avr 26

La mention « vin noir du Mont Liban », trouvée dans le tombeau d’un pharaon égyptien datant de 3500 av. J.-C., fait de ce vin libanais l’un des plus vieux crus identifiés au monde. La tradition viticole est donc ici immémoriale et a su résister aux soubresauts de l’histoire. Les vignobles se situent principalement en altitude (entre 900 et 1 200 m), dans l’étroite et haute vallée de la Bekaa, coincée entre deux chaînes de montagnes (le Mont Liban et la chaîne de l’Anti-Liban) dont la partie sud se prolonge au-delà de la frontière avec Israël, dans la région de Canaa.

La combinaison entre ensoleillement abondant, eau disponible et nuits fraîches est très favorable à une bonne maturation des raisins, en particulier des cépages rouges tels que le cabernet-sauvignon. Un tiers des raisins seulement est destiné à la production de vin ou d’arak (l’alcool local).

L’histoire récente de la viticulture libanaise est marquée par la ténacité des producteurs, qui, malgré les guerres et les difficultés politiques, ont réussi à faire survivre les vignobles mais aussi à faire progresser la qualité des vins, et offrir même quelques cuvées de vins rouges fascinantes.


CARACTÈRE DES VINS ROUGES

L’œil
Il varie de rubis clair pour les vins comportant une forte part de cinsault à des tons pourpres pour ceux issus de cépages bordelais.

Le nez
S’il est divers selon les assemblages, il offre souvent des notes de fruits biens mûrs noirs et rouges (cassis, cerise…), parfois de kirsch, de tabac ou d’épices douces après vieillissement. Château Musar occupe une place à part, à la manière de Vega Sicilia en Espagne, en ne vendant son grand vin qu’au bout de sept ans de vieillissement ; celui-ci offre alors un bouquet d’une complexité sans égale.

La bouche
Les meilleures cuvées offrent un fruité plein, mûr, parfois charnu, mais rarement lourd et alcooleux, avec des tanins finement ciselés et doux, qui situent ces vins entre ceux du Bordelais et ceux de la vallée du Rhône Sud.



Couleurs
Rouge, Blanc, Rosé

Cépages
Blancs : marveh, obeidy, ugni blanc, chardonnay, muscat, viognier, clairette.
Rouges : cabernet-sauvignon, cinsault, merlot, carignan, grenache, syrah, mourvèdre.

Superficie
10 000 ha

Potentiel de garde
1 à 20 ans

Température de service
Blancs : 8-12 °C
Rouges : 15-17 °C

Mets et vins (rouges)
Viandes en sauce, viandes cuites au four, volailles, gibiers à plume.



Pour en savoir plus : 100 Vins du monde à connaître, de David Cobbold et Sébastien Durand-Viel


Mots clés:
avr 19

Cette variété sud-africaine est née du croisement, obtenu en 1925 à l’Université de Stellenbosch, entre le cinsault et le pinot noir. Rarement planté en dehors de son pays d’origine, le pinotage est parfois décrié en Afrique du Sud pour le caractère rustique qu’il peut conférer aux vins. Mais il représente aussi une vraie singularité et peut donner, entre de bonnes mains, des vins au fruité séduisant.

L’un des handicaps historiques du pinotage réside certainement dans les mauvais traitements (rendements excessifs et vendanges prématurées) qui lui ont été trop souvent infligés. Dans ces conditions, il produit des vins sans grand intérêt, avec des défauts aromatiques. Mais les meilleures cuvées, parfois issues de vieilles vignes en gobelet qui n’ont plus besoin d’être irriguées, offrent un tout autre visage. Stellenbosch et Paarl, ainsi que Malmesbury, sont ses principales régions de prédilection.


CARACTÈRE DES VINS ROUGES

L’œil
De densité moyenne, la robe est en général rouge rubis.

Le nez
Les arômes rappellent surtout les fruits rouges et noirs, souvent compotés, et parfois le goudron chaud, la viande, l’olive noire ou le café. Dans les vins issus de vieilles vignes, élevés sous bois, on trouve des notes épicées proches de la cannelle, dues à l’élevage.

