Moment médiatique incontournable de la vie du vignoble bordelais, les primeurs ont, comme chaque année, réuni les « plus fins palais » de la presse viticole pour découvrir le millésime 2011. Un millésime qui, héritage difficile, succède à deux années érigées au rang de « très grands millésimes ». Quels enseignements sur le cru 2011 ?
Côté presse : les petits plats dans les grands
Une nouvelle fois, la semaine des primeurs a drainé vers Bordeaux la grande foule des spécialistes du vin du monde entier. Rien que pour les séances de l’Union des Grands crus de Bordeaux (l’UGCB), quelque 4 000 badges et accréditations ont été délivrés. Chaque jour ce sont au total plus de 6 500 visiteurs qui ont sillonné le vignoble. Le nombre de journalistes internationaux présents aux côtés des acheteurs a confirmé l’intérêt médiatique de l’opération. Comme Vinexpo, il est incontestable que cette manifestation assoit la position de capitale mondiale du vin de la métropole aquitaine. D’ailleurs, pour cette édition, on n’a pas hésité à mettre les petits plats dans les grands, au sens premier du terme, avec des déjeuners pour couper et agrémenter les séances de dégustation, voire des soirées dans certains châteaux. Les journalistes ont été particulièrement choyés : on leur a parfois réservé des salles, et même des dégustations. En revanche, certains grands crus ont eu tendance à se montrer extrêmement sélectifs dans le choix de leurs invités. Ainsi, les professionnels girondins (œnologues, tonneliers, etc.) ont parfois été systématiquement écartés.
Côté vin : le retour à une certaine tradition bordelaise
Remarquable coup médiatique, la semaine des primeurs n’a cependant rien appris de neuf sur le dernier millésime ; du moins aux spécialistes bordelais. Depuis les vendanges, il apparaissait évident que le 2011 allait être inférieur aux 2010 et 2009, qu’il produirait des vins rouges moins puissants et moins concentrés, appelés sans doute à une garde moins longue. Le millésime marque le retour à une certaine tradition bordelaise, avec des vins privilégiant la finesse et l’équilibre, qui seront très plaisants jeunes ou après quelques années en cave. Il serait donc excessif de dénigrer le 2011, comme il avait été abusif de la part de certains critiques de porter au pinacle sans la moindre réserve les 2009 et 2010. Deux très beaux millésimes certes, mais qui ont réservé quelques surprises – bonnes ou mauvaises – comme le montrent ce printemps les dégustations en cours pour le prochain Guide Hachette, à paraître en septembre. Pour 2011, le risque de vins « bodybuildés » a été écarté ; le problème majeur est un caractère parfois végétal pour certains crus ayant vendangé trop tôt. Le 2011 ne sera donc pas plus homogène que les deux millésimes précédents.
La météorologie en a fait un millésime difficile : on a déploré de nombreux accidents aux conséquences parfois lourdes, comme les grêles de début septembre, notamment à Saint-Estèphe. On a même relevé une inversion des saisons : à un printemps chaud et sec a succédé un été plutôt maussade aux températures inférieures aux normales. En conséquence, les vendanges ont été tardives, marquées en outre par des pluies au début de la récolte. C’est un millésime qui aura demandé des efforts, notamment financiers, aux producteurs.
Côté prix : une tendance à la baisse
Le résultat, sans être exceptionnel, n’aura rien de décevant. Un bon millésime, sans doute supérieur au 2008, du même style que le 1983, offrant un vin fin et fruité, de moyenne garde. Il y aura certainement des révélations en sauternes, même si 2011 se prêtera sans doute assez difficilement à l’élaboration de ces nouveaux sauternes très aromatiques. On assistera sans doute à une diminution des prix, notamment dans le haut de gamme. Déjà les premiers prix qui sont tombés sont sensiblement à la baisse. À commencer par Lafite, qui annonce 420 €, contre 600 € pour le 2010, soit une diminution de 30 %. Toutefois, les producteurs ayant déjà une politique raisonnable ne pourront pas les descendre énormément, pour deux raisons : les coûts d’élaboration spécifiques au millésime, et des volumes limités dans une année marquée par des accidents climatiques. En l’état actuel des choses il semblerait que, la baisse pourrait atteindre 40 ou 45 % pour certains crus ; mais elle se situera sans doute entre 20 et 40 %, voire autour de 10 à 15 %, pour de nombreux crus, notamment pour des seconds vins. Le 2011 pourrait alors se situer à un niveau supérieur à 2007 ou 2008. La baisse risque donc d’être plus modeste que souhaitée par certains. On ne devrait pas tarder à être fixé, car il est probable que de nombreux châteaux indiqueront leurs prix sans attendre trop longtemps.
Et pour connaître la vérité sur la qualité du 2011, il faudra attendre que les vins soient réellement achevés et mis en bouteilles. Les dégustations du Guide Hachette, qui portent sur des vins embouteillés, contribueront à éclairer le consommateur sur ce point.
Latour se retire des primeurs
La fin des primeurs a été marquée par un événement qui a fait l’effet d’une bombe : dans une lettre adressée aux principaux négociants et courtiers de la place de Bordeaux, le château Latour a annoncé qu’à partir de 2012 il cesserait de participer aux primeurs, estimant anormal que l’on puisse juger un vin qui n’a pas commencé son élevage. L’impact réel de cette décision doit être nuancé, car le cru de François Pinault a toujours été très réservé au sujet des primeurs et les lots de vins mis en vente par le premier cru classé pauillacais n’ont jamais été très importants. La grande question est de savoir si Latour fera école ou non.






