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Ecole du vin à Shanghai : trois questions à Jia Peng
Elle arrive de Chang Sha, chef-lieu et mégalopole de la province du Hunan. Elle habitait la rue où Mao allait à l’école. Guidée par la littérature française, dit-elle, et avec un diplôme de commerce pour bagage, Jia Peng, fine et vive comme l’hirondelle, a fait son nid à Reims depuis sept ans. Guide chez Moët & Chandon un temps, afin de parfaire ses connaissances dans le tourisme et le vin, elle tisse à présent des liens et lance des ponts entre la France et l’Empire du Milieu. Son dernier projet est en construction : une école du vin à Shanghai.

" Traditionnellement, les Chinois boivent des alcools forts, ils n’ont pas de culture du vin, mais les choses changent. "
En Champagne, l’attirance vers le vin est venue naturellement ?
Après mes études à l’Université, j’ai créé deux associations : "Wine Trotters" et "Saveurs en Champagne". Avec la première, j’organise des déplacements en Chine de vignerons de Champagne, de journalistes et d’étudiants. Avec la deuxième, j’apprends l’art de la dégustation aux étudiants asiatiques installés à Reims. Il y a 400 Chinois dans cette ville. En 2007 à Paris, j’ai été sélectionnée pour les "Wine Women Awards". Puis j’ai fondé mon entreprise, "Asie Action", qui regroupe toutes mes activités : journalisme, voyages, traductions et dégustation. J’ai visité de nombreux vignobles en France et en Europe. Ce qui me frappe, c’est la convivialité des vignerons. Qu’on soit Chinois, Français ou autre, on devient amis tout de suite. Et puis c’est un monde mystérieux, et je suis en constant apprentissage.
Le projet actuel, c’est l’école du vin que vous allez ouvrir à Shanghai ?
C’est M. Yu Yiping qui s’est adressé à moi. Il a construit à Shanghai une Cité du vin qui a été inaugurée le 3 janvier 2009 dans le vieux quartier de Zheng Ru. M. Yu a fait fortune comme distributeur exclusif à Shanghai du Guo Jiao, un alcool fort de riz et de blé. Son entreprise importe par ailleurs des vins français, des côtes-du-rhône pour l’essentiel. M. Yu possède aussi une chaîne de caves à vin appelée "9519" - ce qui signifie "Je veux du vin" en mandarin - et il finance des émissions de télévision, des sites Internet consacrés au vin, ainsi qu’une revue, "Liquors Taste".
La Cité du vin comporte quatre étages. Au premier se trouve la boutique. Au deuxième, un club cigare et des caves particulières réservées aux VIP. Au troisième, des restaurants gastronomiques. Et c’est au quatrième que s’installera l’École du vin, sur 500 m, avec trois salles de cours et de dégustation, une salle de conférences et des bureaux.
Le but est de proposer aux amateurs des connaissances de base et un apprentissage de la dégustation. Et ensuite de former des professionnels, sommeliers, oenologues, cavistes, vendeurs. Les vins français ont une histoire, et sans une bonne éducation, les Chinois ne les comprendront pas et ils ne voudront pas payer plus cher la qualité. M. Yu m’a donné carte blanche. L’ouverture est prévue en mars 2009.
Les Chinois aiment-ils le vin ?
Il y a dix ans, le vin n’intéressait que les gens très fortunés qui chassaient les grands crus, les Romanée-Conti, les Petrus... Aujourd’hui apparaît une nouvelle clientèle : les cols blancs et les expatriés étrangers. Traditionnellement, les Chinois boivent des alcools forts, ils n’ont pas de culture du vin, mais les choses changent. Parfois, j’entends dire que les Asiatiques n’ont pas le palais fait pour le vin, mais c’est faux. Les Japonais sont parmi les cinq premiers importateurs de vins français. Il existe 500 vignobles en Chine. Les vins chinois sont de qualité moyenne mais ils sont bon marché : ils peuvent constituer la première marche de l’escalier vers les vins français, qui sont encore définis comme des produits de luxe.
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