La bouche
Le corps du vin est de puissance moyenne, plutôt rond et souple, avec, pour les meilleurs, une jolie sensation de fraîcheur qui évoque le pinot.


Couleurs
Rosé, Rouge

Superficie
6 000 ha

Potentiel de garde
1 à 10 ans

Température de service
16 °C

Mets et vins (rouges)
Gibier à plume, volailles grasses, porc et autres viandes blanches, agneau, plats de légumes provençaux, cassoulet.



Pour en savoir plus : 100 Vins du monde à connaître, de David Cobbold et Sébastien Durand-Viel


Mots clés:
avr 13

Les premières recherches sur les arômes du vin ont commencé dans les années 1980, vingt ans avant celles sur les OGM. Aujourd’hui, les OGM existent, mais la recherche sur les arômes, elle, est encore balbutiante. Un colloque à Beaune fin mars dernier a permis de faire le point.


37 équipes travaillent en ce moment sur le sujet.
Elles sont venues présenter leur étude, preuve que le sujet est loin d’être épuisé. Le problème de ces chercheurs est qu’ils opèrent aux confins de la chimie pure (un arôme n’étant jamais qu’une molécule à l’architecture tridimensionnelle plus ou moins compliquée) et du sensoriel humain, fluctuant et instable. Aussi il est difficile de tirer des conclusions définitives ! Mais ce colloque WAC (Wine Aromatic Compounds) a tout de même éclairé quelques idées reçues sous un nouveau jour, les confirmant ou les infirmant.

Idée reçue n°1 : « 99% du vin se fait à la vigne ».
On l’entend souvent, cette phrase. Un cliché de vignerons ? Non, les scientifiques lui donnent raison. Car la grappe contient des précurseurs d’arômes que la vinification révèle… ou masque. Ainsi, les célèbres arômes de banane du beaujolais sont amplifiés par une levure, la 71B, mais la macération semi-carbonique, avec fermentation à l’intérieur des baies de raisin, apporte aussi cette gamme « bonbon anglais » qu’une macération bourguigonne (précédée d’un éraflage des grappes) ne donne pas.
On a aussi appris que le feuillage joue un grand rôle dans l’apparition des arômes : une grappe exposée à la lumière tôt dans la saison contient moins de précurseurs responsables des goûts herbacés qu’une grappe restée à l’ombre. Rien ne sert donc d’effeuiller en août, à quelques semaines des vendanges : les composés aromatiques sont là et ne bougeront plus. Il faut anticiper dès le mois de juin les arômes du vin en palissant bien ses vignes pour exposer les raisins au soleil… sans les brûler.

Idée reçue n°2 : 1+1 = 2.
En œnologie, 1+1 = 1, parfois 2, parfois 3 ! Car les composés aromatiques interagissent les uns avec les autres. Ainsi la célèbre odeur de poivron vert du cabernet-sauvignon peut être astucieusement camouflée par une touche de fruits rouges qu’un chimiste rajouterait. Les interactions se font même sans chimiste, d’ailleurs, puisque l’arôme boisé naturellement apporté par le fût (noisette, vanille) masque efficacement tous les autres, et en particulier les notes florales. Enfin, plus il y a d’alcool dans le vin, plus on trouve de nez à ce dernier, car l’alcool augmente la volatilité des composés aromatiques.

Idée reçue n°3 : on peut tout déguster.
Non, le dégustateur universel n’existe pas. Le goût individuel se forme, s’éduque, mais reste dépendant du tropisme local. De malicieux chercheurs (bordelais) se sont ainsi amusés à confronter des professionnels médocains et bourguignons à des échantillons identiques de vin rouge de Bourgogne et de Bordeaux, en leur demandant lesquels étaient des vins de garde. Sans leur dire ce qu’ils goûtaient. Résultat : Bourguignons et Bordelais ne tirent pas du tout les mêmes conclusions ! Un professionnel bordelais aura ainsi tendance à penser qu’un vin vanillé vieillira bien, pas un Bourguignon. À l’inverse, pour un expert bourguignon, une forte odeur de cuir (de réduction) est de bon augure, pas pour un Bordelais. En fait, chaque région forme ses professionnels, et ils ne sont pas interchangeables.

