des pluies en avril et début septembre nuancèrent cette réalité. L’alternance de journées chaudes et de nuits fraîches en été donna des raisins aux pellicules fermes ; la maturation se fit sans heurt et la modération des températures préserva la fraîcheur des blancs. Sans être exceptionnels, les vins se sont révélés bien équilibrés, frais, denses et de bonne garde.
Les vignobles méditerranéens furent un peu moins à la fête, les déficits hydriques se cumulant d’année en année. Toutefois, certains cépages autochtones (carignan, grenache, mourvèdre), forts de leur capacité de résistance au vent et à la sécheresse, ont donné naissance à de très beaux vins. En blanc, 2005 restera comme un millésime de référence, tant pour la richesse aromatique des vins que pour la finesse de leur structure.

L’évolution des grands vins

À boire à partir de À boire de préférence avant
Grands bordeaux rouges à majorité de cabernet-sauvignon 2015-2017 2035-2040
Grands bordeaux rouges à majorité de merlot 2013-2015 2030-2035
Sauternes-barsac 2020 2070
Grands bordeaux blancs (secs) 2008-2009 2015-2020
Grands bourgognes rouges 2015 2025-2030
Grands bourgognes blancs 2010-2012 2015-2030
Grands champagnes 2012 2020
Grands vins rouges de la vallée du Rhône 2015 2023



Pour en savoir plus : Coffret Le Guide Hachette des Vins 2011 + livret 30 ans de millésimes.

Mots clés:
mar 15

Véritable tragédie avec ses milliers de morts en août, la canicule qui sévit sur l’Europe pendant l’été 2003 eut des conséquences sur la vigne comme sur l’ensemble de la flore, victime d’un stress hydrique.

Le règne de l’anticyclone
Le fait le plus marquant de l’année fut l’installation durable sur la France et sur l’Europe occidentale d’un vaste dôme anticyclonique en provenance d’Afrique du Nord. Cet anticyclone remonta vers la Méditerranée pour s’installer sur l’Espagne, puis sur la France et toute l’Europe de l’Ouest, entraînant l’arrêt des vents d’ouest et des perturbations. La chaleur s’imposa, d’abord par vagues, puis durablement lors de la canicule du mois d’août.

En Bordelais, des records de précocité
Après un hiver normal, le temps sec et chaud apparut dès mars pour aboutir à des températures supérieures à la moyenne en juin et juillet, puis à la canicule d’août. Toutefois, on ne pouvait parler de sécheresse en raison des orages. Mais dans les sols très caillouteux des graves, la plante souffrit de stress hydrique.
Les vendanges débutèrent très tôt (à partir de la deuxième quinzaine d’août !), dans des conditions inhabituelles déroutant parfois certains viticulteurs. Si beaucoup de vins rouges, trop « cuits » ou trop « verts », n’ont pas été réussis, 2003 réserva aussi de grandes bouteilles, tanniques et puissantes, qui resteront dans les mémoires.
Fait exceptionnel, la vendange des liquoreux a pu coïncider avec celle des vins rouges. Il en a résulté une grande année, avec des vins riches qui, pour certains, peuvent encore être attendus. En revanche, les blancs secs n’ont pas laissé un grand souvenir.
Le Sud-Ouest a produit lui aussi de superbes moelleux. En rouge, si les volumes ont été réduits, les vins se sont révélés bien constitués.

Les trois G champenois et alsaciens
Année de la canicule, 2003 commença en Champagne par… un froid glacial en janvier et en février. Le gel fut dévastateur, tout comme les violentes chutes de grêle de mai. Toutefois, comme partout, ce fut la canicule qui constitua le fait marquant de l’année, avec une précocité exceptionnelle : vendanges dès le 15 août dans la Côte des Bar, un record ramenant aux années 1895 (25 août) et 1822 (le 22). Les cuvées millésimées furent rares.
Les trois G – gel, grêle et grillé – peuvent également résumer les conditions climatiques de l’Alsace, et les vins ne se sont pas montrés de grande garde. Le pinot noir et le gewurztraminer ont tiré leur épingle du jeu.

