L’Alliance des crus bourgeois a dévoilé le 23 septembre dernier la liste des crus du Médoc qui pourront bénéficier de cette mention pour le millésime 2008. À l’heure de la clôture des inscriptions (mi-novembre) pour concourir à la reconnaissance du millésime 2009, retour sur la « nouvelle formule » de ce classement historique.
L’annonce du nouveau classement a dû susciter quelques « ouf ! » de soulagement dans la presqu’île médocaine. On pense moins aux châteaux élus (avec un taux de réussite frisant les 84%, l’épreuve se révèle moins difficile que le bac) qu’aux promoteurs de ces nouveaux crus bourgeois, satisfaits d’avoir réussi à surmonter les obstacles. « L’urgence, c’était de sauver cette mention historique, de faire en sorte que des bouteilles estampillées Cru bourgeois puissent circuler sur le marché », indique Frédérique de Lamothe, la directrice de l’Alliance.
Il en circulait pourtant déjà beaucoup, car l’annulation en justice du précédent classement de 2003 n’avait pas empêché nombre de châteaux de continuer à arborer la mention. Vide juridique, laxisme ou bienveillance des autorités ? Peu importe, « à partir du millésime 2008, seule la reconnaissance de l’Alliance sera légale », affirme celle qui aura travaillé pendant quatre ans à bétonner le projet pour le rendre inattaquable.
Juridiquement, la mention est sans doute bordée, avec l’organisme de certification Bureau Veritas à la manœuvre pour les aspects techniques. Mais est-elle pour autant pertinente ?
Classement ou label ?
Première différence de taille avec le classement précédent, la reconnaissance n’est valable que pour un millésime. Une obligation, car « avec Veritas, on garantit la qualité d’un produit, or dans le vin, le produit change chaque année ». Approche louable qui est d’ailleurs celle du Guide Hachette, mais d’une efficacité économique peut-être limitée si l’on se place du point de vue des châteaux. Tant pis pour les crus qui auraient bien aimé bâtir une stratégie commerciale – au moins sur le moyen terme – en s’appuyant sur ce classement.
D’ailleurs, il ne faut plus parler de classement, mais de reconnaissance, car il n’y a plus qu’une catégorie : exit donc les « crus bourgeois supérieurs » et « crus bourgeois exceptionnels » des classements précédents. La raison ? « Il fallait rebâtir les fondations avant de songer à faire des étages », confie Frédérique de Lamothe. « Être sages et prudents », en prenant en compte la « dimension politique » de l’affaire. On comprend à demi-mot que les plaies du feuilleton judiciaire récent sont encore ouvertes et fumantes… Crus bourgeois, attention fragile !
Première étape : l’éligibilité
Pour faire concourir son vin, il faut d’abord être éligible. Une éligibilité confirmée après visite par Veritas. Sur quels critères ? « La traçabilité, principalement » : logique à défaut d’être glamour, car c’est un des fonds de commerce de Veritas, plus habitué aux process industriels qu’aux subtilités de la taille de la vigne et de l’élevage du vin.
Les autres critères pourront paraître secondaires : « repérage du cru aisément réalisable à partir de la route d’accès principale à l’exploitation », « voies […] d’accès aux bâtiments d’exploitation […] praticables par un véhicule de tourisme », « parcs ou jardins ou espaces verts […] entretenus », etc. Après tout, pourquoi pas ? À l’heure du développement de l’œnotourisme, on ne peut que saluer cette démarche.
Deuxième étape : la dégustation de reconnaissance
Avec la dégustation, les choses sérieuses commencent. Nous ne décrirons pas ici en détail son processus, de peur de donner des maux de tête à nos lecteurs. Retenons simplement deux faits :
1. Le niveau minimum requis pour accéder à la mention cru bourgeois est fixé à partir de la dégustation d’échantillons « témoins » fournis par les châteaux candidats eux-mêmes ! Si l’on avait l’esprit mal tourné, on pourrait imaginer que les châteaux fournissent des échantillons médiocres afin de placer la barre au plus bas…
2. Il n’y a que deux catégories de panels référents : une pour les AOC médoc et haut-médoc, et une pour les AOC communales (listrac, margaux, moulis, pauillac, saint-estèphe, saint-julien). Un moulis est donc noté à partir de la même référence qu’un pauillac. Quand on connaît les différences entre ces deux appellations, on ne peut être qu’étonné… Dès lors que l’Alliance avait décidé d’établir plusieurs systèmes de référence, pourquoi pas un par appellation ?
And the winner is…
Pour le millésime 2008, 290 candidats, 243 crus bourgeois reconnus. Un aussi faible nombre de recalés interroge. « C’est normal, la plupart des candidats étaient déjà dans une démarche de crus bourgeois », justifie la directrice de l’Alliance. 70% des promus étaient certes déjà classés en 2003 ; mais à l’époque, il y avait eu 490 postulants et 247 élus. Un taux de réussite de 50%, plus proche d’un concours de grande école que du baccalauréat…
Est-ce à dire que seuls ceux qui savent avoir leurs chances prennent la peine de concourir (la procédure a un coût, ne l’oublions pas) ? Espérons quoi qu’il en soit, comme le laisse entendre l’Alliance, que les procédures s’affineront avec les années. Sinon, on finira par penser que 100% de ceux qui ont tenté leur chance sont sortis gagnants…






