Entre les replis des contreforts de la Montagne noire, l’appellation minervois-la-livinière regroupe cinq communes du Petit Causse. Villages de pierre du pays cathare, étendues de garrigue ponctuées de chênes verts, d’oliviers, vignes martelées de soleil, battues par le vent du cers. Le domaine La Rouviole est l’une des forces émergentes de ce vignoble languedocien. Franck, le dernier des Léonor, y consacre une passion entière.
Un minervois de choix
Les vignes exposées au plein sud brûlent sous le soleil (entre 300 et 330 jours par an !), assoiffées par l’absence de pluies et par des températures atteignant les 40 °C entre fin juillet et début août. On sait ici ce que veut dire stress hydrique. Entre Serre d’Oupia et collines de Laure-Minervois, ce coin est l’un des plus secs du vignoble. « Le gros souci, c’est le manque d’eau », se désole Franck Léonor. Et les sols compacts, de calcaires, de marnes calcaires et de grès, ne contribuent guère à rafraîchir le milieu. Au début, Franck assemblait à parité grenaches et syrahs. Mais les premiers, dans cette fournaise, se gonflaient d’alcool tout en prenant un goût acidulé. Aujourd’hui, la syrah, plus adaptée, entre à hauteur des trois quarts dans la composition des vins d’appellation. Et le calcul est juste, si l’on en croit les dégustateurs du Guide Hachette qui ont attribué un coup de cœur au millésime 2008 du minervois-la-livinière : « un vin dont le tuilé sombre recouvre un trésor de vanille, de cannelle et de poivre. L’entrée du palais est majestueuse, puis les tanins dessinent une charpente taillée pour supporter le poids des ans. L’ensemble, chaleureux, se prolonge sur des notes de cassis intenses. Un délice sur un gigot d’agneau. » Le 2004 avait également été couronné.
De Léonor en Léonor
D’origine portugaise, Joachim et Candida Léonor s’établirent en 1956 à La Rouviole. Les vignes étaient alors en friche, délaissées après le grand gel de 1956 qui avait fait périr les ceps dans de nombreuses régions, jusqu’aux plus méridionales. Petit à petit, Joachim y replanta de bonnes vignes. La moitié de la vendange allait à la coopérative de Siran, l’autre était livrée aux courtiers de Carcassonne et de Béziers. On faisait à la Rouviole des vins de table, qui se vendaient bien ces années-là. Et on continua longtemps ainsi, après le départ de Joachim, quand sa fille Marie-Alice et ses deux frères Antoine et André prirent sa suite. Ils songèrent un temps à vendre. Jusqu’à ce que Franck décide de venir à leurs côtés relever le patrimoine familial. Une nouvelle vie pour ce Bordelais, diplômé de Sciences Po, qui avait hésité entre la politique et la finance avant d’obliquer vers l’enseignement. Ses vacances en Médoc, non loin de Château Giscours, ou l’atavisme familial expliquent peut-être ce retour aux sources. Après un apprentissage de quelques années à La Rouviole, Franck signa en 2007 son premier millésime. Depuis lors, la passion n’a cessé de grandir. La passion du découvreur.
Jouer sur les barriques
Franck Léonor applique la logique du joueur d’échecs qu’il est à ses réflexions de vigneron, notamment à l’élevage en barrique de ses vins, la question qui le poursuit actuellement. À la recherche du mode d’élevage idéal, il multiplie les expériences, en essayant différents fournisseurs, différents types de bois. Le choix du bois !
Le spectre est large : chêne de l’Allier classique, chêne américain ou du Caucase ; chauffe faible, moyenne ou forte ; contenance de 225 ou 300 litres. Il faut croiser les paramètres complexes. Le mariage de ses syrahs et de ses barriques change tous les ans. « Je recherche un élevage moins stéréotypé, dit-il, l’élevage le plus précis possible. Et j’espère bientôt arriver à faire des microvinifications et des vinifications parcellaires. »
Un perpétuel questionnement
« Je suis à la recherche du grand vin, de l’équilibre entre la puissance et l’expression du terroir. Et j’étudie toutes les voies pour progresser », explique Franck Léonor. La Rouviole-La Livinière est maintenant l’ambassadeur du domaine. Ce qui n’empêche pas Franck de travailler comme un orfèvre à ce qu’il appelle « ses petits joyaux », ses vins de cépage. Le Revenant est sa cuvée de carignan − la variété qui « revient » −, et le Coup de Théâtre, celle où il présente le cépage ou la parcelle le mieux réussi du millésime : grenache en 2000, syrah en 2004 et 2007, cinsault en 2009. « Ce Coup de Théâtre, c’est la nature qui nous le donne », dit-il. Celui-là est l’objet de soins tout particuliers. « Toujours aller plus loin », répète-t-il, « Et j’ai encore des projets… ». À suivre…
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août 07