En Bourgogne, une année atypique et complexe
Avant la canicule, les Bourguignons étaient confrontés au gel qui touchait tout le vignoble au moment du débourrement. D’emblée, il fut acquis que la récolte ne serait pas pléthorique. Puis, comme partout, le thermomètre grimpa, l’ensoleillement se fit accablant et la sécheresse s’installa. Le premier ban des vendanges, en Saône-et-Loire, fut proclamé le 13 août. La récolte se fit dans des conditions extrêmes. S’il ne fut pas besoin de chaptaliser, la thermorégulation marcha à plein. Les célèbres Hospices de Beaune durent refroidir les raisins dans un conteneur réfrigéré.
Dans de telles conditions, il était inévitable que la production fût assez hétérogène. Les sols argileux et profonds, tout comme les vieilles vignes, bénéficièrent d’un réel avantage. Le savoir-faire du vinificateur apparut tout aussi essentiel. Réussis, les vins rouges se sont montrés denses, tanniques et musclés, et les blancs, opulents et concentrés.

Pas de surprise dans la vallée du Rhône
Dans la vallée du Rhône, les viticulteurs, habitués aux fortes chaleurs, furent mieux armés pour affronter la canicule. En dépit d’un léger retard au moment du débourrement, l’année fut précoce avec des températures supérieures à la moyenne accompagnées d’orages et de grêle. Comme 1989, le millésime 2003 a offert de beaux vins rouges de garde, particulièrement concentrés, des blancs ronds et riches, et des rosés bien structurés.
Habitués eux aussi à la chaleur, les viticulteurs provençaux, languedociens, catalans ou corses n’eurent pourtant pas une tâche facile. En raison de températures extrêmes et d’un déficit hydrique, les vignes méridionales souffrirent beaucoup.
Les vendanges furent précoces mais des raisins se flétrirent et la richesse en sucre se paya d’une faible acidité. La récolte a été hétérogène ainsi que les vins, avec de belles réussites par exemple en Corse où les blancs se sont révélés expressifs et les rouges puissants.

Les montagnes et la Loire à l’abri des extrêmes ?
Face à ces chaleurs exceptionnelles, l’altitude représentait-elle une protection ? En fait, dans le Jura comme en Savoie, la vigne souffrit elle aussi du stress hydrique et les vendanges comme les vinifications se déroulèrent dans des conditions délicates. On eut parfois l’impression de « ramasser des raisins de Corinthe ». Les vins ? Assez disparates.
La vallée de la Loire et le Centre, comme partout, furent marqués par un fort ensoleillement et des températures élevées, mais les réserves en eau et quelques pluies au bon moment évitèrent le pire. Les vins rouges se sont présentés colorés et généreux, les blancs souples et aromatiques. Les grands vainqueurs de l’année ont cependant été les liquoreux, d’une grande richesse et de bonne garde.

Atypique, le millésime pose une question : s’agit-il d’une exception ou annonce-t-il les années à venir du fait du réchauffement de la planète ?

L’évolution des grands vins

À boire à partir de À boire de préférence avant
Grands bordeaux rouges à majorité de cabernet-sauvignon 2012 2025
Grands bordeaux rouges à majorité de merlot 2008 2015
Sauternes-barsac 2010 2020-2022
Grands bordeaux blancs (secs) 2005 2007
Grands bourgognes rouges 2009-2013 2015-2030
Grands bourgognes blancs 2008 2020
Grands champagnes peu de millésimés
Grands vins rouges de la vallée du Rhône 2008-2012 2015-2020



Pour en savoir plus : Coffret Le Guide Hachette des Vins 2011 + livret 30 ans de millésimes.

Mots clés:
mar 08

Depuis longtemps, certains experts avaient annoncé que le millésime 2000 allait faire couler beaucoup d’encre et entraîner les prix à la hausse. Certes, il s’agissait d’économistes et non de spécialistes du vin, mais force est de constater qu’ils avaient vu juste ; la réalité a même dépassé les estimations. Le millésime 2000 a déclenché un emballement des cours et un affolement général dans la profession. Globalement, il a été le plus réussi depuis 1990.

La douche écossaise
Après un hiver doux sur l’ensemble du pays, le mois de mars fut chaud et sec. En avril, le temps se gâta et les pluies, associées à de la chaleur, firent apparaître des menaces de mildiou. Heureusement, mai renoua avec la chaleur. Il fallut certes redouter des grêles, mais le mois de juin ayant été lui aussi chaud et sec, la floraison fut précoce. Toujours soumis au régime de la douche écossaise, en juillet, vignobles et vignerons durent supporter le froid et la pluie pendant deux à trois semaines avant que le beau temps ne vînt s’installer durablement. En août, les conditions anticycloniques assurèrent une chaleur suffisante pour rattraper le retard pris en juillet.

