nov 08

À l’heure où les sujets sur « le vin et les femmes » fleurissent un peu partout dans la presse, Version fémina, le toujours très pertinent supplément magazine de nombreux journaux de fin de semaine, semble lui aussi s’intéresser au vin. Peut-être pas pour le meilleur…


Dans l’édition n° 446 du 21 octobre dernier, on pouvait lire la chronique « Mieux-être » de la « Coach forme » (tous les mots comptent, attention) Christine Ballestrero, intitulée : « Vin et santé, la fin du mythe ». Nous ne reviendrons pas dessus en détail, nos confrères de Terres de vins en ayant fait une recension assez complète et l’article lui-même étant lisible en cliquant ici.


En résumé, s’appuyant sur des faits scientifiques erronés, une interview mal retranscrite et des connaissances œnologiques plus qu’approximatives, la « Coach forme » informait ses lectrices que non, finalement non, le vin n’était pas bon pour la santé. Belle nouvelle ! Depuis, notre « Coach forme » a publié sur le site du magazine une sorte d’erratum. Certes, mais le mal est fait.


Cette histoire pose en fait deux questions. La première, c’est : mais qui diable aujourd’hui est assez bête pour boire du vin « parce que c’est bon pour sa santé » ? On boit du vin parce que l’on aime ça, parce que c’est une boisson à l’histoire millénaire, partie intégrante de notre culture, parce que c’est un breuvage délicieux qui se marie magnifiquement sous ses différentes formes avec notre riche cuisine française, et qui n’a pas son pareil pour accompagner des moments de convivialité.


La deuxième question, c’est : de quoi je me mêle ? « Coach forme », dites-vous ? Très bien, informez donc vos nombreuses lectrices avides de découvrir les mille et une façons de mincir sans bouger les orteils ou de retrouver le sommeil grâce aux huiles essentielles, mais laissez tomber le vin. Est-ce que nous nous piquons ici de parler minceur, luminothérapie ou sophrologie ?


Après un tel exercice de souplesse journalistique couronné de succès, le magazine allait-il oser remettre le couvert ? Bien sûr que non… eh bien si ! C’est de l’éditorial cette fois que le coup est parti (n° 448). Passant en revue les réjouissances à venir du mois de novembre, son auteur conclut : « Il faudra [de la gentillesse et de la tolérance] lors du troisième jeudi consacré au beaujolais nouveau (le 18), pour supporter ses amateurs et leurs habituels “il a un petit goût de banane-cassis-mûre”… »


Pauvre Fémina, assailli chaque année par de méchants amateurs de beaujolais nouveau ! Osera-t-on faire remarquer que les premiers à jouer au jeu du « quel goût a le beaujolais nouveau cette année » sont précisément ses confrères journalistes, toujours pleins d’imagination quand il s’agit de dépoussiérer un marronnier ?


Alors oui, ne vous en déplaise, nous aimons la fête du beaujolais nouveau (et des autres vins nouveaux en général, d’ailleurs), parce que c’est peut-être en France, pays admiré dans le monde entier pour ses vins, l’un des derniers événements d’ampleur qui célèbre le vin et le plaisir d’en boire.

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juil 28

Non, pas de faute d’orthographe dans ce titre. On ne s’intéressera pas ici à la « cote » des vins français, sur le marché intérieur ou à l’export (précisons simplement que la consommation nationale a encore baissé en 2009, passant pour la première fois sous la barre des 30 Mhl…). Ce qui nous occupe ici, c’est l’étrange mouvement de balancier qui caractérise depuis maintenant quelques années le nommage des appellations.


Récapitulons : de nombreuses AOC affichent fièrement les mots côte, côtes ou coteaux (voire costières) dans leur nom. Quoi de plus normal d’ailleurs ? Les meilleurs vins ne sont-ils pas précisément produits sur ces vignobles en pente, dont l’inclinaison favorise l’exposition et le drainage naturel, par opposition aux vins de table produits dans la plaine, parfois « les pieds dans l’eau » après l’orage ? Seulement voilà, la création puis l’essor des vins de pays à partir de la fin des années 1970 se sont accompagnés d’une prolifération des dénominations de vins reprenant ses doux noms « côtiers » : sur la centaine de vins de pays locaux existants, près de la moitié se nomme « Côtes de » ou « Coteaux de », sans même parler des « Collines de » !


