avr 30

Patrick Charlin s’est imposé comme une référence du petit vignoble de Montagnieu. L’homme est attaché à ses racines du Bugey et le vigneron aux cépages de son pays natal, à l’altesse et la mondeuse notamment. Mais c’est son pétillant de chardonnay qui a décroché un coup de cœur : « La robe d’un jaune pâle brillant est animée d’un fin chapelet de bulles. Le nez bien ouvert mêle fraîcheur et fruité. La bouche florale garde cette même intensité. Complexe, minéral et racé, le vin donne envie de finir son verre », conclut le jury du Guide Hachette. Découverte, à l’heure de l’apéritif.

Altesse et mondeuse du Bugey
« Pour terminer ma carrière, je n’ai gardé que ces deux cépages là », avoue Patrick Charlin. « Et je regrette de ne pas en avoir planté davantage à mes débuts, il y a quarante ans. » Cépage blanc dont les grains prennent les couleurs de l’automne en mûrissant, l’altesse est appelée roussette. « Montagnieu est un terroir à altesse par excellence, un grand terroir à blancs », dit-il. Cette variété s’épanouit bien dans le terroir de Montagnieu : des argiles de sédimentation, très fines et riches en coquillages marins. Sur les coteaux pentus, tournés au sud-sud-ouest, là où le soleil tarde à se montrer le matin, elle recueille sa minéralité et sa fraîcheur. « Elle gagne à vieillir, elle arrive à son optimum vers quatre ou cinq ans et alors ses arômes évoluent jusqu’à la truffe. » Quant à la mondeuse, un des cépages rouges du Bugey et de Savoie, qu’on trouvait jadis jusqu’en Bourgogne, elle reste légère en alcool : « Elle ne prend jamais plus de 12 degrés, explique Patrick Charlin, ce qui est un avantage aujourd’hui où les températures se réchauffent et où les pinots noirs grimpent jusqu’à 14 degrés. » Le cépage, dont les grosses grappes évoquent la syrah, apprécie les terrains chauds, éboulis calcaires et graviers.…

Les pétillants de Montagnieu
« Il s’en fait ici depuis la sortie de la Guerre, raconte Patrick Charlin, la maison Guigard de Groslée en avait lancé la mode et les pétillants ont pris le dessus dans le Bugey. Comme ils étaient appréciés dans les bouchons de Lyon, tout le monde a suivi. Et l’altesse ne convenant pas pour les vins effervescents, le chardonnay a pris sa place. » Sur les moraines glaciaires du Bugey, un sol neutre, le chardonnay exprime ses caractères sans être contrarié par le terroir. Pour ses pétillants, Patrick Charlin l’assemble à une pointe d’altesse ou de mondeuse (environ 5 %, jusqu’à 15 % certaines années). « J’ai appris en Champagne, en stage à Cumières. Les montagnieu sont faits comme là-bas. Pressurage de vendanges entières et fermentation en bouteilles au printemps. » Le reste de la production du domaine se compose de vins nés de vendanges tardives, les « pressurages de novembre », et de rouges de mondeuse.

La fin d’une histoire ?
Patrick Charlin a planté ses premières vignes en 1975 − juste une cinquantaine d’ares − à Groslée. Son père lui avait donné les pâturages de ses vaches et ses oncles quelques rangs. « Vivre ailleurs, je n’y ai pas pensé, dit-il, et pour vivre au pays, à part la vigne… ». Après ses études au lycée viticole de Beaune, il s’est mis au travail. « Je ne suis jamais devenu riche, mais j’ai été patient. » Dans les années 1980, il a acheté quelques terres dans la commune de Briord, sur un coteau « qui avait un renom » : Montagnieu, puis a planté 6 ha de chardonnay et commencé à faire des vins pétillants. Aujourd’hui, après quarante ans de labeur, il se désole. Ses enfants ne sont pas prêts à prendre sa suite. Une fille aux Philippines, l’autre infirmière et le dernier encore au lycée, plus intéressé par ses études et le rugby que par la vigne. « Ils n’en veulent pas, c’est trop petit. Le vin se vend bien, mais ça ne gagne pas beaucoup. Ils nous ont trop vu à la peine.» À côté de chez lui, une propriété de 9 ha n’a pas trouvé preneur. « Il y a un malaise dans le Bas-Bugey », conclut-il, désabusé. Il n’a plus gardé que 3 ha de ses altesses et mondeuses favorites, et loue le reste de ses vignes… Qui veut reprendre les vignes de Patrick Charlin et retrouver la nature au pays de la gastronomie ?

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avr 04

Le long de la Dordogne coulant vers Bordeaux, à l’ombre de son puissant voisin, Bergerac peine à accrocher la lumière. Et pourtant… on y découvre des vins de classe, comme ce Clos des Verdots : « Une robe profonde, presque noire, et un nez très ouvert sur la cerise à l’eau-de-vie, relevé d’épices. Ronde à l’attaque, charpentée, la bouche dévoile une forte extraction, mais les tanins sont déjà agréables. On retrouve le fruité surmûri dans la finale généreuse et ample. Un vin riche et puissant.»

