sept 28

La vallée de Sonoma, particulièrement étendue, se prolonge au nord jusqu’après Healdsburg ; mais si l’on veut avoir une chance de découvrir Napa Valley, mieux vaut couper vers l’est juste avant Santa Rosa en direction de Calistoga, qui marque l’entrée nord du plus célèbre des vignobles californiens.


Ici encore, laissons la parole aux spécialistes : « La Napa Valley symbolise la réussite contemporaine des vins des États-Unis. Son image est sans rapport avec son étendue relativement modeste (4 % seulement de la production californienne), car elle concentre bon nombre des noms les plus prestigieux. » (Extrait de l’ouvrage 100 vins du monde à connaître paru chez Hachette.) De fait, les domaines qui ont fait la renommée des vins californiens sont tous là : Mondavi, Stag’s Leap, Château Montelena, Hess, Clos du Val, etc. C’est également ici que de nombreuses grandes maisons champenoises ont décidé de poser leur valises, comme Moët & Chandon, Mumm ou encore Taittinger.


À Calistoga, on ne ressent pas encore le parfum de la célébrité. La ville, modeste mais agréable, est surtout connue pour ses eaux thermales et ses bains de boue ! Le soir au restaurant, une serveuse nous conseille non seulement pour le repas mais aussi pour les visites du lendemain. Elle connaît le « jugement de Paris » (certes plus publicisé ici qu’en France…) et recommande d’aller au Château Montelena, dont le chardonnay arriva devant les grands bourgognes blancs lors de la fameuse dégustation de 1976. Devant notre peu d’enthousiasme, elle hasarde une autre suggestion : la Summers Winery, qui s’est fait une spécialité du charbono.


Le charbono ? Un cépage oublié, la « douce noire » ou « corbeau », autrefois cultivé en treillages en Savoie associé au persan et à la mondeuse (d’après Pierre Galet, in Dictionnaire encyclopédique des cépages). Une variété que l’on ne trouve plus guère qu’en Italie (sous le nom de dolcetto), en Argentine et, donc, en Californie. Va pour le charbono…


Après un détour pour voir le Old Faithful Geyser (activité thermale oblige), arrivée à la Villa Andriana (autre nom de la winery de la famille Summers). Heureuse surprise : pas un visiteur ; visiblement, les touristes sont trop occupés à se masser dans les célèbres caves. La dégustation coûte 10 $ pour 6 vins (on aura même en prime un coup de cabernet rosé), un prix raisonnable pour la région, mais surtout un forfait déduit du montant total si on achète des bouteilles ! Une formule plutôt intelligente, qui permet de déguster sans « pression ».


Au menu : chardonnay, charbono, zinfandel, merlot, cabernet-sauvignon, assemblage bordelais (une remarque en passant : si les monocépages sont volontiers mis en avant aux États-Unis, les « assemblages » constituent souvent le haut de gamme d’une production…). Globalement, une dégustation plutôt agréable. Les vins évitent la surmaturité qui semble caractériser le gros de la production locale et affichent une belle fraîcheur. Le charbono ? Un joli fruit frais, de l’acidité sans excès, une chair douce quoique légèrement amère en finale. Pour le déguster, le vigneron conseille de croquer dans une tomate cerise, afin de jouer l’alliance des acidités. De même pour le merlot fournira-t-il quelques grains de chocolat noir, et pour le cabernet de chocolat blanc.


On repart plutôt content, avec deux bouteilles de charbono (le nombre est limité !) à faire goûter en France au retour (accompagné de charcuteries de montagne plutôt que d’une salade de tomates !). On file alors vers les grands noms de la vallée, qui ne parviendront pourtant que difficilement à retenir notre attention : trop gros, trop clinquants, trop chers. Chez Mondavi, dont on peut par ailleurs saluer l’élégance du bâtiment, sorte d’hacienda aux pelouses impeccables saupoudrées de sculptures modernes, la dégustation coûte 20 $ pour… 3 vins ! Trop, c’est trop, on rentre à San Francisco…

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sept 24

S – 8 avant l’arrivée du beaujolais nouveau. S’il présente l’avantage de rappeler cette grande région viticole aux bons souvenirs des œnophiles du monde entier, ce coup de projecteur annuel aussi éphémère que planétaire offre une image parfois réductrice des vins du Beaujolais. Hachette-vins.com profite donc de l’occasion pour mettre dans la lumière la fine fleur du Beaujolais et ses dix crus : brouilly, côte-de-brouilly, chénas, chiroubles, fleurie, morgon, juliénas, moulin-à-vent, saint-amour et régnié, produits dans la partie nord de la région, sur des roches anciennes. Des vins rouges uniquement, issus du seul gamay ; selon les crus, des vins souples, frais et très aromatiques ou plus tanniques et aptes à la garde. Première halte sur les terres du morgon.


