Le blog de la rédaction
oct 08

S – 6 avant l’arrivée du beaujolais nouveau… Place cette semaine au noble moulin-à-vent. Ce « seigneur », qui se compare volontiers aux voisins bourguignons de la Côte d’Or, est aussi le plus ancien des crus du Beaujolais, et accessoirement le plus cher… Un vin de garde, à la fois fin et corsé, auquel le terroir riche en manganèse donnerait son caractère.


Deux clochers pour un moulin


« Pour faire le moulin-à-vent de mes ancêtres, il faudrait du velours, des kilomètres de velours, il faudrait des rubis, des monceaux de rubis. Il faudrait des fleurs odorantes, des fruits savoureux (…) Il faudrait dérober aux belles leurs formes voluptueuses, il faudrait… il faudrait tout cela à la fois. Seul notre vieux cépage de gamay pouvait réussir ce miracle ! » Ainsi parlait un vieux vigneron en 1880… (in Le Grand Livre du Beaujolais, Le Chêne, 1985).

Car la réputation du moulin-à-vent ne date pas d’aujourd’hui. Au XVIII e siècle déjà, elle se vérifie dans une plainte du 31 décembre 1770 du sieur Pierre-Étienne Chalandon, négociant à Mâcon, qui proteste contre un certain Alexandre Brosse, suspecté d’offrir des vins de troisième ou quatrième catégorie sous le nom de moulin-à-vent. En 1816, dans sa Topographie de tous les vignobles connus, André Jullien, l’un des meilleurs spécialistes du vin de son époque, range les vins de Chénas, de Moulin-à-Vent et de Thorins dans la seconde classe des vins de France, juste derrière les cuvées de Beaune.

Cette renommée entraîne une augmentation des fraudes que le Tribunal civil de Mâcon entend contrecarrer en établissant officiellement dès 1924 les limites géographiques de la production de ce vin, dénommé alors thorins ou moulin-à-vent. Premier cru délimité du Beaujolais, il se partage entre deux communes et deux départements : Romanèche-Thorins en Saône-et-Loire et Chénas dans le Rhône. Mais point de querelle de clochers ici : dès l’année suivante, les vignerons des deux villages créent l’union viticole. L’INAO confirme ces délimitations en 1936 avec l’attribution de l’appellation d’origine contrôlée. Pour éviter toute confusion, le nom de thorins est délaissé…

Le hameau abrite toujours le (vrai) moulin à vent, construit au XVe siècle sur un mamelon granitique à 258 m d’altitude, au centre de l’appellation. Celui-ci a cessé de moudre du grain en 1850 et ses ailes se sont envolées en 1910, ne résistant pas à une terrible tempête. Classé monument historique en 1930, il fut rénové en 1960. Ses ailes n’ont repoussé qu’en 1999 pour se briser à nouveau ; elles ont été reposées en 2006.


Le filon manganèse


Autour du moulin, on ne plante jamais d’arbre : aux dires des anciens, la vigne ne supporte que l’ombre du vigneron. Ou bien : le vin est devenu si précieux qu’on ne saurait gaspiller la moindre parcelle… Quoi qu’il en soit, les ceps de gamay noir à jus blanc s’étalent en pentes douces, bien exposés, protégés par les monts du Haut-Beaujolais. Ils s’enracinent dans un sol granitique assez homogène, même si l’on distingue différents climats selon les expositions et les altitudes.

Ces arènes granitiques roses friables, qu’on appelle gore ou grès, sont infiltrées de filons de manganèse. Jusqu’en 1919, Romanèche-Thorins était, avec ses quatre mines, le plus important gisement français de « romanéchite » comme on l’appelait alors. Cette pierre noire, très lourde, que l’on peut encore observer dans les murs des vieilles bâtisses de la commune, serait à l’origine du caractère particulier des vins.

La couleur du moulin-à-vent est d’un rouge profond, violacé, qui évolue avec l’âge du grenat sombre au rubis profond. Dans sa prime jeunesse, le vin exhale des senteurs de fruits rouges (cerise bien mûre) et de violette. Puis apparaissent les arômes d’iris et de rose fanée ; enfin, le bouquet se montre plus épicé et complexe (truffe, musc, venaison, ambre gris parfois). Mais ces dernières nuances restent toujours discrètes, ne nuisant pas à l’élégance du vin. C’est en bouche que le moulin-à-vent affirme sa personnalité : charpenté mais bâti sur des tanins fins, charnu, velouté, persistant, souvent minéral et parfois boisé en raison de son élevage en fût, monnaie courante dans l’appellation.

Si le moulin-à-vent sait se faire apprécier jeune, quelques années de garde (jusqu’à dix ans dans les grands millésimes) lui confèrent tout son cachet. Et le vin de « pinoter » dit-on alors, se rapprochant ainsi de ses cousins bourguignons. Un seigneur…


Fiche d’identité
Création de l’AOC : 1936
Superficie : 660 ha
Production : 33 000 hl
Cépage : gamay
Couleur : rouge
Température de service : 15 °C
Potentiel de garde : 4 à 10 ans


Les climats
Le vignoble de Romanèche se divise en 9 climats :
Les Carquelins
Les Rouchaux
Champ de Cour
En Morperay
Les Burdelines
La Roche
La Delatte
Les Bois Maréchaux
La Pierre
À Chénas, les plus grandes cuvées proviennent de La Rochelle, Les Caves, Rochegrès, Champagne, Les Vérillats et Les Joies.


Voir aussi
- Les sélections en moulin-à-vent du Guide Hachette des Vins (éditions 2008, 2009 et 2010)
- Le Beaujolais (histoire et traditions, cépages et terroirs, acteurs et économie)
- Œnotourisme : la route des crus
- Accords gourmands avec le moulin-à-vent



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