oct 29

S – 3 avant l’arrivée du beaujolais nouveau 2010… les crus 2009 de la région, eux, peuvent commencer à passer à table, et Hachette-vins.com fait la revue de ces appellations. Voici le juliénas – prononcez « juliéna ». Pour ce village aux limites nord du Beaujolais, une consonance déjà méridionale, et sans doute des origines gallo-romaines, à en juger par la toponymie et les vestiges archéologiques trouvés aux environs. Jules César et ses troupes ont-ils fait halte ici, ou au village voisin de Jullié, comme on le dit ? En tout cas, Juliénas, comme Jules, affiche un bien beau manteau rouge. Et possède de multiples ressources pour conquérir les palais : complexité, vivacité et aptitude à la garde.


Aux frontières du Mâconnais
Le bourg qui a donné son nom à l’AOC s’étend au pied du mont de Bessay (478 m), la dernière colline beaujolaise vers le nord. L’aire d’appellation se prolonge jusqu’à Pruzilly – une commune située en Saône-et-Loire et rattachée administrativement à la Bourgogne. Elle jouxte Saint-Vérand, la porte du Mâconnais, où l’on peut produire aussi bien des saint-véran, vins blancs bourguignons, que des beaujolais. La roche de Solutré, en Mâconnais, n’est qu’à une dizaine de kilomètres. Les reliefs et les sols changent pourtant du tout au tout : les éperons rocheux et les argilo-calcaires propices au chardonnay font place à des lignes plus douces et à des roches surtout anciennes. Le raisin blanc s’efface devant le rouge. Et le rouge, ici comme dans tout le Beaujolais, c’est le gamay.

L’aire AOC comprend deux autres villages : celui de Jullié et celui d’Émeringes, vers l’ouest. Comme dans le reste de la région, l’habitat s’éparpille en de multiples hameaux et domaines isolés.


Des vins charnus et nerveux
Étagées de 225 m à 450 m, les vignes s’enracinent sur des sols pauvres et acides. Bien visible dans la partie centrale du cru, le substrat typique du Beaujolais est composé de granite rose, qui donne des sols sableux. Par endroits, les sols se font plus argileux, ce qui donne au vin beaucoup de corps. Sur le haut des coteaux, le granite rencontre des sols schisteux, riches en minéraux, qui rappellent les meilleurs terroirs de Morgon et de la côte de Brouilly. Les vins qui y naissent méritent d’être attendus.

D’une façon générale, les juliénas sont des vins plutôt corsés. Ils présentent une robe violacée qui reste longtemps sombre et profonde. Complexes et élégants au nez, ils associent des notes florales (pivoine ou violette), des touches minérales et épicées à un fruité aux nuances de framboise, de cassis, de groseille, de fraise et même de pêche de vigne. Ils affirment leur personnalité par un palais vigoureux, nerveux, souvent assez tannique, qui leur permet de se bonifier au moins deux à trois ans, même si on peut aussi les consommer jeunes.


Fêtes bachiques
Pas de Madone à Juliénas, mais l’empreinte de l’Église se traduit par une très belle Maison aux Dîmes (début XVIIe s.), dotée de deux élégantes galeries d’arcades superposées. C’est là qu’était entreposé le vin correspondant à l’impôt en nature payé au clergé jusqu’à la Révolution. Ici, 147 tonneaux destinés au chapitre Saint-Vincent de Mâcon. La Maison aux Dîmes abrite aujourd’hui une exploitation viticole.

Depuis 1954, Juliénas rend aussi un culte à Bacchus et à ses plaisirs, grâce à Victor Peyret. Ce producteur, ancien propriétaire du château des Capitans, avait aménagé l’auberge du Coq au vin pour y recevoir ses clients. Avant guerre, plusieurs journalistes du Canard Enchaîné y avaient leurs habitudes : autant de zélotes du cru. On doit aussi à Victor Peyret l’inauguration du cellier de la Vieille Église, caveau de dégustation et « sanctuaire » du juliénas aménagé dans une chapelle désaffectée. Le cœur, peint à fresque, représente Bacchus, escorté de faunes et de bacchantes. C’est dans le cellier de la Vieille Eglise qu’est remis, lors de la fête annuelle du Vin, le prix Victor-Peyret à un écrivain ou artiste ayant contribué à la gloire du vin en général, et du juliénas en particulier. La manifestation avait lieu traditionnellement en novembre. En 2009, sous le nom de Juliénales, elle a été déplacée en juillet, laissant novembre au beaujolais nouveau.

La fête attire ainsi plus de monde. Les visiteurs peuvent goûter le vin au cellier, chez les producteurs ou à la coopérative. Cette dernière a été installée en 1960 au château du Bois de la Salle, ancien prieuré construit trois siècles auparavant. L’AOC compte aussi plusieurs intéressants châteaux viticoles, comme celui de Juliénas, ancienne place forte des sires de Beaujeu, et celui d’Envaux. Enfin, une soixantaine d’exploitations contribuent à la production locale. Nombre de leurs cuvées ont été sélectionnées par Le Guide Hachette des vins lequel, en 1988, a remporté le prix Victor-Peyret !


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1938
Superficie : 594 ha
Production : 29 900 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 13-15 °C
Potentiel de garde : 4 à 10 ans


Voir aussi
- Les sélections en juliénas du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le juliénas


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oct 27

Samedi 20 novembre débuteront les Trois Glorieuses, célèbres festivités bourguignonnes institutionnalisées avant la dernière guerre. Comme de coutume, la Confrérie des Chevaliers du Tastevin ouvrira le bal de ces libations bachiques avec un chapitre au Clos-Vougeot. Suivront le dimanche les Ventes des Hospices de Beaune. Puis, lundi, la Paulée de Meursault clôturera la manifestation. Hachette-vins.com ouvre aujourd’hui une série d’articles consacrés à cet événement incontournable.


La Paulée, tout le monde la fête en Bourgogne et dans le Beaujolais, puisque c’est traditionnellement le repas de fin de vendanges qu’offre le vigneron à ses troupes épuisées. Ce soir-là, on sort l’accordéon et les beaux verres, madame se met en cuisine et le patron remonte de la cave ses bonnes bouteilles.