La confusion risquait-elle de s’installer, faisant passer les AOC de « côtes » pour de simples vins de pays ? Le fait est que plus d’une appellation changèrent de nom, cachant ses côtes que l’on ne saurait voir et affirmant du même coup plus fortement un ancrage communal ou régional. Après tout, parle-t-on de « côtes-de-gevrey » ou de « coteaux-de-pauillac » ? Non. Il en sera de même alors pour de nombreuses AOC telles buzet (ex côtes-de-buzet), fronton (ex côtes-du-frontonnais) ou plus récemment ventoux, luberon ou pierrevert.


Pourtant, on constate depuis peu un retour en grâce, ici ou là, des côtes et coteaux. Une poignée d’appellations bordelaises veulent s’unir pour se renforcer à l’export ? Ce seront les côtes-de-bordeaux, bannière sous laquelle Blaye, Castillon, Francs et Cadillac ont décidé de se regrouper, chacune pouvant néanmoins continuer à faire valoir son nom… avant celui de l’AOC ! Le Beaujolais réfléchit à démarquer son offre de vins de garde de celle des primeurs ? La solution imaginée par le syndicat viticole est de changer le nom de l’appellation de base en côtes- ou coteaux-du-beaujolais. La « Grande Bourgogne viticole » (Beaujolais inclus) cherche à distinguer les bourgognes comprenant du gamay de ceux issus exclusivement de pinot noir ? On pense pour ces derniers à la création d’une AOC coteaux-bourguignons.


En résumé, quand la stratégie est individuelle, les côtes semblent mises de côté ; quand les efforts sont collectifs et visent à une amélioration de la lisibilité et de la hiérarchisation des vins, les côtes ont a nouveau la cote. Avec la disparition prévisible de nombreux vins de pays trop confidentiels pour assumer le nouveau statut d’indication géographique protégé qu’impose Bruxelles, le problème de confusion des genres a des chances de s’éteindre. Les côtes ont peut-être finalement de beaux jours devant elles…

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jan 26

drapeau GBIl faut écouter ce que disent en matière de vin nos amis anglais. Leurs engouements et préconisations restent rarement sans suite. Au XVIIe siècle, à l’aube de la révolution industrielle, ce sont des Britanniques qui ont mis au point la bouteille en verre épais ; ils ont ouvert ainsi la voie au champagne, la pression du gaz carbonique imposant de très robustes flacons. Le goût des Anglais pour les mousseux, leur savoir-faire et leur charbon ont contribué, plus que dom Pérignon, au succès de la bulle légère dans la bouteille lourde.

 

Autres temps, autres tendances. Voyez Tim Atkin, l’une des plumes de la rubrique « Vin » de The Observer, un des piliers de la presse sérieuse – et « progressiste » – d’outre-Manche. Quelques semaines avant la conférence de Copenhague, le journaliste a consacré un article sur les « vins éthiques qui ne donneront pas la gueule de bois à la planète ». Un texte que l’on peut considérer sous divers angles, y compris géopolitiques.

 

Atkin démarre bille en tête, fustigeant l’emploi de bouteilles « lourdes comme des haltères », dont la fabrication et le transport pèsent sur le bilan carbone du vin. Un travers de ces « machos » de Latins, selon lui. On respire : la France n’est pas citée aux côtés de l’Espagne, de l’Italie et de l’Argentine. 

 

Les vignerons français auraient pourtant tort de se réjouir trop vite : au nom de ces exigences éthiques et environnementales, Tim Atkin met à bas un certain nombre de critères de qualité ayant cours en Europe, et que les anciens pays viticoles pourraient croire universels et solidement établis :

 

La bonne vieille bouteille ? A oublier !… à moins que celle-ci ne soit en verre léger (matériau que les experts déconseillent pourtant pour les crus à mettre en cave). Atkin privilégie la bouteille plastique, le vin en « brique », le bag-in-box. Au rebut, donc, la bouteille en verre épais dont l’essor a permis celui des grands vins de garde de l’Ancien Monde viticole.

 

La mise en bouteille sur place, à la propriété ? Anti-écolo ! Et pourtant… initiée à Mouton par Philippe de Rothschild en 1924, elle s’est généralisée comme gage d’authenticité et comme moyen de lutter contre la fraude sur la provenance. Mais Atkin fait mine de préférer les vins transportés en vrac et conditionnés sur le lieu de consommation – et donc ceux nés dans les pays du Nouveau Monde, qui écoulent volontiers leur production de la sorte, sous des marques d’acheteur de grandes enseignes.

