Sur l’invitation d’AOC International, société spécialisée dans l’import-export de vins, opérant en France, en Europe de l’Est et dans les Balkans, la rédaction du Guide Hachette s’est rendue chez un caviste nouvellement installé de la rue Daguerre, A l’ombre du bouchon, pour découvrir une sélection de vins slovènes et roumains. Par curiosité. Bien que ces deux pays soient membres de l’UE, leurs vins sont pratiquement inconnus en France. Si la Slovénie cultive aussi des cépages internationaux comme, en blanc, le chardonnay, le sauvignon, le riesling, les pinots… et en rouge, le merlot et le cabernet-sauvignon, les importateurs, Christophe Bergeron, Stéphane Nerriere et Alexandre Fourn, ont sélectionné des cuvées provenant de cépages locaux traditionnels propres à plaire aux palais français. Des goûts nouveaux, à tous les prix pour ces vins en provenance d’exploitations familiales. Les vins blancs slovènes, souvent gras, se caractérisent aussi par une belle vivacité. Les meilleurs rouges sont élevés sous bois avec une réelle maîtrise. Voici un petit aperçu d’une viticulture très diversifiée.
La Slovénie en blanc : cépages ranina, rebula et vitovska

Ranina 2011 de la maison Steyer (11-13 €)
Provient de Plitvica près d’Apače, dans la partie nord-est du pays, le Podrvvje, un secteur proche de l’Autriche, pays qui cultive aussi cette variété sous un autre nom. Les blancs sont majoritaires.
Robe : cristalline, étincelante et étonnamment claire, pratiquement transparente.
Nez : vif et aussi aromatique qu’un muscat, mais plus porté sur les agrumes ; il laisse deviner le côté acidulé du vin par ses senteurs de citron et de pamplemousse.
Palais : attaque nerveuse sur les agrumes, senteurs de fleurs blanches et note agréable d’herbe fraîche en finale. Jolie longueur.
Un vin primesautier, nerveux, croquant et très aromatique qui plaira particulièrement aux néophytes.
Accords gourmands : un verre à l’apéritif sous la tonnelle, avec une petite friture d’éperlans, des scipions ou du caviar d’aubergine.

Le Rebula 2010 de la maison Ščurek (14-16 €)
Une exploitation installée à Brda, dans le Primorje, région littorale proche de la Vénétie. Le terroir, de collines, bénéficie d’un climat méditerranéen rafraîchi par le voisinage des Alpes et par la proximité de la mer. Le rebula est un cépage local (cultivé aussi en Vénétie sous le nom de Ribolla gialla).
Robe : paille, moins claire que celle du précédent
Nez : d’abord discret, s’épanouit après aération sur des notes florales
Palais : rond, mais avec un fond d’acidité qui lui donne du tonus, dans une même harmonie aromatique. Un soupçon d’agréable amertume marque la finale.
Accords gourmands : viandes blanches, risotto aux petits pois ou aux fruits de mer

