Le blog de la rédaction
fév 03

Cocorico, la France est redevenue en 2009 le premier producteur mondial de vin (en volume), repassant devant l’Italie qui lui avait chipé la médaille en 2007. Certes, la nouvelle ne date pas d’hier (fin novembre dernier) et nous avions d’ailleurs accueilli cette information avec une attention tout juste polie, la même dont nous avions fait preuve il y a deux ans lors de l’annonce du repli de notre icône nationale. Jugez plutôt de l’exploit : la France supplante l’Italie pour quelque 200 000 hl, pas même la production annuelle de la seule appellation médoc. Les vignerons savent trop bien qu’un millésime restreint peut en cacher un autre plus abondant : il suffisait donc d’attendre. Pourquoi, alors, en parler aujourd’hui ? Parce que les premières indications sur les performances des nouveaux « vins sans indication géographique » (ex-vins de table) exposées dans un article du site Vitisphère viennent rappeler que la situation n’est pas si simple…

 

 

Rappelons les faits pour ceux qui n’auraient pas suivi la limpide réforme des vins européens (et donc français) : les vins de table, base de la pyramide des vins, se nomment depuis le millésime 2009 « vins de France ». De plus, leur étiquette peut désormais afficher nom de cépage et millésime.

 

Vous avez bien compris : la catégorie de vins a priori la moins qualitative – le plus souvent celle des bibines vendues au litre en bouteille plastique et en brique carton – est la seule qui puisse se prévaloir du doux nom de notre pays. Quel porte-drapeau pour les vins français !

 

Et en plus, patatras ! Cette nouvelle catégorie ne semble pas décoller, et ce pour diverses raisons.

 

Des problèmes juridico-administratifs, d’abord : les États-Unis s’opposent à la mention du millésime pour ces vins. Eux réservent en effet cette mention aux vins produits dans des zones plus restreintes que leur pays. Eh oui ! Voilà le Nouveau Monde plus rigoureux que l’Europe. Quel sens peut en effet avoir la notion de millésime lorsque le produit résulte d’un coupage de vins en provenance de régions assez éloignées pour que les conditions climatiques annuelles soient différentes ?

 

Quant au cépage, c’est au sein même de notre pays que les dents grincent ! Les anciens vins de pays (aujourd’hui « indication géographique protégée » selon la réforme) bénéficiaient auparavant presque exclusivement du privilège de cette mention. Les acteurs de la filière qui tiraient une grande partie de leur chiffre d’affaires de cette catégorie ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée de cette concurrence interne…

 

Enfin, pour ce qui est des marchés, les opérateurs semblent encore timides, tel Castel qui ne croit pas « forcément opportun de lancer des vins de cépage de France qui risquent de cannibaliser les ventes de produits déjà établis », à savoir leurs vins de pays.

 

Ces valses-hésitations font écho aux doutes qui s’étaient exprimés après la création des « vins de pays des vignobles de France », dénomination finalement annulée en 2007 par l’Union européenne puis par le Conseil d’État. À l’époque, c’étaient les producteurs de vins de pays d’Oc qui avaient fait barrage, craignant que cette dénomination n’entrainât confusion, concurrence par le bas et chute des prix. On observe le même débat en Espagne, où les producteurs de la DOC rioja, l’une des plus anciennes et prestigieuses appellations ibériques, sont vent debout contre la catégorie « vinos de la tierra de los viñedos de España » (vins de pays des vignobles d’Espagne), catégorie transversale de vins de pays issus de toute la péninsule, créée en 2006 et confirmée en 2009 (pour la majorité du pays) malgré les recours.

 

Récapitulons : voici une nouvelle catégorie de vins, les « vins sans indication géographique », créée pour simplifier et mieux hiérarchiser l’offre et pour développer les marchés à l’export, qui vient entrer en conflit direct avec les catégories existantes et qui se voit contestée par un des principaux marchés étrangers… et tout cela sous la bannière France !

 

Alors, de quel vin français parle-t-on quand on se gargarise de notre suprématie retrouvée ?

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