Le blog de la rédaction
avr 24

Moment médiatique incontournable de la vie du vignoble bordelais, les primeurs ont, comme chaque année, réuni les « plus fins palais » de la presse viticole pour découvrir le millésime 2011. Un millésime qui, héritage difficile, succède à deux années érigées au rang de « très grands millésimes ». Quels enseignements sur le cru 2011 ?


Côté presse : les petits plats dans les grands
Une nouvelle fois, la semaine des primeurs a drainé vers Bordeaux la grande foule des spécialistes du vin du monde entier. Rien que pour les séances de l’Union des Grands crus de Bordeaux (l’UGCB), quelque 4 000 badges et accréditations ont été délivrés. Chaque jour ce sont au total plus de 6 500 visiteurs qui ont sillonné le vignoble. Le nombre de journalistes internationaux présents aux côtés des acheteurs a confirmé l’intérêt médiatique de l’opération. Comme Vinexpo, il est incontestable que cette manifestation assoit la position de capitale mondiale du vin de la métropole aquitaine. D’ailleurs, pour cette édition, on n’a pas hésité à mettre les petits plats dans les grands, au sens premier du terme, avec des déjeuners pour couper et agrémenter les séances de dégustation, voire des soirées dans certains châteaux. Les journalistes ont été particulièrement choyés : on leur a parfois réservé des salles, et même des dégustations. En revanche, certains grands crus ont eu tendance à se montrer extrêmement sélectifs dans le choix de leurs invités. Ainsi, les professionnels girondins (œnologues, tonneliers, etc.) ont parfois été systématiquement écartés.


Côté vin : le retour à une certaine tradition bordelaise
Remarquable coup médiatique, la semaine des primeurs n’a cependant rien appris de neuf sur le dernier millésime ; du moins aux spécialistes bordelais. Depuis les vendanges, il apparaissait évident que le 2011 allait être inférieur aux 2010 et 2009, qu’il produirait des vins rouges moins puissants et moins concentrés, appelés sans doute à une garde moins longue. Le millésime marque le retour à une certaine tradition bordelaise, avec des vins privilégiant la finesse et l’équilibre, qui seront très plaisants jeunes ou après quelques années en cave. Il serait donc excessif de dénigrer le 2011, comme il avait été abusif de la part de certains critiques de porter au pinacle sans la moindre réserve les 2009 et 2010. Deux très beaux millésimes certes, mais qui ont réservé quelques surprises – bonnes ou mauvaises – comme le montrent ce printemps les dégustations en cours pour le prochain Guide Hachette, à paraître en septembre. Pour 2011, le risque de vins « bodybuildés » a été écarté ; le problème majeur est un caractère parfois végétal pour certains crus ayant vendangé trop tôt. Le 2011 ne sera donc pas plus homogène que les deux millésimes précédents.
La météorologie en a fait un millésime difficile : on a déploré de nombreux accidents aux conséquences parfois lourdes, comme les grêles de début septembre, notamment à Saint-Estèphe. On a même relevé une inversion des saisons : à un printemps chaud et sec a succédé un été plutôt maussade aux températures inférieures aux normales. En conséquence, les vendanges ont été tardives, marquées en outre par des pluies au début de la récolte. C’est un millésime qui aura demandé des efforts, notamment financiers, aux producteurs.


Côté prix : une tendance à la baisse
Le résultat, sans être exceptionnel, n’aura rien de décevant. Un bon millésime, sans doute supérieur au 2008, du même style que le 1983, offrant un vin fin et fruité, de moyenne garde. Il y aura certainement des révélations en sauternes, même si 2011 se prêtera sans doute assez difficilement à l’élaboration de ces nouveaux sauternes très aromatiques. On assistera sans doute à une diminution des prix, notamment dans le haut de gamme. Déjà les premiers prix qui sont tombés sont sensiblement à la baisse. À commencer par Lafite, qui annonce 420 €, contre 600 € pour le 2010, soit une diminution de 30 %. Toutefois, les producteurs ayant déjà une politique raisonnable ne pourront pas les descendre énormément, pour deux raisons : les coûts d’élaboration spécifiques au millésime, et des volumes limités dans une année marquée par des accidents climatiques. En l’état actuel des choses il semblerait que, la baisse pourrait atteindre 40 ou 45 % pour certains crus ; mais elle se situera sans doute entre 20 et 40 %, voire autour de 10 à 15 %, pour de nombreux crus, notamment pour des seconds vins. Le 2011 pourrait alors se situer à un niveau supérieur à 2007 ou 2008. La baisse risque donc d’être plus modeste que souhaitée par certains. On ne devrait pas tarder à être fixé, car il est probable que de nombreux châteaux indiqueront leurs prix sans attendre trop longtemps.
Et pour connaître la vérité sur la qualité du 2011, il faudra attendre que les vins soient réellement achevés et mis en bouteilles. Les dégustations du Guide Hachette, qui portent sur des vins embouteillés, contribueront à éclairer le consommateur sur ce point.



Latour se retire des primeurs
La fin des primeurs a été marquée par un événement qui a fait l’effet d’une bombe : dans une lettre adressée aux principaux négociants et courtiers de la place de Bordeaux, le château Latour a annoncé qu’à partir de 2012 il cesserait de participer aux primeurs, estimant anormal que l’on puisse juger un vin qui n’a pas commencé son élevage. L’impact réel de cette décision doit être nuancé, car le cru de François Pinault a toujours été très réservé au sujet des primeurs et les lots de vins mis en vente par le premier cru classé pauillacais n’ont jamais été très importants. La grande question est de savoir si Latour fera école ou non.