Idée reçue n°4 : il faut être un pro pour bien déguster.
Non, répond le centre européen des Sciences du goût, basé à Dijon. Les dégustateurs professionnels sont plus pointus dans l’analyse des défauts, en termes de précision de réponse, et de temps mis à reconnaître une odeur. Ils sentent mieux que les novices la menthe, la noix de coco et le bouchon. Cela dit, les novices semblent être plus à l’aise dans l’identification des arômes de violette, de sueur (« les pieds qui puent ») et de cannelle… En fait, les écarts dans la reconnaissance des odeurs existent, mais l’amplitude ne varie pas du simple au double. Alors, pas de complexes, amateurs de tous les pays, osez dire ce que vous sentez !

Florence Kennel

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avr 12

Faut-il y voir un effet du réchauffement climatique ou une conséquence des fluctuations du climat ? En tout état de cause, le millésime 2009 fut «solaire» par ses températures et s’annonce «royal» par la qualité des vins, notamment rouges et liquoreux, qui seront parfois même «d’anthologie».

D’un extrême à l’autre
L’année 2009 fut celle des extrêmes : elle débuta par un hiver rigoureux, avec des températures inférieures aux normales de plus d’un degré. Paradoxalement, les pluies arrosèrent le Sud et le soleil réchauffa le Nord. Le printemps vit le thermomètre monter au-dessus des moyennes, tandis que les pluies tombèrent de la Méditerranée à la Loire, ignorant tout le Centre-Est. Puis vint l’été, précoce et très chaud, qu’une superbe arrière-saison, chaude et ensoleillée, prolongea pendant tout l’automne.
À l’inverse de 2008, qui fut surtout un millésime de blancs, cette année solaire favorisa les vins rouges – mais aussi les liquoreux. Ayant donné de superbes résultats dans des régions emblématiques, comme le Bordelais, elle a, à ce titre, de sérieuses chances de s’inscrire dans la pléiade des millésimes de légende. Mais derrière une apparente facilité, elle ne manqua pas de pièges dans lesquels vignerons et maîtres de chai durent éviter de tomber pour produire de grandes bouteilles.

En Bordelais, pas de jaloux
La floraison se déroula dans de bonnes conditions pendant la première quinzaine de juin. Suivirent des journées chaudes – mais non caniculaires – et des pluies bienvenues. Le soleil et la chaleur continuèrent en septembre et en octobre. L’alternance de nuits fraîches et de journées chaudes fut propice à la concentration des arômes et à l’accumulation des anthocyanes. L’optimum de la maturité fut atteint sans inquiétude. Lorsque les producteurs ne sont pas tombés dans l’erreur d’attendre trop longtemps, de dépasser la maturité optimale et de perdre une partie du bouquet, les vins se sont révélés de très belle qualité. Pas de jaloux : rouges et blancs ont connu une égale réussite. Riches, concentrés et puissants, les vins rouges seront de longue garde, avec une prime pour ceux issus de cabernet-sauvignon et plus particulièrement les pauillac et les saint-estèphe.
Les blancs secs se sont révélés aromatiques et puissants ; quant aux liquoreux, ils apparaissent riches, élégants et racés.

En Champagne, les pinots devant les chardonnays
En Champagne, la vendange se déroula sous des cieux favorables et bénéficia d’un très bon état sanitaire des raisins. Mais la floraison ne fut pas homogène et la maturité non plus, notamment pour les chardonnays. Dans ces conditions, certaines maisons ont envisagé de ne pas sortir beaucoup de vins millésimés. En Alsace, le riesling et le gewurztraminer ne se sont pas montrés au mieux de leur forme. Mais dans l’ensemble, les vins se sont bien présentés chaque fois que les viticulteurs ont pris soin de bien cultiver leurs sols.