L’ambition pour Bergerac

En rouge comme en blanc, en côtes-de-bergerac, bergerac ou monbazillac, David Fourtout est un familier des étoiles et des coups de cœur du Guide Hachette. Ce champion du Bergeracois propose une gamme de quatre vins. Si en 2014, le Clos des Verdots a été consacré, sa cuvée la plus distinguée reste celle qu’il a baptisée Le Vin selon David Fourtout. « On peut décliner de grands vins dans une appellation peu cotée », estime-t-il. « Jusqu’alors, à Bergerac, on faisait des vins plus simples, sur le fruit. En 1995, j’ai élaboré mon premier rouge haut de gamme : Les Verdots selon David Fourtout. Puis en 2000, Le Vin selon David Fourtout. » Une exception que ce dernier : 1 à 2 % de la production, en rouge et en blanc, et seulement dans les grands millésimes. En blanc, il assemble des muscadelles vieilles d’un siècle, atteintes par la pourriture noble, à d’autres vivant dans les silex, vendangées en grains ronds, non botrytisées, qui apportent acidité et minéralité, une goutte de sauvignon faisant l’appoint. En rouge, une sélection fine du terroir fait la différence : «Sur des petites lentilles de parcelles, on cueille les plus belles grappes sur les plus beaux pieds. Et on vinifie en vendange intégrale, en barrique neuve. » De la haute couture.

Etudes d’un terroir

En 1997-1998, un géologue est venu étudier le terroir des Verdots : géomorphologie, circulation des eaux, pente, exposition. La commune de Conne-de-Labarde, où est implanté 70 % du vignoble, se caractérise par un terroir particulier de calcaires lacustres meuliérisés, parcouru de veines de silex. L’ensemble des données géologiques conditionne le choix du porte-greffe et le Riparia, dans ces roches, s’est montré le plus qualitatif. « C’est celui qui transmet le mieux le terroir, note David Fourtout, car à Conne-de-Labarde, on est sur le socle calcaire, et le Riparia est plus « carottant », il ne s’étale pas, il pénètre en profondeur. Après vingt ans, les racines iront pomper les eaux et les minéraux du sous sol. » Le merlot et le sémillon sont les cépages dominants aux Verdots (la moitié des surfaces) : « J’ai eu la chance de trouver en arrivant de vieilles vignes sur d’anciennes parcelles, comme les Gavrelous, Cassigalès, la Borie-Haute et les Monderys. Il y a là des merlots de quatre-vingts ans. » D’autres variétés, plus rares, se sont fait une place dans la vignoble, comme le sauvignon gris et le Périgord, ou mérille, ce dernier sur une quarantaine d’ares.

De Verdeaux en Verdots

Bien connus des historiens du vin du Bordelais, le Féret de 1903 relevait là une propriété des Verdeaux. La carte de Belleyme, au XVIIIe siècle, y inscrit des vignes, les Berdeaux. L’orthographe actuelle s’est fixée en Verdots. Quant aux Fourtout, ils viennent de Saint-Émilion, qu’ils quittèrent après le phylloxéra. Ils s’établirent à Saint-Nexans, et l’arrière-grand-père acheta ses premières vignes à Conne-de-Labarde. David Fourtout est arrivé à vingt-deux ans sur le domaine familial, qu’il a modernisé de fond en comble. Des achats de terres et de vignes dans les années 1990 et 2000 ont porté les surfaces de la propriété de 18 à 45 ha. La vieille cave située au centre du village, une grange autrefois, a fait place en 2000 au nouveau chai fonctionnant par gravité, avec de haut en bas : une machine calibreuse à l’arrivée de la vendange, des tapis roulants, les pressoirs, les cuves tronconiques et la cave aux barriques. Un matériel de pointe. Et en dessous serpente la rivière souterraine des Verdots.

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déc 17

Toutes voiles dehors, le Château Malartic Lagravière, grand cru classé des Graves, conquiert un coup de cœur. Sur la «croupe» de Malartic en pleine renaissance, la famille Bonnie tient bon la barre. « D’une belle teinte grenat, ce 2010 affirme une personnalité très « graves » par l’élégance et la complexité de son bouquet : le fruit mûr (fraise) se mêle à l’amande et à la vanille, l’élevage en barrique ne cachant pas le fruit. Il confirme son caractère au palais où une trame tannique très serrée mais veloutée s’ouvre sur une longue finale savoureuse, épicée à souhait. Une bouteille racée, idéale pour la traditionnelle lamproie à la bordelaise.»
Un havre de marins

Hippolyte de Maurès de Malartic, d’une très ancienne noblesse d’Armagnac, s’illustra au-delà des mers. Sous-lieutenant à quinze ans, il débarqua à vingt-cinq à Québec avec son régiment et guerroya contre l’Anglais avec Montcalm, assiégea et prit moult forts britanniques. Son cheval fut tué sous lui, un boulet de canon le frappa à la poitrine, il en réchappa… Le vaillant soldat a laissé le nom de Malartic à une ville du nord-ouest québécois. Il fut ensuite gouverneur de la Guadeloupe, puis de l’Ile de France (Maurice) où il mourut. Un obélisque le célèbre à Port-Louis. En 1850, Mme Ricard racheta à ses héritiers les terres de la Gravière. Sa petite-fille Angèle lui succéda. Le domaine, dénommé alors Malartic-Lagravière, restera durant 140 ans dans cette famille, transmis et administré par les filles. Un capitaine au long cours de mari légua le profil de son trois-mâts, le « Marie-Elisabeth » qui devint l’emblème de la propriété. En 1947, la petite-fille d’Angèle épousa Jacques Marly, qui œuvra longtemps à la présidence de l’Union des Crus Classés des Graves, avant de céder le domaine en 1990 aux champenois de Laurent-Perrier qui s’en séparèrent fin 1996 au profit des Bruxellois Alfred-Alexandre et Michèle Bonnie.
L’empire des Bonnie