En Bordelais, le piège de la maturité apparente
Du fait de la chaleur, le merlot souffrit d’un blocage de maturité. Aussi, pour déterminer la date des vendanges, ne suffisait-il pas de s’en tenir aux seules teneurs en sucre. La maturité phénolique (celle des peaux, pépins et arômes) pouvait en effet survenir sensiblement plus tard. Lorsqu’elle ne fut pas trop hâtive, la vendange en rouge s’effectua sous d’excellents auspices, grâce à un bon état sanitaire. Le millésime fut bel et bien de qualité. Très tanniques et suffisamment vifs, les vins s’annonçaient de belle garde, avec une prime pour les cabernets.
Pour une fois, les plus grands terroirs ne furent pas privilégiés, quelques-uns ayant pu pâtir de la sécheresse, et il y eut de très belles surprises à découvrir. Mais les grandes appellations, comme pauillac, saint-julien ou margaux, restent des valeurs sûres et présentent toujours un très beau potentiel d’évolution. Même s’ils sont inférieurs aux vins rouges, les blancs secs n’en restent pas moins très bons, tant par leur constitution que par leur caractère aromatique. Quant aux liquoreux, les mauvaises conditions météorologiques d’octobre n’ont pas permis de récolter une grande quantité de raisins botrytisés. La production fut très limitée, seules les premières tries ayant pu être rentrées. Mais elles furent de belle qualité et vont continuer à se bonifier.

De la Loire à l’Alsace, un millésime contrasté
Après une année à la météo capricieuse, la vallée de la Loire a connu des résultats assez contrastés. Globalement, le millésime s’est situé au-dessus des deux précédents. En rouge, parmi les succès à noter, les anjou figurent en bonne place. Mais les grands vainqueurs de l’année ont été les blancs secs, tant en Anjou qu’en Touraine.
En Champagne, le millésime se révéla finalement plutôt moyen. Du côté de l’Alsace, l’année aura été celle du riesling, à l’origine de bouteilles toujours plaisantes et qui peuvent encore s’améliorer.

En Bourgogne, le terroir fait la différence
Les vendanges ont été particulièrement précoces en Bourgogne, mais inégales selon les régions. L’année fut incontestablement celle du chablis, qui a atteint un niveau remarquable, notamment par son aptitude à la garde. Sans être aussi exceptionnels, les vins blancs de la Côte d’Or ont été très réussis. Les meilleurs bourgognes blancs sont aujourd’hui à leur apogée et peuvent même encore vieillir quelques années.
Les vins rouges ont fait preuve d’une plus grande diversité. Les meilleurs résultats ont été obtenus dans la Côte de Nuits. Là aussi, le terroir a fait la différence, les coteaux et autres terrains bien drainés ayant été avantagés dans cette année aux fortes pluies. Une situation qui a largement profité aux grands crus, dont le potentiel de garde est encore important.

Sourires dans le Jura et en Savoie
Le succès fut au rendez-vous dans les montagnes du Jura et de Savoie. Précoces et effectuées dans de bonnes conditions, les vendanges permirent de récolter des raisins très sains et parvenus à un parfait état de maturité.
Dans la vallée du Rhône, en revanche, le millésime 2000 n’aura pas réussi à dépasser le précédent. Les conditions climatiques se traduisirent par une très forte charge de la plante, notamment dans le sud et il fallut pratiquer des vendanges en vert pour limiter les rendements. Irréguliers, les vins rouges n’ont pas affiché la puissance et la générosité de ceux de 1999. Les vins blancs se sont montrés plus homogènes. Les premiers ont obtenu de meilleurs résultats dans la partie méridionale (certains peuvent être attendus mais beaucoup sont à boire), les seconds dans la partie septentrionale.

L’évolution des grands vins

À boire à partir de À boire de préférence avant
Grands bordeaux rouges à majorité de cabernet-sauvignon 2008-2010 2020-2030
Grands bordeaux rouges à majorité de merlot 2004-2008 2010-2025
Sauternes-barsac 2004-2005 2010-2020
Grands bordeaux blancs (secs) 2005 2012
Grands bourgognes rouges 2003-2006 2008-20022
Grands bourgognes blancs 2004-2008 2008-2013
Grands champagnes 2006 2010
Grands vins rouges de la vallée du Rhône 2004-2006 2012-2015



Pour en savoir plus : Coffret Le Guide Hachette des Vins 2011 + livret 30 ans de millésimes.