En Bourgogne, une année délicate mais prometteuse
En Bourgogne aussi, les vignerons durent se méfier de l’apparente facilité due à une bonne maturité et rester sur leurs gardes pour récolter des raisins mûrs sans être confiturés.
Les vins rouges, mûrs, denses et concentrés, vieilliront bien et longtemps, notamment ceux de la Côte de Nuits. Les blancs ont été plus modestes mais bien réussis, particulièrement ceux issus des terroirs les plus frais. En Beaujolais, on peut parler de « millésime du siècle », avec de superbes cuvées.

La belle année des montagnards
L’année 2009 présenta deux particularités dans le Jura : d’abord un passage sans transition de l’hiver à l’été ; ensuite une notable sécheresse, notamment en août, mois également marqué par la chaleur. Dans ces conditions, le mildiou et l’oïdium se firent oublier, les raisins furent sains, et les rendements, petits.
Les vignerons ont comparé le millésime à 1999 : même maturité, mais avec beaucoup plus de concentration ; une belle vendange, juste en-dessous du somptueux 2005. Fait rare et caractéristique des années exceptionnelles : en 2009, la Savoie a « osé » produire du « vin de montagne » (des vendanges tardives sur les cépages altesse et roussanne) et des vins de paille (avec des raisins séchés sur un lit de paille durant l’arrière-saison). Car dans ce millésime d’anthologie, tout s’enchaîna parfaitement et la récolte a tenu les promesses d’une floraison rapide, présage d’homogénéité et de qualité.

Dans la vallée du Rhône, une petite récolte mais de qualité
Dès les premières observations sur le terrain, après nouaison fin juin, chacun sut que les rendements seraient faibles, surtout pour le grenache, le cinsault et le carignan. Cette tendance se confirma et s’accentua pendant l’été caractérisé par des situations de sécheresse, parfois très intenses, et des températures moyennes diurnes très élevées. Quand les viticulteurs ont su éviter le piège de la surmaturation, les vins rouges se sont révélés veloutés, suaves, tanniques et expressifs. Dans les appellations septentrionales, notamment hermitage et saint-joseph, ils resteront sans doute longtemps dans les annales.

Gagnants et perdants de 2009
Comme en 2005, la Provence alla à l’encontre de la tendance générale. Certes le millésime démarra sous de bons auspices, mais une pluie marquée au milieu des vendanges affecta la qualité des rouges dans certains secteurs. L’année fut aussi hétérogène et difficile en Corse et en Roussillon, où la sécheresse sévit.
En Languedoc, la vinification des vins rouges fut délicate, mais les blancs s’en tirèrent très honorablement. Dans la vallée de la Loire, la récolte fut abondante et de qualité, avec de très belles réussites en liquoreux.

L’évolution des grands vins

À boire à partir de À boire de préférence avant
Grands bordeaux rouges à majorité de cabernet-sauvignon 2018-2020 2040
Grands bordeaux rouges à majorité de merlot 2018 2035
Sauternes-barsac 2024 2050-2060
Grands bordeaux blancs (secs) 2013 2020
Grands bourgognes rouges 2017 2025-30
Grands bourgognes blancs 2012 2017
Grands champagnes non sortis
Grands vins rouges de la vallée du Rhône 2018 2025



Pour en savoir plus : Coffret Le Guide Hachette des Vins 2011 + livret 30 ans de millésimes.

Mots clés:
avr 07

Le chenin blanc, cépage originaire de la Loire, est bien plus largement planté en Afrique du Sud que sur ses terres d’origine. S’il a trop souvent été utilisé à mauvais escient, cultivé à gros rendements et dans des zones au climat trop chaud, on assiste depuis quelques années à sa réhabilitation grâce à quelques spécialistes qui ont compris le potentiel de ce grand cépage, capable de produire aussi bien des blancs secs, doux ou pétillants. L’Afrique du Sud possède ainsi aujourd’hui un beau réservoir de vieilles vignes de chenin, souvent conduites en gobelet afin de protéger les grappes des ardeurs du soleil.

L’œil
La couleur varie du jaune pâle, parfois un peu verdâtre, au jaune paille profond (particulièrement pour les versions liquoreuses).

