À l’heure où les sujets sur « le vin et les femmes » fleurissent un peu partout dans la presse, Version fémina, le toujours très pertinent supplément magazine de nombreux journaux de fin de semaine, semble lui aussi s’intéresser au vin. Peut-être pas pour le meilleur…
Dans l’édition n° 446 du 21 octobre dernier, on pouvait lire la chronique « Mieux-être » de la « Coach forme » (tous les mots comptent, attention) Christine Ballestrero, intitulée : « Vin et santé, la fin du mythe ». Nous ne reviendrons pas dessus en détail, nos confrères de Terres de vins en ayant fait une recension assez complète et l’article lui-même étant lisible en cliquant ici.
En résumé, s’appuyant sur des faits scientifiques erronés, une interview mal retranscrite et des connaissances œnologiques plus qu’approximatives, la « Coach forme » informait ses lectrices que non, finalement non, le vin n’était pas bon pour la santé. Belle nouvelle ! Depuis, notre « Coach forme » a publié sur le site du magazine une sorte d’erratum. Certes, mais le mal est fait.
Cette histoire pose en fait deux questions. La première, c’est : mais qui diable aujourd’hui est assez bête pour boire du vin « parce que c’est bon pour sa santé » ? On boit du vin parce que l’on aime ça, parce que c’est une boisson à l’histoire millénaire, partie intégrante de notre culture, parce que c’est un breuvage délicieux qui se marie magnifiquement sous ses différentes formes avec notre riche cuisine française, et qui n’a pas son pareil pour accompagner des moments de convivialité.
La deuxième question, c’est : de quoi je me mêle ? « Coach forme », dites-vous ? Très bien, informez donc vos nombreuses lectrices avides de découvrir les mille et une façons de mincir sans bouger les orteils ou de retrouver le sommeil grâce aux huiles essentielles, mais laissez tomber le vin. Est-ce que nous nous piquons ici de parler minceur, luminothérapie ou sophrologie ?
Après un tel exercice de souplesse journalistique couronné de succès, le magazine allait-il oser remettre le couvert ? Bien sûr que non… eh bien si ! C’est de l’éditorial cette fois que le coup est parti (n° 448). Passant en revue les réjouissances à venir du mois de novembre, son auteur conclut : « Il faudra [de la gentillesse et de la tolérance] lors du troisième jeudi consacré au beaujolais nouveau (le 18), pour supporter ses amateurs et leurs habituels “il a un petit goût de banane-cassis-mûre”… »
Pauvre Fémina, assailli chaque année par de méchants amateurs de beaujolais nouveau ! Osera-t-on faire remarquer que les premiers à jouer au jeu du « quel goût a le beaujolais nouveau cette année » sont précisément ses confrères journalistes, toujours pleins d’imagination quand il s’agit de dépoussiérer un marronnier ?
Alors oui, ne vous en déplaise, nous aimons la fête du beaujolais nouveau (et des autres vins nouveaux en général, d’ailleurs), parce que c’est peut-être en France, pays admiré dans le monde entier pour ses vins, l’un des derniers événements d’ampleur qui célèbre le vin et le plaisir d’en boire.

Ce post aurait pu s’intituler « Goût de terroir », mais voilà : cette expression était employée autrefois pour caractériser certains vins, disons, un peu rustiques et surtout pour excuser certaines déviances œnologiques (arômes phénolés notamment…).