Mais la Paulée de Meursault, créée en 1932, est un festin délirant. Elle a lieu tous les ans au château de Meursault, propriété de la famille Boisseaux (maison Patriarche), le lundi suivant le week-end de la Vente des Vins des Hospices de Beaune.


Cette année, la Paulée aura donc lieu le 22 novembre 2010. Elle clôture les « Trois Glorieuses » qui commenceront samedi 20 novembre par un chapitre de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin au Clos-Vougeot. Les 700 convives auront réservé un an à l’avance (il reste des places, mais pour la Paulée… de 2011). C’est cher (160 € par personne), mais le menu en impose : cette année, tartare de homard mi-cuit, turbot au beurre blanc, sot-l’y-laisse de volaille à la royale, tournedos de filet de boeuf, fromages et dessert !


Mais ce qui rend la Paulée si spéciale, c’est la valse des bouteilles. Car, outre le vin servi à table, les convives mettent en effet un point d’honneur à servir leurs jéroboams, grands crus, millésimes anciens et prestigieux… Tous les grands noms de la Côte sont présents, négociants et vignerons, et tout au long du repas ils feront circuler leurs flacons d’anthologie. Et pas seulement des vins de Bourgogne ! Les années précédentes, on a ainsi pu découvrir un Dom Pérignon 1995, un Vega Sicilia, voire un porto du XIXe siècle ou encore des vins de glace canadiens.


Car la Paulée est à la fois l’incarnation de la générosité bourguignonne et un repas de prestige permettant aux producteurs de vin d’inviter leurs bons clients, en particulier étrangers. Le cadre y est moins formel que celui du Chapitre de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin où smoking et robe longue sont exigés.



A la Paulée, on vient en costume-cravate. De fait le repas, qui commence à 13h, s’étire tout l’après-midi. Il est parsemé de discours, dont celui du président, un artiste récompensé par le Prix littéraire de la Paulée. Cette année, c’est Amélie Nothomb. Elle en repartira avec son prix comestible : 100 bouteilles de meursault du domaine François Mikulski ! C’est tout de même mieux qu’une médaille en chocolat…


Informations pratiques : M. Ballot, APPM – Mairie – 21190 Meursault Tel : 03.80.21.26.07 – Fax : 03.80.21.26.00 – Email : pauleedemeursault@hotmail.fr


Florence Kennel

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oct 22

S – 4 avant l’arrivée du beaujolais nouveau… Mais les beaujolais… anciens sont déjà là, sont toujours là. Et méritent toute l’année d’être découverts. Cette semaine, le brouilly et le côte-de-brouilly, à l’extrême sud de la zone des crus. Ils proviennent d’une colline à la forme arrondie presque parfaite, avant-poste des monts du Beaujolais vers la plaine de la Saône. Le côte-de-brouilly, né sur les pentes, tire de roches dures d’origine éruptive sa couleur, sa complexité et sa charpente. Le brouilly, qui provient des sols variés du piémont, est le plus étendu des crus du Beaujolais. Ses vins, divers, offrent toutes les facettes de la production régionale.


Notre-Dame aux Raisins
On le voit de loin, ce mamelon couronné de bois, ellipse presque parfaite, situé à une dizaine de kilomètres de Belleville et de la plaine de la Saône. Il est séparé des monts du Beaujolais par le col de la Poyebade et on peut en faire le tour. Une étroite chapelle le coiffe depuis 1857, dédiée à « Notre-Dame aux Raisins ». La dévotion mariale qui a présidé à sa construction est bien la marque d’un certain XIXe siècle : en 1858, les premiers pèlerins affluent à Lourdes. En 1866, la chapelle de la Madone est érigée à Fleurie. On recherche la protection de la Vierge. Dans ces années 1850, la menace, au pied du mont Brouilly, c’était l’oïdium, champignon qui s’en prend à la principale richesse des villages alentour. Les notables catholiques du Second Empire invoquent alors la Mère de Dieu. Les producteurs de l’époque ne s’en remettaient cependant pas exclusivement au ciel : avant Victor Pulliat, le Chiroublon, promoteur du greffage de la vigne contre le phylloxéra (voir notre article du 15 octobre sur chiroubles), un ingénieur natif de Chalon-sur-Saône, Henri Marès, devait trouver rapidement la parade contre le champignon parasite. Un remède qui sentait le soufre, en quelque sorte, puisque c’est ce corps chimique qui a fait ses preuves contre l’oïdium.


Pèlerinages gourmands
La chapelle reste un lieu de pèlerinage. Tous les ans, à la fin de l’été, les Amis de Brouilly – la confrérie locale – donnent rendez-vous aux amateurs au pied du mont Brouilly pour gravir ses pentes jusqu’au sommet, qui culmine à 484 m. Si le beau temps est de la partie, les marcheurs sont récompensés de leurs efforts par un superbe panorama embrassant tout le vignoble du Beaujolais, la plaine de la Saône, la Dombes et, par temps clair, la chaîne des Alpes. Et partagent, selon la tradition, le pain, le vin et le sel de l’amitié. Le mont Brouilly, d’autres préfèrent le dévaler : une compétition locale de VTT est organisée au mois de mars – dans le respect des vignes, bien entendu. Les promeneurs plus tranquilles emprunteront les nombreux sentiers viticoles. Ou encore la voie verte, piste cyclable reliant Beaujeu à Saint-Jean-d’Ardières et qui traverse Cercié, au nord du mont Brouilly.


Côte-de-brouilly : roche dure et vin solide
Depuis le XVIIe siècle au moins, la vigne, qui escalade le mont Brouilly de tous côtés, donne ici un vin réputé, connu sous le nom de « brouilly », aussi estimé que celui des Thorins (moulin-à-vent), de Fleurie ou de Morgon. Le plus puissant provient des pentes du mont Brouilly. Il a obtenu une appellation à part entière, « côte-de-brouilly », qui le distingue du vignoble du piémont. L’AOC côte-de-brouilly se répartit entre quatre communes : Saint-Lager, vers l’est, Odenas, vers le sud, Quincié-en-Beaujolais, vers le couchant, et Cercié, vers le nord. Les sols sont composés notamment de roches éruptives anciennes telles que les diorites ou cornes vertes ou encore les « pierres bleues ». Des roches si dures qu’elles auraient contribué à décourager les entrepreneurs qui, en 1870, avaient espéré en tirer des pavés.
Ces sols, qui rappellent ceux de la côte du Py de Morgon (voir notre article du 24 septembre), ont fait en revanche le bonheur des vignerons. Ils recèlent davantage d’argiles que les roches d’origine granitique et assurent au gamay une bonne résistance à la sécheresse estivale : le vin y gagne en corps et en charpente. D’un rouge grenat profond, il se distingue par un nez complexe, où les notes fruitées du cépage s’accompagnent de nuances de violette et de pivoine et d’accents minéraux et poivrés. Quant au palais, au goût remarquable de raisin frais, il possède suffisamment de tanins pour affronter cinq à six ans de garde. Et le soleil, qui donne largement sur ce vignoble en pente (surtout côté sud), lui confère beaucoup de corps. L’AOC comprend deux célèbres climats : l’Héronde à Odenas et l’Écluse à Saint-Lager, tous deux situés sur le versant sud du mont Brouilly.