Des climats aux « terres pourries »


De Belleville-sur-Saône, porte routière et autoroutière des crus du Beaujolais, la D18 mène rapidement dans le vignoble. Après avoir enjambé l’Ardières, petite rivière née près du mont Saint-Rigaud, qui arrose Beaujeu et rejoint la Saône, on trouve une allée de ceps d’appellation beaujolais conduisant jusqu’au château de Pizay. Derrière ce magnifique domaine commence la commune de Villié-Morgon, qui regroupe la totalité de l’AOC.


Au sud de la commune, le hameau de Morgon qui donne son nom à l’appellation fut rattaché à Villié en 1867. Dans ce vignoble plus que millénaire (un texte daté de l’an 957 fait état de son existence), le vignoble couvre aujourd’hui près de 1 100 ha exploités par quelque 250 vignerons, ce qui fait de Morgon le cru le plus étendu du Beaujolais après brouilly. Il s’étire vers l’ouest vers le hameau de Saint-Joseph, qui jouxte au sud Chiroubles, au pied des monts du Beaujolais.


Les vignes s’étagent entre 250 et 500 m d’altitude, bien ensoleillées et disposées en pente douce largement ouverte vers l’est. Elles bénéficient d’un climat tempéré, à tendance continentale. Les monts du Beaujolais protègent le vignoble de l’humidité océanique, le vent du Midi apporte une influence méditerranéenne qui précède les fortes précipitations de l’automne, et celui du Nord assèche et rafraîchit. Le cœur de l’appellation, dominé par le mont du Py, repose sur un substrat très particulier : des « terres pourries », morgon en patois beaujolais, composées de schistes décomposés riches en oxydes de fer et de roches éruptives très anciennes. De nombreux ruisseaux traversent le terroir d’ouest en est pour rejoindre la Saône, traçant des vallons qui à leur tour ont délimité six « climats » dont les noms peuvent être indiqués sur l’étiquette. Climats ? Entendez par là des lieux-dits caractérisés par leurs sols et leur microclimat délimités en si grand nombre dans la Bourgogne voisine (région viticole à laquelle le Beaujolais est officiellement rattaché).


Car plus que partout ailleurs en Beaujolais, l’AOC offre plusieurs types de vins, selon les origines géo-pédologiques du gamay. Le plus renommé est sans nul doute celui de la Côte du Py, vaste mamelon schisteux culminant à 352 m d’altitude, situé à proximité de l’ancienne voie romaine reliant Lyon à Autun. Les vins qui y naissent sont réputés peu précoces, solidement charpentés et kirschés. Au sud de Villié-Morgon, Les Charmes, orientés au sud-est entre 300 et 450 m d’altitude sur des arènes granitiques, proposent des vins friands, ronds et parfumés. Les morgon provenant du climat Les Grands Cras, sur les contreforts sud et sud-est de la Côte du Py, apparaissent corsés, avec un fruité mûr. Issus de Corcelette et de Douby, au nord et au nord-ouest de Villié, ils se montrent floraux et fruités. Le plus petit des climats en superficie, Les Micouds, juste au nord de la Côte du Py, présente des cuvées assez précoces, fines et bien fondues.


Ça « morgonne » dans le verre


Il n’en demeure pas moins que les vins présentent des caractéristiques communes. « Le fruit d’un beaujolais, le charme d’un bourgogne », se plaît-on à dire du côté de Villié-Morgon pour désigner la subtilité d’un vin au bouquet particulier et d’une belle aptitude à la garde, fruit d’un terroir schisteux.
Le gamay engendre ici des vins colorés, d’un rouge grenat soutenu et profond à maturité, qui se dépouillent quelque peu en vieillissant mais sans perdre leurs qualités gustatives particulières. En effet, l’originalité du morgon réside dans ses arômes de kirsch, de fruits mûrs à noyau (cerise, prune, voire abricot…), d’eau-de-vie de fruit et d’épices que l’on ne retrouve dans aucun autre cru du Beaujolais. Parfois, quelques notes minérales caractéristiques viennent compléter cette palette. L’attaque nette précède une bouche riche, ample, qui fait écho aux sensations perçues à l’olfaction. Le morgon est un vin corsé, robuste, dont les cuvées les plus réussies voient leur bouquet s’affiner et s’intensifier avec l’âge.


Cette particularité gustative a d’ailleurs donné lieu à un verbe, « morgonner » : avoir les caractères du morgon bien sûr, mais aussi une bonne aptitude au vieillissement, jusqu’à dix ans les meilleures années. Le morgon peut alors prendre des allures de vin bourguignon, complexe et raffiné. Les accords gourmands ? Terrine de faisan, chapon aux morilles, gigot d’agneau, daube de bœuf, coq au vin, civet de lièvre, gibier à plumes et fromages (cîteaux, charolais, camembert…) seront les bienvenus.


Bref, un cru bien loin du petit vin de comptoir vif et gouleyant…


Les climats
La Côte de Py
Les Micouds
Les Grands Cras
Les Charmes
Corcelette
Douby


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1936
Superficie : 1 100 ha
Production : 56 000 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 13-15 °C
Potentiel de garde : 3 à 10 ans


Voir aussi
- Les sélections en morgon du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le morgon
- Qu’est-ce qu’un climat ?