Le Stara brajda belo (Vieilles Vignes blanc) 2009 de la maison Ščurek (25-27 €)
Du même domaine que le précédent, un blanc d’assemblage mariant les cépages rebula (60 %), picolit (20 %) et plusieurs autres variétés dont la malvoisie. Il a été élevé un an dans des barriques de 300/500 litres.
Robe : paille
Nez : un boisé grillé laisse percer des notes de fleurs d’oranger, d’orange confite et quelques soupçons miellés qui se prolongent en bouche
Palais : à la fois rond et vif, un vin équilibré qui laisse augurer une belle garde. Il peut rappeler le pessac-léognan.
Accords gourmands : volaille rôtie ou en sauce, viande blanche
Le Vitovska 2007 de la maison Čotar (23-25 €)
Le Vitovska est un autre cépage blanc de Slovénie. Celui-ci vient d’une exploitation cultivée en bio à Gorjansko, non loin du littoral adriatique, dans la partie sud du pays. Nous sommes dans la région du Karst (Kras), un plateau qui a donné son nom à un type de formation calcaire recélant des argiles de décomposition rouge brique. La vinification est elle aussi bio : pas de levurage ni de soufre en début de vinification, aucune filtration. Haut de gamme de la famille Čotar, ce vin vieillit deux à trois ans sous bois.
Robe : jaune d’or soutenu
Nez : complexe, chaleureux et évolué, sur l’hydromel, les épices, avec un boisé discret
Palais : sec, structuré par une belle arête acide, contrairement à ce que pourrait laisser penser la robe évocatrice d’un liquoreux ; c’est un vin étoffé, complexe et long, où l’on retrouve un côté épicé (poivre blanc) et miellé, avec des nuances d’encaustique.
Accords gourmands : fromages, un vieux comté par exemple, ou, pourquoi pas, du poisson fumé
La Slovénie en rouge : variation autour du cépage Refošk (refosco) de la maison Santomas
Nous avons goûté quatre vins proposés par Ludvik Nazarij Glavina, établi au sud du pays, à Šmarje en Istrie, région de collines proche de la côte adriatique et de Trieste en Italie. L’exploitation se partage entre la vigne et l’olivier. Le domaine est attaché au cépage refošk, mais aussi aux longs élevages en barrique.

Le Refošk 2009 (10-11 €)
Le vin a été élevé en cuve après une courte macération.
Robe : rouge rubis clair à reflets violets, évoquant le gamay
Nez : assez simple, sur les fruits noirs
Palais : attaque tonique, de la fraîcheur, finale légèrement tannique avec un soupçon d’amertume
Accords gourmands : viandes rouges grillées
Le Refošk 2010 (16-18 €)
Robe : plus foncée que le précédent, à reflets violets
Nez : un peu réduit, avec des notes animales très présentes, quelques nuances de fruits noirs
Palais : le fruit noir se mêle à des notes animales qui évoquent un « vin naturel »
Accords gourmands : viandes rouges mijotées

Le Mezzo Forte 2007 (20-21 €)
Un assemblage de 60 % de refošk, 30 % de merlot et 10 % de cabernet-sauvignon élevé dix-huit mois dans de grandes barriques de chêne
Robe : rouge soutenu aux reflets encore jeunes
Nez : très harmonieux, le boisé bien fondu laissant parler les fruits noirs (mûre), avec une touche de minéralité (graphite)
Palais : bien structuré, une belle mâche, équilibré, frais et rond, déjà agréable avec encore du potentiel.
Accords gourmands : viandes rouges grillées ou rôties (côte de bœuf, filet…), canard, gibier à plumes

Le Refošk Antonius Sergaše 2005 (28-31 €)
Le fleuron de la gamme, issu de vieilles vignes de refošk et du lieu-dit Sergaše. La longue macération a été suivie d’un élevage de vingt-quatre mois en barrique neuves de chêne français.
Robe : très profonde, sombre et sans notes d’évolution
Nez : un boisé très bien maîtrisé aux nuances de tabac, de cacao et de fruits noirs
Palais : l’étoffe d’un vin de garde, puissant et vif à la fois, qui se bonifiera encore cinq à dix ans : mieux vaut l’attendre.
Accords gourmands : viandes rouges grilles, gibier
Notre avis sur les rouges : nous avons été séduits par les vins élevés sous bois. Mais ceux-ci montrent moins d’originalité que les blancs, rappelant les bordeaux du Libournais, voire le madiran pour le dernier.
Trois vins blancs de Roumanie à découvrir
On cultive la vigne depuis l’Antiquité en Roumanie, l’ancienne Dacie romaine. Depuis son intégration à l’UE, ce pays viticole, le sixième de l’UE, a attiré les investisseurs étrangers, notamment français. Nous avons goûté trois vins élaborées par Aurelia Visinescu, jeune vigneronne et œnologue formée dans le Nouveau Monde, associé à Domeniile Sahateni. Ils proviennent de l’aire du Dealu Mare, la « Grande Colline », située à la latitude de Bordeaux.
Nomad, feteasca alba 2011 (6-7 €)
Un vin monocépage IG de l’entrée de gamme de la productrice, pour découvrir l’un des cépages blancs les plus connus du pays, le feteasca alba. Fermenté à basse température, le vin a fait l’objet d’une macération pelliculaire.
Robe : jaune très clair
Nez : floral (rose) et poivré, évocateur de gewurztraminer en plus léger
Palais : équilbré avec une petite rondeur, floral, flatteur sans excès de complexité : un vin d’initiation.
Accords gourmands : apéritif, quiches
White Artisan 2011 (8-9 €)
La gamme Artisan est centrée sur les cépages de Roumanie. Ici, un assemblage dominé par le feteasca alba (65 %), avec 20 % de riesling et 15 % de tamaioasa romaneasca. Le vin a connu un élevage sur lies de trois mois.
Robe : jaune clair
Nez : du fruit jaune (pêche, abricot), évocateur de viognier
Palais : rond, gras, avec ce qu’il faut de vivacité, plus structuré que le précédent.
Accords gourmands : viandes blanches, quenelles de brochet, ou pourquoi pas un colombo de porc