Brouilly : abondant, joyeux et divers
Si la superficie du côte-de-brouilly est limitée (312 ha), celle de l’AOC brouilly, qui la ceinture en plaine, couvre 1 330 ha, ce qui en fait le cru le plus vaste du Beaujolais. Cette appellation s’étend sur le territoire des quatre communes citées plus haut, auxquelles s’ajoutent, vers le sud, les meilleurs coteaux de Saint-Étienne-la-Varenne et de Charentay. Au sud commence la zone des beaujolais-villages, alors qu’au nord, l’AOC voisine avec Régnié et Morgon.
Sur une surface aussi étendue, les sols sont plus divers. La partie ouest, de Quincié à Saint-Étienne-la-Varenne, repose sur des sols sableux d’origine granitique. Au centre, à l’est d’Odenas, les sols plus argileux et caillouteux se rattachent aux roches du mont Brouilly. À l’est, vers Saint-Lager, le substrat est formé par des alluvions anciennes et, plus au sud, apparaissent des terroirs argilo-calcaires qui rappellent ceux du Beaujolais méridional. Enfin, au nord de la rivière de l’Ardières, la côte de la Pisse Vieille, climat célèbre de Cercié, associe granite et colluvions.
Si à la diversité des terroirs répond celles des vins, d’une manière générale, les brouilly s’apprécient plus jeunes que les côte-de-brouilly. Leur nez, bien fruité, mêle la fraise à des notes dominantes de framboise et leur corps allie souplesse, chair et finesse.


Châteaux et métayers
Dès la fin du XVIIe siècle, de grands propriétaires se sont intéressés aux terroirs du Beaujolais septentrional. Aux alentours du mont Brouilly, plusieurs châteaux témoignent de cette mise en valeur précoce. Le plus impressionnant est sans doute celui de la Chaize (brouilly), véritable petit Versailles local, construit de 1674 à 1676 sur les plans de Jules-Hardouin Mansart, surintendant des Bâtiments royaux, pour le frère du Père la Chaize, confesseur de Louis XIV. Les jardins ont été dessinés par Le Nôtre. La cave voûtée de 108 m de long, où s’alignent encore cuves, foudres et fûts, est particulièrement impressionnante. Les 99 ha du domaine sont confiés, selon une tradition antérieure à la Révolution et toujours vivace dans la région, à plusieurs familles de métayers. On citera encore le château des Ravatys, fondé au XIXe siècle par un entrepreneur de travaux publics établit à Saint-Lager. Il a été légué en 1937 par sa nièce à l’Institut Pasteur. Le domaine viticole, ici aussi, est exploité par des métayers.


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1938
Superficie : brouilly 1330 ha ; côte-de-brouilly 312 ha
Production : brouilly 69 900 hl ; côte-de-brouilly 16 200 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 14 °C
Potentiel de garde : brouilly 2 à 3 ans ; côte-de-brouilly 3 à 6 ans


Voir aussi
- Les sélections en brouilly du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Les sélections en côte-de-brouilly du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le brouilly
- Accords gourmands avec le côte-de-brouilly

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oct 18

Tout comme le Mont Saint-Michel, le Palais de Versailles ou encore le Canal du Midi, les vignobles de la Côte-d’Or rêvent d’être inscrits par l’Unesco sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité. Un rêve très raisonnable qui prend petit à petit des allures de réalité. Revue de détail des acteurs et des enjeux.

Qu’est-ce qu’un « climat » viticole bourguignon ?
C’est une parcelle de vigne, délimitée et connue sous le même nom depuis des siècles, bénéficiant de conditions géologiques et climatiques spécifiques. Ces climats sont autant de « briques de base » qui s’assemblent pour former, sur une étroite bande de Dijon à Santenay, la célèbre mosaïque du vignoble bourguignon. D’une taille pouvant varier de quelques centiares à plusieurs hectares, ils portent des noms évocateurs ou plus mystérieux, mais souvent empreints d’une certaine poésie (Les Renardes, Beauregard, La Justice, Les Amoureuses…).

Qu’est-ce que le Patrimoine mondial ?
Cette appellation s’applique à des lieux ou à des biens possédant une valeur universelle extraordinaire, « héritages du passé dont nous profitons aujourd’hui et que nous transmettons aux générations à venir ». L’Unesco les inscrit sur une liste afin qu’ils soient protégés et préservés. Les pyramides d’Égypte, les îles Galápagos ou encore l’Acropole sont quelques exemples des presque 900 sites répertoriés à ce jour. La vigne qui modèle des paysages harmonieux, parfois spectaculaires, a intéressé plus d’une fois les experts de l’organisation. L’Unesco a ainsi inscrit à son patrimoine la Juridiction de Saint-Emilion, les vignobles en terrasses de Lavaux en Suisse et ceux du haut Douro au Portugal, de la Wachau en Autriche, de Tokaj en Hongrie, du Pico dans l’archipel des Açores. Sans parler de sites qui s’inscrivent dans un environnement marqué par la vigne, comme Carcassonne, Vézelay ou San Gimignano.