 

Le prix de vente ? Bas, forcément bas ! On sait que le prix est un critère d’achat souvent essentiel pour le consommateur britannique, dans un pays où les droits d’accise sont élevés – comme dans la plupart des pays non producteurs d’Europe du Nord. L’auteur ne manque pas de soulever la question du prix pour prôner le vrac.  Le vin transporté en vrac, c’est moins cher. C’est celui que débitent des enseignes comme Waitrose dans une gamme « feel-good wines ». Dommage, soupire le journaliste, qu’ils ne soient pas meilleurs… (Sans plaider pour des prix prohibitifs ni voir un lien automatique entre le prix et le plaisir gustatif, oserait-on suggérer qu’il y a ici quelque rapport ?)

 

Mais Tim Atkin n’est pas à un paradoxe près. Car après tout, est-ce respecter l’environnement que d’aller chercher, même transportés en vrac, des vins en provenance des antipodes ? Ne serait-on pas plus inspiré de privilégier les circuits courts, chers aux écologistes ? Le journaliste a prévenu l’objection : achetez « local », achetez anglais, « soutenez les 416 wineries britanniques », dit-il à ses lecteurs !

 

Autre cheval de bataille, le commerce équitable a les faveurs d’Atkin, et le label Fairtrade sa bénédiction. Comme le montrent la sélection de vins de Tim Atkin et une visite au site anglophone de Fairtrade, l’offre de « vins équitables » se concentre en Afrique du Sud, au Chili et en Argentine. Tant pis pour les coopératives du Vieux Continent, pourtant pionnières en matière de solidarité.

 

Que penser de tout cela ?

 

Que les considérations éthiques, respectables et même indispensables, sont malheureusement souvent un argument publicitaire, comme pour ces wineries qui affichent leurs « éco-projets », la « neutralité de leur bilan carbone », ou encore cette société portugaise qui étale ses dons à la Royal British Legion (autant d’exemples cités dans l’article anglais). Il faut prendre garde, sous prétexte de dénoncer un « truc » marketing (la bouteille lourde), de ne pas tomber dans un autre…

 

Que de nombreux consommateurs de pays non producteurs semblent obéir, en matière d’achat, à des critères qui n’ont plus grand-chose à voir avec les signes d’origine et de qualité adoptés par la France et l’Union européenne. Une culture inédite du vin se crée. Cette tendance reflète également de nouveaux courants commerciaux qui passent au large de l’ancienne Europe. Le « tiers-monde » viticole soutenu par Tim Atkin s’apparenterait plutôt au groupe de Cairns, ces influents pays exportateurs de produits agricoles, qui s’opposent à l’Europe lors des grandes négociations commerciales.

 

Et le champagne ? Tim Atkin est forcé de le reconnaître : ce n’est pas demain la veille qu’on le vendra en brique de carton ! On lui sert une conclusion sur un plateau ? Demain, grâce au réchauffement climatique, les bulles pourraient bien être anglaises ; ce serait alors au tour des wineries britanniques de donner au consommateur des entorses au poignet avec leurs bouteilles lourdes et fastueuses…

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jan 07

A_0356BANCe post aurait pu s’intituler « Goût de terroir », mais voilà : cette expression était employée autrefois pour caractériser certains vins, disons, un peu rustiques et surtout pour excuser certaines déviances œnologiques (arômes phénolés notamment…).


C’était au mieux une sympathique note animale, au pire un parfum d’écurie… Mais ça plaisait (on était habitués aussi, peut-être) et ça participait du folklore du vin. Ces déviations aromatiques ont aujourd’hui heureusement assez largement disparu, ou tout du moins elles ne sont plus tolérées mais chassées.


Cela n’a pas empêché des scientifiques américains de se mettre à chercher l’origine de ce qu’ils appellent eux-mêmes, en français dans le texte, le « goût de terroir ». Il ne s’agit plus ici bien évidemment des défauts du vin, mais du lien entre les saveurs d’un vin donné et le sol qui l’a vu naître.


Que ressort-il de ces études ? Rien. « Je ne dis pas que la chimie et la géologie n’ont aucun effet sur le vin, conclut un des chercheurs. Mais s’ils en ont, on ne les connaît pas. » Ainsi, la fameuse « minéralité » de certains vins ne serait pas due aux minéraux contenus dans le sol. Les chercheurs dont on parle ici, précisons-le, sont des géologues.