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avr 20

Plus connue pour ses bières, à l’instar d’autres pays septentrionaux, la Belgique voit s’investir depuis quelques années des vignerons très dynamiques. On découvre que le pays produit d’excellents flacons, dont certains sont régulièrement primés lors de concours internationaux. La Belgique, terre de vin ? On gardera en tête que la superficie globale de son vignoble n’excède pas 150 ha, à peu près la superficie de l’appellation hermitage. Un vignoble de poche et de niche, qui a de quoi attirer l’amateur curieux…



Les vignobles ecclésiastiques du Moyen Age
Si la culture de la vigne s’est largement développée au sud de l’Europe sous l’influence des Romains, il n’est pas prouvé que celle-ci se soit étendue jusqu’aux latitudes de la Belgique. En revanche, aux XIVe et XVe siècles, toutes les localités importantes du pays possèdent des vignobles. Ceux-ci sont exploités par les hôtels-Dieu – le vin est alors aussi considéré comme une boisson hygiénique – et par les abbayes, pour le culte. La production connaît ensuite un ralentissement, pour pratiquement disparaître vers la fin du XIXe siècle. Les raisons de ce déclin sont multiples : la crise financière des XVIIe et XVIIIe siècles, le refroidissement climatique observé entre les XVIe et XIXe siècles qui a rendu la culture de la vigne plus aléatoire, le développement de l’industrie brassicole et la suprématie des vignobles français qui exportent des vins à travers toute l’Europe. André Jullien remarquait ainsi dans sa Topographie de tous les vignobles connus parue en 1816, quatorze ans avant l’indépendance de la Belgique, que « ce département ne cultive ni vin, ni cidre ; on ne cultive la vigne que dans les jardins et le raisin est uniquement employé pour le service de la table. La bière est la boisson ordinaire de tous les habitants. Néanmoins on y fait un très grand commerce des vins de Bourgogne ».


Premières appellations d’origine contrôlées
Il faut attendre la période 1960-1980 pour que la viticulture reprenne de la vigueur en Belgique, sous l’effet d’initiatives locales et confidentielles. Une date marque le renouveau du vignoble belge : le 1er juillet 1997 est créée en Flandre la première appellation d’origine contrôlée de Belgique, le Hagelandse Wijn, dans le triangle Leuven, Diest, Aarschot. Suivent en 2000 l’AOC Haspengauwse Wijn en Hesbaye flamande dans le Limbourg, en 2004 les Côtes de Sambre et Meuse (Wallonie) et en 2005 l’AOC Heuvelland dans la région d’Ypres (Flandre). Il existe également des appellations pour les vins effervescents, dont les plus prestigieux sont élaborés selon la méthode traditionnelle : les Vlaamse Mousserende Kwaliteitswijn au nord (2005), les Vins Mousseux de Qualité et les Crémants de Wallonie (2008) au sud. On trouve les IGP (ex-vins de pays) Jardins de Wallonie et Vlaamse Landwijn.


Des cépages internationaux et « interspécifiques »
En matière culturale, l’enjeu est de planter des vignes adaptées au climat septentrional, peu sensibles aux maladies et à la pourriture favorisées par un milieu plus humide. En gros, il faut un cycle végétatif court, un débourrement tardif (pour éviter les gelées de printemps), une production naturelle de sucre importante (pour faire face à un ensoleillement assez mesuré entraînant un déficit en chaleur et, surtout, en lumière).
Pour faire face à ce défi, on utilise soit des cépages internationaux adaptés à des climats plus nordiques (pinot noir, pinot blanc, pinot gris, riesling, chardonnay), soit des cépages expérimentaux, plus rares ou développés pour des climats plus frais, voire des cépages interspécifiques, comme l’hélios (b), le solaris (b), le limberger (r), le bacchus (b), ou le régent (r) issu du cépage hybride chambourcin.


Des vins blancs majoritaires
Les vins belges sont en grande majorité des vins blancs. On observe de belles réussites pour des cuvées à double fermentation produites en méthode traditionnelle. Les vins rouges mettent en avant une belle fraîcheur, des taux d’alcools en général plus bas et une assez grande complexité aromatique, avec des notes variétales épicées et poivrées.

Philippe Grafé, propriétaire du plus grand vignoble de Wallonie et « pape » des cépages interspécifiques : “Un avantage de ces vins parmi d’autres ? Ils titrent aux alentours de 12 % vol. L’attrait des vins du Nord est indéniable sur le plan de la finesse et de l’élégance face à la puissance éthylique des vins du Sud”. Ces vignes possèdent également l’avantage de nécessiter moins de traitements phytosanitaires.

Autre domaine d’excellence de la production belge : les vins effervescents, élaborés selon la méthode traditionnelle (double fermentation en bouteille), à l’image de la très réputée cuvée Seigneur Ruffus du vignoble des Agaises. “Nous produisons en réalité un vin effervescent millésimé, mais sans indication du millésime. La technique de vinification est exactement la même qu’en Champagne”, précise l’ingénieur John Ruffus, caviste du domaine. Le ruffus blanc de blancs 2010, qui vient d’obtenir une médaille d’argent au concours international Chardonnay du Monde à Saint-Lager (69), s’ouvre au nez sur des notes briochées, lactées, que sous-tendent celles de fruits mûrs. En bouche il étonne par sa structure ample et grasse qui se réalise dans un très bel équilibre soutenu par l’acidité et les bulles fines. La persistance aromatique est également dans la moyenne supérieure des vins de ce type. Le domaine en chiffres aujourd’hui ? 14 ha en production, dont 1,5 ha en pinot noir, 1,5 ha en pinot meunier et 11 ha en chardonnay, 4 ha prévus en plantation et 100 000 bouteilles produites par an et entièrement vendues près d’une année à l’avance !