Pourquoi chercher cette reconnaissance ?
Depuis 1992, l’idée de rejoindre la liste prestigieuse trottait dans les têtes bourguignonnes. En 2007, les choses s’accélèrent avec la création d’une association fédérant de nombreux acteurs locaux et présidée par Aubert de Villaine. Au-delà des nécessaires protections et de la valorisation du patrimoine, un des objectifs affichés de cette candidature est de mieux sensibiliser la population, notamment locale, à la valeur de ce qu’elle a sous les yeux, un bien qu’elle pourrait considérer trop vite comme définitivement acquis. Quand on connaît les difficultés que rencontrent certains vignobles, et non des moins prestigieux, pour s’opposer aux tracés de nouvelles autoroutes ou voies de TGV…

Quelles sont les chances de succès ?
La route est longue mais un petit bout de chemin a déjà été parcouru. L’association prévoit de boucler son dossier de candidature à la fin de 2011. Un dossier sera remis à l’État français qui décidera alors s’il le retient parmi ceux qu’il propose à l’Unesco, sachant qu’un pays ne peut en présenter plus de deux par an. Ensuite, des experts internationaux devront évaluer la pertinence de la démarche par rapport aux critères fixés par l’Unesco, en effectuant des visites sur place. La décision finale appartient au Comité intergouvernemental du patrimoine mondial qui se réunit une fois par an.
Parce que celle-ci va dans le sens d’une mise en valeur d’un patrimoine viticole dans ses composantes historiques et culturelles, Hachette Vins soutient cette candidature et vous invite à lui apporter vous aussi votre parrainage.

Pour en savoir plus :
www.climats-bourgogne.com
whc.unesco.org/


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oct 15

S – 5 avant l’arrivée du beaujolais nouveau… Notre parcours continue à montrer ce vignoble dans toute sa diversité. Après le moulin-à-vent qui aurait fait regretter au duc Philippe le Hardi d’avoir banni le gamay de ses terres bourguignonnes, voici le chiroubles tout en rubis, en fragrances florales et en légèreté. Né dans le village le plus élevé de tout le vignoble, il ne vous regarde pas de haut et vous l’inviterez facilement à votre table. Il offre ce côté friand et aromatique que l’on apprécie tant dans les vins de la région. Tout en ne manquant nullement de tenue. Et dire qu’ici, la spécialité locale était, au XIXe siècle, le navet !


Au pied du col
Ses voisins sont le fleurie, au nord-est, et le morgon, au sud. Le vignoble de Chiroubles se résume à la commune du même nom, mais il est spectaculaire. Si la plaine de la Saône n’est qu’à une dizaine de kilomètres, le relief est ici particulièrement accidenté. Le village, dominé par son clocher néo-byzantin – legs du XIXe siècle comme la chapelle de Fleurie –, est encerclé par les ceps. Les coteaux, le plus souvent exposés à l’est, s’étagent de 270 m d’altitude à 540 m au col de Durbize. Les vignes s’insinuent très loin vers les monts du Beaujolais, suivant des vallons formés par des ruisseaux comme le Douby et ses affluents. Au lieu-dit Les Saignes, vers le col du Fût d’Avenas, les ceps grimpent même jusqu’à 600 m ! Ils laissent alors la place aux prairies et à la forêt de la montagne d’Avenas qui les protège des influences humides venues de l’ouest.
Juste au-dessus, la terrasse de Chiroubles, avec sa table d’orientation et son chalet de dégustation, est un lieu privilégié pour découvrir la production locale tout en découvrant un vaste panorama : les vagues de coteaux, la plaine de la Saône, la Bresse, le Jura et, certains jours, les sommets enneigés des Alpes. Un site aménagé dès les années 1950 par les responsables locaux, qui pratiquaient déjà l’œnotourisme avant la vogue du concept.


Les fruits du granite
La forte déclivité a contraint les vignerons du cru à construire et à entretenir de petits murets de pierre qui retiennent la terre facilement entraînée par les orages. Au sein des parcelles, les « rases », petits fossés creusés perpendiculairement à la pente, complètent cette lutte contre l’érosion. On comprendra que ces aménagements sont incompatibles avec une mécanisation à outrance… Même si l’on peut voir ici des labours au treuil, la charrue étant tirée par un câble attaché à un petit tracteur.
Le sol de Chiroubles est particulièrement homogène : le sous-sol est essentiellement constitué de granite rose avec, ça et là, quelques filons de granulite. Les sols, sableux, proviennent de cette roche mère désagrégée sous l’action du gel, de la pluie et du vent. Les géologues parlent d’arènes granitiques. Ces terrains légers, acides, pauvres, se réchauffent facilement au soleil du Levant. Les gatilles (nom local des lézards) y font volontiers la sieste tandis que les raisins prennent des couleurs. Cette nature de terrain s’ajoute à l’exposition pour favoriser une bonne maturation malgré l’altitude.


Victor Pulliat, héros du village
Dans le Beaujolais aussi, la vigne a failli disparaître au XIXe siècle, sous les attaques sournoises du phylloxéra, puceron apparu en 1865 sur le territoire français. La commune de Chiroubles a été le théâtre d’essais opiniâtres pour vaincre le fléau. Victor Pulliat (1827-1996) préconisa le greffage sur plants américains résistants à l’insecte. Natif du village, cet ampélographe et agronome possédait une riche collection de plants dans son domaine de Tempéré. Le procédé, qui donna à long terme les meilleurs résultats, fut finalement adopté dans tous les vignobles européens.
Les Chiroublons ont rendu hommage à leur grand homme en érigeant sa statue sur la petite place de la commune. Juste reconnaissance puisque ce village de 358 habitants vit aujourd’hui essentiellement de la viticulture : on y dénombre une cinquantaine d’exploitations. Victor Pulliat a aussi légué son nom à un concours qui, en avril – lorsque les vins ont fait leurs Pâques, comme il se doit – met en compétition les crus du Beaujolais. Le meilleur se voit remettre la coupe Victor-Pulliat lors de la Fête des crus qui se tient tous les ans dans l’un des dix crus du vignoble.