Le nez
Cépage versatile, le chenin offre une large gamme d’arômes: notes fraîches d’agrumes et nuances végétales dans les cuvées jouant la carte de la fraîcheur, arômes plus opulents évoquant les fruits exotiques et le miel auxquels s’ajoutent les touches épicées et vanillées d’un élevage en barrique dans les vins les plus puissants.

La bouche
Les chenins sud-africains possèdent souvent un accent plus tendre et plus souple que leurs homologues ligériens, avec des taux d’alcool plus généreux et parfois une légère sensation de moelleux. Chez les meilleurs, la rondeur des premières sensations cède le pas à une vivacité citronnée qui donne éclat et structure au vin. L’usage (raisonné) de la barrique et des élevages sur lies peut leur apporter davantage de complexité et d’ampleur. Les plus belles cuvées sont celles qui offrent cette combinaison assez unique de vivacité et d’opulence.

Couleur
Blanc

Superficie
18 000 ha

Potentiel de garde
1 à 15 ans

Température de service
9-12 °C

Mets et vins
Secs : poissons en sauce, sushis, volaille, plats à base de riz, salades.
Liquoreux : curries ou autre plats épicés, tartes aux fruits, fromages bleus, fruits secs.



Pour en savoir plus : 100 Vins du monde à connaître, de David Cobbold et Sébastien Durand-Viel


Mots clés:
avr 05

Année difficile, de petite garde et de « piètre renommée », 2007 n’a pas laissé un grand souvenir pour les vins rouges du Bordelais, traditionnel baromètre médiatique du millésime. À croire que ce chiffre 7 ne porte pas chance si l’on se réfère aux 1977, 1987 ou 1997 relégués dans la mémoire au rang d’années moyennes. Mais Bordeaux et ses rouges ne sont pas toute la France viticole et certains vins ont fait mieux que tirer leur épingle du jeu. Grands gagnants : les liquoreux et la vallée du Rhône.

La précocité perdue ne se rattrape pas
Le cycle avait bien commencé avec un hiver généralement clément, suivi d’un printemps souvent presque estival. Le débourrement et la sortie de grappes furent extrêmement précoces. Mais si avril se prit pour juillet et si mai fut assez doux, les pluies s’installèrent ensuite jusqu’à la fin août. L’été souffla le froid plutôt que le chaud : en juillet, des orages de grêle frappèrent certains vignobles. Ces précipitations continuelles rappelèrent les millésimes 1997, 1987 et 1977, avec en prime les morsures du mildiou et le développement de la pourriture grise.
Fin août, le mauvais temps s’arrêta et la fin de maturation s’effectua dans de bonnes conditions, puis les vendanges se déroulèrent sous le soleil. La récolte fut sauvée mais sans être exceptionnelle et sans que le retard fût rattrapé.

En Bordelais, un été qui coûte cher
En 2007, les viticulteurs girondins furent aussi mal lotis que les estivants qui fréquentaient la presqu’île du Médoc et le bassin d’Arcachon ; ils furent en outre contraints de lutter contre le mildiou et d’engager de coûteux travaux pour préserver la qualité de la vendange, notamment en limitant la taille des baies et leur goût végétal.
Heureusement, un beau soleil en septembre et octobre, au moment de la récolte, sauva en partie la mise pour les vins rouges ; au prix tout de même d’une sélection drastique entre les premiers et seconds vins dans les grands crus. Quant aux blancs secs et aux liquoreux, ils se sont révélés magnifiques : sémillon et sauvignon ont tiré bénéfice du climat frais de l’été et sont parmi les meilleurs ramassés en Bordelais depuis 1996.
Dans le Sud-Ouest, le retour du soleil en fin d’été, pour les vendanges, sauva également des eaux le millésime.

