Le Clos de l’Echo 1981, un rouge, fut le coup de cœur de la 1ère édition du Guide. Si la version 2010 de ce vin a été jugée remarquable, c’est un blanc qui a obtenu un coup de cœur. L’occasion d’évoquer les rares mais délicieux chinon blancs, nés du chenin. Et un vigneron qui perpétue une tradition viticole sur une ancienne possession, dit-on, des parents de Rabelais.
L’écho du clos
Le Clos de l’Écho, parcelle la plus connue de la propriété, domine le château de Chinon dont la tour émerge des vignes. L’endroit est connu dans le voisinage pour un certain phénomène. Quand, du haut de ce coteau, vous criez : « Est-ce que les filles de Chinon sont fidèles ? ». « Non ! », répond l’écho malveillant.
En vérité, la vertu des belles Chinonaises n’est pas en doute. Les érudits du lieu vous expliqueront que, la voix se répercutant sur la muraille du château, il en revient, selon la loi des ondes, la 7e syllabe de la question, soit le Non de Chi-non.
Sur le domaine naît aussi une rareté : un blanc brillant et délicieux, fait de pur chenin. Les blancs de Chinon ne sont qu’une goutte d’or (2 %) dans cette Touraine occidentale sous l’empire des rouges cabernets francs. La cuvée Les Chanteaux, coup de cœur du Guide Hachette 2012 dans le millésime 2010, provient de trois parcelles : les Goupillières au hameau de Saint-Louans, les Bielles à Beaumont-en-Véron et la parcelle à l’arrière du Clos de l’Écho. « Le calcaire apporte une grande minéralité au vin, une longueur, une profondeur, une bouche plus tendue », se réjouit Arnaud Couly. Qui ajoute : « Ce blanc-là reste présent sur le plat, sur les poissons au beurre. »
Le chenin de Chinon
Le chenin est le cépage classique de la Loire, avec le sauvignon. Il se déploie des vouvray les plus secs aux liquoreux d’Anjou et aux crémant-de-loire. Le travail du vigneron est de maîtriser cette variété très fructifère. Au domaine Couly-Dutheil, cela commence dès la taille, choisie courte, puis en cours de saison par plusieurs vendanges vertes jusqu’aux tous derniers jours, où l’on ôte les grappes les moins mûres. Avantage en revanche, avec sa peau très dure, le chenin n’est pas fragile et on le laisser mûrir dans l’arrière-saison, jusqu’à la mi-octobre. Et alors, à la vendange, Arnaud Couly et ses équipiers poussent encore la minutie : tries successives, étalées parfois sur un mois. On récolte les raisins les plus mûrs, puis on attend et on revient une semaine après. Ensuite, viennent trois ou quatre mois d’élevage sur lies selon les millésimes, puis l’embouteillage, précoce, « pour garder le maximum de fruit ». « Le chenin fait des blancs secs tendres », précise Arnaud. « Les asperges sont sa spécialité », ajoute le gourmet ; « on peut aussi le boire en apéritif ».

Le style Arnaud
« Le fruité, c’est la personnalité des vins de Loire », affirme Arnaud Couly. Sa règle d’or à lui : « Pleine maturité, plein fruit ». Le domaine Couly-Dutheil fêtera l’an prochain sa 90e récolte. Le Clos de l’Olive, un des fleurons du domaine, porte le nom de son ancien seigneur, Charles Liénard de l’Olive, qui prit possession de la Guadeloupe au XVIIe siècle ; ici les plus vieux ceps sont centenaires. Quant au Clos de l’Écho, en regard du château de Chinon, il aurait appartenu aux parents de François Rabelais. C’est dire l’ancienneté du vignoble sur ces coteaux. Baptiste Couly, arrivé de sa Corrèze natale, s’y était établi en 1921 sur cinq hectares du Clos de l’Écho, et trois générations l’ont suivi : René Couly et son épouse Madeleine Dutheil qui ont acquis le gros des vignes actuelles, puis Jacques dans les années 1970, et enfin son fils Arnaud arrivé en 1997. « Les styles varient suivant les générations », explique Arnaud, « Autrefois les vins étaient plus verts, plus austères. J’ai changé le style de la maison pour faire des vins plus floraux, plus fruités, plus minéraux. J’ai abandonné l’élevage en barriques, une vraie révolution chez nous. Aujourd’hui, les vignerons sont plus proches de la vigne et des parcelles et cherchent une meilleure maturité. Et puis à présent on goûte les raisins », sourit-il. « Sur un arbre, on ne cueille pas le fruit vert, mais celui qui est bien mûr ! » Bien mûr ! Bien mûr ! répondit l’écho…
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Lundi 12 décembre 2011 à 14 heures à Drouot-Montaigne, aura lieu une vente de vins aux enchères au profit de la fondation IFRAD et de la lutte contre la maladie d’Alzheimer.