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sept 22

Grappe de bronze du Guide Hachette des Vins 2011 pour son saumur-champigny Domaine de Nerleux Clos des Châtains 2008


Aux dernières vendanges, Régis Neau a eu les honneurs du 20 heures de Laurence Ferrari sur TF1. Le reportage entendait illustrer les effets du réchauffement climatique par un reportage dans les vignes de Nerleux (ou « Nerloo » en français du XVIe siècle, autrement dit aujourd’hui, « les loups noirs »).

Le Val de Loire n’est pas encore le désert de Gobi, mais avec le temps, Régis Neau a observé quelques petits changements : « On vendange à peu près à la même époque qu’autrefois, note-t-il, mais les raisins sont à présent beaucoup plus mûrs. Et tandis qu’on sortait des vins à 10 degrés, ils atteignent naturellement aujourd’hui les 12 ou 13 degrés. » De ce fait, leur caractère change. Le Val de Loire, auparavant terre de vins légers, fruités, frais et gouleyants, donne, semblerait-il, des vins plus corpulents. Le réchauffement du climat est-il la cause essentielle de ce caractère ?



Il y en a bien d’autres, propres à Nerleux. A commencer le fameux tuffeau local. Ce calcaire crayeux, roche sédimentaire poreuse et friable, formant des strates recouvertes d’une mince couche de terre, constitue le terroir privilégié de la Touraine occidentale et du Saumurois. « C’est là que le cabernet franc s’exprime le mieux, explique Régis Neau. Ses racines s’enfoncent jusqu’à quinze ou vingt mètres à travers la roche pour puiser leur eau. L’alimentation est ainsi régulière et cela préserve la plante de tout stress hydrique. Sur un terrain trop sec, le cabernet franc donne des tanins plus durs. Ici, il acquiert une pointe d’acidité, une belle fraîcheur Une envie de revenez-y ! ».


La qualité de son Clos des Châtains tient aussi à la vigne et aux soins impitoyables qu’il lui applique. Sur les flancs sud-ouest de la butte de Saint-Cyr-en-Bourg, le Clos recèle les plus vieux ceps du domaine (70 ans d’âge), dont la faible vigueur entraîne de faibles rendements. Les grappes sont petites et sucrées. Tant mieux pour la profondeur du goût. En outre, Régis Neau pratique une culture raisonnée : plus aucun engrais chimique ou organique dans les rangs, des parcelles ensemencées de fétuque et de pâturin. L’herbe aspire les excès d’eau et dispute sa nourriture aux pieds de vigne : un régime d’ascète pour les ceps. Il faut souffrir… Notez que pour l’ensemble de l’appellation saumur, un ingénieur agronome a été recruté, chargé de veiller au respect des équilibres naturels.



Au domaine de Nerleux, les vendanges débutent le plus tard possible, pour attendre les raisins les plus mûrs ; et à la cave, durant la macération, on pratique ici des remontées à l’air plutôt qu’un pigeage mécanique. Une façon de faire inventée dans le Val de Loire permettant de renforcer la couleur des vins, qui en manquaient auparavant, et d’assouplir les tanins. Puis arrive la mise en bouteille, quatorze mois plus tard, après deux hivers en cave.



Côté généalogie, la neuvième génération des vignerons de Nerleux s’apprête à faire ses premières armes : Amélie, la fille de Régis. Petite fille, elle se voyait déjà vigneronne, mais ses parents l’avaient dissuadée de se lancer trop tôt. Alors elle s’est constituée un solide bagage commercial et financier, a travaillé dans une banque pendant dix ans puis est revenue au pays, après un détour au lycée viticole de Montreuil-Bellay. Le 1er janvier 2011 s’accomplira son rêve d’enfant… Son père Régis, lui, avait repris le domaine en 1974. Il l’a restructuré, replanté et agrandi, portant sa surface de 18 à 47 hectares. Et Nerleux est devenu un incontournable. Si l’on y produisait auparavant deux tiers de vins blancs pour un tiers de rouges, les proportions sont aujourd’hui inversées. Mais le Saumurois est éclectique et Régis Neau propose, outre des rouges et des blancs (la cuvée Les Loups blancs issue de chenin a frôlé le coup de cœur du Guide Hachette 2011), des crémant-de-loire ou encore, les années fastes, des coteaux-de-saumur liquoreux. Dire que l’aïeul Robert, en retrouvant ses vignes en friches au retour des tranchées de la Grande Guerre, de désespoir, avait voulu vendre son domaine!


