fév 09

logo-bioDepuis hier, l’Europe a un logo tout nouveau tout bio. Une feuille stylisée, dont le contour est formé par les étoiles de l’Union (on a recompté, il y en a bien 12) sur un fond vert prairie. Il devra figurer à partir du 1er juillet 2010 sur tout produit biologique préemballé élaboré dans l’Union. L’heureux gagnant, désigné à l’issue d’un concours ouvert à tous les citoyens, est un étudiant allemand, Dusan Milenkovic, dont le projet a recueilli près de deux tiers des 129 493 votes. Parfait. Et c’est tout ? Oui, c’est tout.

Les citoyens européens (enfin, 80 000 d’entre eux…) ont décidé démocratiquement du nouvel étendard du bio européen. On ne pourrait que se réjouir de cette entreprise, si le revers de la médaille n’était pas aussi… sombre ? Flou ? Car pendant que les citoyens sont appelés à décider de la forme, de « l’emballage » dirait-on sans jeu de mots, les négociations vont bon train dans les couloirs de la Commission quant au fond. De quoi le bio sera-t-il fait demain, et plus précisément pour ce qui nous intéresse, le vin bio ?

Car faut-il le rappeler, il n’est de bio aujourd’hui que la partie agricole du vin, à savoir le raisin. La commission s’est donc attelée à la question de la vinification biologique afin d’établir un cahier des charges complet et aboutir à la définition d’un vrai « vin bio ». Des règles européennes sont en discussion depuis fin juin 2009 entre les 27 États membres dans le cadre du Comité permanent de l’Agriculture biologique. La commission n’a pas encore émis de proposition écrite formelle, seulement des textes dits « de travail ». Le calendrier pour l’adoption d’un règlement est ouvert même si, précise-t-on à Bruxelles, « l’objectif d’aboutir à temps pour la vendange 2010 a été évoqué ».

Un certain nombre de points fait déjà débat sur l’utilisation de techniques comme la thermovinification, l’osmose inverse ou la flash pasteurisation. Les Vignerons indépendants de France se sont inscrits en faux dès le mois d’octobre dernier contre l’autorisation de ces pratiques œnologiques, estimant qu’elles « dénaturent ou détruisent les matières vivantes naturellement présentes dans le vin ».

Ces premiers éléments font craindre une définition réglementaire du vin bio a minima, c’est-à-dire interprétant au pied de la lettre la philosophie du bio, à savoir : pas d’intrants de synthèse. La flash pasteurisation tue des éléments naturels du vin ? Peut-être, mais elle ne rajoute pas de composants artificiels, donc autorisée ! Et tant pis pour « l’esprit » du bio et la confiance des consommateurs (les mêmes que l’on a invités à donner leur avis… sur le logo !).

Cela étant, de quoi s’étonne-t-on ? Le loup n’était-il pas dans la bergerie depuis quelque temps déjà ? Car ces pratiques œnologiques aujourd’hui dénoncées pour le vin bio sont autorisées dans les AOC depuis longtemps. Et on peut penser qu’elles dénaturent plus le vin dans son « lien au terroir », en contribuant à standardiser les cuvées, que dans sa « bio-itude »…

Thermovinification : vinification avec chauffage de la vendange.

Flash pasteurisation : procédé de conservation des aliments qui consiste en un chauffage à une température élevée (75 °C environ) pendant un laps de temps très court, suivi d’un refroidissement rapide.

Osmose inverse : technique permettant d’enlever de l’eau afin de concentrer les moûts.

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fév 05

Stéphane GODIN / Ambassadeurs des Vins Jaunes
© Stéphane GODIN / Ambassadeurs des Vins Jaunes

Chaque premier week-end de février, le Jura viticole devient l’objet de toutes les attentions : c’est l’époque de la fameuse « Percée du vin jaune », manifestation bachique dont la 14e édition se tient cette année à Poligny.


On peut parier qu’en 2010 encore, le succès sera au rendez-vous. Pourtant, pas si bien desservi par les transports selon les canons modernes, le Jura offre de plus à cette période un climat souvent un peu rude. Comment expliquer alors la réussite de cette manifestation et l’attachement de beaucoup à cette région et à ses vins ? La raison est sans doute à chercher dans les spécificités locales qui font que le Jura ne ressemble à aucune autre région. Même si le pinot et le chardonnay ont depuis longtemps droit de cité ici, le vignoble semble voir passer avec indifférence les modes internationales, fidèle à ses cépages autochtones et quasi introuvables ailleurs, au premier rang desquels figurent en blanc le savagnin, et en rouge le trousseau. On n’oubliera évidemment pas le poulsard (ou ploussard), cépage rouge que l’on retrouve également dans le Bugey voisin, où il entre dans l’assemblage du réputé Cerdon.