De l’autre côté de la frontière linguistique, à Monteberg, sur le mont Kemmel, Edward Six produit deux vins blancs, deux vins rouges et du vin effervescent. Le vignoble est planté depuis douze ans, notamment de rondo (r) et de régent (r) en rouge. “Des années comme 2011, on a même pu faire du rouge avec le pinot noir [plutôt que des vins effervescents NDLA], grâce à un printemps splendide et à l’été indien”. Actuellement, le vignoble s’étend sur 6 ha en production propre et 1,5 ha en achat de raisin dans l’AOC Heuvelland. Les vins d’Edward Six sont de très belle facture, sans prétention. La production du domaine est principalement orientée vers le blanc, comme le kerner (b) assemblé avec le müller-thurgau (b) et le siegerrebe (b). Ce vin est doté d’une belle complexité aromatique sur des notes assez intenses de pomme, de citron vert et un zeste d’épice. En bouche le vin tire plutôt sur la fraîcheur et réalise un nouvel équilibre gustatif très intéressant. Une des caractéristiques d’Edward Six est de pouvoir « jouer » sur un grand nombre de cépages et de varier ainsi les assemblages afin d’adapter au mieux ses cuvées aux aléas climatiques du millésime.

Perspectives : un vignoble en essor pour des oenophiles éclairés
Mais pourquoi se donner tant de peine, notamment avec un régime d’AOC aussi précis, pour un si petit vignoble ? Le consommateur belge est considéré comme éduqué et connaisseur de vin. « Le niveau moyen est très élevé et le Belge déguste très bien », affirme John Leroy, vinificateur du domaine des Agaises. « Nous avons créé un cercle œnologique. Les inscriptions étaient bloquées à 45 et après deux jours c’était complet ». En effet, les clubs œnologiques, les offres publiques et privées de cours de dégustation font florès. Les étagères de livres et magazines concernant le vin remplissent toutes les bonnes librairies. La logique d’appellation d’origine contrôlée s’est inscrite dans cette perspective, donnant une plus grande crédibilité et une plus grande authenticité à la production locale de vin pour un public averti.
Le vignoble belge est donc aujourd’hui en plein essor. Sa superficie est de 150 ha environ pour une production annuelle de 2 800 hl. Une étude complète et précise du ministère des Finances devrait produire un recensement exhaustif et très précis dans les mois qui viennent. Les projets d’extension du vignoble ne manquant pas, nul doute que dans les prochaines années ces chiffres risquent d’être rapidement dépassés. Le réchauffement climatique n’y est certainement pas étranger. Le développement de techniques de vinification appropriées et celui des cépages interspécifiques ou de laboratoire ont permis l’arrivée de produits qualitatifs.
La renaissance de vins légers, frais, peu concentrés est-elle une première étape avant l’apparition de vins plus « classiques », plus ambitieux et de garde ? C’est ce que semble penser Jean-Jacques Delhaye, secrétaire général de la Fédération belge des vins et spiritueux, qui croit à l’essor de vins plus structurés, grâce notamment au vieillissement en barrique, sur le modèle du très connu Wijnkasteel (littéralement “château du vin”) à Genoels-Elderen). Ce domaine a mis l’accent sur des vins classiques monocépages produits tantôt en blanc, à base de chardonnay, et tantôt en rouge, à base de pinot noir. Les blancs se structurent en trois cuvées : chardonnay wit (blanc), chardonnay blauw (bleu) et chardonnay goud (doré). Les deux dernières cuvées ont une telle intensité, une telle complexité aromatique, une structure renforcée par le passage du vin en barrique (pour la dernière), qu’elles n’ont rien à envier à des chardonnay de France. Bien entendu le prix est aligné en conséquence. Lors d’une dégustation à l’aveugle que j’avais organisée il y a deux ans, le chardonnay goud était ressorti dans le top trois de plusieurs représentants de qualité de ce cépage. En rouge, le « pinot noir rood » (rood signifie littéralement rouge) est impressionnant de finesse et d’équilibre. Les notes au nez sont d’abord subtilement poivrées, puis arrivent les fruits mûrs attendus, enfin on y distingue presque une pointe de menthol. En bouche l’équilibre est réellement parfait.

Intérêt des Champenois
Le vignoble belge est à la croisée des chemins… Et certains semblent être convaincus de son essor, comme la maison champenoise Vranken-Pommery, dont le patron liégeois, Paul-François Vranken, aurait décidé d’investir en Belgique, du côté de Liège. L’objectif ? Produire un crémant de Liège. On parle (rumeurs ou réelle information ?) de 140 ha en production , ce qui serait énorme comparé à la surface totale du vignoble belge… Par ailleurs, il y a trois ans, le chocolatier belge Galler a investi, également près de Liège, sur un quart d’hectare. Les premières vendanges ont eu lieu en octobre 2011. Nul doute que, malgré la confidentialité de la production, ce nom célèbre apportera lui aussi une certaine publicité au vignoble belge.


par Fabrizio Bucella
Docteur en science et professeur ordinaire à l’Université Libre de Bruxelles. Sommelier, spécialiste du vin belge, il étudie pour Inter Wine & Dine les marqueurs du vin.

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mar 21


Au Château de Cayx, la cuvée Majesté côtoie la cuvée Royale. Et dans ces lieux, ces titres de noblesse ne sont pas usurpés. L’étiquette n’est pas trompeuse. La propriété en effet appartient à la Reine Margrethe du Danemark et au Prince consort Henrik, un fils du Quercy : Henri de Laborde de Montpezat. La cuvée Majesté, distinguée par un coup de cœur, est bien d’ici elle aussi, puisqu’elle accueille le noble cépage du cru : le malbec, roi de Cahors.