Et c’est peut-être là que le bât blesse, car qu’est-ce exactement qu’un terroir ? Ce n’est pas seulement un sol, une couche géologique, mais tout ce qui contribue, dans l’environnement du pied de vigne, à la maturation du raisin. C’est un substrat, certes, mais aussi un emplacement géographique, une latitude, une exposition, un climat et un microclimat, sans oublier la part humaine : un travail des sols, un mode de taille et de conduite et autres tâches effectuées au vignoble.


En bref, pour reprendre les mots de Denis Dubourdieu, professeur et chercheur renommé mais aussi vigneron accompli  : « La minéralité caractérise certainement le goût d’un vin inspiré par le refus de la facilité, dicté par l’ambition de faire un vin inimitable associé à un lieu et à nul autre. » Tout est dit : ce n’est pas une affaire de géologie, mais de travail humain. Et le même de conclure : « Quand la vigne est facile à cultiver, le vin est ennuyeux à déguster. La quête de la minéralité est finalement celle de l’antidote à l’ennui ou à la lassitude, que les vins complaisants finissent toujours par susciter. »


Alors laissons les géologues américains fouiller la roche et levons plutôt nos verres aux vignerons passionnés qui, par leur travail, rendent le vin passionnant.


Sources : decanter.com et denisdubourdieu.com


À voir aussi : Qu’est-ce qu’un bon terroir ?

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oct 22

Une brève très intéressante sur Vitisphère aujourd’hui : les consommateurs australiens délaisseraient le chardonnay au profit du sauvignon. L’info vient d’une étude menée par les hôtels Mercure (groupe Accor) sur le territoire australien. C’est ainsi, l’Australien ne veut plus de chardonnay (parce que trop boisé) et exige du sauvignon (pour sa fraîcheur). Et revoici la lancinante question : faut-il suivre à la lettre ce que LE consommateur (forcément unique, donc…) demande, ou bien produire ce que la terre (pour ne pas employer le gros mot de terroir) permet ?


Tout d’abord, glissons en souriant sur le fait que le problème du chardonnay viendrait du fait qu’il est trop boisé. Il s’agit bien sûr non d’un problème de cépage, mais d’élevage en fût (qui a dit copeaux ?) absurdement poussé pour plaire au goût du consommateur… d’il y a quelques années ! Parce que sinon, des chardonnays plein de fraîcheur, même élevés en fût, ça fait des lustres qu’on en produit, par exemple à Chablis. Il suffisait de nous demander… Voilà l’illustration parfaite de la célèbre phrase de Cocteau : « la mode, c’est ce qui se démode ». Mais admettons : le consommateur ne veut plus du boisé, donnons-lui du chardonnay frais et fruité. Il suffit de modifier l’élevage du vin.


Là où la question devient problématique, c’est que LE consommateur veut maintenant du sauvignon. Alors, on fait quoi ? On arrache toutes les vignes de vilain chardonnay pour planter du gentil sauvignon ? Nouvelle vignes qui donneront, d’ici quelques années si l’on veut bien au moins laisser à la nature le temps de faire son œuvre, des grappes de sauvignon prêtes à être vendangées et vinifiées… pourvu que le consommateur n’ait pas changé d’avis d’ici-là !


Tout cela, on l’aura compris, n’est pas sérieux. On ne peut courir après le prétendu goût du consommateur, que l’on ne rattrapera jamais. D’autant plus qu’il n’y a pas un goût unique, mais autant de goûts que de consommateurs, et c’est très bien ainsi. La diversité de l’offre en matière de vins est une bénédiction. On ne peut non plus considérer la viticulture comme une activité industrielle. Produisons ce que la terre permet, dans les conditions les plus respectueuses possibles, et ensuite évidemment, essayons de porter au mieux ces produits du terroir à la connaissance et à l’appréciation du consommateur. Elaborer localement des produits qui ont une âme et une histoire… l’idée des AOC ne serait-elle pas en fait diablement moderne ?


Allez, on ne résiste pas au plaisir de citer une dernière fois l’étude d’Accor, sur les vins rouges cette fois : la préférence des Australiens irait à la syrah, avec un intérêt croissant pour les assemblages syrah-viognier. Ça ne vous rappelle rien ? Eh oui, dans notre bonne vieille France, on appelle cela un côte-rôtie. Un vin de grande classe, qui a beaucoup plus à offrir que son simple assemblage. Car si la mode se démode, le style, lui, est intemporel…

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