jan 15

 

"Sommelier, c'est un métier d'ambassadeur, de passeur auprès des clients."
« Sommelier, c’est un métier d’ambassadeur, de passeur auprès des clients. »

Sa performance fut remarquée au concours du Meilleur sommelier de France, le 10 novembre dernier à Perpignan, où elle se plaça parmi le carré d’as lors de la finale. Une première lors de cette épreuve : la compétence déclinée au féminin, une fraîcheur pétillante dans l’austère tablier noir. Pascaline Lepeltier, 27 ans, native de La Rochelle et angevine d’adoption, se destinait aux Lettres. Mais à hypokhâgne, khâgne et une maîtrise de philosophie succéda l’Ecole supérieure de Tourisme et d’Hôtellerie de l’université d’Angers (ESTHUA). Elle est arrivée à bon port et officie à présent dans les restaurants du Groupe « Rouge Tomate ».

 

 

Votre parcours est plutôt atypique ; comment l’amour du vin est-il venu ?
J’avais eu un 20/20 en philo au bac et mon professeur m’a offert une bouteille de champagne. Ce fut le déclic. Après ma maîtrise, je ne me sentais pas prête pour l’enseignement, j’étais plus attirée par la restauration et j’ai mis la philo entre parenthèses. Quand j’ai voulu intégrer un lycée hôtelier, ils m’ont refusée car surdiplômée. Alors j’ai fait l’ESTHUA d’Angers, puis la sommellerie. Ensuite, j’ai enchaîné des stages, chez Potel et Chabot pendant dix mois, puis chez Jacques Thorel, à L’Auberge bretonne, un pur bonheur. Il m’a donné ma chance. En 2006, j’ai remporté le concours de meilleur jeune sommelier du Val de Loire. Et je suis entrée chez Rouge Tomate, en charge des vins. Le groupe possède un restaurant à Bruxelles et vient d’en ouvrir un second à New York. Pour compléter mon CV, j’ajoute que je joue du piano, je fais du surf en Bretagne et j’ai couru le dernier marathon du Médoc. Jusqu’au bout !

 

Une jeune femme en finale du Concours du meilleur sommelier de France, c’était une première ! Comment cela s’est-il passé ?
J’en suis fière et si ça peut déclencher des vocations, c’est super, mais je ne me suis pas focalisée là-dessus. D’ailleurs, je n’ai jamais ressenti de machisme dans le milieu, au contraire, j’ai été partout très bien accueillie. Et que je sois une nana ne m’empêche pas de porter les caisses de vin ! S’il y a peu de femmes dans la profession, c’est d’abord à cause des contraintes du métier par rapport à une vie de famille. Mais à New York, il y a beaucoup de jeunes sommelières.
Je voulais voir où en était mon niveau, pour être plus compétitive plus tard. Car si on n’a pas d’objectif, on n’a pas de motivation. Mais je ne m’attendais pas à arriver aussi haut. Le jour du concours, j’ai essayé d’être comme je suis tous les jours. Ce qui m’importe, c’est d’être authentique, je ne voulais pas me formater. Le langage du vin est un peu compassé en France, il faut simplifier les choses, juste donner du plaisir. Mon regret, c’est de ne pas avoir été assez technique lors de l’épreuve, mais avec le temps je vais apprendre, j’ai beaucoup de choses à améliorer. Ca va se faire doucement, je n’en suis qu’à mes débuts.

 

Après la dernière épreuve, vous avez été très applaudie. La question était : « Comment définir le métier de sommelier ? » Qu’avez-vous répondu ?
C’est sorti du coeur. J’ai dit : sommelier c’est un métier d’ambassadeur, de passeur auprès des clients. Un lien avec des vignerons qui toute l’année se confrontent à la nature. Notre rôle, c’est d’aller les voir et de les mettre en valeur, leur histoire, leur travail, leur parole. Leur savoir-faire, c’est de l’humain. On touche à tout avec le vin, à l’histoire, à l’économie, à l’homme. Sommelier, c’est un engagement pour les vignerons, et enfin pour faire plaisir à nos clients.

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