déc 07


Aujourd’hui, on en est sûr : la Chine s’est bel et bien éveillée au vin, au point de faire flamber le prix de certaines bouteilles… ou plutôt, de certaines étiquettes.

En effet, la passion des acheteurs semble plus souvent motivée par le contenant que par le contenu.

Passage en revue de quelques vins qui intéressent le marché chinois, parfois sans l’avoir vraiment voulu !




La stratégie des premiers
Cela fait des années maintenant que le Château Lafite-Rothschild intéresse les Chinois, jusqu’à être devenu là-bas symbole de réussite. L’histoire (la légende ?) veut en effet que la célébrité du cru remonte au jour où un homme d’affaires du pays déclara fêter tous ses succès d’entreprise en ouvrant une bouteille de ce vin ! Depuis, Lafite est l’objet de toutes les convoitises, mais aussi de toutes les contrefaçons.
Ce succès, Lafite sait aussi l’entretenir : on a ainsi appris il y a quelques mois que toutes les bouteilles du millésime 2008 seraient opportunément gravées de l’idéogramme chinois correspondant au chiffre 8. Un chiffre porte-bonheur dans ce pays qui inaugura ses Jeux olympiques le 8/8/8 à 8 h 8 min 8 s précisément…
Pour, semble-t-il, ne pas être en reste, Mouton-Rothschild, autre 1er cru classé de Pauillac, vient d’annoncer il y a quelques jours que l’artiste retenu pour illustrer l’étiquette de son 2008 (l’étiquette de Mouton étant ornée chaque année d’une œuvre originale différente) était le Chinois Xu Lei. Un choix judicieux, non seulement parce que le dessin en question est fort gracieux, mais également parce que le prix de la bouteille a augmenté de 20 % à cette seule annonce ! Une performance que n’avait pas réussi à accomplir pour le marché britannique le Prince Charles, pourtant choisi pour le millésime 2005 (centenaire de l’Entente cordiale oblige).


Les heureuses surprises
Certains autres châteaux bénéficient, mais sans l’avoir vraiment recherché cette fois, de cet intérêt du marché chinois pour les vins du Bordelais. Le magazine anglais Decanter cite à ce sujet quelques cas amusants.











La cote de Château Beychevelle, 4e cru classé de Saint-Julien, monte-t-elle dans l’Empire du Milieu ? Ce petit succès est à attribuer en partie à l’embarcation reproduite sur l’étiquette, qui ressemble aux bateaux-dragons du pays ! Idem pour Léoville-Poyferré, 2e cru classé de la même appellation, dont l’étiquette a la bonne idée de représenter une tête de dragon…
Le magazine cite également la réussite de Cos d’Estournel (2e cru classé de Saint-Estèphe), l’expliquant par la qualité de ses vins. Sans diminuer en rien ses mérites, on ne peut s’empêcher pourtant de trouver aux bâtiments de Cos un air de pagode chinoise… d’ailleurs revendiqué.


La stratégie des Chinois
Si certains crus bordelais semblent rechercher les moyens de plaire aux acheteurs chinois, tel Smith-Haut-Lafitte s’interrogeant sur la meilleure façon de capitaliser sur une partie de son nom (devinez laquelle), les investisseurs chinois savent aussi prendre les devants.
Le quotidien Sud-Ouest relatait récemment l’histoire de ce château des Côtes de Bourg qui a eu l’heureuse surprise de voir débarquer un milliardaire chinois désireux de lui racheter quelques hectares, ainsi qu’une des marques de son portefeuille. Mais pas n’importe laquelle : celle du Château Chenu… Lafitte !
En 2008 déjà, un groupe chinois avait racheté une propriété familiale de l’Entre-deux-Mers produisant du rouge, un certain Château Latour… Laguens.


Faut-il en rire ou en pleurer ? En rire, sans doute, et s’en réjouir, sûrement. Même si aujourd’hui les critères de choix de certains acheteurs semblent plus relever de la superstition que de la dégustation (encore que les crus cités ici produisent du bon vin), le fait est qu’un nouveau marché est né et grandit de manière exponentielle. Que les quelques arbres géants (et de toute façon depuis longtemps inaccessibles au commun des mortels) ne viennent pas cacher la forêt d’opportunités que ces millions (milliards ?) de nouveaux consommateurs vont représenter ces prochaines années.


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