Depuis lors, le vieux château Malartic-Lagravière s’est métamorphosé. Alfred-Alexandre Bonnie a fait carrière dans le marketing et la publicité de grands groupes de lessiviers. Et il possède une marque connue : le détachant «L’eau écarlate». Grand amateur des rouges de Bordeaux, il découvrit les blancs de Graves à Malartic. Il a déployé là de lourds investissements. Dès 1998, un nouveau chai est bâti sur les plans de Bernard Mazières, l’architecte des caves modernes de Bordeaux, épousant le versant afin d’organiser un transport des raisins par gravité. Aux vendanges, un double tri est fait à l’étage, puis les grappes tombent dans un cuvon hissé par des palans au-dessus des cuves. L’espace octogonal du cuvier mêle l’inox et de petites cuves en bois tronconiques. Pour les vinifications, Alfred Alexandre Bonnie a recruté l’œnologue vedette Michel Rolland et un maître de chai venu de Haut Brion, Philippe Garcia. Puis ses enfants sont venus le rejoindre : son fils Jean Jacques et son épouse Séverine en 2003, son aînée Véronique et son mari Bruno en 2006. Et les vignobles Malartic se sont agrandis, avec l’acquisition du Château voisin Gazin-Rocquencourt, puis en Argentine avec la Bodega DiamAndes au sein du Clos de los Siete, près de Mendoza.
La «croupe» de Malartic

Les vignes de Malartic-Lagravière, aux portes de Léognan, se situent sur une belle croupe de Graves, une haute terrasse entaillée par le ruisseau de l’Eau Blanche et ses affluents, bordée par les pins de la forêt des Landes. Les îlots graveleux de huit mètres d’épaisseur mêlent cailloux, sables gris et calcaires coquillés tapissant une couche d’argiles. Un des beaux terroirs de Pessac Léognan. Dès leur arrivée les Bonnie ont opté pour les principes de l’agriculture raisonnée, traduits par une certification en 2008. Arrêt de tout désherbant chimique, au profit des labours, plantation de trois kilomètres de haies autour des parcelles. Et même installation de six ruches. «Elles nous permettent de prendre la température de l’environnement», explique Séverine Bonnie. «Si les abeilles sont bien, l’environnement est bon». La vinification obéit à la même philosophie : la plus délicate possible, la plus douce et harmonieuse. Et la plus attentive : des équipes la suivent par quarts, la nuit aussi. Les cuvaisons s’étendent sur 30 à 35 jours, la part du bois neuf varie selon les millésimes, environ 70% pour les rouges, l’assemblage par parcelles est réalisé à la fin de l’élevage. Un assemblage mi-merlot mi-cabernet-sauvignon, avec une pointe de cabernet franc et de petit verdot.
Entre tradition et modernité, le vaisseau amiral Malartic a hissé haut la voilure et fixé loin le cap.

oct 03

Le clocher de l’église Saint Jean-Baptiste, sa flèche d’ardoise aiguisée comme une lame, pique le ciel au-dessus du village. Et la cave des Denis est attenante au petit clocher. C’est ainsi que le domaine familial a trouvé son nom de baptême autrefois. Depuis lors, à Cléré-sur-Layon, les trois cousins vignerons ont pris la relève des aïeux et préparent ce frais « vin de copains » qui est bien chez lui sur ces coteaux du Val de Loire. Une cuvée qui s’est vue récompensée de la Grappe de bronze (coup de coeur à moins de 8 €) dans l’édition 2014 du Guide Hachette des Vins.


Le vin des copains

« On essaie de faire un vin frais, fruité, plaisant, facile à boire et à marier. Un vin de copains », voilà l’art de vivre que défend Vincent Denis. Rien que de classique dans ces parages, « C’est la caractéristique des vins de la Loire et de l’Anjou ». « Tous les ans, on veut transmettre toute notre passion », ajoute-t-il. Et les dégustateurs du Guide Hachette s’en réjouissent : « Rubis intense, le vin dévoile un nez fin et complexe de cerise et de cassis assortis de légères nuances florales. La bouche, à l’unisson, se révèle à la fois ronde, vive, légère et gourmande. Un ensemble remarquablement équilibré que l’on pourra apprécier dès à présent ». Les rouges d’Anjou du Petit Clocher sont depuis longtemps renommés. « C’est notre signature depuis vingt-cinq ans », dit Vincent Denis. « En 1993, ils avaient obtenu la médaille Capus, qui distinguait alors la plus belle réussite du millésime en Anjou et en Saumurois ». Et deux décennies plus tard, la Grappe de bronze Hachette confirme que le cap est bien tenu.


Les trois cousins à l’œuvre

Aux origines, vers 1920, il n’y avait que 5 ha de vignes. Jusqu’au détour des années 1980, le grand-père vendait ses barriques aux négociants. Puis ses deux fils, Antoine et Jean-Noël, ont étendu la propriété en choisissant les meilleures terres du voisinage, acheté du matériel moderne et lancé la vente en bouteilles. Puis la quatrième génération est arrivée et la relève assurée. Les trois cousins ont repris le flambeau aux côtés de Jean-Noël : Stéphane le premier en 2003, qui a ajouté une douzaine d’hectares au patrimoine familial, Julien en 2006, Vincent en 2009, avec 18 ha en plus. Le Petit Clocher est devenu grand et s’étend sur 80 ha aujourd’hui. Stéphane aux vignes, Julien à la cave, Vincent et Jean-Noël au bureau gérant l’administration et la vente.


