
Autrefois une exception, le Haut-Marbuzet est devenu un exemple du saint-estèphe moderne. Grâce à son créateur, Henri Duboscq, et à son culte du suave et soyeux merlot, sublimé dans ses bouteilles à découvrir dès leur jeunesse. Subtil paradoxe dans la patrie du mâle et fougueux cabernet-sauvignon, moins présent ici que dans d’autres crus de l’appellation.
Le puzzle des Mac Carthy
Dans l’après-guerre, Hervé, le père d’Henri Duboscq, était sous-chef de gare à Langon (et capitaine de l’équipe de rugby du coin). Pour améliorer l’ordinaire, le cheminot s’était établi représentant en bouchons. Une décision qui allait placer sa famille sur de bons rails. Un jour, un propriétaire barsacais de ses clients le poussa à quitter la SNCF, et Hervé, de voies en vin, s’installa marchand de vin. Puis un autre jour, de vin en vignes, il acquit en viager, en 1952, une parcelle à Saint-Estèphe, 7 ha de l’ancienne propriété des Mac Carthy. Des Irlandais jacobites chassés par les persécutions anglicanes, émigrés en Bordelais comme les Lynch, les Clarke, ou les Barton.
Dans une guerre de succession, les vignes avaient été découpées en huit parts et vendues aux laboureurs du hameau. C’est l’une d’elles qui échut à Hervé des années après. Et cinquante ans durant, les Duboscq père et fils ont rassemblé une à une les huit pièces éparses, comme un puzzle, et reconstitué le domaine des Mac Carthy. Aujourd’hui, Le Haut-Marbuzet compte 75 ha. Henri Duboscq a rejoint son père en 1962 et pris sa suite en 1974. Il vient de fêter sa cinquantième vendange. Ses fils Bruno et Hughes l’ont suivi. « Notre vigne nous aime », sourit Henri.
« Le vin que j’aime »
« Autrefois, on buvait les médoc à trente ans, remarque Henri Duboscq. Moi, j’ai toujours fait les vins que j’aimais, des vins agréables à boire jeunes. Et tout le monde va dans ce sens à présent. J’ai été le pionnier d’un goût ». Le goût du merlot. Cépage voluptueux quand il est jeune, plein de rondeur, de chair et d’opulence. De fait, sa part s’accroît dans les vignobles du Médoc. « Le merlot est séducteur, ajoute Henri Duboscq, et le cabernet-sauvignon, cérébral. L’hédonisme du merlot tempère le cabernet. » Ce propriétaire assemble à 50 % de merlot, 40 % de cabernet-sauvignon et 10 % de petit-verdot, cépage médocain. Original encore, il cueille depuis toujours ses raisins au bord de la surmaturité. « Il y a quarante ans, peu de gens s’occupaient de la maturité de la peau et des pépins.
À l’époque, je croquais les raisins et j’attendais le tout dernier moment, d’instinct, pour commencer les vendanges. Aujourd’hui on a des instruments de mesure ». Précurseur toujours, il élève son vin en barriques neuves. « Quand je suis arrivé, il n’y avait pas de barriques dans le chai, alors j’ai bien été obligé d’en acheter des neuves ! », justifie-t-il. « Mais plus les vignes vieillissent, moins le bois marque le vin », précise-t-il. Plus de merlot et moins de bois : la tendance actuelle.
Sous le plateau de Marbuzet
Entre Cos d’Estournel et Montrose, les vignes du Haut-Marbuzet s’inclinent en pente douce vers l’estuaire. « Les grands vins en Médoc viennent des vignes qui regardent le fleuve », jubile Henri Duboscq. Les ceps s’enracinent dans le socle des argiles de Saint-Estèphe, traversés de veines ferriques et de calcaire, sous les graves de surface, qui adoucissent les froidures, tempèrent les chaleurs et drainent les pluies. Henri Duboscq se féliciterait presque du réchauffement climatique. À la différence de ses voisins de Pauillac, Margaux ou Saint-Julien, les particularismes géologiques du plateau de Marbuzet, ses argiles profondes qui conservent l’eau, préservent les merlots du stress hydrique des étés chauds. « Dans les étés de canicule, en 2003, 2005, 2009, 2010, mes vignes donnent leur quintessence », se réjouit-il. Le bonheur de ses merlots passe avant tout.