Sous la houlette de Thierry de Maigret, commisseur-priseur, et en présence de Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du monde 1992, seront mis en vente de prestigieux flacons, offerts par les domaines et des donateurs particuliers. Au programme, des champagnes signés Lanson, Laurent Perrier, Moët et Chandon, des crus éminents du Bordelais (Petrus, Latour, Mouton-Rotschild, Lynch-Bages, Olivier, Pesquié, Clarke, Phélan-Ségur, Pontet-Canet) et de Bourgogne (Devillard, Faiveley, Patriarche).
Le Guide Hachette des Vins soutient bien entendu cette manifestation, et invite propriétaires, restaurateurs et particuliers heureux détenteurs de belles caves à soutenir l’évènement en offrant des bouteilles à la vente. Outre la contribution à une noble cause, ceux-ci pourront bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu.
L’occasion ici de rappeler que la maladie d’Alzheimer touche 870 000 français, dont 35 000 personnes de moins de 65 ans. Et les perspectives sont inquiétantes avec 165 000 nouveaux cas chaque année et des prévisions portant le nombre de malades à 1,2 millions en 2020.
Pour toute information complémentaire sur cette maladie et sur la vente aux enchères: Fondation IFRAD au 01 42 17 75 23 et sur Internet (www.fondationifrad.org)
Vente de vins le lundi 12 décembre 2011 à 14 heures, à Drouot-Montaigne, 15 avenue Montaigne, 75008 Paris
La 151e Vente de vins des Hospices de Beaune s’est terminée sur une baisse des cours de – 6 % : un résultat modeste, mais pour ce millésime sans éclat, dans un contexte économique difficile, ce n’est pas une catastrophe, loin de là. Et ce sont tout de même 4,9 millions d’euros qui reviennent ainsi à l’hôpital de Beaune.
Un millésime de blancs, souple en rouge
Pas d’arrogance en 2011. On a rangé les qualificatifs de « millésime du siècle », (trop) vite dégainés en 2009. Roland Masse, le régisseur du domaine des Hospices, dont le style débonnaire et chaleureux se prête mal à la langue de bois, reconnaît avoir eu affaire à « un millésime pas facile à gérer ». « Je craignais des maturités excessives. Je ne voulais surtout pas rentrer des raisins à 13 ou 14 degrés d’alcool potentiel, comme l’an dernier. Je pense y être arrivé. On a rentré des blancs à 12,5° potentiel, parfaits. En rouge, on avait le double problème de la maturité et de la pourriture. Soit on vendangeait trop tôt et le raisin n’était pas mûr, soit trop tard pour avoir du raisin bien mûr – mais pourri. Au final, on a eu des pinots noirs pas surchargés en sucres. On a vinifié tout en douceur avec beaucoup de baies non foulées, en prolongeant les fermentations alcooliques au maximum, pour préserver le soyeux des tanins. Les cuvaisons ont donc été plus longues qu’en 2010. Les vins sont gourmands avec des tanins ronds. J’appelle ça un ‘millésime de sommelier’, facile à servir à table. Les blancs sont gracieux et ils ont leurs aficionados cette année. » De fait, ce sont eux qui ont remorqué une vente qui s’enlisait dans les vins rouges. Pour autant, les pinots noirs 2011 sont réussis, avec beaucoup de concentration et d’élégance dans des cuvées comme le corton grand cru Clos du Roi Baronne du Baÿ ou le pommard premier cru Épenots du domaine Goblet.
La pièce de charité presque quatre fois moins chère qu’en 2010
110 000 € : la pièce de charité, un fût de 460 litres du grand cru corton Clos du Roi cuvée Baronne du Baÿ, n’a pas fait rugir la salle, où 500 personnes se pressaient. Les enchères ont grimpé péniblement, lentement, et c’est finalement une maison anglaise, The Antique Wine, et son directeur général, Stephen Williams, qui ont remporté la mise avec 110 000 €. On est loin des flamboyants 400 000 € dépensés en 2010 pour un fût de 500 litres par la maison Patriarche. La somme récoltée ira à deux associations caritatives, Mécénat Chirurgie Cardiaque et France Alzheimer. Ce moment fort de la vente a été l’occasion pour les parrains de la vente, Inès de la Fressange et Christian Clavier, de rivaliser d’encouragements envers les acheteurs. Mais sans grand succès. Le spectacle se déroulait dans les rues où résonnaient bombardes et cornemuses des groupes folkloriques qui envahirent Beaune le temps de ce week-end festif, pas dans la salle.
2012 : un nouveau grand cru pour les Hospices
Finalement, avec cette vente 2011 en demi-teinte, tous les regards se tournent maintenant vers 2012. Car les Hospices viennent d’officialiser la dation d’une belle parcelle de 43 ares dans le grand cru Echézeaux, dans le climat des Rouges du Bas. La vigne donnera donc une nouvelle cuvée d’une belle taille l’an prochain. D’ici trois ans, elle sera rejointe par une parcelle de beaune premier cru blanc et par une autre de corton blanc, tout juste replantées. Le vignoble, qui couvre quelque 60 ha, continue donc de croître. Il est presque totalement cultivé en bio, précise Roland Masse.
Qui veut six bouteilles d’Hospices ?