A la source du Layon

Les vignes du Petit Clocher sont plantées entre le Haut Layon, qui s’étend de Cléré à Martigné-Briand, des terroirs de schistes reposant sur une roche mère peu profonde, et la fin du bassin du Thouarsais, formé de roches éruptives. Les premiers, les schistes, apportent de la fraîcheur aux raisins en préservant les acidités. Les seconds, un côté plus chaud, légèrement compoté. Les deux grandes parcelles de la Charronière et de La Masse illustrent cette double personnalité géologique du domaine. Les assemblages des cabernets francs en décembre suivent les vinifications parcelle par parcelle, selon les caractères de chacune. Les macérations sont très courtes, pour écarter une trop forte présence des tanins. « En 1990 en Bourgogne, nous avions vu au travail des cuves Roto-Matic », dit Vincent. « Nous les avons adoptées ici. Elles ont l’avantage d’extraire à la fois très vite et très délicatement ». Et si l’Anjou rouge est l’étendard du Petit Clocher, la gamme est large : vins de pays de chardonnay et de sauvignon, anjou blancs et coteaux-du-layon issus de chenin, rosé-de-loire de grolleau et cabernet-d’anjou (le 2012 est d’ailleurs coup de coeur du Guide Hachette 2014), crémant-de-loire: l’embarras du choix et toute la palette des styles ligériens.

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sept 30

Un douzième coup de cœur pour le domaine de Pierre et Jérôme Coursodon et, en prime, la Grappe d’argent du Guide 2014 ! Elle récompense une belle constance dans l’excellence. L’œuvre d’une famille de vignerons, à laquelle chaque génération a apporté sa pierre. À Mauves, au cœur géographique des crus de Saint-Joseph, les Coursodon magnifient la marsanne, un cépage blanc délicat au royaume des rouges où règne la syrah.



Une histoire de famille
L’arrière-grand-père, Antonin, vendait son vin à la foire agricole de Tain-l’Hermitage, comme l’atteste une affichette accrochée dans la cave. Vigneron au-dessus de Mauves, il apporta en effet quelques tonneaux à la foire en 1930. Les vignes depuis lors n’ont pas quitté la famille. Les Coursodon se sont succédé : Gustave écoulait ses barriques dans les cafés parisiens, puis a mis son vin en bouteilles ; Pierre a grappillé des parcelles à l’abandon et replanté des vignes dans le granit des coteaux en escalier. Jérôme, lui, est arrivé en 1998. « Après-guerre, explique-t-il, les paysans avaient des vergers par ici – pêchers, abricotiers, cerisiers –, et des maraîchages, sur la langue fertile bordant le Rhône. Et quelques rangs de vignes au-dessus. Ensuite, les vignes ont pris l’avantage. » Malgré l’important remembrement réalisé par son père, les 16 ha d’aujourd’hui sont encore émiettés en une quinzaine de parcelles, jusqu’à Glun et Saint-Jean-de-Muzols. « Vu le relief, quand on replante, c’est juste quelques rangs », dit-il, « mais il reste encore quelques parcelles bien exposées »…


Au lieu-dit Saint-Joseph
L’AOC saint-joseph a vu le jour en 1956. Surplombant le Rhône sur la bordure orientale du Massif central, elle s’étire sur 60 km entre Chavanay (Loire), au nord, et Châteaubourg (Ardèche), au sud, avec Tournon comme ville principale et Mauves comme berceau. Son nom est celui d’un lieu-dit situé en face de l’Hermitage, célèbre cru situé sur l’autre rive du Rhône. Rive droite et rive gauche, le substrat est semblable : des granits friables, des sables et, localement, des calcaires. Des sols maigres, plutôt acides. Des versants escarpés où les rochers affleurent, parcourus de murets de pierres sèches qui suivent les courbes du relief, formant des terrasses où s’accrochent les ceps. La géologie est ici propice à la syrah. « Le granit lui apporte de la fraîcheur et équilibre sa concentration. Sur mes douze coups de cœur attribués par le Guide Hachette, dix reviennent à des vins rouges », précise Jérôme, qui entend à présent marquer de son empreinte les vins du domaine familial : « Les saint-joseph avaient autrefois une réputation de vins un peu rustiques. Je m’efforce d’apporter plus de finesse et d’élégance : en passant plus de temps dans les vignes, en extrayant des tanins très mûrs. C’est la somme des petits détails qui fait la différence. » Et dans l’édition 2014 du Guide, ses rouges répondent aussi présents : le Paradis Saint-Pierre 2011 décroche deux étoiles, et l’Olivaie 2011 en obtient une.


La marsanne en son pays
Les blancs ne représentent que 2 ha du domaine mais lui valent pourtant une Grappe d’argent. Les vieilles vignes de marsanne donnent ici tout leur éclat. « Ce cépage est bien marié au lieu », dit Jérôme Coursodon. « Ailleurs, il sera insipide si il n’a pas de bons sols et une bonne maturité. Il n’est pas exubérant et livre des arômes discrets de fleurs blanches. » Cette cuvée Paradis Saint-Pierre comporte un soupçon de roussanne qui apporte du fruité. Les soins patients à la cave la flattent : un pressurage très lent de la vendange entière durant plus de quatre heures, une fermentation d’un mois en fût, un élevage d’un an en pièces bourguignonnes avant l’assemblage. Et les experts du Guide saluent l’œuvre accomplie : « Derrière une robe jaune paille limpide et brillante se développe un bouquet expressif et fin de pêche et d’abricot accompagné des nuances toastées-vanillées de la barrique. On retrouve ces arômes dans une bouche élégante, onctueuse, riche mais toujours fraîche, rehaussée par une petite vivacité finale bien agréable qui vient souligner l’expression du terroir. »


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sept 25

La famille Taittinger ? Une lignée dont la fortune champenoise remonte aux années 1930. Et une passion commune : le champagne. La cuvée de prestige millésimée Comtes de Champagne, dans sa version blanc de blancs, a collectionné les coups de cœur du Guide Hachette des Vins. Après le 1976 et bien d’autres, le 2004 vaut à la maison la Grappe d’or 2014. Une belle image du savoir-faire de la maison et de son style, qui fait une belle place au chardonnay.


Un empire familial de renommée internationale

En 1932, Pierre Taittinger acquiert le château de la Marquetterie et ses vignobles, alors propriété de la maison de champagne réputée Forest-Fourneaux établie à « Rheims » depuis 1734. Les fondations de cet empire sont posées. Trois des fils de Pierre perpétuent l’héritage : François, rejoint par Claude et par Jean, lequel sera longtemps maire de Reims (entre 1959 et 1977) et ministre sous la présidence de Georges Pompidou. La maison prend le nom de la famille, agrandit le vignoble et installe ses caves rue Saint-Nicaise, au centre de la ville, à l’emplacement d’une abbaye. Elle diversifie son patrimoine, notamment dans le secteur de l’hôtellerie de luxe (le Crillon et le Lutetia à Paris, le Martinez à Cannes, entre autres) et de la cristallerie (Baccarat). En 2005, les héritiers en désaccord vendent le groupe aux fonds d’investissement américain Starwood Capital. Émoi en Champagne. Mais, un an plus tard, à l’été 2006, Pierre-Emmanuel Taittinger, fils de Jean, reprend possession de l’illustre maison. L’hôtellerie reste au groupe américain, mais la maison et son vaste vignoble (288 ha) retourne à la famille.

Le chardonnay : le style maison

« Le style Taittinger, aérien, fin, délicat, on le doit au chardonnay », explique Pierre-Emmanuel. Son oncle François avait choisi d’en faire le plant dominant, donnant le style de la marque. À la différence des autres maisons de Champagne où les pinots noir et meunier sont privilégiés. « Le chardonnay, c’est notre histoire et l’ADN de nos vins, nous n’en dérogeons pas. Et d’ailleurs toute la Champagne s’est « chardonnérisée » », ajoute-t-il, un sourire en coin. Selon une tradition légendaire, Thibaud IV, comte de Champagne de retour de croisade, aurait rapporté de son séjour en Terre sainte un plant de vigne, l’ancêtre du chardonnay. C’est en hommage à cette dynastie que la cuvée éponyme a été créée en 1952. Au cœur de Reims, la demeure des Comtes de Champagne, qui remonte au XIIIe siècle, est aujourd’hui l’emblème des champagnes Taittinger.

Comtes de Champagne : le fleuron de la maison rémoise


La plus connue des cuvées spéciales de la maison, millésimée, n’est élaborée que les années jugées favorables ; 2004, moyenne dans d’autres régions, est fort bien cotée en Champagne. Elle fait suite à un 2002 également élu coup de cœur par les experts du Guide Hachette. Le Comtes de Champagne blanc de blancs est issu des cinq grands crus de la Côte des blancs : Avize, Chouilly, Cramant, Mesnil-sur-Oger, Oger et Oiry. « La matière première vient pour la plus grande partie de nos propres vignes », précise Pierre-Emmanuel, qui ajoute : « Pour faire un grand champagne, il faut trois conditions. La volonté du chef de maison. La qualité des raisins. Et le temps. On ne fait pas un grand champagne en dix-huit mois. Il faut jusqu’à dix ans pour le Comtes de Champagne. Et trente ans après, il est encore jeune et frais ». On rappelera qu’il faut trois ans de cave au minimum pour les champagnes millésimés.
La cuvée est élaborée à partir de la première presse des meilleurs chardonnays. 5 % des vins demeurent quatre mois en fût de chêne neuf. Puis le champagne vieillit lentement dix ans durant dans les crayères d’origine gallo-romaine de l’ancienne abbaye de Saint-Nicaise, à dix-huit mètres sous terre.
Le résultat : Une robe or pâle animée de fines bulles. Un nez, intense et délicat à la fois, qui possède toute la classe aromatique des grands chardonnays : fruits blancs (poire), agrumes et torréfaction (grillé, vanille, bois noble…), un équilibre parfait entre onctuosité et fraîcheur jusqu’à la finale éclatante.
« Si notre brut sans année est notre honneur, le Comtes de Champagne est notre signature, je ne veux pas qu’il soit bling-bling », conclut Pierre-Emmanuel Taittinger. « Cher certes, mais accessible aux connaisseurs. »



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sept 18

Le Guide Hachette des vins 2014 est paru en librairie mercredi 4 septembre 2013. En 29 ans, il est devenu la Bible des amateurs de vins, qui guettent à chaque rentrée la nouvelle sélection des bouteilles effectuée par des jurys d’experts lors de dégustations à l’aveugle organisées dans l’année d’édition. Objectif et indépendant, il s’adresse à tous les consommateurs, sans esprit d’école.
Sur près de 40 000 vins passés au crible pour cette édition 2014, 9 871 ont été retenus, dont 235 notés trois étoiles, 1 847 deux étoiles et 3 310 une étoile. 514 vins ont été élus coups de cœur. Le 12 septembre, au Pavillon Dauphine, le chef étoilé Yannick Alléno et le journaliste Jean-Sébastien Petitdemange ont remis les Grappes d’or, d’argent et de bronze au cours d’une dégustation de ces coups de cœur. Outre de vins particulièrement remarquables, ces trophées, sélectionnés par l’équipe éditoriale du Guide Hachette, récompensent des domaines, des hommes et des femmes, leur régularité dans la qualité.