Le réveil du château abandonné
L’ancien fortin flanqué de ses quatre tours en poivrière fut bâti au XVe siècle. Campé sur le coteau dans un cingle (un méandre) du Lot flâneur, il était devenu au fil des âges une paisible résidence d’agrément et le havre, au XVIIIe siècle, du marquis Lefranc de Pompignan, célèbre en ce temps-là pour ses attaques contre le parti philosophique qui lui valurent les diatribes venimeuses de Voltaire. Le château menaçait ruine quand, en 1974, la reine Margrethe du Danemark et Henrik son époux en firent l’acquisition. Une restauration complète lui redonna toute sa splendeur.


La renaissance du vignoble
En 1971, le cahors venait d’accéder à l’AOC, ce qui confirmait son renouveau et allait lui donner un nouvel élan. Attaché à son Quercy natal, le Prince entreprit de replanter les coteaux alentour de malbec, cépage dominant du cahors. Il fit aménager des chais sous le parvis du château, et fêta en 1993 sa première vendange. Les vignes étaient en fermage, le vin confié à un négociant. Bientôt sonna l’heure d’un nouveau défi, l’embouteillage sous la bannière de Cayx. La mise en œuvre fut confiée en 2007 à Guillaume Bardin de Montpezat, un neveu du Prince et ancien de la société Baron Philippe de Rothschild (Mouton), puis à partir de 2010 fut embauché l’œnologue Alexandre Gélis, venu du Château Lagrézette voisin. « Tout recommencer à zéro, tel est l’objectif », explique Guillaume Bardin. Voilà qui est fait. Les ambitions et les atouts sont là. Et la suite se prépare avec les princes Frederik et Joachim.

Dans le cingle du Lot
Les vignerons de Cahors avaient envisagé un temps le classement des terroirs dans l’aire d’appellation. Sept niveaux différents avaient été définis. Les troisième et quatrième terrasses et les cônes d’éboulis calcaires formaient le « Terroir bleu », le meilleur. « Nos parcelles descendant du château font partie du meilleur », se félicite Guillaume Bardin. Des terrasses composées de calcaires dans le haut, mêlé d’éboulis du causse et de graves en bas, dans le cingle du Lot. Le coteau est exposé plein sud. Pour limiter les rendements, la vigne y est plantée serrée, à 6 600 pieds/ha, loin des 4 000 permis par l’appellation. Le malbec recouvre 80 % des 21 ha du domaine. S’y ajoutent un peu de merlot et de tannat, les cépages complémentaires de l’appellation. Cahors est la vraie patrie du malbec. C’est le principal endroit où il subsiste en France. En Argentine, il a gagné une place de choix. Le malbec est un cépage riche en couleur et en tanins, les Anglais
appelaient « Black Wines » les vins du Haut-Quercy. « C’est de l’encre qui coule des cuves », souligne Guillaume Bardin. «Il a une force et une concentration énormes, mais acquiert aussi de la finesse si on le travaille bien.»
Le vignoble produit aussi sur les calcaires du causse des blancs de chardonnay, qui sont vendus en vin de pays du Lot (IGP), l’appellation cahors n’existant qu’en rouge.


Un cahors majestueux
« La cuvée Majesté est notre icône ! », jubile Guillaume Bardin. « On la cultive sur un demi-hectare, pour 6 600 à 6 800 bouteilles. À la cave, elle possède son foudre particulier et ses barriques de bois très fin, des Rolls de chez Seguin-Moreau ». L’idée en est venue en 2008 à l’occasion des soixante-dix ans de la Reine Margrethe, dont le blason figure sur les bouteilles. « Mais on fera encore mieux l’an prochain : la cuvée Royale, avec nos plus vieilles vignes, sur le meilleur de nos terroirs », promet Guillaume Bardin.
La promesse de l’avenir viendra aussi de Chine : des amateurs et des investisseurs chinois sont venus en visite à Cayx en 2008. Ils en sont repartis sous le charme ; la profondeur du rouge est un gage d’excellence, chez eux, et la couronne royale imprimée sur l’étiquette les a fortement impressionnés. Douze boutiques se sont ouvertes à Pékin et en Chine du sud sous l’enseigne : Château de Cayx. Lors de l’inauguration des boutiques à Wenzhu, à la stupéfaction des Chinois, le Prince a signé le livre d’or en mandarin ; il avait fait « langues-O » dans sa jeunesse.
Guillaume Bardin est ambitieux : « On est dans un coin de France qui peut vraiment surprendre », ajoutant : « Dans les prochaines années, on nous remettra à la place où l’on doit être, parmi les meilleurs du monde ».

Les dégustateurs du Guide Hachette conforteront cette ambition : « Ce millésime 2009 a gardé du cépage des notes de cerise et de kirsch, et de l’élevage de délicats parfums torréfiés. Sa bouche, d’une grande élégance, repose sur une trame concentrée de tanins fins, soyeux, qui portent loin une finale au fruité gourmand et teinté d’une jolie fraîcheur. Un cahors réellement majestueux. » Noblesse oblige.

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fév 27



À Puisseguin, Guibot et Guibeau sont les deux châteaux frères des Bourlon, les « Mexicains » du Libournais. Château Guibot a collectionné les coups de cœur : les millésimes 2002, 2003, 2004 et, après quelques étoiles, le dernier pour un 2008. Les dégustateurs du Guide ont ainsi salué « la robe profonde presque noire de ce vin, son nez fruité et épicé, ses tanins mûrs et veloutés, sa finale puissante et d’une grande persistance ». Une valeur sûre de l’appellation puisseguin-saint-émilion et une étonnante saga qui commence dans les livres d’histoire.


Le soldat de Maximilien
Ils viennent de loin, les Bourlon de Puisseguin : du Mexique. Et pas en ligne droite, après quelques détours… Alfred Amédée Bourlon, l’arrière-grand-père, y partit à la fleur de l’âge dans l’expédition hasardeuse dépêchée par Napoléon III pour asseoir l’archiduc d’Autriche Ferdinand Maximilien sur le trône du pays. Entreprise funeste pour l’empereur Maximilien, mais pas pour le soldat français qui s’acclimata si bien qu’il y épousa une jolie concitoyenne exilée. Leur aîné Alfred, patriote et français de cœur, décida d’aller faire la Grande Guerre et fut blessé dans les tranchées. De retour à Mexico, il épousa une riche héritière, française, vivant sur l’hacienda Cero Gordo, possession de mille hectares près des pyramides de Teotihuacan. Matty lui donna neuf enfants.


Du Mexique à Puisseguin
Touché par le mal du pays, Alfred Amédée installa en 1927 sa grande famille à Bordeaux. Il envoya son fils Henri poursuivre des études d’ingénieur agronome à l’Institut de Fribourg. Mais Henri tomba malade en Suisse et bientôt, par ce coup du sort, la famille se rapprocha de Puisseguin… On envoya Henri en séjour de convalescence à la campagne chez l’abbé Rebeyrolles, précepteur et curé de Puisseguin. C’est là, le soir à la chorale, qu’il rencontra Yvette, issue d’une famille de vignerons enracinée en Libournais depuis le XVIe siècle. Alfred leur acheta le Château Guibeau en cadeau de mariage. Yvette de son côté hérita du Château Guibot La Fourvieille. En 1939, le père ramena toute sa famille restante à l’abri au Mexique. Les deux propriétés Guibot La Fourvieille et Guibeau furent réunies en 1960. « J’ai une centaine de cousins au Mexique », dit Henri Bourlon, le fils d’Henri et petit-fils d’Alfred.
De l’âge d’or mexicain, il ne reste que les bâtiments décrépits de l’hacienda Cero Gordo. Les terres ont été données aux paysans durant la révolution de Zapata et de Pancho Vila. Aujourd’hui, Henri Bourlon est aussi maire de Puisseguin et président du syndicat de l’eau (sic…) de l’Est libournais.


Puisseguin, la petite saint-émilionnaise
Entourée des aires d’appellations de Lussac, Saint-Georges et Montagne, Puisseguin est la plus orientale des AOC sœurs de Saint-Émilion. Le plateau qui prolonge celui de Saint-Émilion vient mourir ici, au point culminant de la Gironde (106 m). Des hauteurs de Guibot, on aperçoit au lointain le château moyenâgeux de Monbadon. « C’est l’un des meilleurs terroirs du Saint-Émilionnais », assure Henri Bourlon. « Les études de l’Inra l’affirment ». Le domaine s’étend sur 41 ha, bordés de bois de chênes et de frênes et parcourus de ruisseaux. L’encépagement est bien libournais : le merlot occupe 70 % des plantations. Henri Bourlon est également fier de ses quelques vieux cabernets francs centenaires : « On les soigne bien comme il faut pour les garder. On va les cloner. Selon Michel Rolland, ils sont parmi les meilleurs de la Gironde ». L’œnologue vedette et son cabinet sont les conseils attitrés de Château Guibot La Fourvieille. Enherbement dans les rangs, effeuillage à la main, taille maîtrisée, telles sont les règles. Chais équipés d’outils dernier cri et vendanges à la carte : les parcelles sont répertoriées une à une, et les états de maturité suivis au jour le jour. « On ne vendange que quand la maturité est au top. »


Culture Raisonnée ou bio ?
Henri Bourlon a repris le domaine en 1982 et s’est lancé peu après dans la culture raisonnée. « Tout le monde se moquait de moi à l‘époque, dit-il, mais plus on traitait, plus on avait de parasites. Alors j’ai supprimé peu à peu les insecticides, les herbicides, et réduit tous les traitements. » Et quand la relève, avec sa fille Brigitte et son gendre Éric, est arrivée en 2009, elle s’est orientée vers le bio pur et dur. Ils auront la certification en 2012 au terme des trois années de conversion obligatoires. En bon père de famille, Henri est dubitatif et un peu inquiet : « On prend des risques, craint-il. Avec le réchauffement du climat, on fait de bonnes récoltes depuis dix ans. Mais si le temps revient comme avant, avec des saisons humides, on risque d’en perdre. La bouillie bordelaise, ça marche ou pas… » Brigitte et Éric, eux, sont convaincus de la nécessité du bio. Le millésime 2012 sera donc bio au Château Guibot La Fourvieille. Et coup de cœur ?

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jan 28

Encore un coup de cœur chez les Geneletti. Après celui de 2011 décerné au vin jaune de Château-Chalon, celui de 2012 va au vin de paille de l’Etoile. Une décoration au revers de deux appellations singulières, berceaux de deux vins aussi prestigieux que typiques du Jura. Juste récompense car il faut bien du cœur à l’ouvrage, du travail, du temps et du talent, pour fabriquer ces vins liquoreux d’ambre cristallin.


L’Etoile et la paille

Dans la mosaïque de appellations du Jura, à côté de l’arbois et des côtes-du-jura, les plus vastes de la région, l’étoile et château-chalon sont deux des plus petites appellations françaises, et les toutes premières, crées en 1936 et 1937. C’est dans ces confins lointains que l’on découvre ces vieilles et uniques curiosités : les vins jaunes et les vins de paille. Auprès du village de L’Etoile posé au creux de cinq collines, on ne compte que cinq propriétés, la plus étendue ne dépasse pas une quinzaine d’hectares. Et on n’y fait que des vins blancs, secs à 80%, des vins jaunes et des vins de paille pour le reste. Soit, au domaine Geneletti, 7000 bouteilles en tout et pour tout pour ce millésime 2007. Et encore, David Geneletti est l’un des gros producteurs du village. Et puisqu’il a un pied de chaque côté, il compare en connaisseur : «Les sols argilo-calcaires légers de l’Etoile donnent plus d’élégance et de finesse aux vins qu’à Château-Chalon où affleurent les lourds marnes noirs du lias. L’Etoile fait des vins en dentelles». L’Etoile tient son nom des fossiles dessinés dans les roches des profondeurs, les crinoïdes, lointains cousins des oursins et des coraux, dont les tiges forment de petites étoiles à cinq branches.

Le patronyme des Geneletti sonne transalpin, il a été légué par le grand-père Gabriel, originaire du Piémont et marié à Simone, qui possédait deux fermes au village de l’Etoile. Leur fils Michel a repris les 10 ares de ce qu’on appelle toujours «la vigne de la grand-mère». Petit à petit, il a acheté des parcelles par ci par là, en a loué d’autres, pour rassembler la quinzaine d’hectares que compte aujourd’hui son exploitation. En 1997, il a reçu le renfort de son fils David. Michel demeure à l’Etoile et David habite à Château-Chalon, l’une des anciennes maisons d’Henri Maire, le célèbre vigneron, homme d’affaire avisé et expert en publicité qui fit connaître les vins du Jura.


Petite propriété et vins rares

Enfants du pays, les Geneletti sont passés maîtres dans l’art des vins jaunes et de paille. Le premier, un vin de voile, élaboré avec le cépage du cru, le savagnin, est élevé en barriques de bois durant au moins six ans et trois mois, souvent plus, sous son voile de levures qui le protège de l’oxydation. Il est embouteillé en clavelin, un flacon de 62 centilitres typique du Jura. Le vin de paille provient lui de raisins passerillés, séchés sur claies − autrefois sur un lit de paille.


Le passerillage, un savoir ancien

Le vin de paille du domaine Geneletti se compose de savagnin (à 40 %), cépage qui lègue aux vins du gras, du fruité et une minéralité aux accents de silex ; le chardonnay, vendangé précocement, donne de la structure et une pointe d’acidité ; quelques grappes de poulsard complètent l’assemblage. Ce cépage rouge est à l’origine d’arômes compotés. Le savoir-faire commence dès la vendange, où l’on choisit les belles grappes des vieilles vignes, à grains larges, écartés, peu serrés qui sècheront mieux. On enlève un à un les grains abîmés. Puis, c’est au grenier et à la cave que s’opère la magie du vin de paille. Au grenier, les grappes se dessèchent de longues semaines sur des claies grillagées et concentrent leur sucre. Concession moderne, des ventilateurs aident la nature. Les jours humides, il faut préserver les grappes du risque de pourriture. Mais tout chauffage est interdit. Ici comme ailleurs, le temps change : autrefois les vendanges finissaient souvent à la fin d’octobre, parfois sous la neige. Cette année, au domaine Geneletti elles se sont achevées le 3 septembre et le passerillage à mi-novembre.
Après le passerillage vient la pressée, suivi d’un élevage de trois ans en feuillettes de bois. Encore un vin jurassien qui demande de la patience. Le fruit de ce travail ? «La robe est ambrée et orangée, soutenue. L’intensité se confirme dans un nez de pruneau, de coing et de fruits secs. L’attaque en bouche est moelleuse, avec une acidité discrète mais présente. Les nuances aromatiques sont en harmonie avec le nez, agrumes en plus. Très dense et concentré», concluent les dégustateurs du Guide Hachette, qui se sont régalés.

Voir aussi : le Jura et ses vins

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jan 27

Interview Radio-France Florence Kennel


Vin bio JuraFlorence Kennel, spécialiste des vins du Jura, nous présente la bio, une viticulture de pointe bien ancrée dans cette région.
Florence Kennel, œnojournaliste, vous invite à découvrir les vins du Jura issus de l’agriculture biologique, une attitude méritoire car les conditions climatiques de la région sont rudes pour les viticulteurs, et que le risque financier de perdre tout ou partie d’une récolte n’est pas nul.
Egalement auteur pour le Guide Hachette des Vins et spécialiste de la Bourgogne, Florence Kennel vient d’achever un ouvrage Les Vins de Bourgogne aux éditions Hachette Pratique, à paraître en mars 2012.

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déc 30

Image de prévisualisation YouTubeComment élabore-t-on le champagne ? Des vendanges aux fermentations, du tirage à la prise de mousse, du remuage au dégorgement, Michel Drappier vous invite à découvrir la méthode champenoise.

A la tête d’une maison auboise fondée il y a juste deux siècles, ce négociant et propriétaire de vignes décrypte en images les nombreuses étapes de l’élaboration de ce vin de fête.

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déc 30

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Régulièrement aux honneurs du Guide Hachette des Vins, la vénérable maison Drappier s’est distinguée dans l’édition 2012 avec sa cuvée Carte d’or 1995. Un Coup de coeur qui fait écho à celui obtenu par la Grande  Sendrée 1996 dans le Guide 2005 et que Michel Drappier nous invite à découvrir en images.


Les Cisterciens de la proche abbaye de Clairvaux avaient déjà des vignes dans cette région de la Côte des Bar. Ils ont bâti au XIIe siècle d’impressionnantes caves acquises par les Drappier. En deux siècles, cette famille a constitué un important vignoble de 50 ha réparti sur plusieurs communes de la région de Bar-sur-Aube. Son statut de négociant lui permet en outre d’élargir son approvisionnement à d’autres secteurs du vignoble comme la Montagne de Reims ou la Côte des Blancs.


Les cuvées de prestige séjournent dans les caves creusées par les moines, les autres étant entreposées à Reims. C’est là qu’est née cette Carte d’or 1995 issue en grande majorité de pinot noir, le chardonnay (7 %) et le meunier (3 %) en appoint. Commentaires des dégustateurs du Guide Hachette : « Des arômes grillés, miellés et confits (pâte de fruits) traduisent une harmonieuse maturité. Puissant sans la moindre lourdeur, d’une rare persistance, c’est un superbe champagne de repas. »

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déc 13

L’été 2008 en Bourgogne n’a été qu’averses et froidure. Floraison perturbée, pourriture. Il a plu jusqu’à la mi-septembre. Un « millésime de vigneron » donc, où le savoir-faire fait la différence. L’occasion de rencontrer Bertrand Devillard. Sa vigne du climat Aux Perdrix, en nuits-saint-georges, lui a valu plusieurs coups de cœur – non seulement dans ce millésime « acide », mais aussi dans l’année de la canicule, le 2003… et dans quelques autres.


Les Perdrix, c’est une belle histoire de coups de cœur ! 2003, 2005, 2007, 2008 en nuits-saint-georges, sans compter ceux obtenus en vosne-romanée et en grand cru échézeaux. Pas moins de neuf distinctions en une dizaine d’années. Les millésimes se suivent et ne se ressemblent pas. Bertrand Devillard possède en nuits-saint-georges un atout, un climat bien situé. S’y ajoute la touche du vigneron, celle de son maître de chai et avant tout leur quête exigeante de l’extrême maturité des pinots noirs.

Un beau parcours
Le domaine des Perdrix fait son entrée dans le Guide Hachette 2000, avec trois appellations millésimées 1997, dont deux s’adjugent la mention remarquable (deux étoiles). Son climat Aux perdrix en nuits-saint-georges était tombé dans l’oubli et longtemps fondu dans les premiers crus d’une maison de négoce de Nuits. Robert Parker s’étonna en le dégustant qu’on puisse encore faire de si belles découvertes en Bourgogne. A l’aveugle, les experts du Guide expriment un même enthousiasme.

Un climat en pente douce
Le climat… l’autre nom du terroir, en Bourgogne, soit un lieu-dit caractérisé par un sol et un microclimat. Celui des Perdrix se situe au sud de Nuits-Saint-Georges, à cheval sur la commune nuitonne et Premeaux, à l’extrémité méridionale de la Côte de Nuits. Il commence à la mi-pente et descend doucement jusqu’au pied du coteau. « Là où l’on fait les meilleurs vins », se réjouit Bertrand Devillard. Le sol, profond, mélange de sables, d’éboulis et d’argiles rosées, repose sur un socle de calcaire dur. « La circulation de l’eau est idéale », ajoute l’heureux propriétaire. Pas trop d’eau qui avachirait la vigne, pas trop peu, ce qui durcirait les vins. « Ici, au sud de Nuits, les vins gagnent plus de charpente et de corps. Au nord, du côté de Vosne-Romanée, ils sont plus précoces et moins charnus ».
Les Perdrix voisinent avec une jolie collection d’autres premiers crus : le Clos des Corvées, le Clos des Forêts Saint-Georges, les Argillières, les Terres Blanches.

Côté échézeaux
Côté grands crus, Bertrand Devillard n’est pas en reste, il a conquis pour le même millésime deux étoiles grâce à ses échézeaux, nés sur le ruban magique qui jouxte le Clos Vougeot. Alors que les Perdrix se montrent plus flatteurs dans leur jeunesse, avec un nez plus expansif, les échézeaux apparaissent fermés. En revanche, ils offrent d’entrée une bouche impressionnante : la signature d’un grand cru.

« Aujourd’hui, on préfère les vins aimables »
« Aller chercher la vraie maturité, ça exige de la moelle », comme le dit Bertrand Devillard. Dit autrement, il faut avoir les nerfs solides, la tête froide, les sens en éveil pour décider du moment exact de la vendange. L’heure juste où les grappes arrivent à leur parfaite maturité. Pas avant, pas après. Avec encore une pointe de fraîcheur et juste avant le crépuscule. « Notre principe est simple », dit Bertrand Devillard. « On fait du bon vin si on met en cuve des raisins mûrs et sains. Il faut savoir attendre. Sinon les tanins sont fermes et durs. Nos grands-parents aimaient cela. Autrefois, il était indécent de parler de fruit pour des grands vins. Aujourd’hui, on préfère des vins aimables ». Aux Perdrix, on déguste les raisins, on croque les pépins, on analyse aussi, évidemment. On ne laisse que cinq grappes par pied. Et on prie le ciel que le temps soit propice pour les vendanges.
Les plus anciennes plantations, au nord, datent de 1922. Les vieux pinots fournissent une cuvée puissante, racée, Les 8 Ouvrées (l’ouvrée étant l’unité de mesure bourguignonne qui équivaut à 4 ares 28, ce qu’un ouvrier travaillait dans sa journée). Les autres ceps ont entre 50 et 60 ans d’âge.

