Le blog de la rédaction
nov 22

L’Alliance des crus bourgeois a dévoilé le 23 septembre dernier la liste des crus du Médoc qui pourront bénéficier de cette mention pour le millésime 2008. À l’heure de la clôture des inscriptions (mi-novembre) pour concourir à la reconnaissance du millésime 2009, retour sur la « nouvelle formule » de ce classement historique.

L’annonce du nouveau classement a dû susciter quelques « ouf ! » de soulagement dans la presqu’île médocaine. On pense moins aux châteaux élus (avec un taux de réussite frisant les 84%, l’épreuve se révèle moins difficile que le bac) qu’aux promoteurs de ces nouveaux crus bourgeois, satisfaits d’avoir réussi à surmonter les obstacles. « L’urgence, c’était de sauver cette mention historique, de faire en sorte que des bouteilles estampillées Cru bourgeois puissent circuler sur le marché », indique Frédérique de Lamothe, la directrice de l’Alliance.

Il en circulait pourtant déjà beaucoup, car l’annulation en justice du précédent classement de 2003 n’avait pas empêché nombre de châteaux de continuer à arborer la mention. Vide juridique, laxisme ou bienveillance des autorités ? Peu importe, « à partir du millésime 2008, seule la reconnaissance de l’Alliance sera légale », affirme celle qui aura travaillé pendant quatre ans à bétonner le projet pour le rendre inattaquable.

Juridiquement, la mention est sans doute bordée, avec l’organisme de certification Bureau Veritas à la manœuvre pour les aspects techniques. Mais est-elle pour autant pertinente ?

Classement ou label ?
Première différence de taille avec le classement précédent, la reconnaissance n’est valable que pour un millésime. Une obligation, car « avec Veritas, on garantit la qualité d’un produit, or dans le vin, le produit change chaque année ». Approche louable qui est d’ailleurs celle du Guide Hachette, mais d’une efficacité économique peut-être limitée si l’on se place du point de vue des châteaux. Tant pis pour les crus qui auraient bien aimé bâtir une stratégie commerciale – au moins sur le moyen terme – en s’appuyant sur ce classement.

D’ailleurs, il ne faut plus parler de classement, mais de reconnaissance, car il n’y a plus qu’une catégorie : exit donc les « crus bourgeois supérieurs » et « crus bourgeois exceptionnels » des classements précédents. La raison ? « Il fallait rebâtir les fondations avant de songer à faire des étages », confie Frédérique de Lamothe. « Être sages et prudents », en prenant en compte la « dimension politique » de l’affaire. On comprend à demi-mot que les plaies du feuilleton judiciaire récent sont encore ouvertes et fumantes… Crus bourgeois, attention fragile !

Première étape : l’éligibilité
Pour faire concourir son vin, il faut d’abord être éligible. Une éligibilité confirmée après visite par Veritas. Sur quels critères ? « La traçabilité, principalement » : logique à défaut d’être glamour, car c’est un des fonds de commerce de Veritas, plus habitué aux process industriels qu’aux subtilités de la taille de la vigne et de l’élevage du vin.

Les autres critères pourront paraître secondaires : « repérage du cru aisément réalisable à partir de la route d’accès principale à l’exploitation », « voies […] d’accès aux bâtiments d’exploitation […] praticables par un véhicule de tourisme », « parcs ou jardins ou espaces verts […] entretenus », etc. Après tout, pourquoi pas ? À l’heure du développement de l’œnotourisme, on ne peut que saluer cette démarche.

Deuxième étape : la dégustation de reconnaissance
Avec la dégustation, les choses sérieuses commencent. Nous ne décrirons pas ici en détail son processus, de peur de donner des maux de tête à nos lecteurs. Retenons simplement deux faits :

1. Le niveau minimum requis pour accéder à la mention cru bourgeois est fixé à partir de la dégustation d’échantillons « témoins » fournis par les châteaux candidats eux-mêmes ! Si l’on avait l’esprit mal tourné, on pourrait imaginer que les châteaux fournissent des échantillons médiocres afin de placer la barre au plus bas…

2. Il n’y a que deux catégories de panels référents : une pour les AOC médoc et haut-médoc, et une pour les AOC communales (listrac, margaux, moulis, pauillac, saint-estèphe, saint-julien). Un moulis est donc noté à partir de la même référence qu’un pauillac. Quand on connaît les différences entre ces deux appellations, on ne peut être qu’étonné… Dès lors que l’Alliance avait décidé d’établir plusieurs systèmes de référence, pourquoi pas un par appellation ?

And the winner is…
Pour le millésime 2008, 290 candidats, 243 crus bourgeois reconnus. Un aussi faible nombre de recalés interroge. « C’est normal, la plupart des candidats étaient déjà dans une démarche de crus bourgeois », justifie la directrice de l’Alliance. 70% des promus étaient certes déjà classés en 2003 ; mais à l’époque, il y avait eu 490 postulants et 247 élus. Un taux de réussite de 50%, plus proche d’un concours de grande école que du baccalauréat…

Est-ce à dire que seuls ceux qui savent avoir leurs chances prennent la peine de concourir (la procédure a un coût, ne l’oublions pas) ? Espérons quoi qu’il en soit, comme le laisse entendre l’Alliance, que les procédures s’affineront avec les années. Sinon, on finira par penser que 100% de ceux qui ont tenté leur chance sont sortis gagnants…

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oct 04

Une catégorie de vins devrait disparaître après le millésime 2011 : les VDQS. La première édition du Guide Hachette des Vins, en 1985, en comptait une quarantaine. Ils ne sont plus que 16 en 2010 : quelques îlots viticoles. Pourtant, évoquer ces « vins délimités de qualité supérieure », c’est retracer l’évolution de la viticulture française durant la deuxième moitié du XXe siècle : la montée en puissance des vins d’appellation dans la production nationale. Cette catégorie intermédiaire, aujourd’hui illisible pour le consommateur, n’a-t-elle pas servi à de nombreux vignobles de tremplin vers l’AOC et contribué à la diversité des vins de France ?


Les appellations « historiques »…
En 1935, un texte décisif institue les « appellations d’origine contrôlée », vins d’élite issus d’aires délimitées en fonction de leurs sols, de leurs climats et de facteurs humains – les « usages loyaux et constants ».
Immédiatement à la suite de ce décret-loi, avant guerre, toute une série de régions ou de communes accèdent à l’AOC. La plupart proviennent de vignobles d’ancienne notoriété, qui vendent de longue date leurs vins en bouteilles à une clientèle souvent aisée : après le champagne, promu dès avant ce texte, majoritairement des vins de Bourgogne (et du Beaujolais, officiellement rattaché à ce vignoble), ainsi que du Bordelais. Un certain nombre d’AOC sont également reconnues dans les vallées du Rhône et de la Loire, dans le Sud-Ouest et le Jura.


Les oubliés des années 1930
Mais dans le Sud ? Seuls quelques vins doux naturels, comme le muscat de Frontignan ou le rivesaltes, qui avaient fait la réputation des régions méditerranéennes bien avant que ces terres ne misent sur la production de « gros rouge », sont reconnus en AOC ; peu après, c’est au tour de la blanquette-de-limoux, qui pétillait dès le XVIe siècle. Mais pas un seul vin rouge sec dans cette région pourtant entièrement vouée à la viticulture (la première AOC pour ce type de vin a été fitou, en 1948) ! En Provence, le tableau n’est guère différent : quelques vignobles historiques, très localisés, sont promus : Cassis, suivi de près par Bandol (1941), Palette et Bellet. Quant à la Corse, elle semble alors aussi éloignée de la notoriété viticole que l’île de Sainte-Hélène.


Les VDQS, une catégorie intermédiaire
L’« appellation d’origine vin délimité de qualité supérieure » (VDQS ou AOVQS) est officialisée en 1949. Cette nouvelle catégorie se distingue peu de l’AOC : elle correspond non seulement à une aire délimitée selon des critères de terroir, mais aussi à des conditions de production (encépagement, cépages, degré alcoolique…). La différence entre les AOC et les AOVDQS ? Pour les secondes, des délimitations sont un peu plus lâches et les rendements autorisés en général supérieurs à ceux des AOC. Les promoteurs de cette nouvelle catégorie se préoccupent notamment de faire sortir le Midi de sa spécialisation dans les vins courants, afin de le faire échapper aux crises récurrentes de surproduction. En d’autres termes, ils espèrent favoriser l’éclosion d’appellations dans des vignobles peu réputés.


Les vignobles tirés vers le haut
Cette nouvelle catégorie a fini par s’imposer – même si dans l’ancien « Midi rouge », prompt aux révoltes, une fraction importante des producteurs s’est longtemps arqueboutée sur la défense de la viticulture de masse. De très nombreux vignobles méridionaux classés aujourd’hui en AOC ont commencé leur ascension comme VDQS. C’est le cas de la plupart des vins du Languedoc-Roussillon comme les coteaux-du-Languedoc, saint-chinian, faugères… ; des plus vastes appellations provençales (côtes-de-provence, coteaux-d’aix-en-provence, coteaux-varois-en-provence) ; des vins de Corse ; de nombreuses productions dans l’orbite de la vallée du Rhône méridionale (cotes-du-luberon par exemple). Les plus vastes de ces appellations ont accédé à l’AOC dès les années 1980. Dans le même temps, la viticulture a délaissé la plaine pour s’installer sur les meilleurs terroirs de coteaux – d’où le nom de ces vignobles affichant fièrement leur caractère pentu (« coteaux-du-languedoc », voir blog « Les vins français ont-ils encore la « côte » ?). L’encépagement a été revu de fond en comble. L’aramon, cépage autrement appelé « pisse-vin » et associé aux vins de table, a notamment été banni.


Des productions ressuscitées
La création des VDQS a également permis la renaissance d’une myriade d’autres vignobles situés hors des zones méditerranéennes. Des vignobles parfois très anciens mais enclavés, situés dans des régions périphériques, comme les piémonts de montagne. Souvent, ils avaient considérablement rétréci à la suite de la crise phylloxérique et presque sombré dans l’oubli. Un exemple célèbre ? Cahors, dont les vignerons eurent à cœur de redonner vie à leur « vin noir » issu du cépage malbec. Aujourd’hui AOC, ce vin fut VDQS entre 1951 et 1971. Nombre d’intéressants cépages locaux ont pu survivre grâce à aux VDQS, qui ont été reconnus dans le Sud-Ouest, le Val de Loire, le piémont du Massif Central, en Lorraine.


Une catégorie redondante
Presque tous les VDQS ont accédé à l’AOC avant 2000. Aujourd’hui, la production des VDQS représente 290 000 hl, quelque 1 % de la production actuelle. Qui remarque encore la mention « vin délimité de qualité supérieure » sur les étiquettes ?
Le développement d’une nouvelle catégorie intermédiaire, celle des vins de pays (VDP, créés en 1968), a rendu le statut VDQS difficilement lisible. Même si, à l’origine, les vins de pays sont de simples vins de table affichant une indication géographique et que leur rapport au terroir est plus lâche.


AOP ou IGP ?
La réforme européenne de 2008 transforme les vins de pays en « indications géographiques protégées » (IGP). Elle les sort de la catégorie des vins de table pour les rapprocher des AOP (appellation d’origine protégée, dénomination européenne des AOC) : les VDP/IGP n’affichent-ils pas une origine géographique comme les AOC ? En France, les pouvoirs publics programment alors la disparition des VDQS. Les producteurs des derniers VDQS doivent opter pour l’une ou l’autre catégorie : IGP ou AOP. Vont-ils choisir l’IGP ? Une catégorie conçue par l’UE pour rivaliser avec les vins des pays du Nouveau Monde, peu adeptes des réglementations, et en phase avec une certaine libéralisation des marchés. Elle admet des pratiques œnologiques interdites pour les vins d’AOC.



Et pourtant, tous les syndicats ont demandé à accéder à l’AOP. Pourquoi ce choix ? François Rat, président de la Fédération nationale des AOVDQS et producteur de haut-poitou, explique que les vignerons concernés s’efforcent depuis des années de lier leurs vins au terroir, en recherchant les cépages les mieux adaptés. Les producteurs de haut-poitou souhaitent ainsi écarter en blanc le chardonnay, cépage vedette du Nouveau Monde, lui préférant le sauvignon, appelé localement fié, et ont mis le cabernet franc en vedette pour les rouges et rosés. Dans le même temps, ils se sont imposé une certaine rigueur, notamment en matière de rendements. Le choix de l’IGP inverserait la tendance.



La superficie réduite des derniers VDQS milite enfin pour le choix de l’AOP. Gros-plant-du-pays-nantais et saint-mont mis à part, la superficie de toutes ces appellations n’excède pas quelques centaines d’hectares. Les plus petites, comme les vins-d’estaing en Aveyron, en comptent moins de 20 ! Pas de quoi inonder les marchés mondiaux… Les derniers producteurs préfèrent conserver leur position de niche, en s’appuyant sur l’oenotourisme et l’ancienne notoriété de leur vignoble : celui du Haut-Poitou remonte à Guillaume X, père d’Aliénor d’Aquitaine, et trouvait au XIIe siècle des débouchés en Europe du nord avant le bordeaux !


Liste des VDQS actuels


Lorraine
Moselle


Sud-Ouest
Coteaux-du-quercy
Côtes-de-millau
Côtes-du-brulhois
Lavilledieu
Saint-mont
Saint-sardos
Tursan
Vins-d’entraygues-et-du-fel
Vins-d’estaing


Vallée de la Loire
Coteaux-d’ancenis
Fiefs-vendéens
Gros-plant-du-pays-nantais
Haut-poitou


Centre-Loire
Châteaumeillant
Côtes-d’auvergne



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fév 09

logo-bioDepuis hier, l’Europe a un logo tout nouveau tout bio. Une feuille stylisée, dont le contour est formé par les étoiles de l’Union (on a recompté, il y en a bien 12) sur un fond vert prairie. Il devra figurer à partir du 1er juillet 2010 sur tout produit biologique préemballé élaboré dans l’Union. L’heureux gagnant, désigné à l’issue d’un concours ouvert à tous les citoyens, est un étudiant allemand, Dusan Milenkovic, dont le projet a recueilli près de deux tiers des 129 493 votes. Parfait. Et c’est tout ? Oui, c’est tout.

Les citoyens européens (enfin, 80 000 d’entre eux…) ont décidé démocratiquement du nouvel étendard du bio européen. On ne pourrait que se réjouir de cette entreprise, si le revers de la médaille n’était pas aussi… sombre ? Flou ? Car pendant que les citoyens sont appelés à décider de la forme, de « l’emballage » dirait-on sans jeu de mots, les négociations vont bon train dans les couloirs de la Commission quant au fond. De quoi le bio sera-t-il fait demain, et plus précisément pour ce qui nous intéresse, le vin bio ?

Car faut-il le rappeler, il n’est de bio aujourd’hui que la partie agricole du vin, à savoir le raisin. La commission s’est donc attelée à la question de la vinification biologique afin d’établir un cahier des charges complet et aboutir à la définition d’un vrai « vin bio ». Des règles européennes sont en discussion depuis fin juin 2009 entre les 27 États membres dans le cadre du Comité permanent de l’Agriculture biologique. La commission n’a pas encore émis de proposition écrite formelle, seulement des textes dits « de travail ». Le calendrier pour l’adoption d’un règlement est ouvert même si, précise-t-on à Bruxelles, « l’objectif d’aboutir à temps pour la vendange 2010 a été évoqué ».

Un certain nombre de points fait déjà débat sur l’utilisation de techniques comme la thermovinification, l’osmose inverse ou la flash pasteurisation. Les Vignerons indépendants de France se sont inscrits en faux dès le mois d’octobre dernier contre l’autorisation de ces pratiques œnologiques, estimant qu’elles « dénaturent ou détruisent les matières vivantes naturellement présentes dans le vin ».

Ces premiers éléments font craindre une définition réglementaire du vin bio a minima, c’est-à-dire interprétant au pied de la lettre la philosophie du bio, à savoir : pas d’intrants de synthèse. La flash pasteurisation tue des éléments naturels du vin ? Peut-être, mais elle ne rajoute pas de composants artificiels, donc autorisée ! Et tant pis pour « l’esprit » du bio et la confiance des consommateurs (les mêmes que l’on a invités à donner leur avis… sur le logo !).

Cela étant, de quoi s’étonne-t-on ? Le loup n’était-il pas dans la bergerie depuis quelque temps déjà ? Car ces pratiques œnologiques aujourd’hui dénoncées pour le vin bio sont autorisées dans les AOC depuis longtemps. Et on peut penser qu’elles dénaturent plus le vin dans son « lien au terroir », en contribuant à standardiser les cuvées, que dans sa « bio-itude »…

Thermovinification : vinification avec chauffage de la vendange.

Flash pasteurisation : procédé de conservation des aliments qui consiste en un chauffage à une température élevée (75 °C environ) pendant un laps de temps très court, suivi d’un refroidissement rapide.

Osmose inverse : technique permettant d’enlever de l’eau afin de concentrer les moûts.

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fév 03

Cocorico, la France est redevenue en 2009 le premier producteur mondial de vin (en volume), repassant devant l’Italie qui lui avait chipé la médaille en 2007. Certes, la nouvelle ne date pas d’hier (fin novembre dernier) et nous avions d’ailleurs accueilli cette information avec une attention tout juste polie, la même dont nous avions fait preuve il y a deux ans lors de l’annonce du repli de notre icône nationale. Jugez plutôt de l’exploit : la France supplante l’Italie pour quelque 200 000 hl, pas même la production annuelle de la seule appellation médoc. Les vignerons savent trop bien qu’un millésime restreint peut en cacher un autre plus abondant : il suffisait donc d’attendre. Pourquoi, alors, en parler aujourd’hui ? Parce que les premières indications sur les performances des nouveaux « vins sans indication géographique » (ex-vins de table) exposées dans un article du site Vitisphère viennent rappeler que la situation n’est pas si simple…

 

 

Rappelons les faits pour ceux qui n’auraient pas suivi la limpide réforme des vins européens (et donc français) : les vins de table, base de la pyramide des vins, se nomment depuis le millésime 2009 « vins de France ». De plus, leur étiquette peut désormais afficher nom de cépage et millésime.

 

Vous avez bien compris : la catégorie de vins a priori la moins qualitative – le plus souvent celle des bibines vendues au litre en bouteille plastique et en brique carton – est la seule qui puisse se prévaloir du doux nom de notre pays. Quel porte-drapeau pour les vins français !

 

Et en plus, patatras ! Cette nouvelle catégorie ne semble pas décoller, et ce pour diverses raisons.

 

Des problèmes juridico-administratifs, d’abord : les États-Unis s’opposent à la mention du millésime pour ces vins. Eux réservent en effet cette mention aux vins produits dans des zones plus restreintes que leur pays. Eh oui ! Voilà le Nouveau Monde plus rigoureux que l’Europe. Quel sens peut en effet avoir la notion de millésime lorsque le produit résulte d’un coupage de vins en provenance de régions assez éloignées pour que les conditions climatiques annuelles soient différentes ?

 

Quant au cépage, c’est au sein même de notre pays que les dents grincent ! Les anciens vins de pays (aujourd’hui « indication géographique protégée » selon la réforme) bénéficiaient auparavant presque exclusivement du privilège de cette mention. Les acteurs de la filière qui tiraient une grande partie de leur chiffre d’affaires de cette catégorie ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée de cette concurrence interne…

 

Enfin, pour ce qui est des marchés, les opérateurs semblent encore timides, tel Castel qui ne croit pas « forcément opportun de lancer des vins de cépage de France qui risquent de cannibaliser les ventes de produits déjà établis », à savoir leurs vins de pays.

 

Ces valses-hésitations font écho aux doutes qui s’étaient exprimés après la création des « vins de pays des vignobles de France », dénomination finalement annulée en 2007 par l’Union européenne puis par le Conseil d’État. À l’époque, c’étaient les producteurs de vins de pays d’Oc qui avaient fait barrage, craignant que cette dénomination n’entrainât confusion, concurrence par le bas et chute des prix. On observe le même débat en Espagne, où les producteurs de la DOC rioja, l’une des plus anciennes et prestigieuses appellations ibériques, sont vent debout contre la catégorie « vinos de la tierra de los viñedos de España » (vins de pays des vignobles d’Espagne), catégorie transversale de vins de pays issus de toute la péninsule, créée en 2006 et confirmée en 2009 (pour la majorité du pays) malgré les recours.

 

Récapitulons : voici une nouvelle catégorie de vins, les « vins sans indication géographique », créée pour simplifier et mieux hiérarchiser l’offre et pour développer les marchés à l’export, qui vient entrer en conflit direct avec les catégories existantes et qui se voit contestée par un des principaux marchés étrangers… et tout cela sous la bannière France !

 

Alors, de quel vin français parle-t-on quand on se gargarise de notre suprématie retrouvée ?

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juin 09

Victoire ! Le rosé ne sera pas un vulgaire vin de coupage. Le communiqué publié juste au lendemain des élections européennes par la Commission de Bruxelles marque un revirement inespéré.


Mariann Fischer-Boel, la commissaire à l’Agriculture, y annonce qu’elle renonce à changer les règles d’élaboration du rosé  et que l’interdiction de coupage entre vins blancs et rougespour produire du vin de table est maintenue. Le rosé continuera donc à se faire par macération, saignée ou pressurage léger de raisins rouges, comme toujours. « Il est important de prêter attention aux inquiétudes des professionnels au sujet des changements dans la réglementation. Il est devenu clair au fil des dernières semaines qu’une majorité d’entre eux  pensait que ces changements étaient de nature à saper l’image du rosé traditionnel », a admis Mme Fischer-Boel.


L’affaire du « faux rosé » a eu un retentissement inattendu en France, pays où la consommation de vin (mais pas celle du rosé) recule d’année en année. Tant et si bien que plusieurs candidats aux européennes du 7 juin s’étaient emparé de l’argument dans la campagne, et la polémique avait fait presque autant de bruit que celle du plombier polonais au référendum de mai 2005.


Point final donc à un cafouillage qui durait depuis le 27 janvier dernier, lorsque le représentant français avait émis un avis favorable auprès de la Commission qui souhaitait lever l’interdiction dudit coupage. La disposition sibylline étant intégrée, pour ne pas dire dissimulée, dans un projet plus vaste de réforme des pratiques œnologiques. Devant la fronde des vignerons, on a envisagé un temps d’inscrire les mentions « rosé traditionnel » ou « rosé véritable » afin de ne pas mélanger les genres. L’idée est abandonnée. Comme est annulé le vote du 19 juin devant entériner la pratique du coupage. Michel Barnier, le ministre français de l’Agriculture, avait effectué une délicate manœuvre de rétropédalage devant l’hostilité bruyante des vignerons, Provençaux en première ligne. Et quand la France a enfin rejoint les rangs des réfractaires, à la suite de l’Italie (à l’origine, seule Rome avait émis des réserves), qu’à la coalition se sont ajoutées la Grèce, l’Allemagne et la Hongrie, la Commission ne pouvait plus imposer son projet faute de la majorité qualifiée. Bruxelles a donc prudemment annulé le vote et retiré son projet.


Michel Barnier s’est aussitôt félicité de cette décision qui « préserve notre modèle alimentaire ». Son confrère italien, Luca Zaia, ajoutant quant à lui : « Nous continuerons à travailler pour construire une Europe réelle, qui ne laisse pas la place à des pastiches de la sorte et qui fasse de la sauvegarde du patrimoine agroalimentaire les fondements de sa politique agricole ». Les vignerons triomphent : « C’est une grande satisfaction de voir  préservé notre savoir-faire plutôt que le côté mercantile », estime Xavier de Volontat, président de l’Association de la production viticole. Les vins de table rosés représentent environ 10 % des vins rosés produits en France. Le vin rosé représente lui-même 10 à 12 % de la production française de vin.


En savoir plus : europa.eu


Voir aussi : Le rosé est-il un mélange de vin rouge et de vin blanc ?

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juin 09

Les vins du Bugey dans le département de l’Ain et ceux de Saint-Pourçain dans l’Allier vont faire leur entrée dans la grande famille des AOC (appellation d’origine contrôlée). L’INAO a donné son feu vert le 28 mai dernier.


Le vignoble auvergnat de Saint-Pourçain s’étend sur 600 hectares, sur les coteaux de la Sioule, au cœur du Bourbonnais, en dessous de Moulins. Les vignerons convoitaient le label depuis 1982, date où fut déposée leur première demande. Les rouges, la moitié de la production, sont faits de gamay et de pinot noir. Le gamay est employé pour le rosé. Saint-Pourçain tenait autrefois sa réputation et son charme de ses blancs de chardonnay et de tressallier, un cépage local aux saveurs originales. Au total, 19 communes entrent dans l’aire d’appellation.


Au carrefour de la Savoie, du Jura et de la Bourgogne, le Bugey se décline en « Bugey » et « Roussette du Bugey ». Le vignoble avait été délimité AOVDQS en 1958. Il englobe environ 500 hectares sur 67 communes. L’AOC « Bugey » s’applique aux vins tranquilles blancs, rouges et rosés et aux pétillants blancs et rosés. Le nom de l’appellation peut être complété par les dénominations géographiques « Manicle », « Montagnieu » ou « Cerdon ». L’AOC « Roussette du Bugey » est elle réservée aux blancs tranquilles issus du seul cépage altesse, qu’on appelle roussette dans la région.


Voir aussi :
- Découvrir l’appellation bugey
- Découvrir l’appellation saint-pourçain



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juin 03

Le classement des crus bourgeois du Médoc, créé en 1932 par les courtiers bordelais a été révisé puis avalisé par un arrêté ministériel en 2003. Des 444 crus bourgeois de 1932, il n’en restait que 101 en 1966 et 121 en 1978. En 2003, 247 châteaux furent consacrés. Les choses se gâtèrent alors, quand les absents du palmarès crièrent à l’injustice et allèrent devant les tribunaux. Et en 2007, le classement fut annulé et la mention interdite. Depuis lors, les vignerons se sont réconciliés, réunis et remis à l’ouvrage autour du projet « Reconnaissance Cru bourgeois ». Un cadre réglementaire officiel sera fixé courant 2009, selon les assurances ministérielles.


En attendant, les vignerons médocains peaufinent les  nouvelles règles de sélection, jusque-là quelque peu floues. La Reconnaissance Cru bourgeois imposera un examen annuel, deux ans après la récolte. Elle se fondera sur un cahier des charges et un plan de vérifications. Chaque étape de validation des critères sera supervisée par un organisme de contrôle indépendant : le Bureau Véritas. Vérification de moyens par une visite d’éligibilité et un audit des propriétés candidates. Vérification annuelle des résultats selon une procédure précise : une dégustation à l’aveugle de professionnels qui s’étalonneront au préalable sur des échantillons référents, afin de tenir compte de l’effet millésime. L’attribution du label sera basée sur la moyenne arithmétique des notes de chaque dégustateur.


Les standards définis par la charte de qualité adoptée début mai devront être respectés. Un luxe de contraintes pour une mention qui se veut désormais incontestable. Si le calendrier est respecté, les premières Reconnaissances Cru bourgeois seront délivrées début 2010 sur le millésime 2008.


En savoir plus : www.crus-bourgeois.com



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mai 22

Étrange, la presse n’en a guère parlé. Ce sont les journalistes spécialisés anglo-saxons, toujours à l’affût des nouvelles concernant le vignoble bordelais, qui ont débusqué l’article 65, tapi dans la loi n° 2009-526 du 12 mai 2009 sur la « simplification et de clarification du droit et d’allègement des procédures ». Un texte en 140 articles qui évoque des sujets aussi variés que l’inscription des citoyens sur les listes électorales, le fonctionnement des copropriétés, l’adoption internationale ou l’harmonisation des conditions d’indemnisation des victimes d’accidents médicaux. Il trouve incidemment une solution à un problème assez compliqué, celui du classement de Saint-Emilion.

Allons au texte de loi, chapitre II : « Mesures de simplification en faveur des entreprises et des professionnels ». On arrive au fait à l’article 65 qui valide le classement de Saint-Emilion –  enfin ! Citation presque intégrale du texte, les initiés comprendront : « Pour les vins issus des récoltes 2006 à 2011 et à défaut d’intervention d’un nouveau classement applicable à certaines de ces récoltes, l’utilisation des mentions grand cru classé et premier grand cru classé est autorisée pour les exploitations viticoles ayant fait l’objet du classement officiel homologué par l’arrêté du 8 novembre 1996 relatif au classement des crus des vins à appellation d’origine contrôlée Saint-Emilion grand cru.

L’utilisation de la mention « grand cru classé » est également autorisée, dans les mêmes conditions, pour les châteaux Bellefont-Belcier, Destieux, Fleur Cardinale, Grand Corbin, Grand Corbin-Despagne et Monbousquet et celle de « premier grand cru classé » pour les châteaux Pavie Macquin et Troplong Mondot (les huit promus du classement de 2006) »

Pour aboutir à cette solution, deux élus girondins ont bataillé ferme : le sénateur Gérard César et le député Jean-Paul Garraud. Ils seront heureux de constater que la loi du 12 mai rectifie dans le bon sens la loi de finances rectificative  du 19 décembre 2008, dont un article invalidé par le Conseil constitutionnel admettait ces huit promus au bénéfice du classement.

On se souvient de la bataille juridique qui avait suivi la révision en 2006 du classement des crus de Saint-Emilion, le seul en Bordelais à prévoir une révision décennale (voir  nos articles précédents). Le simple énoncé des étapes de ce feuilleton donne le tournis :  contestation du classement devant les tribunaux par des châteaux présents dans le classement de 1996 et exclus de celui de 2006 ; suspension du classement par le tribunal administratif,  rétablissement par le Conseil d’Etat, annulation par le tribunal administratif (juillet 2008), rétablissement par les élus du classement de 1996 au cours d’une session nocturne, nouvelles réclamations des promus de 2006 exclus des bénéfices du classement, intégration de ces derniers par un article de loi invalidé par le Conseil constitutionnel, et pour finir, en mars dernier, annulation en appel du classement de 2006… Autant d’incertitudes juridiques dans un climat économique récessif. Et pour couronner le tout, les quelque 17 000 ha de vignes girondines ravagées par la grêle le 11 mai dernier…

Les éléments se déchaînant à leur tour, cette mesure d’apaisement semble bienvenue. Peu de commentaires : faut-il croire qu’on ne l’attendait plus ?

Le classement des saint-émilion grand cru a donc force de loi. La liste des châteaux élus correspond au classement de 1996, mais elle inclut les crus promus en 2006, qui pourront faire figurer sur l’étiquette de leurs 2006 « grand cru classé » ou « premier grand cru classé ». Quant aux exclus du classement de 2006, ils sont réintégrés : tous gagnants !

Sauf, peut-être, la notion même de classement, dont il faudra réviser les procédures, de manière à les rendre incontestables.

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