Grappe d’or, coup de cœur trois étoiles (vin exceptionnel), remise à Pierre-Emmanuel Taittinger pour le champagne Taittinger Blanc de blancs Comtes de Champagne 2004
Pierre Taittinger devint en 1936 l’actionnaire principal de la maison Forest-Fourneaux, l’une des plus anciennes de Champagne (1734). Passée sous contrôle d’un fonds de pension américain en 2005, la société a été reprise un an plus tard par la famille Taittinger et est actuellement dirigée par Pierre-Emmanuel Taittinger. Avant de s’installer sur la butte Saint-Nicaise, site historique, l’affaire avait son siège à l’hôtel des Comtes de Champagne (XIIIe s.). C’est en hommage à cette dynastie qu’a été baptisée la cuvée prestige de Taittinger, un blanc de blancs millésimé issu de grands crus de la Côte des Blancs. Ce champagne, logé dans son flacon ventru semblable à ceux du XVIIIe s., est habitué des coups de cœur du Guide : du millésime 1976 au 2004, il en a obtenu quatorze ! Le millésime change, le style reste. Le 2004 offre une collerette de fines bulles qui couronne une robe or pâle. Le nez révèle toute la classe aromatique des grands chardonnays : des senteurs de fruits blancs (poire), d’agrumes et de torréfaction (grillé, vanille, bois noble) se livrent avec intensité mais sans lourdeur. Quant à la bouche, elle envoûte les dégustateurs, charmés par son équilibre parfait entre onctuosité et fraîcheur, par son toucher soyeux, sa droiture et sa finale éclatante. Un de ces champagnes que l’on peut carafer pour lui permettre d’exprimer toute sa complexité.


Grappe d’argent, coup de cœur deux étoiles (vin remarquable), remise à Jérôme Coursodon pour le saint-joseph blanc Le Paradis Saint-Pierre 2011 du Domaine Pierre et Jérôme Coursodon
Le domaine, fondé à la fin du XIXe s., a pris son essor dans les années 1950 avec Gustave Coursodon, qui expédie son vin par tonneaux dans les cafés parisiens, avant de se lancer dans la commercialisation en bouteilles. Son fils Pierre, installé au début des années 1970, réimplante le vignoble sur des coteaux de granite difficiles à travailler ; la qualité est à ce prix. En 1998, son fils Jérôme arrive sur la propriété, 15 ha à Mauves, berceau de l’AOC saint-joseph. Un domaine d’une constance rare, qui décroche ici son 12e coup de cœur avec sa cuvée phare. De vieilles vignes de marsanne (et un soupçon de roussanne) et un élevage en fût de 12 mois sont à l’origine d’un vin au bouquet expressif et fin de pêche, d’abricot et de nuances toastées-vanillées, à la bouche élégante, onctueuse, riche mais toujours fraîche, rehaussée par une petite vivacité finale qui vient souligner l’expression du terroir. Par ailleurs, le Paradis Saint-Pierre 2011 rouge décroche deux étoiles, et l’Olivaie 2011 rouge reçoit une étoile.


Grappe de bronze, coup de cœur à moins de 8 €, remise à Vincent Denis pour l’anjou rouge 2012 du Domaine du Petit Clocher
Créée par la famille Denis en 1920 à partir de 5 ha, cette propriété située aux sources du Layon a été transmise de génération en génération pour atteindre 80 ha aujourd’hui. Après Antoine et Jean-Noël, qui ont développé le domaine dans les années 1980, arrive la quatrième génération : Stéphane en 2003, Julien en 2006 et Vincent en 2009. Vins secs ou liquoreux, tranquilles ou effervescents, ce domaine très régulier en qualité, avec plusieurs coups de cœur à son actif, brille cette année avec un superbe anjou rouge, au nez fin et complexe de cerise et de cassis assortis de légères nuances florales, à la fois rond, vif, léger et gourmand en bouche. Un équilibre remarquable que l’on retrouve dans le cabernet-d’anjou 2012 qui décroche lui aussi un coup de cœur pour son fruité intense et son palais ample et long, doux et frais.

sept 10

Bordeaux est le pays des grands châteaux prestigieux, mais en marge, éclipsés par le feu médiatique, sans être ignorés des connaisseurs, il existe d’autres vignerons qui ont tout des grands. Ainsi dans le Libournais : les Vignerons de Puisseguin Lussac Saint-Émilion, une coopérative d’excellence qui multiplie les récompenses au fil des ans, avec constance. Dans l’édition 2013 du Guide Hachette des Vins, trois cuvées ont été distinguées : la 1938, coup de cœur, le Prémya, une étoile et Les Grands Champs, une citation.