On laissera aux experts du Guide Hachette le mot de la fin sur ce Clos des Châtains du domaine de Nerleux : « Un vin chaleureux et délicat à la fois. Une robe grenat intense aux reflets noirs. Un nez puissant évoquant les fruits noirs, la confiture de mûres notamment. Une bouche riche dotée d’une solide charpente et laissant une sensation fruitée remarquable. »


Voir aussi
- La sélection en saumur-champigny du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- A la découverte de l’appellation saumur-champigny
- Les Grappes du Guide Hachette des Vins 2011

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sept 21

Grappe d’argent du Guide Hachette des Vins 2011 pour son alsace grand cru Zinnkoepflé cuvée Marie, gewurztraminer 2008


La Vallée Noble est son pays et le Zinnkoepflé sa petite patrie. À une vingtaine de kilomètres au sud de Colmar, les vignes du domaine Haag descendent des coteaux escarpés au-dessus du clocher de Soultzmatt. Si cette étroite vallée refermée comme un écrin est dite Noble, c’est par une coquetterie anciens clercs qui signaient leurs missives à l’évêque de Strasbourg d’un « vicarius in vallis prae nobilis ». Sept châteaux forts la gardaient autrefois, dont un seul a subsisté. La douce vallée a gardé sa noblesse, l’abolition des privilèges un 4 août n’y a rien fait. Le Zinnkoepflé, l’un des 51 grands crus d’Alsace se trouve là, haut perché, sur le « toit » du vignoble alsacien (à 420 mètres d’altitude), et Jean-Marie Haag le classe sans fausse modestie dans les cinq meilleurs. Noblesse oblige.


L’édition 2010 du Guide Hachette a distingué la cuvée Marie du Domaine Haag et ses dégustateurs ont apprécié « une robe or, où l’on goûte toutes les nuances du gewurztraminer en surmaturation (litchi, fruits jaunes confits, épices) et une bouche puissante et riche », qui valaient bien la Grappe d’argent. Cette cuvée Marie est un vin d’apéritif par excellence. Elle accompagnera aussi avec élégance des saveurs raffinées, comme le foie gras poêlé aux raisins, des mets aux épices et au miel tels que les tajines et les spécialités asiatiques, des fromages hauts en goût comme le munster ou le roquefort, ou encore une tarte feuilletée aux pommes ou une tarte Tatin. Un grand vin de gastronomie.


Son coup de cœur, Jean-Marie Haag l’explique par un précieux terroir et son cépage d’élection. Sa parcelle du Zinnkoepflé (1,35 hectare sur les 6 de son domaine) reflète toutes les vertus des profondeurs et du ciel de ce grand cru. Une pente rude (40 % d’inclinaison), une terre composée de calcaires gréseux coquilliers où s’incrustent de nombreux fossiles, des étoiles et des lys de mer en particulier. Et un microclimat rêvé : Zinnkoepflé signifie « la tête au soleil » (Zinn et Kopf) dans le dialecte alsacien. Le coteau est orienté au sud et sud-sud-est et reçoit d’avril à septembre, durant la pousse des vignes, 1750 heures d’ensoleillement, autant qu’à Bordeaux. Protégé par les plus hauts sommets des Vosges qui constituent une barrière contre les pluies, le vignoble bénéficie de conditions particulièrement chaudes et sèches. Sur la lande des hauts de Soultzmatt, on trouve des orchidées, des anémones rares, et des amandiers… des plantes méditerranéennes ! « Autour de la Saint-Jean, on entend même les cigales chanter ! » affirme Jean-Marie Haag. On est à la pointe méridionale de l’Alsace, dans une zone classée Natura 2000.


Le gewurztraminer s’y sent bien. Il recouvre 60 % de l’encépagement du Zinnkoepflé. La vallée Noble, à l’abri des vents d’ouest dominants, offre un milieu propice à la surmaturation des grains ; c’est d’ici d’ailleurs que provient une bonne partie des « vendanges tardives » et « sélection de grains nobles » alsaciens. « Le plus important est de vendanger à maturité phénolique, explique Jean-Marie Haag. On goûte les raisins, on voit si les pépins sont bien mûrs, et alors on vendange la parcelle ». Ensuite on pratique un pressurage très doux: « il faut y faire comme avec les enfants, dit-il, ne pas les bousculer ». Ensuite vient l’élevage sur lies fines et le bâtonnage. Le vigneron d’ajouter, après une dégustation, « le gewurztraminer est un flacon de parfums ».


Le domaine Haag est une longue histoire de famille, commencée avec le grand-père Eugène, dans les années 1930. Ce dernier travaillait en semaine au fond des mines de potasse – exploitées au nord de Mulhouse jusqu’à une date récente – et, le dimanche, cultivait son lopin de légumes et de vignes. Quand son fils Armand prit sa succession, il ne garda que la vigne, racheta quelques parcelles voisines et mit son vin en bouteille. Jean-Marie a continué. Après des études au lycée agricole de Rouffach, il a effectué sa première vinification en 1982.