Le millésime 2008 vu par le Guide

À vrai dire, si l’on en juge par les notices du Guide Hachette au cours de la dernière décennie, on est surtout frappé par la belle constance du cru, de millésime en millésime : les étoiles du Guide, chaque année, vont le plus souvent par paire. Et le 2008, dernier dégusté, pour n’être pas le fruit d’un été caniculaire, ne démérite pas : coup de cœur ! Voici ce qu’en disaient les jurés au début de l’année :
« La richesse du bouquet bien typé (fruits noirs, toasté, moka) invite à poursuivre la dégustation. Au palais se dessine un ensemble de grande qualité, promis à un bel avenir : attaque fraîche, milieu de bouche onctueux et concentré, tanins virils, finale très longue. Tout est réuni pour permettre une garde d’au moins cinq ou six ans, et bien plus encore pour de nouvelles sensations. »
On voit par là qu’en Bordelais, la notion de jeunesse est toute relative…
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Le 29 septembre dernier, le Guide Hachette des Vins a fêté son édition 2012 à Bruxelles. L’occasion pour les journalistes de découvrir une sélection de vins retenus dans la 28e édition du plus lu des guides d’achat. Plusieurs ambassadeurs du Bordelais, de Bourgogne et de Champagne ont honoré cette manifestation de leur présence. Des domaines de référence, dont les vins fréquentent avec assiduité les pages du Guide Hachette.
Pour les crus du Médoc, trois représentants. Christine Lurton de Caix a proposé son Château Dauzac 2008 (5e cru classé en margaux), ainsi décrit dans le Guide : « D’une belle couleur bordeaux sombre, ce dernier développe un bouquet puissant et complexe qui associe les raisins bien mûrs à une petite note animale sur un fond boisé encore dominant mais de qualité. Ample, rond et bien charpenté, ce vin prometteur méritera d’être attendu quelques années. »
Corinne Saussier Conroy représentait le Château Brane-Cantenac (2e cru classé en margaux), avec son 2008. Ce millésime « fut un véritable casse-tête pour les viticulteurs margalais », lit-on dans le Guide. « Fallait-il rechercher la structure ou jouer la carte de la finesse ? Henri Lurton et son équipe ont choisi la seconde option en veillant à ne pas perturber l’équilibre général. Le résultat est un vin assez souple mais très bien équilibré, qui met en valeur une expression aromatique délicate où fruits rouges et réglisse se conjuguent harmonieusement, tant au nez qu’en bouche. »
M. Lamiable a proposé à la dégustation sa Majesté de la Haye 2008 (saint-estèphe), microcuvée du Château la Haye (deux barriques et demie de cabernet-sauvignon et de petit verdot). Ce vin a fait son entrée dans le Guide avec ce millésime. Il a retenu l’attention par son palais onctueux, riche, concentré, porté par des tanins bien fondus. Trois à quatre ans de patience seront nécessaires avant de commencer à l’apprécier.
M. et Mme Vocoret (Dom. Yvon et Laurent Vocoret) représentaient la Bourgogne avec leur chablis 2009. « Avec ce 2009, l’humeur est au beau fixe et les papilles sont à la fête. Prix d’excellence pour ce chablis auquel rien ne manque: robe pure et cristalline, nez minéral comme il se doit et fruité à souhait, bouche ample, riche et d’une grande délicatesse, avec une fraîcheur vivifiante en soutien. À savourer dans les quatre prochaines années, sur des asperges sauce mousseline ou des écrevisses à la nage. »

Corinne Saussier Conroy (Ch. Brane-Cantenac), Stéphane Rosa (Guide Hachette des Vins), Christine Lurton de Caix (Ch. Dauzac) et M. Lamiable (Ch. la Haye)
Pour la Champagne, étaient présentes les maisons Drappier, Deutz et Charles Heidsieck. La première a proposé son Carte d’or 1995, élu coup de cœur dans le Guide 2012 : « Beaucoup de pinot noir, le chardonnay (7 %), et le meunier (3 %) ne faisant que de la figuration. Des arômes grillés, miellés et confits (pâte de fruits) traduisent une harmonieuse maturité. Puissant sans la moindre lourdeur, d’une rare persistance, c’est un superbe champagne de repas. »
La maison Charles Heidsieck a proposé son millésimé 2000, qui marie 60 % de pinot noir et 40 % de chardonnay, un champagne qui porte avec classe le poids des ans. Doré et orné d’un joli cordon, il livre des arômes complexes de fruits confits et de torréfaction qui se prolongent dans une bouche ample, équilibrée et fraîche.
Quant à l’Amour de Deutz 2002, c’est un blanc de blancs de prestige, qui provient essentiellement de grands crus. Son nez charmeur, aux nuances élégantes de fleurs blanches, de brioche et d’agrumes, prélude à une bouche fraîche, harmonieuse et longue, au dosage juste.