mar 15

Véritable tragédie avec ses milliers de morts en août, la canicule qui sévit sur l’Europe pendant l’été 2003 eut des conséquences sur la vigne comme sur l’ensemble de la flore, victime d’un stress hydrique.

Le règne de l’anticyclone
Le fait le plus marquant de l’année fut l’installation durable sur la France et sur l’Europe occidentale d’un vaste dôme anticyclonique en provenance d’Afrique du Nord. Cet anticyclone remonta vers la Méditerranée pour s’installer sur l’Espagne, puis sur la France et toute l’Europe de l’Ouest, entraînant l’arrêt des vents d’ouest et des perturbations. La chaleur s’imposa, d’abord par vagues, puis durablement lors de la canicule du mois d’août.

En Bordelais, des records de précocité
Après un hiver normal, le temps sec et chaud apparut dès mars pour aboutir à des températures supérieures à la moyenne en juin et juillet, puis à la canicule d’août. Toutefois, on ne pouvait parler de sécheresse en raison des orages. Mais dans les sols très caillouteux des graves, la plante souffrit de stress hydrique.
Les vendanges débutèrent très tôt (à partir de la deuxième quinzaine d’août !), dans des conditions inhabituelles déroutant parfois certains viticulteurs. Si beaucoup de vins rouges, trop « cuits » ou trop « verts », n’ont pas été réussis, 2003 réserva aussi de grandes bouteilles, tanniques et puissantes, qui resteront dans les mémoires.
Fait exceptionnel, la vendange des liquoreux a pu coïncider avec celle des vins rouges. Il en a résulté une grande année, avec des vins riches qui, pour certains, peuvent encore être attendus. En revanche, les blancs secs n’ont pas laissé un grand souvenir.
Le Sud-Ouest a produit lui aussi de superbes moelleux. En rouge, si les volumes ont été réduits, les vins se sont révélés bien constitués.

Les trois G champenois et alsaciens
Année de la canicule, 2003 commença en Champagne par… un froid glacial en janvier et en février. Le gel fut dévastateur, tout comme les violentes chutes de grêle de mai. Toutefois, comme partout, ce fut la canicule qui constitua le fait marquant de l’année, avec une précocité exceptionnelle : vendanges dès le 15 août dans la Côte des Bar, un record ramenant aux années 1895 (25 août) et 1822 (le 22). Les cuvées millésimées furent rares.
Les trois G – gel, grêle et grillé – peuvent également résumer les conditions climatiques de l’Alsace, et les vins ne se sont pas montrés de grande garde. Le pinot noir et le gewurztraminer ont tiré leur épingle du jeu.

En Bourgogne, une année atypique et complexe
Avant la canicule, les Bourguignons étaient confrontés au gel qui touchait tout le vignoble au moment du débourrement. D’emblée, il fut acquis que la récolte ne serait pas pléthorique. Puis, comme partout, le thermomètre grimpa, l’ensoleillement se fit accablant et la sécheresse s’installa. Le premier ban des vendanges, en Saône-et-Loire, fut proclamé le 13 août. La récolte se fit dans des conditions extrêmes. S’il ne fut pas besoin de chaptaliser, la thermorégulation marcha à plein. Les célèbres Hospices de Beaune durent refroidir les raisins dans un conteneur réfrigéré.
Dans de telles conditions, il était inévitable que la production fût assez hétérogène. Les sols argileux et profonds, tout comme les vieilles vignes, bénéficièrent d’un réel avantage. Le savoir-faire du vinificateur apparut tout aussi essentiel. Réussis, les vins rouges se sont montrés denses, tanniques et musclés, et les blancs, opulents et concentrés.

Pas de surprise dans la vallée du Rhône
Dans la vallée du Rhône, les viticulteurs, habitués aux fortes chaleurs, furent mieux armés pour affronter la canicule. En dépit d’un léger retard au moment du débourrement, l’année fut précoce avec des températures supérieures à la moyenne accompagnées d’orages et de grêle. Comme 1989, le millésime 2003 a offert de beaux vins rouges de garde, particulièrement concentrés, des blancs ronds et riches, et des rosés bien structurés.
Habitués eux aussi à la chaleur, les viticulteurs provençaux, languedociens, catalans ou corses n’eurent pourtant pas une tâche facile. En raison de températures extrêmes et d’un déficit hydrique, les vignes méridionales souffrirent beaucoup.
Les vendanges furent précoces mais des raisins se flétrirent et la richesse en sucre se paya d’une faible acidité. La récolte a été hétérogène ainsi que les vins, avec de belles réussites par exemple en Corse où les blancs se sont révélés expressifs et les rouges puissants.

Les montagnes et la Loire à l’abri des extrêmes ?
Face à ces chaleurs exceptionnelles, l’altitude représentait-elle une protection ? En fait, dans le Jura comme en Savoie, la vigne souffrit elle aussi du stress hydrique et les vendanges comme les vinifications se déroulèrent dans des conditions délicates. On eut parfois l’impression de « ramasser des raisins de Corinthe ». Les vins ? Assez disparates.
La vallée de la Loire et le Centre, comme partout, furent marqués par un fort ensoleillement et des températures élevées, mais les réserves en eau et quelques pluies au bon moment évitèrent le pire. Les vins rouges se sont présentés colorés et généreux, les blancs souples et aromatiques. Les grands vainqueurs de l’année ont cependant été les liquoreux, d’une grande richesse et de bonne garde.

Atypique, le millésime pose une question : s’agit-il d’une exception ou annonce-t-il les années à venir du fait du réchauffement de la planète ?

L’évolution des grands vins

À boire à partir de À boire de préférence avant
Grands bordeaux rouges à majorité de cabernet-sauvignon 2012 2025
Grands bordeaux rouges à majorité de merlot 2008 2015
Sauternes-barsac 2010 2020-2022
Grands bordeaux blancs (secs) 2005 2007
Grands bourgognes rouges 2009-2013 2015-2030
Grands bourgognes blancs 2008 2020
Grands champagnes peu de millésimés
Grands vins rouges de la vallée du Rhône 2008-2012 2015-2020



Pour en savoir plus : Coffret Le Guide Hachette des Vins 2011 + livret 30 ans de millésimes.

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