Mots clés:
mar 01

En 1996, le cycle végétatif fut rythmé par de nombreux soubresauts. L’excès d’eau dans le Sud et la sécheresse, irrégulièrement répartie mais présente dans les vignobles septentrionaux, ne laissaient pas présager, dans certaines régions du moins, une bonne évolution de la croissance de la vigne. Pourtant, alors que les conditions climatiques n’avaient souvent rien eu d’exceptionnel, le résultat fut aussi remarquable qu’étonnant. Comme la précédente, 1996 fut l’année des contrastes, pour ne pas dire des paradoxes.

Une météo tout en nuances
Les discordances climatiques apparurent dès l’hiver : sec et froid dans le Beaujolais et en Champagne, ce dernier fut au contraire doux et humide dans le Bordelais, qui put reconstituer ses réserves en eau. En conséquence, le départ de la végétation fut irrégulier : s’il prit son temps en Bordelais et en Bourgogne, il fut précoce dans le Jura. Puis la chaleur et l’ensoleillement, nettement supérieurs à la moyenne en mai et juin, ramenèrent une certaine homogénéité dans l’ensemble du pays, en permettant au cycle végétatif de rattraper le retard là où il en avait pris. Partout, ou presque, la floraison prit de l’avance sur le calendrier. Mais derrière cette unité se cachaient de nombreuses différences.
Durant l’été, les conditions météorologiques devinrent plus que contrastées, franchement déconcertantes. La Champagne souffrait d’un fort déficit hydrique, tandis que le Bordelais connaissait des chaleurs presque caniculaires encadrées, début juillet et fin août, d’épisodes orageux qui déversèrent des trombes d’eau sur la région, n’épargnant que le Médoc. Si l’été fut également assez maussade en Bourgogne, les vendanges furent saines grâce à la bise soufflant du nord.

En Bordelais, l’année des cabernets
Les vendanges débutèrent entre le 10 et le 18 septembre selon les cépages. Les teneurs en sucres et en acidité étaient comparables à 1982 et le poids des baies supérieur à la moyenne. Les conditions anticycloniques, fraîches la nuit et ensoleillées le jour, contribuèrent au bon déroulement de la maturation pour tous les cépages. Elles permirent aux cabernets-sauvignons de parachever leur évolution. Tanniques et puissants, les vins du Médoc se sont montrés un peu austères durant leur jeunesse mais leur superbe potentiel leur permet d’être toujours aujourd’hui à leur apogée et de pouvoir vieillir encore, avec les plus notables réussites en pauillac, saint-julien et saint-estèphe.
Les graves rouges se sont révélés de grande qualité ; les vins du Libournais furent moins réguliers, notamment les pomerol, mais la plupart sont très bien structurés et de belle garde, en particulier les saint-émilion. Tous peuvent être appréciés actuellement et être attendus quatre ou cinq ans, voire davantage.
Les vins blancs secs ont donné des cuvées aussi puissantes qu’élégantes, notamment les pessac-léognan qui achèvent aujourd’hui leur apogée. Grâce à un très beau mois d’octobre, les liquoreux ont bénéficié d’un bon développement du botrytis. Très bien construits, ils seront pleinement appréciés jusqu’en 2015-2020.

En Champagne, le millésime de la décennie
Dans la vallée de la Loire, l’année 1996 fut marquée dans son ensemble par un faible niveau de précipitations. Du débourrement à la maturation, le cycle végétatif s’est déroulé parfaitement pour tous les cépages. Il en est résulté des vins de grande qualité et de très bonne garde, tant en rouge (Anjou-Saumur, Touraine) qu’en blanc (muscadet, gros-plant, vins issus de chenin). Les liquoreux ont encore un bel avenir devant eux.
En Champagne aussi, le millésime fut grand. C’est peut-être là que les contrastes climatiques jouèrent le plus grand rôle dans la qualité des vins. Tout entra en ligne de compte : la charge raisonnable, l’alimentation en eau de la vigne suffisante pour maintenir un feuillage fonctionnel jusqu’à la vendange, la vigueur maîtrisée par une sécheresse relative, enfin et surtout les conditions climatiques de septembre marquées par des nuits très fraîches et des températures diurnes normales, ce dernier trait étant caractéristique des grandes années en Champagne. Souvent millésimés, les vins se sont montrés remarquables, vifs et de garde, sans doute les plus réussis de toute la décennie, appelant des comparaisons flatteuses avec les années 1928 et 1969. Ils sont déjà fort appréciables mais révèlent toujours un très grand potentiel de vieillissement.