Des fleurs et des Demoiselles
Du chiroubles, on dit que c’est « le plus beaujolais des crus ». Entendez qu’il offre toutes les qualités qui séduisent dans les vins de la région : le côté friand et parfumé, immédiatement charmeur. De la légèreté ? Oui, et qui répond à celle des sols sableux où il naît. Ainsi, la robe n’est ni noire d’encre ni même violette, mais rouge rubis. Dans le verre, empli d’arômes, on respire la suavité des fleurs (violette, iris, parfois accompagnées de notes plus poivrées de pivoine) et la gamme gourmande des petits fruits rouges et noirs. La bouche reprend ces nuances flatteuses. Si elle se montre peu tannique et friande, le vin ne manque ni de consistance ni de perspectives de garde. Sans atteindre la longévité de certains morgon et moulin-à-vent, il peut vieillir cinq ans. Certains auteurs lui ont d’ailleurs trouvé « la grâce des fleurie et la solidité des morgon ». Le chiroubles accompagnera agréablement tout un repas ou un casse-croûte de qualité.
Pour promouvoir ce vin qualifié de « féminin », Chiroubles a installé en 1996 une confrérie de vigneronnes, les Demoiselles de Chiroubles. Vous pourrez découvrir ce cru chez les nombreux producteurs du village ou à la Maison des Vignerons, siège de la cave, l’une des plus anciennes coopératives de la région (1929).


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1936
Superficie : 360 ha
Production : 18 000 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 15 °C
Potentiel de garde : 4 à 10 ans


Voir aussi
- Les sélections en chiroubles du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le chiroubles



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oct 13

Amateurs de vins, vous aimeriez de temps à autre sortir des sentiers battus, quitter la France et explorer des saveurs nouvelles ? Le livre récemment paru de David Cobbold et Sébastien Durand-Viel est fait pour vous…


100 vins du monde à connaître dresse non un panorama exhaustif – l’offre mondiale est immense et mouvante – mais une sélection des productions les plus emblématiques, les incontournables qu’il faut avoir goûtés une fois dans sa vie.


La disponibilité internationale et la renommée des vins ont guidé le choix des auteurs, les chevronnés David Cobbold, formateur, journaliste spécialisé et chroniqueur radio (BFM Radio) et télévision (Wine TV aux États-Unis), et Sébastien Durand-Viel, historien de formation, qui a fait du vin sa spécialité depuis plus de dix ans et auteur de nombreux livres sur le sujet.


Ainsi trouve-t-on dans les 192 pages de ce livre à la fois des vins d’élite et d’autres plus populaires, des vins réputés depuis des siècles et d’autres inconnus il y a encore vingt ans, mais tous aujourd’hui emblématiques de leur pays. Le Constantia d’Afrique du Sud et le Sassicaia toscan côtoient le Lambrusco et le Résina, le tokay hongrois voisine avec la shiraz australienne, les rieslings allemands de la Nahe avec le Vinho Verde portugais, les vins rouges du Liban avec le cabernet-sauvignon des Etats-Unis, ou encore le grand vin rouge espagnol de la Ribera del Duero avec le chardonnay néo-zélandais.


L’organisation est limpide : un classement par continent, pays, régions et appellations – ou par cépages, dans le Nouveau Monde notamment (malbec d’Argentine, chardonnay d’Australie, carménère du Chili…), où les vins sont le plus souvent désignés par le nom de cépage. Puis pour chaque vin est dressé un portrait-robot complet : éléments historiques et géographiques, cépages et caractéristiques gustatives (œil, nez, bouche). Et les conseils pratiques sont multiples : potentiel de garde, température de service, nature des sols, accords avec les mets et liste des bons producteurs. Enfin, des cartes des vignobles apportent un nécessaire complément d’information.


Clarté, simplicité, précision : tout ce qui a fait (et fait toujours) le succès du Dictionnaire des vins de France est réuni dans ce nouvel opus de la collection des Livrets du Vin. Vins français, vins étrangers, la gamme est complète.

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oct 11

S’ouvre cette semaine la 21e édition de la Semaine du Goût. L’occasion pour hachette-vins.com de vous présenter la nouvelle édition de L’école de la dégustation de Pierre Casamayor, publiée chez Hachette Pratique.

« Le vin réjouit le cœur des hommes » lit-on dans la Bible (Psaume 104-15) : c’est sous cette citation que le célèbre œnologue français a placé son ouvrage ; ce livre réjouira le cœur des œnophiles, est-on tenté d’ajouter.

En 100 leçons, 100 exercices de dégustations comparatives, réalisables chez soi, l’auteur vous guide pas à pas dans l’apprentissage du vin. Quatre grandes parties rythment la lecture, une lecture qui va crescendo, du plus simple au plus complexe.

On débute logiquement par les Principes de la dégustation afin de maîtriser les trois étapes de l’analyse (œil, nez, bouche), par grands types de vins (blancs, rosés, rouges, liquoreux, effervescents…). Quelques exemples ? Apprendre à graduer l’acidité dans un vin blanc en comparant un jurançon sec et un côtes-de-provence ; distinguer un rouge frais et léger de son pair tannique à travers la comparaison entre un vin issu de gamay et un vin né de cabernet-sauvignon ; découvrir les différents styles de rosés à travers la comparaison entre une version atlantique (irouléguy) et une version méditerranéenne (tavel) ; ou encore retrouver les origines des liquoreux à travers la dégustation comparée de vins botrytisés et de vin passerillés…

Suit une Petite école des cépages : clairette et muscat, aux deux extrémités de la puissance aromatique ; viognier et chenin, le sprinter et le coureur de fond ; cabernet-sauvignon et merlot, deux styles de tanins… Et là encore le même principe de l’apprentissage par l’exercice, qui permet au débutant de cerner au mieux les extrémités des échelles de sensation et de mémoriser les caractéristiques variétales d’un vin. Avec à chaque fois les conseils d’achat et de préparation des bouteilles.

Vient ensuite la Petite école des terroirs : une initiation à la « véritable saveur de la terre » comme disait Colette, à travers les interactions entre les cépages et les différents types de sols ou de microclimats : le riesling sur les différents terroirs alsaciens, la syrah en hermitage et en crozes-hermitage, les cabernets et le merlot à Saint-Émilion ou la structure contre la rondeur, les différents expressions du chardonnay selon les terroirs de la Côte de Beaune, les différents crus du Languedoc ou des Corbières…

Les vins du monde ne sont pas oubliés (Rioja et Ribera del Douro, Barolo et Barbaresco, blanc suisses versus blancs savoyards…), ni les eaux-de-vie (armagnacs, cognacs, whiskies et rhums).

Une façon inédite, à la fois ludique et sérieuse, simple et enrichissante, de partir à la découverte des vignobles et des vins d’ici ou d’ailleurs.


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oct 08

S – 6 avant l’arrivée du beaujolais nouveau… Place cette semaine au noble moulin-à-vent. Ce « seigneur », qui se compare volontiers aux voisins bourguignons de la Côte d’Or, est aussi le plus ancien des crus du Beaujolais, et accessoirement le plus cher… Un vin de garde, à la fois fin et corsé, auquel le terroir riche en manganèse donnerait son caractère.


Deux clochers pour un moulin


« Pour faire le moulin-à-vent de mes ancêtres, il faudrait du velours, des kilomètres de velours, il faudrait des rubis, des monceaux de rubis. Il faudrait des fleurs odorantes, des fruits savoureux (…) Il faudrait dérober aux belles leurs formes voluptueuses, il faudrait… il faudrait tout cela à la fois. Seul notre vieux cépage de gamay pouvait réussir ce miracle ! » Ainsi parlait un vieux vigneron en 1880… (in Le Grand Livre du Beaujolais, Le Chêne, 1985).

Car la réputation du moulin-à-vent ne date pas d’aujourd’hui. Au XVIII e siècle déjà, elle se vérifie dans une plainte du 31 décembre 1770 du sieur Pierre-Étienne Chalandon, négociant à Mâcon, qui proteste contre un certain Alexandre Brosse, suspecté d’offrir des vins de troisième ou quatrième catégorie sous le nom de moulin-à-vent. En 1816, dans sa Topographie de tous les vignobles connus, André Jullien, l’un des meilleurs spécialistes du vin de son époque, range les vins de Chénas, de Moulin-à-Vent et de Thorins dans la seconde classe des vins de France, juste derrière les cuvées de Beaune.

Cette renommée entraîne une augmentation des fraudes que le Tribunal civil de Mâcon entend contrecarrer en établissant officiellement dès 1924 les limites géographiques de la production de ce vin, dénommé alors thorins ou moulin-à-vent. Premier cru délimité du Beaujolais, il se partage entre deux communes et deux départements : Romanèche-Thorins en Saône-et-Loire et Chénas dans le Rhône. Mais point de querelle de clochers ici : dès l’année suivante, les vignerons des deux villages créent l’union viticole. L’INAO confirme ces délimitations en 1936 avec l’attribution de l’appellation d’origine contrôlée. Pour éviter toute confusion, le nom de thorins est délaissé…

Le hameau abrite toujours le (vrai) moulin à vent, construit au XVe siècle sur un mamelon granitique à 258 m d’altitude, au centre de l’appellation. Celui-ci a cessé de moudre du grain en 1850 et ses ailes se sont envolées en 1910, ne résistant pas à une terrible tempête. Classé monument historique en 1930, il fut rénové en 1960. Ses ailes n’ont repoussé qu’en 1999 pour se briser à nouveau ; elles ont été reposées en 2006.


Le filon manganèse


Autour du moulin, on ne plante jamais d’arbre : aux dires des anciens, la vigne ne supporte que l’ombre du vigneron. Ou bien : le vin est devenu si précieux qu’on ne saurait gaspiller la moindre parcelle… Quoi qu’il en soit, les ceps de gamay noir à jus blanc s’étalent en pentes douces, bien exposés, protégés par les monts du Haut-Beaujolais. Ils s’enracinent dans un sol granitique assez homogène, même si l’on distingue différents climats selon les expositions et les altitudes.

Ces arènes granitiques roses friables, qu’on appelle gore ou grès, sont infiltrées de filons de manganèse. Jusqu’en 1919, Romanèche-Thorins était, avec ses quatre mines, le plus important gisement français de « romanéchite » comme on l’appelait alors. Cette pierre noire, très lourde, que l’on peut encore observer dans les murs des vieilles bâtisses de la commune, serait à l’origine du caractère particulier des vins.

La couleur du moulin-à-vent est d’un rouge profond, violacé, qui évolue avec l’âge du grenat sombre au rubis profond. Dans sa prime jeunesse, le vin exhale des senteurs de fruits rouges (cerise bien mûre) et de violette. Puis apparaissent les arômes d’iris et de rose fanée ; enfin, le bouquet se montre plus épicé et complexe (truffe, musc, venaison, ambre gris parfois). Mais ces dernières nuances restent toujours discrètes, ne nuisant pas à l’élégance du vin. C’est en bouche que le moulin-à-vent affirme sa personnalité : charpenté mais bâti sur des tanins fins, charnu, velouté, persistant, souvent minéral et parfois boisé en raison de son élevage en fût, monnaie courante dans l’appellation.

Si le moulin-à-vent sait se faire apprécier jeune, quelques années de garde (jusqu’à dix ans dans les grands millésimes) lui confèrent tout son cachet. Et le vin de « pinoter » dit-on alors, se rapprochant ainsi de ses cousins bourguignons. Un seigneur…


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1936
Superficie : 660 ha
Production : 33 000 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 15 °C
Potentiel de garde : 4 à 10 ans


Les climats
Le vignoble de Romanèche se divise en 9 climats :
Les Carquelins
Les Rouchaux
Champ de Cour
En Morperay
Les Burdelines
La Roche
La Delatte
Les Bois Maréchaux
La Pierre
À Chénas, les plus grandes cuvées proviennent de La Rochelle, Les Caves, Rochegrès, Champagne, Les Vérillats et Les Joies.


Voir aussi
- Les sélections en moulin-à-vent du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le moulin-à-vent



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oct 06

Grappe d’or du Guide Hachette des Vins 2011, Domaine Gros frère et sœur, Grand cru Richebourg 2008


« Il y a deux sortes de vignerons aujourd’hui en Bourgogne », remarque Bernard Gros. « Il y a ceux qui font du vin avec de l’argent et ceux qui font un peu d’argent avec du vin. » Un résumé de la métamorphose en cours en Bourgogne ? Les terres familiales s’émiettent un peu à la relève des générations. Des banques ou des sociétés les rachètent, car les parcelles coûtent à présent le prix des œuvres d’art. « Le paysage change. Bien ou mal, dit-il, c’est comme ça. Les vignerons bourguignons qui possèdent leurs vignes sont de moins en moins nombreux. »


De ces vieilles familles du terroir, Bernard Gros est l’une des figures les plus représentatives. L’histoire des siens commence quand Alphonse Gros, venant du côté de Nuits-Saint-Georges, s’installe à Vosne en 1830. Le commerce prospère, la propriété s’agrandit avec le temps, au fil des générations. Deux hectares de Richebourg pour commencer en 1882, puis deux parcelles de clos-de-vougeot, quelques ares de grands-échézeaux et trois hectares d’échézeaux. Jusqu’à ce qu’en 1963 la propriété soit partagée entre les quatre héritiers de Louis : Jean et François, qui constituent chacun leur exploitation, Gustave et Colette, qui réunissent leurs parts et fondent le domaine Gros frère et sœur, avant de le confier vingt ans après à leur neveu Bernard. La famille a essaimé. Aujourd’hui, trois branches de Gros sont installées sur la commune de Vosne, et une quatrième à Pommard et à Beaune.


Bernard Gros prend la relève à 22 ans, sitôt libéré de son service militaire. Il replante toutes les parcelles de vieilles vignes fourbues et y ajoute 12 nouveaux hectares en hautes-côtes-de-nuits, au-dessus de Vosne-Romanée. Qui complètent ses quatre précieux grands crus : 69 ares de richebourg, à quelques rangs de pinot noir de la romanée-conti, 37 ares de grands-échézeaux, 93 d’échézeaux, et 75 de clos-de-vougeot Musigni. Soit au total une vingtaine d’hectares.



Trois décennies plus tard, l’œuvre accomplie est remarquable. Trois coups de cœur en quatre ans pour son grand cru richebourg ! Une constance rare. Et la consécration avec la Grappe d’or du Guide Hachette des Vins 2011. « Ce vin s’ouvre sur le fruit noir et des notes empyreumatiques. La marque de l’élevage est présente également en bouche, conférant de la puissance à une matière ronde et grasse qui enrobe le tanin. Un vin profond, bien dans l’esprit des grands crus du domaine », écrivent les dégustateurs. Et ne dit-on pas du richebourg qu’il remplit le verre rien que par son nom ? « C’est le terroir qui parle », réplique Bernard Gros avec modestie. Et comme une excuse, il ajoute : « Le raisin est le maître de tout, 80 % des qualités du vin sont dans la vigne ». Il les connaît par cœur, sa terre et son pinot noir ! Il est tombé dedans quand il était petit !


Le terroir, d’abord. Le vigneron se fait géologue. Le vignoble de la Côte de Nuits, qui repose sur des terrains d’époque jurassique, est implanté sur le rebord d’une faille. Le jeu de multiples fractures explique la diversité de ses sols. « À un mètre près, ici, d’une faille à l’autre, les vins sont différents. Les grands crus sont concentrés à mi-côte, sur la faille. » Et il conclut, avec modestie : « On a la chance d’être bien nés. Toute la différence ne vient pas de ma science, mais du sous-sol. »



Le pinot noir ensuite, l’âme de la Bourgogne. Les pieds replantés il y a 20 ans s’enracinent de plus en plus profondément dans le sol, et ses vins gagnent ainsi en complexité. « Le pinot noir est extrêmement délicat, c’est pourquoi il est inimitable. Il n’aime ni le froid, ni le chaud. Et comme tous nos vins sont des monocépages, on n’a rien pour se rattraper les mauvaises années. » Mais Bernard Gros a trouvé une manière de parade : les rangs plus espacés et le palissage plus haut que chez ses confrères.


« Les générations actuelles demandent des vins plus gourmands, plus en rondeur, qui exigent des raisins très mûrs, constate Bernard Gros. On aime moins les vins un peu acides d’autrefois. » Si la physionomie du vignoble de Bourgogne change, il en va de même de ses vins, sous l’effet des usages et des goûts d’aujourd’hui. Et à Vosne, la dynastie des Gros tient ferme la barre et haut le flambeau dans les bourrasques.


Voir aussi
- La sélection en richebourg du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Les Grappes du Guide Hachette des Vins 2011
- Découvrir l’appellation richebourg
- Les accords gourmands avec le richebourg



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oct 04

Une catégorie de vins devrait disparaître après le millésime 2011 : les VDQS. La première édition du Guide Hachette des Vins, en 1985, en comptait une quarantaine. Ils ne sont plus que 16 en 2010 : quelques îlots viticoles. Pourtant, évoquer ces « vins délimités de qualité supérieure », c’est retracer l’évolution de la viticulture française durant la deuxième moitié du XXe siècle : la montée en puissance des vins d’appellation dans la production nationale. Cette catégorie intermédiaire, aujourd’hui illisible pour le consommateur, n’a-t-elle pas servi à de nombreux vignobles de tremplin vers l’AOC et contribué à la diversité des vins de France ?


Les appellations « historiques »…
En 1935, un texte décisif institue les « appellations d’origine contrôlée », vins d’élite issus d’aires délimitées en fonction de leurs sols, de leurs climats et de facteurs humains – les « usages loyaux et constants ».
Immédiatement à la suite de ce décret-loi, avant guerre, toute une série de régions ou de communes accèdent à l’AOC. La plupart proviennent de vignobles d’ancienne notoriété, qui vendent de longue date leurs vins en bouteilles à une clientèle souvent aisée : après le champagne, promu dès avant ce texte, majoritairement des vins de Bourgogne (et du Beaujolais, officiellement rattaché à ce vignoble), ainsi que du Bordelais. Un certain nombre d’AOC sont également reconnues dans les vallées du Rhône et de la Loire, dans le Sud-Ouest et le Jura.


Les oubliés des années 1930
Mais dans le Sud ? Seuls quelques vins doux naturels, comme le muscat de Frontignan ou le rivesaltes, qui avaient fait la réputation des régions méditerranéennes bien avant que ces terres ne misent sur la production de « gros rouge », sont reconnus en AOC ; peu après, c’est au tour de la blanquette-de-limoux, qui pétillait dès le XVIe siècle. Mais pas un seul vin rouge sec dans cette région pourtant entièrement vouée à la viticulture (la première AOC pour ce type de vin a été fitou, en 1948) ! En Provence, le tableau n’est guère différent : quelques vignobles historiques, très localisés, sont promus : Cassis, suivi de près par Bandol (1941), Palette et Bellet. Quant à la Corse, elle semble alors aussi éloignée de la notoriété viticole que l’île de Sainte-Hélène.