Quatre des frères d’Armand avaient choisi une autre voie que lui, celle de Dieu. L’un est moine trappiste, deux autres chez les Oblats de Lyon, et le dernier curé de Kingersheim. C’est ainsi qu’une part des vins du domaine Haag est destinée à une congrégation hollandaise qui fait le commerce des vins. 30 % de la production sont exportés, en Europe et vers des destinations lointaines : Etats Unis, Hong Kong et bientôt le Brésil.



La cuvée Zinnkoepflé gewurtraminer a été baptisée Marie, comme Jean-Marie et Myriam son épouse (Marie en hébreu). « Notre vin est un duo », dit-il. Les deux enfants, Marion et Théo, eux, sont les parrains des cuvées grand cru issues de riesling et de pinot noir. Seront-ils vignerons ? « Pour l’instant, ils font leurs études, après on verra… » dit leur père.


Voir aussi

- Les sélections en alsace grand cru Zinnkoepflé du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Les Grappes du Guide Hachette des Vins 2011
- L’Alsace viticole


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sept 20

Mais quelles mouches ont donc piqué les Anglo-Saxons ? Non contents de gagner des parts de marché à l’export, ils s’emploient à saper les fondamentaux du vin façon “Vieille Europe”, en se cachant derrière le faux-nez de l’écologie. Faut-il en rire ou en pleurer ?

L’an dernier, le chroniqueur britannique Tim Atkin remettait en cause dans The Observer (blog du 26 janvier) la bouteille en verre et la mise à la propriété, prônant le vin en vrac, tellement plus “vert”!

C’est au tour du très respectable magazine Decanter d’apporter sa “contribution” au débat en donnant la parole à la célèbre productrice australienne Vanya Cullen (www.decanter.com). Sa thèse : il faut éradiquer le bouchon liège, “inacceptable”, et lui préférer dans tous les cas et pour tous les vins la capsule à vis. La raison ? Le liège serait anti-écologique et irait à l’encontre de la biodynamie (mode de culture choisi par Cullen).

Après une telle charge, on attend avec impatience les arguments scientifiques étayant cette thèse. On attendra en vain, car la raison (pour ne pas dire le raisonnement, tant le fil de la pensée est ici ténu) est tout autre : le liège est à l’origine de phénomènes d’oxydation et de goûts de bouchon, et ces défauts potentiels entachent le travail du producteur et ruinent tous les efforts qu’il a pu faire par ailleurs pour préserver l’environnement.

On en rirait si ce n’était écrit noir sur blanc dans un magazine lu à travers toute la planète vin. Faut-il rappeler que ce sont précisément les phénomènes d’oxydation ménagée qui permettent aux vins de vieillir sereinement ? Que le problème des goûts de bouchon a été très largement pris en charge ces dernières années par les professionnels et considérablement réduit ? Que la contamination aux TCA ne tient pas uniquement au liège (elle concerne plus généralement les chais) et qu’elle peut donc frapper des vins bouchés en capsules à vis ?

La capsule à vis est un mode de bouchage intéressant et dont on ne peut que saluer le développement dans le monde, en ce qu’il participe à une certaine démocratisation du vin (facilité d’ouverture et donc de consommation). La biodynamie est un mode de culture passionnant adopté par de nombreux producteurs de renom dans le monde. Ces deux tendances profondes méritent mieux que de servir d’argumentaires frelatés pour des plaidoyers pro domo et d’aliments à une basse polémique teintée de mauvaise foi.

Au bout du compte, au-delà des propos somme toute risibles de Mme Cullen, la vraie question qui demeure – posée d’ailleurs par plus d’un internaute de l’Ancien Monde et du Nouveau – c’est : « Mais que diable Decanter allait-il faire dans cette galère ? »

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sept 13


Le Guide Hachette des Vins l’avait mis à l’honneur en 1998 : Thierry Manoncourt, propriétaire de Château Figeac (1er grand cru classé), reçut cette année-là la Grappe d’or du Guide devant la foule des journalistes et des producteurs réunis pour le lancement de l’édition 1999. Ce grand monsieur, figure de Saint-Émilion depuis plus de soixante ans, s’est éteint le 27 août dernier, à près de quatre-vingt-treize ans.


En lui attribuant la Grappe d’or, la rédaction saluait le caractère et l’élégance du millésime 1995 de Figeac, coup de cœur trois étoiles, cinquantième vendange de Thierry Manoncourt. Elle mettait aussi en avant l’œuvre entière de celui qui avait redonné vie à ce cru – plus illustre au XVIIIe siècle que Cheval Blanc – qui n’était alors qu’une simple métairie du domaine.