En Bourgogne, des vins pour amateurs patients
En dépit de quelques menaces en août, la vendange fut particulièrement saine. Grâce à des températures fraîches, la vendange enregistra un bon niveau d’acidité. L’équilibre sucre-acidité laissait présager un millésime de garde, ce qui s’est confirmé. Les vins rouges, alors intensément fruités et dotés d’une belle structure tannique, se montrent aujourd’hui puissants, élégants et racés, procurant un plaisir qui peut se prolonger plusieurs années. Les vins blancs se sont également révélés de fort belle facture. Certains grands crus méritent toujours d’être attendus.

Des réussites un peu partout
Dans de nombreuses régions, les résultats furent inégaux. Certes, dans le Jura, après un très beau 1995 en vin jaune, les producteurs firent encore mieux : seul le millésime 1990 pourrait rivaliser avec le 1996. Le succès fut aussi au rendez-vous à Bandol, même si l’année ne fut pas faste pour la Provence dans son ensemble. Elle fut aussi difficile dans la vallée du Rhône. Là, les pluies, la fraîcheur et la faiblesse de l’ensoleillement contrarièrent les vignerons et les vendangeurs. Néanmoins, on enregistra de beaux succès dans certaines appellations, notamment de la partie septentrionale, comme en côte-rôtie.

L’évolution des grands vins

À boire à partir de À boire de préférence avant
Grands bordeaux rouges à majorité de cabernet-sauvignon 2000 2010-2020
Grands bordeaux rouges à majorité de merlot 2000 2020
Sauternes-barsac 2003 2015-2020
Grands bordeaux blancs (secs) 1998-2002 2008-2010
Grands bourgognes rouges 2005-2010 2015-2020
Grands bourgognes blancs 2000-2004 2010-2020
Grands champagnes 2002-2003 2025-2030
Grands vins rouges de la vallée du Rhône 2003-2004 2012-2020



Pour en savoir plus : Coffret Le Guide Hachette des Vins 2011 + livret 30 ans de millésimes.

Mots clés:
fév 22

Dans toutes les régions, l’heure était à la continuité, mais aussi à l’inquiétude dans le vignoble. Comme les années précédentes, on ne parlait que de sécheresse et de chaleur hors normes. À la vigne comme au chai, chacun resta sur le qui-vive de mars à octobre. Mais à terme, la récompense fut là avec un nombre impressionnant de belles réussites qui firent de 1990 le couronnement des « Trois Glorieuses » (88, 89, 90) et d’une décennie triomphante, même si en ce début de XXIe siècle on peut penser que 1989 sera de plus longue garde.

En Bordelais, de la vigilance pour un millésime d’exception
L’hiver bordelais, étonnamment chaud et sec, donna le ton. Après quelques gelées printanières en avril, les bulletins météorologiques de mai à septembre tenaient en trois mots : chaleur, ensoleillement et sécheresse. À peine interrompu par deux brèves précipitations, le beau temps domina pendant les vendanges.
Toutefois, comme bien souvent dans les millésimes riches et abondants, la vinification fut délicate. Les plus beaux succès vinrent des vins rouges à forte proportion de cabernet-sauvignon et des vins liquoreux, tous dotés d’un potentiel de vieillissement exceptionnel. Bien que moins ambitieux, les vins issus de merlot se sont révélés eux aussi structurés pour la garde. Tous présentaient un caractère puissant et équilibré rappelant celui des 1982. Quoiqu’en retrait par rapport aux vins rouges et liquoreux, les vins blancs secs ont été de belle facture ; certains ont pu passer le cap de l’an 2000.

La Bourgogne comblée par la nature
En Bourgogne, pour la troisième année consécutive, le vignoble bénéficia d’un temps favorable. Les gelées de printemps ne provoquèrent que de faibles dégâts ; les précipitations normales d’avril à juin constituèrent des réserves d’eau suffisantes pour compenser la sécheresse estivale. Dans ces conditions et malgré les effets de la sécheresse, la précocité du millésime fut préservée, encore favorisée par des pluies bénéfiques et par les températures nocturnes fraîches de début septembre. Partout, les vendanges se déroulèrent sereinement : les raisins d’une qualité sanitaire parfaite présentaient un bon équilibre entre sucre et acidité. Contrairement au Bordelais, les vinifications furent aisées à conduire.
Tanniques, fermes et charnus, les bourgognes rouges ont magnifié l’expression du pinot noir. Au vieillissement, ils ont évolué vers un caractère généreux et sans agressivité. Les meilleurs peuvent encore patienter en cave. Riches, puissants et bien équilibrés, la plupart des vins blancs sont parvenus à leur apogée à la fin des années 1990 ; les grands crus tels corton-charlemagne et montrachet sont aujourd’hui à boire sans tarder.