Artisan Tamaioasa romaneasca 2011 (10 €)
Le tamaioasa romaneasca est un autre cépage blanc de Roumanie. Celui-ci provient de collines situées dans le piémont des Carpathes. Le vin a fait l’objet d’une macération pelliculaire et d’un élevage sur lies.
Robe : jaune clair très brillant
Nez : exubérant, sur la pêche et la nectarine
Palais : rond, mais plus vif que le vin de feteasca alba, sur la pêche toujours, mêlée de notes d’agrumes et d’une pointe épicée en finale
Accords gourmands : tajine aux abricots, plats sucrés-salés, crevettes à la thai
LES DOMAINES
Scurek : www.scurek.com
Cotar : www.cotar.si
Santomas :www.santomas.si
Aurelia Visinescu : www.aureliavisinescu.com
LA SLOVENIE ET SA VITICULTURE : QUELQUES REPERES
Une tradition viticole remontant à l’Antiquité : la viticulture était déjà présentes lorsque les Celtes peuplaient la région ; elle s’est développée après la conquête romaine. Partie prenante de l’empire des Habsbourg pendant plus de six siècles, puis de la Yougoslavie, la Slovénie a retrouvé son indépendance en 1991 et fait partie de l’UE depuis 2004. Les habitants de ce petit pays prospère sont amateurs de vins et Slovénie fait partie des importants pays consommateurs (en litre par habitant).
Au carrefour des influences méditerranéennes et alpines : la Slovénie est située entre l’Italie, l’Autriche, la Hongrie et la Croatie. Elle possède une petite façade sur la mer Adriatique.
Une production à l’échelle du pays : 1 Mhl environ (pour une production française moyenne de 50 Mhl). Mais le pays ne couvre que 20 273 km2, peuplé par 2 millions d’habitants.)
Trois régions viticoles principales :
• Primorje : la région proche du littoral au climat plutôt méditerranéen. La production de vins rouges est plus importante que dans les autres vignobles, proches de l’Autriche, au climat plus continental.
• Podravje : la vallée de la Drave, au nord-est. C’est une terre d’élections de vins blancs (laski rizling (welschriesling), chardonnay et sauvignon en majorité)
• Posavje : la vallée de la Save, au nord-ouest. Les blancs dominent, avec aussi du rouge (modra frankinja ou blaufränkisch notamment)
Ces trois régions sont subdivisées par des aires plus petites, comme par exemple Brda, Kras, Slovenska Istra. Les terroirs et microclimats sont très variés.
Une cinquantaine de cépages : des variétés traditionnelles et autochtones, à côté de variétés cultivées en France, en Allemagne, en Autriche, en Europe centrale et en Italie du Nord.
Le cadre réglementaire européen : comme dans les autres de l’UE, le pays distingue les vins avec indication géographique et les vins sans indication géographique. Le pays a misé sur les vins de qualité (70 %, répartis en « vins de qualité » (kakovostna vina) et « vins de qualité supérieure »).
Les vins blancs majoritaires : ils composent 70 % des volumes.