1938, débuts d’une aventure
La coopérative est née en 1938, avec une centaine d’hectares. Et depuis lors, elle n’a cessé de s’étendre, jusqu’à 1200 hectares aujourd’hui et 170 vignerons. Elle recouvre six appellations: celles de Saint-Émilion (puisseguin, lussac et montagne), ainsi que côtes-de-bordeaux, bordeaux et bordeaux supérieur. Une si grande variété permet de proposer environ 80 cuvées différentes, soit cinq millions de bouteilles par an, dont 45 % partent à l’export, vers l’Europe du Nord et l’Asie. La réputation des Vignerons de Puisseguin a grandi avec le temps, et son développement va continuer par son alliance programmée en 2014 avec sa voisine de Saint-Émilion. Elle doublera alors sa taille, sa surface, le nombre de ses vignerons et portera sa production à dix millions de bouteilles. « Nous allons ainsi solidifier et optimiser les deux ensembles, pour plus d’efficacité commerciale », se réjouit Benjamin Maison, le directeur de la « coop ».


L’ambition du développement durable
Benjamin Maison est arrivé il y a douze ans de son Val de Loire natal. Depuis lors, en symbiose avec les vignerons, il œuvre à définir un « pacte de responsabilité sociétale », comprenez une politique de management intégré, un mix des démarches écologiques, économiques et sociales. Les pratiques durables se sont vite traduites par les certifications Terra Vitis dès 2002, puis Agriconfiance. Ce pacte prend désormais en compte l’ensemble des données : limitation des produits chimiques, bilan carbone, incitation à la plantation de haies, mais aussi optimisation des coûts de production, amélioration des pratiques, formation, conseils techniques. « L’objectif est de fournir des produits sûrs et de qualité. Il s’agit d’accompagner les adhérents dans une démarche permanente de progrès que ce soit au niveau technique, environnemental ou économique ».


Les vignes de Puisseguin
La cuvée 1938 avait été créée pour fêter les 70 ans de la fondation de la cave. Devant le succès, l’anniversaire se poursuit. Elle est composée à 90 % de merlot et 10 % de cabernet franc, provenant d’une sélection de vieilles vignes de 30 à 50 ans. « On dispose de 500 hectares sur Lussac », remarque Benjamin Maison, « alors on peut choisir les meilleures parcelles. On les vendange un peu plus tardivement, pour obtenir une meilleure qualité des raisins, et on les vinifie à part ». Sur ces communes limitrophes de Saint-Émilion, entre les collines légères peuplées d’églises romanes, parsemées de vignes et de bois, les terres sont variées : argilo-calcaires, graves, et sables du Périgord. « Les années de chaleur, elles nous donnent des vins exceptionnels », dit le directeur. À ses côtés trois œnologues officient à la cave, Carine Crauland et Marie-Paule Colombié, assistées par Jean-Phillippe Fort, du laboratoire Roland.
La 1938 a comblé les dégustateurs du Guide Hachette : « Vêtu de rubis profond, il déploie à l’olfaction de sensuelles fragrances de fruits rouges assaisonnées d’une touche de vanille. La bouche n’est pas en reste. La rondeur et la mâche perçues à l’attaque semblent s’éterniser jusqu’à une finale aux douces saveurs fruitées et épicées, épaulée de fins tanins. Une bouteille à savourer avec un civet de chevreuil, dès 2014. »

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août 26

Les étoiles brillent dans le ciel de Lorraine ainsi que dans le Guide Hachette des Vins 2013 pour souligner les mérites de Vincent Laroppe : une étoile pour son pinot noir 2010, deux étoiles et un coup de cœur pour son gris 2011, trois étoiles et un autre coup de cœur pour son rouge La Chaponière 2009, au firmament, ainsi décrit par les dégustateurs :
« D’un rouge grenat aux reflets violacés, il offre un nez puissant, partagé entre le boisé et le cassis. Au palais, le fruit rouge relaie le fruit noir au sein d’une matière ample, aux tanins fins et racés ».



Des vignerons au long cours
Au commencement était François Laroppe, maître vigneron au château du seigneur de Bruley en 1722. Puis Antoine, Claude, Louis-Alfred, Marcel, Alfred, Marcel et Michel ont fait fructifier la vocation familiale, et enfin Vincent. La huitième génération de vignerons. Les Laroppe appartiennent vraiment au patrimoine lorrain ! Depuis 1913, la maison n’a pas changé d’adresse, au 253, rue de la République à Bruley, là où l’arrière-grand-père Marcel avait installé son échoppe il y a juste un siècle. Ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! Autrefois ils vendaient leur vin en tonneaux aux alentours, et petit à petit ils ont acquis les vignes voisines. En 2003, Vincent Laroppe a pris la tête de la petite entreprise, grande à présent de 22 hectares. « On essaie de perpétuer la tradition familiale, dit-il. Mais il a fallu faire évoluer les choses. On pratique une culture plus raisonnée, et on est passé en vigne haute. Des rangs hauts et larges, à l’alsacienne, pour diminuer les rendements. Et pour gagner en qualité. »


Au coude de la Moselle
L’AOC côtes-de-toul, à l’ouest du coude de la Moselle, s’étend sur une vingtaine de kilomètres, sur le dos d’une côte, le long de huit communes : Lucey, Bruley, Pagney-derrière-Barine, Domgermain, Charmes-la-Côte, Mont-le-Vignoble, Blénod-lès-Toul, et Bulligny, au septentrion. Une centaine d’hectares pour une trentaine de producteurs. La conquête de l’AOC, en 1998, fut une longue bataille et ce fut encore un Laroppe, Michel, l’oncle de Vincent, président du syndicat des vignerons 18 ans durant, qui la mena. « Dans les années soixante, dit Vincent, on ne faisait que des vins gris ici. Nous avons travaillé avec l’Inra de Colmar. Le gamay dominait, mais il donne trop d’acidité. On est arrivé à un assemblage de 85 % de gamay au maximum et de 10 % de pinot noir au minimum, lequel apporte rondeur et arômes. La part du pinot noir progresse. Et les rendements ont chuté. On était à 120 hl/ha, on est aujourd’hui à 60 hl/ha. Nous avons vécu une douzaine d’années d’efforts, de découragement et de sacrifices avant d’obtenir l’AOC. »