Un champagne de référence
La Champagne ne fit pas exception à la règle, et le millésime restera longtemps encore une référence. La nature eut sa part dans ce succès, même si elle ne fut pas toujours une alliée facile : il fallut faire face aux gelées d’avril ainsi qu’à la coulure et au millerandage dus à l’étalement de la floraison. Fort heureusement, celle-ci resta précoce, comme l’avait été le débourrement, et un ensoleillement record favorisa le grossissement et la maturation des baies. D’excellentes conditions permirent d’étaler les vendanges du 11 septembre au 22 octobre et de cueillir le raisin au meilleur moment. Il en résulta un parfait équilibre entre le degré potentiel d’alcool et l’acidité, ainsi qu’une grande richesse aromatique.

En vallée du Rhône, adoucir le feu du ciel
Les conditions météorologiques exceptionnelles de 1990 auraient pu être un handicap pour la vallée du Rhône. Si la vigne eut à souffrir de la sécheresse, elle tira profit de l’ensoleillement pour donner naissance à des vins rouges d’une belle tenue et d’un solide potentiel de garde, surtout quand la finesse naturelle du cépage put adoucir les effets du feu du ciel. Les producteurs de Valréas, en côtes-du-rhône-villages, ou de l’AOC châteauneuf-du-pape obtinrent ainsi de remarquables réussites. Les grandes cuvées sont aujourd’hui à déguster sans tarder.

D’Alsace en Val de Loire, l’année des vins liquoreux
Pour la troisième année consécutive, l’Alsace apparut comme une région bénie des dieux : un excellent état sanitaire, une précocité exceptionnelle, une maturation optimale, des rendements assagis favorisèrent la production de vins typés, à la fois riches et finement fruités, aptes à la garde grâce à leur charpente. Les vins de vendanges tardives et de sélection de grains nobles furent particulièrement aisés à élaborer du fait de degrés naturellement très élevés.
Dans la vallée de la Loire, les mêmes causes eurent les mêmes effets. Le temps chaud et sec permit aux vins liquoreux d’Anjou et de Touraine d’atteindre des sommets. Encore pleines de panache, ces bouteilles semblent douées de vie éternelle.

L’évolution des grands vins


À boire à partir de À boire de préférence avant
Grands bordeaux rouges à majorité de cabernet-sauvignon 1999-2000 2015-2025
Grands bordeaux rouges à majorité de merlot 1998-1999 2010-2020
Sauternes-barsac 2000 2015-2025
Grands bordeaux blancs (secs) 1994 2002
Grands bourgognes rouges 2000-2005 2010-2020
Grands bourgognes blancs 1996 2002-2006
Grands champagnes 1999 2005-2006
Grands vins rouges de la vallée du Rhône 1997-1998 2008-2010



Pour en savoir plus : Coffret Le Guide Hachette des Vins 2011 + livret 30 ans de millésimes.

Mots clés:
fév 15

Occulté par la notoriété d’autres années, 1985 a été pourtant l’un des grands millésimes des années 1980. Marqué par des froids hivernaux intenses et de fortes chaleurs estivales, il a justifié l’un des plus célèbres dictons viticoles, « août fait le moût », et donné naissance à des vins de garde dont certains constituent encore des trésors dans les caves des amateurs. Une noble année qui fut aussi celle de la première édition du Guide Hachette des Vins.