Champagne et Alsace : tout dépend du cépage
D’abord maussade et humide, l’hiver champenois se fit extraordinairement clément et doux avec cependant quelques moments de froid, de neige et de grêle entre le 19 et le 25 mars. Comme en Alsace, le débourrement fut hâté et la fleur précoce (25 mai). Le débat sur le réchauffement de la planète était sur le point de rebondir, mais il fut vite arrêté par la dégradation du temps. Si l’été fut pourri, l’arrière-saison sauva l’année, mais la maturation demeura hétérogène.
En Champagne, comme en 1998, le chardonnay a bien tiré son épingle du jeu et a donné naissance à des vins frais et puissants ; mais il n’y a pas eu beaucoup de millésimés. Quant à l’Alsace, elle a offert à profusion des vins issus de vendanges tardives, notamment des gewurztraminers, bien réussis.

En Bourgogne, le vent des Rameaux a menti
La Bourgogne ne put échapper au scénario observé dans presque tous les autres vignobles. Elle fit mentir le dicton local selon lequel le vent des Rameaux annonce le vent dominant de l’année ; s’il vient du nord, il promet une année sèche et saine. On commençait à parler d’un nouveau 2003 et, pourquoi pas, de vendanges à la mi-août. D’autant plus que la fleur, vers le 20 mai, avait été précoce elle aussi.
Hélas, il ne faut pas toujours croire les vieux dictons. À partir de mai, les vents d’ouest et du sud apportèrent mildiou, oïdium et botrytis. La suite, jusqu’au 20 août, tint du cauchemar. Après cette date, le grand beau temps sauva la récolte ; mais un tri sévère fut nécessaire et les vinifications s’avérèrent difficiles. Le résultat : des vins rouges de moyenne garde, agréables et fruités, avec de belles réussites en Côte de Nuits ; des blancs globalement vifs, très honorables à Meursault, à Chablis et en Mâconnais.

Du pays nantais à la Savoie, un « millésime de vigneron »
Dans le Jura, les vignerons durent jouer les tortues et vendanger tard en profitant du temps radieux de septembre pour élaborer des vins issus de savagnin et de trousseau de belle facture. En Savoie également, les vendanges tardives et patientes ont donné naissance aux meilleurs vins.
Aussi peut-on qualifier 2007 de « millésime de vigneron » dont la qualité a été fonction du talent des hommes. Dans la vallée de la Loire aussi, les viticulteurs ont dû savoir patienter pour récolter à maturité optimale. En Anjou et en Touraine, l’arrière-saison permit à la pourriture noble de s’installer convenablement et aux producteurs de proposer de beaux liquoreux.

La vallée du Rhône et le Midi, régions heureuses
Dans la vallée du Rhône, le millésime fut dans l’ensemble exceptionnellement chaud, sec et peu venté. Seuls mai et juin furent plus arrosés que la moyenne. Mais ces pluies furent bienvenues, comblant presque le déficit pluviométrique et survenant au moment où la vigne était la plus gourmande en eau. Pas de mildiou ici, et une année 2007 précoce et plus que satisfaisante pour la qualité. Le résultat ? Des rouges d’une intensité colorante exceptionnelle, denses et soyeux, amples et longs, aux tanins présents et de grande qualité, notamment dans le sud (châteauneuf, vacqueyras et rasteau) ; des blancs et des rosés également très réussis, expressifs, délicats et complexes.
En Languedoc-Roussillon, le fait marquant fut la fraîcheur du mois d’août. L’écart thermique entre jour et nuit à partir de septembre favorisa la maturité phénolique des raisins rouges, à l’origine de vins aux tanins souples et fondus. En revanche, en Provence, 2007 a été la cinquième année nettement déficitaire en eau.

L’évolution des grands vins

À boire à partir de À boire de préférence avant
Grands bordeaux rouges à majorité de cabernet-sauvignon 2013 2020
Grands bordeaux rouges à majorité de merlot 2012 2018
Sauternes-barsac 2014 2022
Grands bordeaux blancs (secs) 2011 2020
Grands bourgognes rouges 2012 2017
Grands bourgognes blancs 2011 2015-16
Grands champagnes non sortis
Grands vins rouges de la vallée du Rhône 2014-2016 2020-2024



Pour en savoir plus : Coffret Le Guide Hachette des Vins 2011 + livret 30 ans de millésimes.

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