Et pourtant : « Si je suis vigneron, c’est bien par hasard » confiait Thierry Manoncourt. Qui aurait pu prédire que ce Parisien s’installerait à Saint-Émilion ? On raconte même que son père, pour lui annoncer en 1947 qu’il allait prendre en charge le domaine, lui aurait dit : « Catastrophe, ta mère hérite de Figeac ! ». Acquis en 1892 par son arrière-grand-père Henri de Chevremont, le cru ne représentait alors qu’un simple placement destiné à diversifier le patrimoine de cette famille tournée vers l’industrie, les sciences et les techniques. Phylloxéra, dépression économique, coup d’arrêt mis cette même année à la politique de libre échange qui avait tant contribué à la notoriété et à la fortune des grands vins français à l’étranger : pourquoi miser sur le vignoble en 1892 ? Surtout celui du Libournais : Saint-Émilion n’avait-il pas été oublié par le classement de 1855 ? L’avenir n’appartenait-il pas aux vins courants, pour lesquels la demande était forte ?


La stagnation des grands vignobles se prolongeant, c’est un défi qu’a dû relever Thierry Manoncourt. Venu à Figeac pour les vendanges 1943, il se prend – à vingt-cinq ans passés – d’une passion pour la vigne. Il passe un diplôme d’ingénieur agronome. Ces connaissances scientifiques, alors peu répandues dans le milieu des propriétaires mais prisées dans sa famille, lui donneront le goût de l’innovation. Elles l’aideront à conférer toute son expression à un remarquable terroir : trois belles croupes de graves. Sur ce type de sol plus fréquent en Médoc qu’en Libournais, il expérimente avec jubilation. Merlot, malbec, cabernet franc et cabernet-sauvignon, quelles sont les variétés les plus adaptées ? Des cuvées monocépages sont réalisées, mises en bouteilles, conservées dix ans. Les cabernets (70 %) seront le cœur des vins de Figeac – un encépagement atypique sur la rive droite, mais adapté aux terrains graveleux.


Autres innovations : le semis d’herbe entre les rangs de vignes; la fermentation malolactique, aujourd’hui la règle pour les vins rouges mais peu pratiquée jusque dans les années 1950-1960 ; l’aménagement (en 1970) d’une cave profonde alors que dans le Bordelais, les chais étaient traditionnellement de plain-pied ; l’emploi de cuves Inox (dès 1971) – à la suite de Haut-Brion et de Latour – et de barriques neuves. Cet élevage coûteux dans le chêne neuf, pratiqué par tous les premiers crus classés, renforce sans doute l’aura de Figeac. Il reste mesuré : Figeac ne cédera pas à la mode des vins « bodybuildés », puissamment boisés. Enfin, le château figure parmi les premiers à systématiser l’élaboration d’un second vin : le Grange Neuve permet de renforcer la qualité du grand vin. Ce dernier devait figurer dès le premier classement de Saint-Émilion aux premiers rangs – 1er grand cru classé B. Un héritage que sa fille aînée, Laure, et son gendre Éric d’Aramon font fructifier depuis une vingtaine d’années.


Enfin, Thierry Manoncourt s’est investi dans la défense des vins de l’appellation et des grands crus. Premier jurat de la Jurade de Saint-Émilion entre 1964 et 1988, il a cofondé en 1973 l’Union des Grands Crus de Bordeaux et a voyagé activement pour ouvrir des marchés au vignoble. Sa longue vie illustre la renaissance des grands châteaux bordelais dont l’aura avait bien pâli après l’âge d’or de 1855.

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sept 07

Une visite chez Benzinger, c’est la vraie expérience du tourisme viticole organisé à l’américaine : la navette tirée par un tracteur conduit le groupe de touristes à divers endroits du vignoble pour leur expliquer le terroir (rapidement), les cépages (longuement), la vinification et l’élevage, matériel pédagogique à la clé.

Premier arrêt au milieu des vignes, sous une pergola (le soleil tape et il ne s’agirait pas de faire attraper une insolation aux visiteurs !), pour un petit topo sur le terroir et les cépages. Notre guide est lui-même un salarié du domaine, autant dire qu’il connaît son affaire. L’explication du terroir (un ancien volcan) se fait avec l’aide d’un modèle réduit animé de la montagne en face de nous, qui s’ouvre pour montrer une coupe du terrain ! Le discours est simple : la roche volcanique contient des minéraux qui contribuent au goût des vins. Un peu expéditif mais sans doute limpide pour un public de néophytes… Intéressant également, le vocabulaire utilisé : notre guide explique qu’en France on appelle cela le « terroir », ce qu’il traduit par a sense of place, « une idée du lieu ». Plus qu’une traduction, un véritable changement de paradigme !

La case « terroir » étant cochée, place ensuite aux cépages. La ligne directrice est claire : les arômes des vins dépendent du cépage utilisé et de l’état de maturité de celui-ci. Par la conduite de la vigne, le viticulteur peut « régler » la maturité et par conséquent « déplacer le curseur » des arômes vers plus ou moins de fruit, des fruits plus ou moins rouges, noirs ou confiturés, etc. Les différentes parcelles sont elles-mêmes désignées comme des flavor blocks, des « blocs d’arômes » !

Et c’est un fait : dans tout notre périple à travers la Californie vineuse, nous n’entendrons quasiment jamais parler de structure des vins, d’équilibre, de fraîcheur, etc. Tout n’est qu’arômes, arômes et encore arômes… A tel point qu’une Américaine de notre groupe de visite finit par demander comment on introduit ces arômes dans le vin !

Après un tour de petit train, deuxième arrêt dans le vignoble sous les arbres (de l’ombre bienvenue, encore) pour expliquer la biodynamie.
C’est en effet le mode de viticulture pratiqué ici. Le guide, toujours très pro, déroule le discours sur l’importance des écosystèmes, du respect de la nature, du travail pour les générations futures etc. Rien à redire, c’est clair et complet, on a même droit à la corne de bœuf remplie de tisane de plantes ; pas un mot en revanche sur la prise en compte des phases lunaires dans les travaux viticoles, mais le guide avouera en aparté que c’est plus compliqué à expliquer et moins marquant que les cornes de bœuf.


Dernière destination avant la dégustation, le chai, pour parler du travail de vinification et d’élevage. La volonté des Benzinger est de ne pas utiliser de chêne américain, trop grossier, pour l’élevage mais presque exclusivement du chêne français. De fait, les barriques entassées proviennent de quelques-uns des très bons tonneliers de notre pays. Seule petit bémol à apporter aux explications fournies, la comparaison faite par le guide entre une barrique et un sachet de thé : au bout de plusieurs utilisations, on doit renouveler les fûts car ceux-ci ne sont plus à même de conférer des arômes (encore eux !) aux vins qu’ils contiennent ! Tant pis pour l’apport de l’élevage à la structure des vins…

Pour bien terminer la visite, dégustation de deux cuvées : un chardonnay 2008 très loyal et correct, et — divine surprise — un rouge 2006 non pas monocépage mais d’assemblage (58 % cabernet-sauvignon, 17 % merlot, 14 % cabernet franc et 11 % petit verdot : une diversité qui n’a rien à envier à certains crus médocains…). Un peu caricatural, assez boisé, mais pas désagréable.

Bilan des courses ? Une visite hyper pro, riche et détaillée, qui permet à de parfaits amateurs de se faire une première idée du vin et de son élaboration. Alors bien sûr, certaines explications peuvent faire grincer des dents les Européens de vieille tradition viticole que nous sommes. Mais au final, combien de visiteurs ressortent d’un domaine en France en en ayant appris autant ?

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sept 03

Lors du lancement du Guide Hachette des Vins 2011 au Pavillon Dauphine, ce mercredi 1er septembre, François Cluzet et Jean-Sébastien Petitdemange ont remis les Grappes d’or, d’argent et de bronze au cours d’une dégustation des coups de cœur.


Sur 36 000 vins passés au crible pour cette 26e édition, 10 069 ont été retenus dans le Guide, dont 219 notés trois étoiles, 1 562 deux étoiles et 3 356 une étoile. 471 vins ont été élus coups de cœur : leur étiquette est reproduite dans le livre. Parmi ces derniers, les trois vins distingués sont :




Grappe d’or, coup de cœur trois étoiles (vin exceptionnel) : remise à Bernard Gros pour le grand cru richebourg Domaine Gros Frère et Sœur 2008

Descendant d’une lignée de vignerons de Vosne-Romanée qui remonte à 1830, Bernard Gros conduit depuis 1984 le domaine créé par son oncle et sa tante à la suite d’un partage familial. Un aïeul, Louis-Gustave, fut un des premiers producteurs de la Côte à embouteiller son vin pour la vente directe aux particuliers. C’est également lui qui fit l’acquisition, en 1882, de deux hectares de Richebourg, grand cru mitoyen de La Romanée-Conti. Bernard Gros en exploite aujourd’hui 69 ares, dont il a tiré en 2008 un vin profond et puissant qui lui vaut un troisième coup de cœur en quatre ans pour cette appellation. Son richebourg rubis foncé s’ouvre sur le fruit noir et des notes empyreumatiques, avant de dévoiler une matière ample et ronde qui enrobe le tanin. Un vin bien dans l’esprit des grands crus du domaine, dont deux autres représentants reçoivent une étoile cette année (grands-échézeaux 2008 et clos-de-vougeot Musigni 2008).




Grappe d’argent, coup de cœur deux étoiles (vin remarquable) : remise à Jean-Marie Haag pour l’alsace grand cru Zinnkoepflé Domaine Haag Cuvée Marie Gewurztraminer 2008

A la tête de 6 ha de vignes, Jean-Marie et Myriam Haag sont installés dans une maison du XVIIIe siècle au centre de Soultzmatt, à une vingtaine de kilomètres au sud de Colmar. S’étirant le long de la Vallée Noble, ce village est dominé par les pentes escarpées et ensoleillées du grand cru Zinnkoepflé, le « toit » du vignoble alsacien. Jean-Marie Haag a su en tirer le meilleur parti, proposant un 2008 dont la couleur or soutenu annonce la concentration. Proche d’une vendange tardive, le vin déploie toutes les nuances d’un gewurztraminer en surmaturation (litchi, fruits jaunes confits, épices) et s’impose en bouche par sa puissance, sa richesse et sa longueur. Un grand vin de gastronomie pour un foie gras poêlé au pain d’épice, un munster fermier ou une tarte prune-cannelle. Preuve de la maîtrise de ce cépage, Jean-Marie Haag décroche également un coup de cœur pour son alsace gewurztraminer vendanges tardives 2007.




Grappe de bronze, coup de cœur à moins de 8 euros : remise à Régis Neau pour le saumur-champigny Domaine de Nerleux Clos des Châtains Vieilles Vignes 2008

Régis Neau représente la huitième génération de vignerons sur le Domaine de Nerleux, ancienne seigneurie du XVIe siècle dont le nom signifie en vieux français les « loups noirs ». Le Clos des Châtains, situé sur les pentes sud-ouest de la butte de Saint-Cyr, renferme les plus vieux ceps (70 ans) de la propriété qui s’étend sur 45 ha. Ces vieilles vignes sont à l’origine du troisième coup de cœur décroché par ce domaine incontournable du Saumurois : un 2008 grenat foncé évoquant la confiture de mûres, aussi solide par sa structure qu’élégant par son fruité intense et délicat. A l’aise avec le chenin comme avec le cabernet franc, Régis Neau frôle par ailleurs le coup de cœur pour son saumur blanc Les Loups blancs 2008, qui obtient deux étoiles.

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sept 02

Ce mercredi 1er septembre, le Guide Hachette des Vins a fêté son édition 2011 au Pavillon Dauphine, sous le parrainage de l’acteur François Cluzet.


Découvrez les images de la soirée :


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sept 02

De retour de Californie, voici quelques impressions sur les vignobles et les vins, sans prétention encyclopédique aucune : plutôt un regard sur la manière dont on considère et dont on parle du vin là-bas. Première destination : Sonoma Valley.


Pour situer la région en quelques mots, laissons la parole aux spécialistes : « La région de Sonoma, au nord de San Francisco, est bien plus étendue que sa voisine Napa, séparée d’elle par les monts Mayacamas. On y produit du vin depuis plus longtemps mais paradoxalement, la Napa reste plus prestigieuse. […] Alors que l’image de la Napa reste associée à ses grands vins de cabernet-sauvignon, Sonoma offre une plus large diversité, tirant notamment parti des zinfandel, pinot noir et chardonnay. » (extrait de l’ouvrage 100 vins du monde à connaître paru en septembre chez Hachette). Si l’on voulait caricaturer, on dirait que Sonoma est plus paysanne et Napa plus huppée.


Venant de San Francisco par le Marin County (d’où, soit dit en passant, on peut observer la migration des baleines), on prend la route de Petaluna pour attaquer la Sonoma Valley par la face sud. Dès Petaluna, les premières vignes apparaissent : grandes, conduites très hautes ; de loin, on hésiterait presque. Des arbres fruitiers ? De plus près, les grappes pendantes, encore vertes (nous sommes début août, les premiers signes de véraison n’apparaîtront que dans la Napa Valley) dissipent rapidement le doute.


Arrivée dans la ville de Sonoma en fin d’après-midi. Tout au long du pourtant court trajet en voiture effectué dans la vallée (Sonoma se situe tout au sud), les sollicitations pour venir visiter les domaines et déguster sont déjà innombrables. C’est simple : ici, tout respire le vin. Cette impression se confirmera le soir même : tous les établissements de la ville, du simple diner à l’endroit le plus chic en passant par le restaurant mexicain, affichent une carte des vins d’une longueur impressionnante, avec un nombre substantiel de références servies au verre. La (bonne) surprise ne s’arrête pas là : le personnel de service, très pro comme partout aux États-Unis (pourboire oblige…), est à même de vous conseiller. La serveuse n’hésite pas à afficher ses préférences pour vous orienter vers un vin qu’elle se propose en plus de vous faire goûter ! Les conseils valent ce qu’ils valent, mais au moins personne n’est pris en défaut de compétence ou d’intérêt.


Car c’est peut-être le plus surprenant : tout le monde a l’air de vraiment s’intéresser au vin. Il y a évidemment une dynamique d’intérêt bien comprise ; à peine arrivé à l’hôtel, on nous propose ainsi une carte (géographique) du vignoble. Le lendemain matin, cap sur le domaine Benzinger. Pourquoi celui-ci précisément ? Recommandé ici et là, il propose des visites complètes du vignoble avec dégustation, et a de surcroît l’avantage d’être situé sur la route menant au parc d’État Jack London (passionnant mais quasi désert lors de notre visite, à l’inverse des domaines qui sont remplis de touristes…).


Le domaine lui-même est comme masqué de la route par une impressionnante croupe plantée de vignes. On y accède facilement en voiture : parking, aire de pique-nique, billetterie (!), tout est fait pour accueillir le touriste. La visite, payante naturellement (15 $, incluant la dégustation), peut commencer…

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