Des saisons bien marquées
Partout, l’hiver fut marqué par des conditions climatiques particulièrement rudes. En Champagne, le mercure chuta à – 26 °C au mois de janvier. Le printemps connut d’autres périodes de gel qui provoquèrent la mort de nombreux ceps et qui réduisirent localement le potentiel de production de près de 50 %, notamment dans l’Aube. L’Alsace ne fut pas épargnée par les gelées, mais les dommages les plus importants ont été enregistrés dans les secteurs de basse altitude.
En Bordelais, si la vague de froid de janvier ne fut pas trop destructrice, les pluies du printemps favorisèrent le développement de quelques foyers de mildiou. Néanmoins, la floraison se déroula normalement. De fait, ce furent les orages qui occasionnèrent les plus gros dégâts.
Malgré les froids hivernaux en Bourgogne, le débourrement se déroula bien. Toutefois, des gelées localisées affectèrent certaines parcelles du vignoble, donnant lieu à une récolte assez irrégulière en volume. Le retard constaté à la floraison fut largement compensé par les fortes chaleurs de l’été et de l’automne, et par une insolation intense et longue.
Partout en France, en effet, les conditions climatiques de l’été furent exceptionnelles et propices à la bonne maturation du raisin.

En Bordelais, un millésime pour amateurs patients
Complète dès le début des vendanges, la maturité s’améliora constamment. De même, en liquoreux, la surmaturité fut atteinte pour tous les cépages. Toutefois, en raison de la chaleur, il fallut attentivement surveiller les moûts et éviter une carence levurienne.
En blanc, la maturité parfaite fut à l’origine de vins francs et équilibrés, et la lenteur et la régularité des fermentations favorisèrent l’expression aromatique. S’ils ont largement dépassé leur apogée, ces vins ont laissé de beaux souvenirs, notamment les graves.
Sans être excessif, le botrytis se développa suffisamment pour permettre aux moelleux et liquoreux de trouver une belle expression. Certes, les amateurs ont dû faire preuve de patience pour les déguster, mais ils ont ensuite pu apprécier pleinement leur harmonie entre le sucre et l’acidité.
En rouge, des rendements limités ont favorisé l’obtention de vins de qualité : corsés dans leur jeunesse avec souvent des tanins assez durs, ils ont demandé quelques années avant de s’arrondir.
Dans les Graves comme en Médoc ou en Libournais, les vins présentaient une belle structure, et certains ont encore de réelles réserves (Libournais, saint-julien et pauillac notamment).

En Bourgogne, les charmes de la jeunesse et de l’âge mûr
À partir du 22 septembre, les vendangeurs récoltèrent des raisins parvenus à un parfait état de maturité, notamment en pinot noir. Si la fermentation alcoolique des moûts causa quelques soucis aux vinificateurs, la fermentation malolactique fut précoce et sans aucune entrave.
Même s’ils sont aujourd’hui sur le déclin, les vins blancs ont été de belle garde, avec une évolution aromatique de grande classe.
Exceptionnels, les vins rouges peuvent rivaliser avec les 1990. Agréables dès leur jeunesse, ils n’en ont pas moins montré un beau potentiel de garde et furent, pour les meilleurs, à leur apogée entre 2000 et 2005.

En Alsace, l’année des liquoreux

L’Alsace ne fit pas exception à la règle : grâce à la clémence des conditions météorologiques à partir de juin, l’état sanitaire des baies fut excellent, la maturité exceptionnelle et la concentration parfaite. Les vendanges tardives se poursuivirent assez tard et la récolte des raisins pour la sélection de grains nobles débuta dans les premiers jours de décembre. La richesse en sucre et la concentration ont rendu possible l’élaboration de liquoreux remarquables.

En Champagne, l’une des années du siècle

En Champagne aussi, l’état sanitaire était excellent lorsque se déroula la récolte, du 2 au 12 octobre. Les moûts n’étaient pas sans rappeler ceux de 1975 par leur composition. Riches et intenses, les vins se sont distingués par leur parfait équilibre entre la délicatesse et la puissance. Leur charme résidait également dans leur expression aromatique, mêlant subtilement des notes de miel, de fleurs et des odeurs de mousse automnale.


L’évolution des grands vins

À boire à partir de À boire de préférence avant
Grands bordeaux rouges à majorité de cabernet-sauvignon 1989-1995 2000-2012
Grands bordeaux rouges à majorité de merlot 1988-1994 2000-2014
Sauternes-barsac 1988-1995 2000-2005
Grands bordeaux blancs (secs) 1988-1990 1990-1995
Grands bourgognes rouges 1989-1994 2000-2005
Grands bourgognes blancs 1987-1992 1996
Grands champagnes 1990-1995 2000-2006
Grands vins rouges de la vallée du Rhône 1989-1994 2000




Pour en savoir plus : Coffret Le Guide Hachette des Vins 2011 + livret 30 ans de millésimes.