À surveiller, aussi, la percée des ventes sur Internet par la maison Bichot, dont le site web d’enchères en direct représente maintenant 15 % des achats de la maison pour les Hospices de Beaune. Cette clientèle-là, française, faite de particuliers et de restaurateurs, n’a certes pas le panache des acheteurs d’antan que l’on voyait parfois, en kilt ou en chapeau extravagant, parader dans les allées des Hospices. Le site internet de Bichot, qui permet d’acheter du vin des Hospices à partir de six bouteilles, concerne plus de 250 acheteurs. Pour modestes que soient ces quantités − une dizaine de fûts sur une vente qui en totalise plus de 600 −, elles incarnent la démocratisation et la dématérialisation de l’événement. La vente est désormais rythmée par le jargon franglais des commissaires-priseurs qui demandent si l’acheteur peut montrer son « paddle » ou s’il « ne veut pas faire un jump ». Ce dernier pouvant être au téléphone ou derrière son écran à l’autre bout du monde. La bougie et l’ambiance familiale d’avant 2005 dégageaient certes un charme plus bourguignon.
Florence Kennel
Le beaujolais nouveau a changé de pointure. Le folklore y a perdu ce que le vin a pu y gagner.
Retour aux origines. Il ne s’agit que d’un jus encore violacé au fruit enjôleur, tout juste destiné à dégraisser les mâchons lyonnais, ces casse-croûtes à base de rillettes, saucisson et autres pâtés et d’autant de cholestérol. Le beaujolais nouveau, sans autre prétention, faisait office d’antidote. Puis de la capitale des Gaules, il est monté à celle de l’Hexagone avant de conquérir le Japon, devenant un phénomène social pimenté de marketing. Pour son malheur, il fut la proie de ces loups du marché qui lui ont imposé de fleurer la banane, le bonbon anglais ou la fraise Tagada, d’une année à l’autre. Puis tout s’est effondré. Il est encore de bon ton de froncer le sourcil avec une moue méprisante à l’égard de ceux qui veulent en tâter. Les expressions vont de la condescendance à la commisération.
Et pourtant, cette année l’atteste comme les trois dernières, le beaujolais nouveau a retrouvé toute sa dignité, aidé autant par une météo exceptionnelle que par des producteurs amenés à la raison. En témoigne ce demi-millier d’amateurs amoureux de bonheur simple qui se sont pressés dans les caves-cavernes du Chemin des Vignes à Issy-les-Moulineaux. Une trente-sixième édition pour celui qui lança la première célébration en 1975 avec Georges Brassens et René Fallet.
Trois beaujolais, ce soir-là, représentatifs de ce que peut être une production d’exception. Le traditionnel « non-chaptalisé », inventé par le père d’Yves Legrand en 1977. Le grand classique, violacé à souhait, embaumant la cerise et de pivoine, au fruité explosif en bouche – une fraise exubérante. Plus mûr, un Domaine Dupré né de vignes très exactement centenaires, ni soufré ni filtré. Un nez discret de cerise et de framboise suivi d’une bouche tendre et fraîche. Plus adulte, celui de Robert Perroud qui ajoute la mûre à la cerise ; la bouche se fait droite, avec une petite touche de réglisse. Tous trois correspondent au cahier des charges d’un beaujolais nouveau : fruité, friand et frais. Et comme la plupart de leurs congénères des trois dernières années, ils ôtent toute raison de faire la fine bouche.
Alain Bradfer
Le Chemin des Vignes
113 bis Avenue de Verdun
92130 Issy les Moulineaux
Tél 01 46 62 04 27
Fax 01 46 44 05 37
restaurant@chemindesvignes.fr
Son acte de baptême, en 1951 ? Une simple note des contributions indirectes autorisant le déblocage précoce du vin du Beaujolais. Ce n’est qu’en 1985 que la date de sortie a été fixée au troisième jeudi de novembre.
Les débuts furent timides : 15 000 hl au milieu des années 1950 ! Puis vint son heure de gloire, à partir des années 1970. Un négoce dynamique et un réseau encore dense de bistrots appuyait le beaujolais nouveau, main dans la main avec des pouvoirs publics oenophiles, des artistes et journalistes enthousiastes. Un marketing conquérant le faisait déferler dans le monde entier… Une bénédiction pour les vignerons. Aujourd’hui, 260 000 hl, soit 35 millions de bouteilles et quelque 115 000 hl à l’export.
Mais dans les années 1990, les chiffres pouvaient atteindre le double… Entre-temps, des concurrents se sont lancés, et les critiques ont fusé contre ce vin trop facile au goût artificiel nourri de « soleil de cuve »…
Pourtant, la médiocrité n’est pas une fatalité, constate Alain Bradfer (voir article Le beaujolais à nouveau raisonnable), qui a goûté la sélection proposée à la presse par le caviste Yves Legrand, dans sa cave-restaurant d’Issy-les-Moulineaux. Le beaujolais nouveau n’est peut-être pas un grand vin, mais les meilleurs de ses créateurs en font un vin authentique !