3 questions à

Yoshio Ito

Exportateur de vins français au Japon

"Le vin peut changer le monde"

© Yoshio Ito

En japonais, Yoshio signifie l'homme qui donne espoir. Yoshio Ito, 56 ans, a fondé Oenoconnexion en 1994. Aujourd'hui, la maison, sise rue de Turbigo à Paris, exporte chaque année au Japon 1,5 million de bouteilles de vin de toute la France, un peu d'Italie, et fait se rencontrer, de Tokyo à Osaka, vignerons, cavistes, et sommeliers. A travers Oenoconnexion, Yoshio Ito transmet surtout sa conception du vin. Il donne à découvrir au pays du saké et des rites codés des vins authentiques, doux pour le corps et la terre, vivants, comme l'eau. Il tient cette philosophie des arts martiaux qu'il est venu enseigner à Bordeaux en 1976. De là vient sa première rencontre avec la France, la langue française et le vin.

Votre premier souvenir de vin
Avant d'arriver à Bordeaux, je n'avais jamais bu de vin. Je ne parlais pas non plus un mot de français. Pendant une semaine, à cause de l'obstacle de la langue, je n'ai, pour ainsi dire, mangé que du pain. Poussé par la faim, j'ai fini par entrer dans un restaurant. J'ai mangé un steak et bu du vin. Je me souviens avoir trouvé le vin amer. Ma vraie rencontre avec le vin, je la dois à un de mes élèves dont le père était vigneron à Pomerol, Château La Fleur du Roy précisément. J'ai fait les vendanges. Je n'ai jamais bu autant de vin de ma vie. Dans l'exercice de la fête, les Français sont inépuisables. J'ai été à ce rendez-vous pendant cinq ans. Depuis, pour moi, le vin c'est la joie, le partage, le bonheur. En 1995, j'ai rencontré René-Jean Dard et François Ribo, vignerons à Mercurol (crozes-hermitage, saint-joseph), Philippe Pacalet qui vinifiait alors au Prieuré Roch à nuits-saint-georges (Bourgogne), et Marcel Lapierre à Villié-Morgon (beaujolais, morgon). Leur vin, dit nature, a changé ma relation au vin, l'idée que je m'en fais. J'y ai retrouvé la philosophie des arts martiaux. Il y a dans ces vins, le ki, le souffle, l'énergie invisible mais puissante que l'on tire du ciel et de la terre. Je leur dois beaucoup.

Un moment pour boire le vin
Forcément avec quelqu'un. Une bonne bouteille, je la partage, sans doute à cause de la manière dont je suis venu au vin. D'en avoir fait mon métier n'y a rien changé : ouvrir une bonne bouteille, sans souci de son prix, reste chez moi la marque de la spontanéité. J'aime aussi boire du vin quand je cuisine, de la joie pure.

Ce qui vous fâche avec le vin
Le vin issu d'une batterie de techniques oenologiques et d'une terre morte. Ca me met carrément en colère. Forcément, j'en déguste. Je déguste toujours tout ce que l'on me soumet, par respect du travail. C'est le respect du samouraï. A Oenoconnexion, quand on a dégusté trois vins trafiqués, on va se chercher une vraie bouteille, un vrai vin. La France a perdu le nord de son vin. Peut-être nous les étrangers pouvons-nous aider la France à changer, à se retrouver. Vous, vous n'êtes pas encore prêts. L'appel et le respect de la nature sont profondément ancrés dans la culture japonaise, dans nos haïkus, simples, inscrits dans la nature et les saisons.

Trois mots pour dire le vin
Ten, le ciel, chi, la terre, hito, l'homme. Le vin peut changer le monde. Le vin, c'est beaucoup d'eau, comme l'homme.

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