S – 3 avant l’arrivée du beaujolais nouveau 2010… les crus 2009 de la région, eux, peuvent commencer à passer à table, et Hachette-vins.com fait la revue de ces appellations. Voici le juliénas – prononcez « juliéna ». Pour ce village aux limites nord du Beaujolais, une consonance déjà méridionale, et sans doute des origines gallo-romaines, à en juger par la toponymie et les vestiges archéologiques trouvés aux environs. Jules César et ses troupes ont-ils fait halte ici, ou au village voisin de Jullié, comme on le dit ? En tout cas, Juliénas, comme Jules, affiche un bien beau manteau rouge. Et possède de multiples ressources pour conquérir les palais : complexité, vivacité et aptitude à la garde.
Aux frontières du Mâconnais
Le bourg qui a donné son nom à l’AOC s’étend au pied du mont de Bessay (478 m), la dernière colline beaujolaise vers le nord. L’aire d’appellation se prolonge jusqu’à Pruzilly – une commune située en Saône-et-Loire et rattachée administrativement à la Bourgogne. Elle jouxte Saint-Vérand, la porte du Mâconnais, où l’on peut produire aussi bien des saint-véran, vins blancs bourguignons, que des beaujolais. La roche de Solutré, en Mâconnais, n’est qu’à une dizaine de kilomètres. Les reliefs et les sols changent pourtant du tout au tout : les éperons rocheux et les argilo-calcaires propices au chardonnay font place à des lignes plus douces et à des roches surtout anciennes. Le raisin blanc s’efface devant le rouge. Et le rouge, ici comme dans tout le Beaujolais, c’est le gamay.
L’aire AOC comprend deux autres villages : celui de Jullié et celui d’Émeringes, vers l’ouest. Comme dans le reste de la région, l’habitat s’éparpille en de multiples hameaux et domaines isolés.

Des vins charnus et nerveux
Étagées de 225 m à 450 m, les vignes s’enracinent sur des sols pauvres et acides. Bien visible dans la partie centrale du cru, le substrat typique du Beaujolais est composé de granite rose, qui donne des sols sableux. Par endroits, les sols se font plus argileux, ce qui donne au vin beaucoup de corps. Sur le haut des coteaux, le granite rencontre des sols schisteux, riches en minéraux, qui rappellent les meilleurs terroirs de Morgon et de la côte de Brouilly. Les vins qui y naissent méritent d’être attendus.
D’une façon générale, les juliénas sont des vins plutôt corsés. Ils présentent une robe violacée qui reste longtemps sombre et profonde. Complexes et élégants au nez, ils associent des notes florales (pivoine ou violette), des touches minérales et épicées à un fruité aux nuances de framboise, de cassis, de groseille, de fraise et même de pêche de vigne. Ils affirment leur personnalité par un palais vigoureux, nerveux, souvent assez tannique, qui leur permet de se bonifier au moins deux à trois ans, même si on peut aussi les consommer jeunes.

Fêtes bachiques
Pas de Madone à Juliénas, mais l’empreinte de l’Église se traduit par une très belle Maison aux Dîmes (début XVIIe s.), dotée de deux élégantes galeries d’arcades superposées. C’est là qu’était entreposé le vin correspondant à l’impôt en nature payé au clergé jusqu’à la Révolution. Ici, 147 tonneaux destinés au chapitre Saint-Vincent de Mâcon. La Maison aux Dîmes abrite aujourd’hui une exploitation viticole.
Depuis 1954, Juliénas rend aussi un culte à Bacchus et à ses plaisirs, grâce à Victor Peyret. Ce producteur, ancien propriétaire du château des Capitans, avait aménagé l’auberge du Coq au vin pour y recevoir ses clients. Avant guerre, plusieurs journalistes du Canard Enchaîné y avaient leurs habitudes : autant de zélotes du cru. On doit aussi à Victor Peyret l’inauguration du cellier de la Vieille Église, caveau de dégustation et « sanctuaire » du juliénas aménagé dans une chapelle désaffectée. Le cœur, peint à fresque, représente Bacchus, escorté de faunes et de bacchantes. C’est dans le cellier de la Vieille Eglise qu’est remis, lors de la fête annuelle du Vin, le prix Victor-Peyret à un écrivain ou artiste ayant contribué à la gloire du vin en général, et du juliénas en particulier. La manifestation avait lieu traditionnellement en novembre. En 2009, sous le nom de Juliénales, elle a été déplacée en juillet, laissant novembre au beaujolais nouveau.
La fête attire ainsi plus de monde. Les visiteurs peuvent goûter le vin au cellier, chez les producteurs ou à la coopérative. Cette dernière a été installée en 1960 au château du Bois de la Salle, ancien prieuré construit trois siècles auparavant. L’AOC compte aussi plusieurs intéressants châteaux viticoles, comme celui de Juliénas, ancienne place forte des sires de Beaujeu, et celui d’Envaux. Enfin, une soixantaine d’exploitations contribuent à la production locale. Nombre de leurs cuvées ont été sélectionnées par Le Guide Hachette des vins lequel, en 1988, a remporté le prix Victor-Peyret !
Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1938
Superficie : 594 ha
Production : 29 900 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 13-15 °C
Potentiel de garde : 4 à 10 ans
Voir aussi
- Les sélections en juliénas du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le juliénas
