Au-delà des cépages, les types de
vins produits dans le Jura contribuent à l’originalité et à la personnalité de cette région. C’est bien simple, lancez le sujet auprès de n’importe quel œnophile, même très néophyte, et vous obtiendrez la même réponse : « ah ! le vin jaune, ah ! le vin de paille ». Tout est dit. Bien sûr, on trouve des vins de voile ailleurs que dans le Jura (à Gaillac notamment, sans parler de l’Andalousie et du Xérès), mais personne en France ne s’en est fait une telle spécialité, au point d’y consacrer une AOC à part entière (château-châlon). Bien sûr, on produit des liquoreux un peu partout en France, mais combien élaborés ainsi sur claies par passerillage comme le vin de paille ? Non, décidément, le Jura ne fait rien comme tout le monde. Car non content de proposer des vins introuvables ailleurs, il propose aux amateurs… tous les autres types de vins ! Blancs secs, liquoreux, vins de voile, vins rosés, rouges, effervescents et même vin de liqueur avec le macvin.


Pour finir, il est bon de citer quelques caractéristiques du vin jaune qui doivent nous interpeller : un vin élaboré avec un cépage introuvable ailleurs, dont l’élevage dure plus de six ans et qui se révèle capable de tenir jusqu’à 100 ans. Qui a dit que pour réussir il fallait faire vite et comme tout le monde ?

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fév 03

Cocorico, la France est redevenue en 2009 le premier producteur mondial de vin (en volume), repassant devant l’Italie qui lui avait chipé la médaille en 2007. Certes, la nouvelle ne date pas d’hier (fin novembre dernier) et nous avions d’ailleurs accueilli cette information avec une attention tout juste polie, la même dont nous avions fait preuve il y a deux ans lors de l’annonce du repli de notre icône nationale. Jugez plutôt de l’exploit : la France supplante l’Italie pour quelque 200 000 hl, pas même la production annuelle de la seule appellation médoc. Les vignerons savent trop bien qu’un millésime restreint peut en cacher un autre plus abondant : il suffisait donc d’attendre. Pourquoi, alors, en parler aujourd’hui ? Parce que les premières indications sur les performances des nouveaux « vins sans indication géographique » (ex-vins de table) exposées dans un article du site Vitisphère viennent rappeler que la situation n’est pas si simple…

 

 

Rappelons les faits pour ceux qui n’auraient pas suivi la limpide réforme des vins européens (et donc français) : les vins de table, base de la pyramide des vins, se nomment depuis le millésime 2009 « vins de France ». De plus, leur étiquette peut désormais afficher nom de cépage et millésime.

 

Vous avez bien compris : la catégorie de vins a priori la moins qualitative – le plus souvent celle des bibines vendues au litre en bouteille plastique et en brique carton – est la seule qui puisse se prévaloir du doux nom de notre pays. Quel porte-drapeau pour les vins français !

 

Et en plus, patatras ! Cette nouvelle catégorie ne semble pas décoller, et ce pour diverses raisons.

 

Des problèmes juridico-administratifs, d’abord : les États-Unis s’opposent à la mention du millésime pour ces vins. Eux réservent en effet cette mention aux vins produits dans des zones plus restreintes que leur pays. Eh oui ! Voilà le Nouveau Monde plus rigoureux que l’Europe. Quel sens peut en effet avoir la notion de millésime lorsque le produit résulte d’un coupage de vins en provenance de régions assez éloignées pour que les conditions climatiques annuelles soient différentes ?

 

Quant au cépage, c’est au sein même de notre pays que les dents grincent ! Les anciens vins de pays (aujourd’hui « indication géographique protégée » selon la réforme) bénéficiaient auparavant presque exclusivement du privilège de cette mention. Les acteurs de la filière qui tiraient une grande partie de leur chiffre d’affaires de cette catégorie ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée de cette concurrence interne…

 

Enfin, pour ce qui est des marchés, les opérateurs semblent encore timides, tel Castel qui ne croit pas « forcément opportun de lancer des vins de cépage de France qui risquent de cannibaliser les ventes de produits déjà établis », à savoir leurs vins de pays.

 

Ces valses-hésitations font écho aux doutes qui s’étaient exprimés après la création des « vins de pays des vignobles de France », dénomination finalement annulée en 2007 par l’Union européenne puis par le Conseil d’État. À l’époque, c’étaient les producteurs de vins de pays d’Oc qui avaient fait barrage, craignant que cette dénomination n’entrainât confusion, concurrence par le bas et chute des prix. On observe le même débat en Espagne, où les producteurs de la DOC rioja, l’une des plus anciennes et prestigieuses appellations ibériques, sont vent debout contre la catégorie « vinos de la tierra de los viñedos de España » (vins de pays des vignobles d’Espagne), catégorie transversale de vins de pays issus de toute la péninsule, créée en 2006 et confirmée en 2009 (pour la majorité du pays) malgré les recours.

 

Récapitulons : voici une nouvelle catégorie de vins, les « vins sans indication géographique », créée pour simplifier et mieux hiérarchiser l’offre et pour développer les marchés à l’export, qui vient entrer en conflit direct avec les catégories existantes et qui se voit contestée par un des principaux marchés étrangers… et tout cela sous la bannière France !

 

Alors, de quel vin français parle-t-on quand on se gargarise de notre suprématie retrouvée ?

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