Mots clés:
fév 08

Si l’année commença par un événement politique fort avec la prise de fonctions, en janvier, du plus jeune président de l’histoire américaine, elle s’annonça aussi très faste pour la viticulture française. Le début du printemps fut très sec et le débourrement généreux et précoce. Tout portait à l’optimisme. Mais ensuite les choses prirent un tournant inquiétant: ici, comme dans la vallée du Rhône, des pluies froides s’abattirent sur le vignoble ; là, comme en Bordelais, le gel frappa à plusieurs reprises en mars, avant qu’une nouvelle vague de froid et d’humidité ne vînt gâcher les derniers jours précédant la floraison. Et finalement…

Des rendements limités
Ces mauvais coups de la météo n’eurent pas que des inconvénients. Un peu partout, le gel et la coulure eurent pour effet de pratiquer une « taille naturelle » des plus drastiques. De telles conditions auraient dû laisser le souvenir d’une année médiocre. Il n’en fut rien, et c’est au contraire à des images de chaleur qu’est associé 1961. Aussi chauds que secs, les mois de juillet et d’août assurèrent en effet d’excellentes conditions de maturation aux raisins rescapés. Le beau temps s’étant prolongé en septembre, ce fut sous un soleil radieux que se déroulèrent les vendanges. Celles-ci purent être d’autant plus soignées que la récolte était peu abondante. Tout annonçait donc un très grand millésime, à une condition toutefois : ne pas attendre, pour ramasser les grappes, une pluie miraculeuse qui serait venue gonfler les raisins et augmenter le volume de la vendange ; l’attente aurait été vaine d’ailleurs, car le miracle ne s’est pas produit.

En Bordelais, le millésime du siècle ?
Ce fut à un autre prodige qu’on assista. En matière de qualité, 1961 fut une année d’exception. Particulièrement en Bordelais, où d’excellentes conditions climatiques permirent d’obtenir un millésime étonnant par sa concentration et sa richesse. Très tôt, les spécialistes comprirent qu’il était à rapprocher des mythiques 1928 et 1945 ; certains allèrent plus loin en se demandant s’il n’allait pas être le vrai « millésime du siècle ».
Ces bouteilles de grande garde ont mis douze ou quinze ans à s’ouvrir, et leur apogée fut d’une durée rarement égalée. Pour certains crus, comme Château Latour, celui-ci s’est s’achevé avec le changement de millénaire. Aujourd’hui, ces vins méritent encore d’être dégustés : ils savent toujours surprendre par leur rondeur et leur fruit. Le millésime fut aussi mémorable pour les barsac et les sauternes. Seuls les blancs secs furent en retrait.

En Bourgogne, départ difficile, arrivée en beauté
Si dans la Loire le millésime fut bon mais sans appeler de superlatif, il fut remarquable en Bourgogne. Pourtant, à ses débuts, la campagne ne semblait pas devoir produire un vin dépassant une petite moyenne. Mais l’année fut très bonne et le résultat superbe, notamment pour les vins rouges, modèles de longévité. Certains (très rares), pour peu qu’ils aient été conservés dans des caves bien aménagées, sont encore appréciables aujourd’hui. Les vins blancs ont cessé depuis bien des années de provoquer les mêmes sensations, mais ils ont été pendant longtemps excellents, dotés d’un très bon équilibre entre l’alcool et l’acidité.

La Champagne et l’Alsace sauvées par l’été
Sans prétendre rivaliser avec les bordeaux et bourgognes rouges, les champagnes et les vins alsaciens ont connu avec 1961 de très belles réussites.
Pourtant, à l’instar des autres régions et comme dans les autres très bons millésimes de la décennie (1962, 1964, 1966 ou 1969), l’année avait plutôt mal commencé. Mais dans ces vignobles aussi, ce mauvais démarrage eut finalement des effets positifs sur le plan qualitatif. Grâce à un bel été et surtout à une superbe arrière-saison, le raisin est parvenu à une maturité optimale.

En vallée du Rhône, le rival des plus grands
« Tip-top » : la formule d’un journaliste britannique à propos des crus de la vallée du Rhône était audacieuse mais parfaitement fondée. Colorés, aromatiques, amples, puissants et superbement bâtis, ces vins ont fait preuve d’une longévité exceptionnelle, avec une mention spéciale pour les châteauneuf-du-pape, hermitage et côte-rôtie.


Pour en savoir plus : Coffret Le Guide Hachette des Vins 2011 + livret 30 ans de millésimes.

Mots clés: