Victoire ! Le rosé ne sera pas un vulgaire vin de coupage. Le communiqué publié juste au lendemain des élections européennes par la Commission de Bruxelles marque un revirement inespéré. Mariann Fischer-Boel, la commissaire à l’Agriculture, y annonce qu’elle renonce à changer les règles d’élaboration du rosé et que l’interdiction de coupage entre vins blancs et rougespour produire du vin de table est maintenue. Le rosé continuera donc à se faire par macération, saignée ou pressurage léger de raisins rouges, comme toujours. « Il est important de prêter attention aux inquiétudes des professionnels au sujet des changements dans la réglementation. Il est devenu clair au fil des dernières semaines qu’une majorité d’entre eux pensait que ces changements étaient de nature à saper l’image du rosé traditionnel », a admis Mme Fischer-Boel.
L’affaire du « faux rosé » a eu un retentissement inattendu en France, pays où la consommation de vin (mais pas celle du rosé) recule d’année en année. Tant et si bien que plusieurs candidats aux européennes du 7 juin s’étaient emparé de l’argument dans la campagne, et la polémique avait fait presque autant de bruit que celle du plombier polonais au référendum de mai 2005.
Point final donc à un cafouillage qui durait depuis le 27 janvier dernier, lorsque le représentant français avait émis un avis favorable auprès de la Commission qui souhaitait lever l’interdiction dudit coupage. La disposition sibylline étant intégrée, pour ne pas dire dissimulée, dans un projet plus vaste de réforme des pratiques œnologiques. Devant la fronde des vignerons, on a envisagé un temps d’inscrire les mentions « rosé traditionnel » ou « rosé véritable » afin de ne pas mélanger les genres. L’idée est abandonnée. Comme est annulé le vote du 19 juin devant entériner la pratique du coupage. Michel Barnier, le ministre français de l’Agriculture, avait effectué une délicate manœuvre de rétropédalage devant l’hostilité bruyante des vignerons, Provençaux en première ligne. Et quand la France a enfin rejoint les rangs des réfractaires, à la suite de l’Italie (à l’origine, seule Rome avait émis des réserves), qu’à la coalition se sont ajoutées la Grèce, l’Allemagne et la Hongrie, la Commission ne pouvait plus imposer son projet faute de la majorité qualifiée. Bruxelles a donc prudemment annulé le vote et retiré son projet.
Michel Barnier s’est aussitôt félicité de cette décision qui « préserve notre modèle alimentaire ». Son confrère italien, Luca Zaia, ajoutant quant à lui : « Nous continuerons à travailler pour construire une Europe réelle, qui ne laisse pas la place à des pastiches de la sorte et qui fasse de la sauvegarde du patrimoine agroalimentaire les fondements de sa politique agricole ». Les <strong>vignerons triomphent: « C’est une grande satisfaction de voir préservé notre savoir-faire plutôt que le côté mercantile », estime Xavier de Volontat, président de l’Association de la production viticole. Les vins de table rosés représentent environ 10 % des vins rosés produits en France. Le vin rosé représente lui-même 10 à 12 % de la production française de vin.
En savoir plus : http://ec.europa.eu/agriculture/newsroom/en/347.htm