Les VDQS, une catégorie intermédiaire
L’« appellation d’origine vin délimité de qualité supérieure » (VDQS ou AOVQS) est officialisée en 1949. Cette nouvelle catégorie se distingue peu de l’AOC : elle correspond non seulement à une aire délimitée selon des critères de terroir, mais aussi à des conditions de production (encépagement, cépages, degré alcoolique…). La différence entre les AOC et les AOVDQS ? Pour les secondes, des délimitations sont un peu plus lâches et les rendements autorisés en général supérieurs à ceux des AOC. Les promoteurs de cette nouvelle catégorie se préoccupent notamment de faire sortir le Midi de sa spécialisation dans les vins courants, afin de le faire échapper aux crises récurrentes de surproduction. En d’autres termes, ils espèrent favoriser l’éclosion d’appellations dans des vignobles peu réputés.


Les vignobles tirés vers le haut
Cette nouvelle catégorie a fini par s’imposer – même si dans l’ancien « Midi rouge », prompt aux révoltes, une fraction importante des producteurs s’est longtemps arqueboutée sur la défense de la viticulture de masse. De très nombreux vignobles méridionaux classés aujourd’hui en AOC ont commencé leur ascension comme VDQS. C’est le cas de la plupart des vins du Languedoc-Roussillon comme les coteaux-du-Languedoc, saint-chinian, faugères… ; des plus vastes appellations provençales (côtes-de-provence, coteaux-d’aix-en-provence, coteaux-varois-en-provence) ; des vins de Corse ; de nombreuses productions dans l’orbite de la vallée du Rhône méridionale (cotes-du-luberon par exemple). Les plus vastes de ces appellations ont accédé à l’AOC dès les années 1980. Dans le même temps, la viticulture a délaissé la plaine pour s’installer sur les meilleurs terroirs de coteaux – d’où le nom de ces vignobles affichant fièrement leur caractère pentu (« coteaux-du-languedoc », voir blog « Les vins français ont-ils encore la « côte » ?). L’encépagement a été revu de fond en comble. L’aramon, cépage autrement appelé « pisse-vin » et associé aux vins de table, a notamment été banni.


Des productions ressuscitées
La création des VDQS a également permis la renaissance d’une myriade d’autres vignobles situés hors des zones méditerranéennes. Des vignobles parfois très anciens mais enclavés, situés dans des régions périphériques, comme les piémonts de montagne. Souvent, ils avaient considérablement rétréci à la suite de la crise phylloxérique et presque sombré dans l’oubli. Un exemple célèbre ? Cahors, dont les vignerons eurent à cœur de redonner vie à leur « vin noir » issu du cépage malbec. Aujourd’hui AOC, ce vin fut VDQS entre 1951 et 1971. Nombre d’intéressants cépages locaux ont pu survivre grâce à aux VDQS, qui ont été reconnus dans le Sud-Ouest, le Val de Loire, le piémont du Massif Central, en Lorraine.


Une catégorie redondante
Presque tous les VDQS ont accédé à l’AOC avant 2000. Aujourd’hui, la production des VDQS représente 290 000 hl, quelque 1 % de la production actuelle. Qui remarque encore la mention « vin délimité de qualité supérieure » sur les étiquettes ?
Le développement d’une nouvelle catégorie intermédiaire, celle des vins de pays (VDP, créés en 1968), a rendu le statut VDQS difficilement lisible. Même si, à l’origine, les vins de pays sont de simples vins de table affichant une indication géographique et que leur rapport au terroir est plus lâche.


AOP ou IGP ?
La réforme européenne de 2008 transforme les vins de pays en « indications géographiques protégées » (IGP). Elle les sort de la catégorie des vins de table pour les rapprocher des AOP (appellation d’origine protégée, dénomination européenne des AOC) : les VDP/IGP n’affichent-ils pas une origine géographique comme les AOC ? En France, les pouvoirs publics programment alors la disparition des VDQS. Les producteurs des derniers VDQS doivent opter pour l’une ou l’autre catégorie : IGP ou AOP. Vont-ils choisir l’IGP ? Une catégorie conçue par l’UE pour rivaliser avec les vins des pays du Nouveau Monde, peu adeptes des réglementations, et en phase avec une certaine libéralisation des marchés. Elle admet des pratiques œnologiques interdites pour les vins d’AOC.



Et pourtant, tous les syndicats ont demandé à accéder à l’AOP. Pourquoi ce choix ? François Rat, président de la Fédération nationale des AOVDQS et producteur de haut-poitou, explique que les vignerons concernés s’efforcent depuis des années de lier leurs vins au terroir, en recherchant les cépages les mieux adaptés. Les producteurs de haut-poitou souhaitent ainsi écarter en blanc le chardonnay, cépage vedette du Nouveau Monde, lui préférant le sauvignon, appelé localement fié, et ont mis le cabernet franc en vedette pour les rouges et rosés. Dans le même temps, ils se sont imposé une certaine rigueur, notamment en matière de rendements. Le choix de l’IGP inverserait la tendance.



La superficie réduite des derniers VDQS milite enfin pour le choix de l’AOP. Gros-plant-du-pays-nantais et saint-mont mis à part, la superficie de toutes ces appellations n’excède pas quelques centaines d’hectares. Les plus petites, comme les vins-d’estaing en Aveyron, en comptent moins de 20 ! Pas de quoi inonder les marchés mondiaux… Les derniers producteurs préfèrent conserver leur position de niche, en s’appuyant sur l’oenotourisme et l’ancienne notoriété de leur vignoble : celui du Haut-Poitou remonte à Guillaume X, père d’Aliénor d’Aquitaine, et trouvait au XIIe siècle des débouchés en Europe du nord avant le bordeaux !


Liste des VDQS actuels


Lorraine
Moselle


Sud-Ouest
Coteaux-du-quercy
Côtes-de-millau
Côtes-du-brulhois
Lavilledieu
Saint-mont
Saint-sardos
Tursan
Vins-d’entraygues-et-du-fel
Vins-d’estaing


Vallée de la Loire
Coteaux-d’ancenis
Fiefs-vendéens
Gros-plant-du-pays-nantais
Haut-poitou


Centre-Loire
Châteaumeillant
Côtes-d’auvergne



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