Le rude climat lorrain
Les gelées printanières sont les ennemies redoutées des vignerons lorrains. Elles ont frappé les vignes basses par deux fois à la fin d’avril dernier. Mais en côtes-de-toul comme ailleurs, les temps changent. « Autrefois on commençait à vendanger vers le 15 octobre, explique Vincent Laroppe, et le gamay avait du mal à mûrir. À présent, c’est trois semaines avant. Les arrière-saisons sont plus sèches et plus ensoleillées. Mais on reste les derniers en France à récolter. » Gamay et pinot noir sont des cépages étrangers dans ces contrées. L’auxerrois blanc en revanche est le plant natif d’ici, de la vallée de la Moselle. Sur la route des vins et de la mirabelle qui va de Boucq à Bulligny, les paysages se partagent entre vignes et vergers. Goûtez donc par là cette Chaponière de Vincent Laroppe, un pinot noir élevé en fût, en dégustant une quiche lorraine et une poignée de mirabelles.

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août 12

Dans la douceur toute angevine, le village de Savennières. La Roche aux Moines se trouve sur un éperon rocheux, dans le prolongement de la célèbre Coulée de Serrant, l’un des cinq plus beaux terroirs français de blancs selon Curnonsky, le prince des gastronomes. Le Château Pierre-Bise, ses terres pierreuses ventées par la bise océane, magnifiées par le travail assidu de Claude Papin, confirme par un douzième coup de cœur l’alliance réussie des talents de la nature et des hommes, sur les coteaux soulignant le cours de la Loire, où mûrit le chenin.


Vignerons des cailloux
« Nous sommes des vignerons des cailloux », dit Claude Papin. Le Château Pierre-Bise actuel est la somme d’un lent développement. En quarante ans, sa surface s’est agrandie peu à peu jusqu’à 55 hectares. Pierre Papin, le père, s’y était installé en 1959, sur les hauteurs. Et dans les années soixante, les vignerons voisins, par souci de meilleurs rendements, quittaient les coteaux pauvres pour descendre dans la plaine. Autant d’opportunités de s’agrandir pour les Papin. Puis Claude ayant épousé la fille des vignerons voisins, ils ont marié du même coup le Château Pierre-Bise et le domaine Chevalier-Lequeux. Et leurs deux fils Christophe et René les ont rejoints il y a une quinzaine d’années. « Je ne voyais pas le travail de mon père s’arrêter, pourtant j’avais peur d’être vigneron, le métier est dur », dit Claude. « Mais on aime la vigne et on aime le travail. La passion et le plaisir d’apprendre sont venus doucement. » Et il ajoute : « On donne le meilleur depuis quarante ans, car c’est notre vie. »

Des climats en Anjou ?
« On essaie de construire ici en Anjou des climats à la bourguignonne ». Les Papin se passionnent pour l’outil de cartographie des paysages et des terroirs mis au point par l’équipe de l’INRA-Angers. Ils possèdent une connaissance fine de la typicité de chacune de leurs parcelles. Ainsi les Rouannières, à la crête du coteau, une émergence de spilites, des basaltes fissurés, une terre mince de 20 à 30 centimètres d’argiles sur une roche mère très dure. Une belle ouverture de paysage, portant à une vingtaine de kilomètres, au plein sud, avec un microclimat plus chaud qu’alentour. Et sous les vents qui s’engouffrent dans l’estuaire de la Loire, dans la lumière légèrement voilée de l’Anjou. « On va demander le classement des Rouannières en cru », s’enthousiasme Claude Papin. « De plus c’est une véritable réserve floristique. On y compte une soixantaine de plantes méditerranéennes, et même des cigales ! »

Grandeur et ingratitudes du chenin
« C’est un cépage qui peut être grandissime ou ingrat. » Le chenin est à la mode, car les vignerons recherchent sa grande minéralité. Mais il se montre compliqué à travailler. Peu homogène à la floraison, avec des grains mûrs et d’autres pas, il faut l’attendre aux vendanges et souvent repasser quatre ou cinq fois. Ses grappes, parfois grosses, doivent être découpées au sécateur en juillet. Et il botrytise très vite, il faut être vigilant, « Ne pas dépasser le stade du Poil de lièvre », comme dit Claude. À la Roche-aux-Moines tout l’art du vigneron sera de révéler la minéralité du chenin. Outre le terroir si propice, le climat y contribue. L’air doux et humide du fleuve restreint l’ouverture des stomates des feuilles, et le vent de l’océan ajoute de la vivacité. « C’est avant tout un vin de colonne vertébrale, lent à l’ouverture, dit Claude, il est viril, pas féminin. Il y a deux moments pour le boire : sur sa fraîcheur, ses quatre ou cinq premières années, ou au-delà de huit à dix ans quand il entame sa seconde vie. »

Les dégustateurs du Guide Hachette décrivent ainsi le 2010 de Pierre-Bise : « D’un beau jaune doré aux reflets verts, il délivre d’élégants arômes de fruits blancs (pêche) et de fleurs relevés d’une flatteuse pointe minérale. Riche, rond et fruité à souhait. D’une superbe longueur. À réserver dans deux ans à un délice de crevettes à la coriandre. »

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