Les secrets du millésime 2008
« C’est un millésime de vigneron ! », jubile Bertrand Devillard. Le temps était resté gris et pluvieux toute la fin de l’été, les grappes s’abîmaient. « On a pris des risques. Je me rappelais avec inquiétude la sinistre année 1968, les vapeurs grises de poussière de botrytis flottant au-dessus des cuves ». Mais l’attente n’a pas été vaine. Le temps s’est mis au beau, un vent du nord a séché les grappes. Les vendanges ont enfin commencé, tardivement, début octobre. Sur la table de tri, de nombreuses grappes ont été jetées. « Au moins, on a gardé un taux d’acidité élevé, facteur de mise en valeur du fruit. Ce 2008 ira loin, car l’acidité est là ». Les dégustateurs du Guide Hachette ont rendu le même verdict : « Cette cuvée joue sur la finesse. La robe est rubis brillant. Le nez, délicat, évoque la cerise griotte et la groseille, ourlées d’un fin boisé. La bouche se révèle élégante et fraîche. Le fruit mûr est là, pimpant, rehaussé d’élégants tanins soulignant la persistance rare de la finale ». Bertrand Devillard partage ce coup de cœur avec ses enfants Aurore et Amaury, et son maître de chai, Robert Vernizeau.
Selon le producteur, les millésimes suivants s’annoncent aussi prometteurs : « Sur le 2010, on retrouve le 2008 plus éclatant encore en fruit et en fraîcheur, il sera très séduisant ». On espère donc le retrouver en bonne place dans une prochaine édition.

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nov 25

Le Clos de l’Echo 1981, un rouge, fut le coup de cœur de la 1ère édition du Guide. Si la version 2010 de ce vin a été jugée remarquable, c’est un blanc qui a obtenu un coup de cœur. L’occasion d’évoquer les rares mais délicieux chinon blancs, nés du chenin. Et un vigneron qui perpétue une tradition viticole sur une ancienne possession, dit-on, des parents de Rabelais.

L’écho du clos

Le Clos de l’Écho, parcelle la plus connue de la propriété, domine le château de Chinon dont la tour émerge des vignes. L’endroit est connu dans le voisinage pour un certain phénomène. Quand, du haut de ce coteau, vous criez : « Est-ce que les filles de Chinon sont fidèles ? ». « Non ! », répond l’écho malveillant.
En vérité, la vertu des belles Chinonaises n’est pas en doute. Les érudits du lieu vous expliqueront que, la voix se répercutant sur la muraille du château, il en revient, selon la loi des ondes, la 7e syllabe de la question, soit le Non de Chi-non.
Sur le domaine naît aussi une rareté : un blanc brillant et délicieux, fait de pur chenin. Les blancs de Chinon ne sont qu’une goutte d’or (2 %) dans cette Touraine occidentale sous l’empire des rouges cabernets francs. La cuvée Les Chanteaux, coup de cœur du Guide Hachette 2012 dans le millésime 2010, provient de trois parcelles : les Goupillières au hameau de Saint-Louans, les Bielles à Beaumont-en-Véron et la parcelle à l’arrière du Clos de l’Écho. « Le calcaire apporte une grande minéralité au vin, une longueur, une profondeur, une bouche plus tendue », se réjouit Arnaud Couly. Qui ajoute : « Ce blanc-là reste présent sur le plat, sur les poissons au beurre. »

Le chenin de Chinon
Le chenin est le cépage classique de la Loire, avec le sauvignon. Il se déploie des vouvray les plus secs aux liquoreux d’Anjou et aux crémant-de-loire. Le travail du vigneron est de maîtriser cette variété très fructifère. Au domaine Couly-Dutheil, cela commence dès la taille, choisie courte, puis en cours de saison par plusieurs vendanges vertes jusqu’aux tous derniers jours, où l’on ôte les grappes les moins mûres. Avantage en revanche, avec sa peau très dure, le chenin n’est pas fragile et on le laisser mûrir dans l’arrière-saison, jusqu’à la mi-octobre. Et alors, à la vendange, Arnaud Couly et ses équipiers poussent encore la minutie : tries successives, étalées parfois sur un mois. On récolte les raisins les plus mûrs, puis on attend et on revient une semaine après. Ensuite, viennent trois ou quatre mois d’élevage sur lies selon les millésimes, puis l’embouteillage, précoce, « pour garder le maximum de fruit ». « Le chenin fait des blancs secs tendres », précise Arnaud. « Les asperges sont sa spécialité », ajoute le gourmet ; « on peut aussi le boire en apéritif ».

Le style Arnaud

« Le fruité, c’est la personnalité des vins de Loire », affirme Arnaud Couly. Sa règle d’or à lui : « Pleine maturité, plein fruit ». Le domaine Couly-Dutheil fêtera l’an prochain sa 90e récolte. Le Clos de l’Olive, un des fleurons du domaine, porte le nom de son ancien seigneur, Charles Liénard de l’Olive, qui prit possession de la Guadeloupe au XVIIe siècle ; ici les plus vieux ceps sont centenaires. Quant au Clos de l’Écho, en regard du château de Chinon, il aurait appartenu aux parents de François Rabelais. C’est dire l’ancienneté du vignoble sur ces coteaux. Baptiste Couly, arrivé de sa Corrèze natale, s’y était établi en 1921 sur cinq hectares du Clos de l’Écho, et trois générations l’ont suivi : René Couly et son épouse Madeleine Dutheil qui ont acquis le gros des vignes actuelles, puis Jacques dans les années 1970, et enfin son fils Arnaud arrivé en 1997. « Les styles varient suivant les générations », explique Arnaud, « Autrefois les vins étaient plus verts, plus austères. J’ai changé le style de la maison pour faire des vins plus floraux, plus fruités, plus minéraux. J’ai abandonné l’élevage en barriques, une vraie révolution chez nous. Aujourd’hui, les vignerons sont plus proches de la vigne et des parcelles et cherchent une meilleure maturité. Et puis à présent on goûte les raisins », sourit-il. « Sur un arbre, on ne cueille pas le fruit vert, mais celui qui est bien mûr ! » Bien mûr ! Bien mûr ! répondit l’écho…

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