mar 21


Au Château de Cayx, la cuvée Majesté côtoie la cuvée Royale. Et dans ces lieux, ces titres de noblesse ne sont pas usurpés. L’étiquette n’est pas trompeuse. La propriété en effet appartient à la Reine Margrethe du Danemark et au Prince consort Henrik, un fils du Quercy : Henri de Laborde de Montpezat. La cuvée Majesté, distinguée par un coup de cœur, est bien d’ici elle aussi, puisqu’elle accueille le noble cépage du cru : le malbec, roi de Cahors.

Le réveil du château abandonné
L’ancien fortin flanqué de ses quatre tours en poivrière fut bâti au XVe siècle. Campé sur le coteau dans un cingle (un méandre) du Lot flâneur, il était devenu au fil des âges une paisible résidence d’agrément et le havre, au XVIIIe siècle, du marquis Lefranc de Pompignan, célèbre en ce temps-là pour ses attaques contre le parti philosophique qui lui valurent les diatribes venimeuses de Voltaire. Le château menaçait ruine quand, en 1974, la reine Margrethe du Danemark et Henrik son époux en firent l’acquisition. Une restauration complète lui redonna toute sa splendeur.


La renaissance du vignoble
En 1971, le cahors venait d’accéder à l’AOC, ce qui confirmait son renouveau et allait lui donner un nouvel élan. Attaché à son Quercy natal, le Prince entreprit de replanter les coteaux alentour de malbec, cépage dominant du cahors. Il fit aménager des chais sous le parvis du château, et fêta en 1993 sa première vendange. Les vignes étaient en fermage, le vin confié à un négociant. Bientôt sonna l’heure d’un nouveau défi, l’embouteillage sous la bannière de Cayx. La mise en œuvre fut confiée en 2007 à Guillaume Bardin de Montpezat, un neveu du Prince et ancien de la société Baron Philippe de Rothschild (Mouton), puis à partir de 2010 fut embauché l’œnologue Alexandre Gélis, venu du Château Lagrézette voisin. « Tout recommencer à zéro, tel est l’objectif », explique Guillaume Bardin. Voilà qui est fait. Les ambitions et les atouts sont là. Et la suite se prépare avec les princes Frederik et Joachim.

Dans le cingle du Lot
Les vignerons de Cahors avaient envisagé un temps le classement des terroirs dans l’aire d’appellation. Sept niveaux différents avaient été définis. Les troisième et quatrième terrasses et les cônes d’éboulis calcaires formaient le « Terroir bleu », le meilleur. « Nos parcelles descendant du château font partie du meilleur », se félicite Guillaume Bardin. Des terrasses composées de calcaires dans le haut, mêlé d’éboulis du causse et de graves en bas, dans le cingle du Lot. Le coteau est exposé plein sud. Pour limiter les rendements, la vigne y est plantée serrée, à 6 600 pieds/ha, loin des 4 000 permis par l’appellation. Le malbec recouvre 80 % des 21 ha du domaine. S’y ajoutent un peu de merlot et de tannat, les cépages complémentaires de l’appellation. Cahors est la vraie patrie du malbec. C’est le principal endroit où il subsiste en France. En Argentine, il a gagné une place de choix. Le malbec est un cépage riche en couleur et en tanins, les Anglais
appelaient « Black Wines » les vins du Haut-Quercy. « C’est de l’encre qui coule des cuves », souligne Guillaume Bardin. «Il a une force et une concentration énormes, mais acquiert aussi de la finesse si on le travaille bien.»
Le vignoble produit aussi sur les calcaires du causse des blancs de chardonnay, qui sont vendus en vin de pays du Lot (IGP), l’appellation cahors n’existant qu’en rouge.


Un cahors majestueux
« La cuvée Majesté est notre icône ! », jubile Guillaume Bardin. « On la cultive sur un demi-hectare, pour 6 600 à 6 800 bouteilles. À la cave, elle possède son foudre particulier et ses barriques de bois très fin, des Rolls de chez Seguin-Moreau ». L’idée en est venue en 2008 à l’occasion des soixante-dix ans de la Reine Margrethe, dont le blason figure sur les bouteilles. « Mais on fera encore mieux l’an prochain : la cuvée Royale, avec nos plus vieilles vignes, sur le meilleur de nos terroirs », promet Guillaume Bardin.
La promesse de l’avenir viendra aussi de Chine : des amateurs et des investisseurs chinois sont venus en visite à Cayx en 2008. Ils en sont repartis sous le charme ; la profondeur du rouge est un gage d’excellence, chez eux, et la couronne royale imprimée sur l’étiquette les a fortement impressionnés. Douze boutiques se sont ouvertes à Pékin et en Chine du sud sous l’enseigne : Château de Cayx. Lors de l’inauguration des boutiques à Wenzhu, à la stupéfaction des Chinois, le Prince a signé le livre d’or en mandarin ; il avait fait « langues-O » dans sa jeunesse.
Guillaume Bardin est ambitieux : « On est dans un coin de France qui peut vraiment surprendre », ajoutant : « Dans les prochaines années, on nous remettra à la place où l’on doit être, parmi les meilleurs du monde ».

Les dégustateurs du Guide Hachette conforteront cette ambition : « Ce millésime 2009 a gardé du cépage des notes de cerise et de kirsch, et de l’élevage de délicats parfums torréfiés. Sa bouche, d’une grande élégance, repose sur une trame concentrée de tanins fins, soyeux, qui portent loin une finale au fruité gourmand et teinté d’une jolie fraîcheur. Un cahors réellement majestueux. » Noblesse oblige.

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